Lettre d'augmentation de loyer commercial : modèle 2026 et guide de rédaction

Guides & Ressources pratiques
04 Jan 2026
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8
min
Points clés de l'article
  1. La lettre d'augmentation de loyer commercial doit respecter un formalisme strict sous peine d'inopposabilité au preneur.
  2. La révision triennale est encadrée par les articles L.145-37 et suivants du Code de commerce ; l'indice applicable (ILC, ILAT ou ICC) dépend de la nature de l'activité exercée.
  3. La lettre doit être envoyée par acte extrajudiciaire ou par lettre recommandée avec accusé de réception, et mentionner le loyer en cours, l'indice de référence, l'indice de comparaison et le nouveau loyer calculé.
  4. Plusieurs erreurs récurrentes — mauvais indice, calcul erroné, envoi par courrier simple — peuvent entraîner la nullité de la demande de révision.
  5. Un modèle standardisé ne couvre pas les situations atypiques (clause d'échelle mobile, bail dérogatoire, activité mixte) qui nécessitent une analyse juridique dédiée.

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Sommaire

Finalité de la lettre d'augmentation de loyer commercial

Cadre juridique : révision triennale et indices applicables (ILC, ILAT, ICC)

Structure et mentions obligatoires de la lettre

Mentions obligatoires et clauses optionnelles

Mode d'emploi : rédiger et envoyer la lettre étape par étape

Limites du modèle et erreurs fréquentes

FAQ

Pour aller plus loin

Finalité de la lettre d'augmentation de loyer commercial

La lettre d'augmentation de loyer commercial est l'acte par lequel le bailleur notifie au preneur sa demande de révision du loyer en cours de bail. Ce document n'est pas une simple formalité administrative : il constitue le point de départ juridique de la procédure de révision prévue par le Code de commerce.

En pratique, cette lettre remplit 3 fonctions distinctes. Elle formalise la volonté du bailleur de modifier le montant du loyer. Elle fixe la date à partir de laquelle le nouveau loyer sera exigible. Elle fournit au preneur les éléments de calcul lui permettant de vérifier — et, le cas échéant, de contester — le montant proposé.

Pour le directeur juridique, l'enjeu est précis : une lettre mal rédigée, envoyée hors délai ou fondée sur un indice erroné, est inopposable au locataire. La Cour de cassation a confirmé à plusieurs reprises que le non-respect des formes prescrites prive la demande de révision de tout effet (Cass. civ. 3e, 6 février 2020, n° 19-10.291). Le preneur peut alors continuer à régler l'ancien loyer sans que le bailleur puisse lui opposer la révision.

La rédaction de cette lettre exige donc une maîtrise simultanée du cadre légal applicable, de l'indice de référence pertinent et des mentions formelles imposées par la jurisprudence.

Cadre juridique : révision triennale et indices applicables (ILC, ILAT, ICC)

Le mécanisme de la révision triennale

La révision du loyer d'un bail commercial est régie par les articles L.145-37 à L.145-39 du Code de commerce. Elle peut être demandée par le bailleur ou le preneur à l'expiration de chaque période triennale, c'est-à-dire tous les 3 ans à compter de la date d'effet du bail ou de la dernière révision.

Le loyer révisé ne peut excéder la variation de l'indice applicable depuis la dernière fixation du loyer, sauf à démontrer une modification matérielle des facteurs locaux de commercialité ayant entraîné une variation de plus de 10 % de la valeur locative (article L.145-38 du Code de commerce).

Les 3 indices de référence

Le choix de l'indice conditionne le calcul du nouveau loyer. L'utilisation d'un indice inadapté constitue l'une des causes les plus fréquentes de contestation.

IndiceSigleActivités concernéesPublication
Indice des loyers commerciauxILCActivités commerciales et artisanalesINSEE, chaque trimestre
Indice des loyers des activités tertiairesILATProfessions libérales, activités tertiaires (bureaux, entrepôts logistiques)INSEE, chaque trimestre
Indice du coût de la constructionICCBaux conclus avant septembre 2014 n'ayant pas opté pour l'ILC ou l'ILATINSEE, chaque trimestre

Depuis la loi Pinel du 18 juin 2014, l'ICC ne peut plus servir de référence pour les baux conclus ou renouvelés après cette date. Pour les baux antérieurs, il reste applicable si le contrat y fait expressément référence et qu'aucun avenant n'a modifié cette clause.

Formule de calcul

Le nouveau loyer se calcule ainsi :

Nouveau loyer = Loyer en cours × (Indice du trimestre de référence ÷ Indice de base)

L'indice de base correspond à celui en vigueur lors de la dernière fixation du loyer (date d'effet du bail ou dernière révision). L'indice du trimestre de référence est le dernier indice publié à la date de la demande de révision.

Pour sécuriser le choix de l'indice et le calcul de révision dans le cadre de vos baux commerciaux, un accompagnement juridique ciblé évite les erreurs d'opposabilité.
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Structure et mentions obligatoires de la lettre

La lettre de demande de révision doit suivre une architecture claire et complète. Voici la structure type à respecter :

En-tête et identification des parties

  • Nom, prénom (ou dénomination sociale) et adresse du bailleur
  • Nom, prénom (ou dénomination sociale) et adresse du preneur
  • Lieu et date de rédaction

Corps de la lettre

Le corps du courrier doit contenir, dans cet ordre :

  1. Référence au bail : date de signature, date d'effet, durée, adresse des locaux
  2. Fondement juridique : mention explicite de l'article L.145-37 du Code de commerce (ou L.145-38 selon le cas)
  3. Loyer actuel : montant annuel hors taxes et hors charges en cours
  4. Indice applicable : désignation précise (ILC, ILAT ou ICC), trimestre de référence de base et trimestre de comparaison
  5. Calcul détaillé : reproduction de la formule avec les valeurs numériques
  6. Nouveau loyer demandé : montant annuel hors taxes résultant du calcul
  7. Date d'effet : date à compter de laquelle le nouveau loyer est demandé (premier jour suivant l'expiration de la période triennale)

Formule de clôture

La lettre se termine par une invitation au preneur à prendre contact en cas de désaccord, suivie de la signature du bailleur ou de son représentant légal.

Mentions obligatoires et clauses optionnelles

Mentions dont l'absence entraîne l'inopposabilité

MentionFondementConséquence de l'omission
Montant du loyer en coursJurisprudence constanteLe preneur ne peut vérifier le calcul ; la demande est contestable
Indice de référence et valeurs utiliséesArt. L.145-37 C. com.Le calcul est invérifiable ; la révision peut être déclarée nulle
Date d'effet souhaitéeArt. L.145-38 C. com.Impossibilité de déterminer le point de départ du nouveau loyer
Mode d'envoi conforme (LRAR ou acte extrajudiciaire)Art. L.145-37 C. com.La demande n'a aucune valeur juridique

Clauses optionnelles utiles

Certaines mentions, sans être légalement obligatoires, renforcent la solidité juridique de la lettre :

  • Rappel de la clause d'indexation contractuelle : si le bail prévoit une clause d'échelle mobile distincte de la révision triennale, il est utile de préciser que la demande relève de la révision légale et non de l'indexation contractuelle.
  • Mention du délai de réponse : indiquer au preneur qu'à défaut de réponse dans un délai raisonnable (en général 2 mois), le bailleur pourra saisir le juge des loyers commerciaux.
  • Proposition de rencontre amiable : cette mention, sans portée contraignante, peut faciliter la négociation et éviter un contentieux.
La distinction entre révision triennale et clause d'échelle mobile est source de litiges fréquents. Un avocat spécialisé peut vérifier la conformité de votre demande avant envoi.
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Mode d'emploi : rédiger et envoyer la lettre étape par étape

Étape 1 — Vérifier l'éligibilité à la révision

Avant toute rédaction, le directeur juridique doit contrôler 3 points :

  • La date d'expiration de la période triennale en cours : la demande ne peut être formulée qu'à compter du premier jour suivant l'expiration d'une période de 3 ans.
  • L'indice prévu au bail : relire la clause relative à la révision ou à l'indexation pour identifier l'indice contractuellement applicable.
  • L'absence de révision récente : si une révision a déjà été notifiée pour la même période triennale, une seconde demande est irrecevable.

Étape 2 — Collecter les données de calcul

  • Récupérer le dernier indice publié par l'INSEE à la date de la demande (disponible sur insee.fr, rubrique « Indices et séries chronologiques »).
  • Identifier l'indice de base (celui en vigueur à la date d'effet du bail ou de la dernière révision).
  • Appliquer la formule : Loyer en cours × (Indice récent ÷ Indice de base).

Étape 3 — Rédiger la lettre

Reprendre la structure décrite dans les sections précédentes. Chaque élément de calcul doit être reproduit de manière transparente pour permettre au preneur de vérifier le résultat.

Étape 4 — Envoyer la lettre

L'article L.145-37 du Code de commerce impose un envoi par acte extrajudiciaire (signification par huissier) ou par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR). Un envoi par courrier simple, par e-mail ou par voie dématérialisée non certifiée est dépourvu de valeur juridique.

Conserver l'accusé de réception ou le procès-verbal de signification : ce document constitue la preuve de la date de notification, qui détermine le point de départ du nouveau loyer.

Étape 5 — Gérer la réponse du preneur

  • Acceptation : formaliser l'accord par un avenant au bail mentionnant le nouveau loyer et sa date d'effet.
  • Silence ou refus : le bailleur peut saisir le juge des loyers commerciaux du tribunal judiciaire compétent. Le délai de prescription est de 2 ans à compter de la date de la demande de révision (article L.145-60 du Code de commerce).

Limites du modèle et erreurs fréquentes

Ce que le modèle ne couvre pas

Un modèle standardisé de lettre d'augmentation de loyer convient aux situations courantes : bail commercial classique (3/6/9), activité unique, indice clairement identifié dans le contrat. En revanche, plusieurs configurations exigent une analyse juridique spécifique :

  • Bail dérogatoire (durée inférieure ou égale à 3 ans) : le statut des baux commerciaux ne s'applique pas ; la révision triennale est exclue.
  • Bail mixte (habitation et commerce) : les règles de révision diffèrent selon la partie du local concernée.
  • Clause d'échelle mobile : si le bail prévoit une indexation automatique annuelle, la révision triennale légale reste possible mais son articulation avec la clause contractuelle est complexe. L'article L.145-39 du Code de commerce permet au preneur de demander une révision si l'indexation a entraîné une hausse de plus de 25 % par rapport au loyer initialement fixé.
  • Activité mixte commerciale et tertiaire : le choix entre ILC et ILAT dépend de l'activité principale exercée, ce qui peut donner lieu à contestation.

Les 5 erreurs les plus fréquentes

  1. Utiliser l'ICC pour un bail conclu après juin 2014 : cet indice n'est plus applicable aux baux postérieurs à la loi Pinel.
  2. Envoyer la lettre avant l'expiration de la période triennale : la demande est prématurée et donc nulle.
  3. Omettre le détail du calcul : le preneur peut contester une demande dont il ne peut vérifier le fondement chiffré.
  4. Confondre révision triennale et indexation contractuelle : ces deux mécanismes obéissent à des règles distinctes et ne se substituent pas l'un à l'autre.
  5. Envoyer la lettre par courrier simple ou par e-mail : l'absence de LRAR ou d'acte extrajudiciaire prive la demande de toute portée juridique.
Face à un bail atypique ou à un désaccord du preneur, l'intervention d'un avocat spécialisé permet de sécuriser la procédure de révision et d'anticiper un éventuel contentieux.
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FAQ

La lettre d'augmentation de loyer commercial peut-elle être envoyée par e-mail ?

Non. L'article L.145-37 du Code de commerce exige un envoi par acte extrajudiciaire (huissier) ou par lettre recommandée avec accusé de réception. Un e-mail, même avec accusé de lecture, ne satisfait pas cette exigence. La demande envoyée par voie électronique non certifiée est juridiquement inopposable au preneur.

Quel indice utiliser pour un bail commercial signé en 2023 ?

Pour un bail conclu après le 18 juin 2014, l'indice applicable est l'ILC (activités commerciales et artisanales) ou l'ILAT (activités tertiaires et professions libérales). L'ICC ne peut plus être utilisé comme indice de référence pour les baux postérieurs à la loi Pinel, sauf clause contraire dans un bail antérieur non renouvelé.

Que se passe-t-il si le preneur ne répond pas à la lettre de révision ?

Le silence du preneur ne vaut pas acceptation. Le bailleur dispose d'un délai de 2 ans à compter de la date de notification pour saisir le juge des loyers commerciaux du tribunal judiciaire compétent (article L.145-60 du Code de commerce). Passé ce délai, la demande de révision est prescrite.

Peut-on cumuler révision triennale et clause d'échelle mobile ?

Oui, les deux mécanismes coexistent. La clause d'échelle mobile ajuste le loyer automatiquement selon l'indice contractuel, tandis que la révision triennale permet de réaligner le loyer sur la valeur locative. Toutefois, si l'indexation a provoqué une hausse supérieure à 25 % par rapport au loyer initial, le preneur peut demander une révision judiciaire en application de l'article L.145-39 du Code de commerce.

La lettre de révision doit-elle être rédigée par un avocat ?

Aucune obligation légale n'impose le recours à un avocat pour rédiger la lettre. En revanche, dans les situations complexes (bail mixte, activité multiple, contestation prévisible du preneur), l'intervention d'un professionnel du droit réduit le risque d'erreur formelle ou de calcul susceptible d'entraîner l'inopposabilité de la demande.

Pour aller plus loin

Article L145-38 du Code de commerce - Révision du loyer du bail commercial - Légifrance

Bail commercial : fixer et réviser le loyer - Service-Public.fr

Bail commercial et bail professionnel : quel indice de référence utiliser - Service-Public.fr

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