Formation pendant un CDI : obligations employeur et procédure RH en 2026

Guides & Ressources pratiques
08 Apr 2026
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11
min
Points clés de l'article
  1. Tout salarié en CDI dispose d'un droit d'accès à la formation, encadré par le Code du travail et renforcé par l'obligation d'employabilité pesant sur l'employeur.
  2. Trois dispositifs principaux coexistent : le CPF (initiative du salarié), le plan de développement des compétences (initiative de l'employeur) et le projet de transition professionnelle (reconversion).
  3. Le régime de rémunération et d'autorisation d'absence diffère selon que la formation se déroule sur le temps de travail ou en dehors.
  4. L'employeur peut refuser une demande de CPF sur temps de travail, mais uniquement pour des motifs précis et dans des délais encadrés.
  5. Une procédure RH structurée — de la réception de la demande à la reprise de poste — limite les risques de contentieux liés au manquement à l'employabilité ou au refus abusif.

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Sommaire

Cadre légal : la formation, un droit pour tout salarié en CDI

Les 3 dispositifs mobilisables côté entreprise : CPF, plan de développement des compétences, projet de transition professionnelle

Formation sur le temps de travail ou hors temps de travail : ce qui change pour l'employeur

Obligations de l'employeur et cas de refus opposables à une demande CPF

Procédure RH pas à pas : de la réception de la demande à la reprise de poste

Risques juridiques et erreurs fréquentes (manquement à l'employabilité, refus abusif)

Checklist RH : documents à sécuriser et preuves à conserver

FAQ

Pour aller plus loin

Cadre légal : la formation, un droit pour tout salarié en CDI

La formation pendant un CDI n'est pas une faveur accordée par l'employeur. C'est un droit inscrit dans le Code du travail, articulé autour de deux piliers complémentaires.

Le premier pilier relève de l'initiative du salarié. L'article L. 6311-1 du Code du travail pose le principe selon lequel la formation professionnelle continue constitue une obligation nationale. Chaque salarié en CDI peut mobiliser son compte personnel de formation (CPF), cumuler des droits à formation et engager un parcours certifiant ou qualifiant, y compris sans l'accord de son employeur lorsque la formation se déroule hors temps de travail.

Le second pilier repose sur l'employeur. L'article L. 6321-1 impose à toute entreprise d'assurer l'adaptation de ses salariés à leur poste de travail et de veiller au maintien de leur capacité à occuper un emploi. Cette obligation d'employabilité ne se limite pas à une déclaration d'intention : elle engage la responsabilité juridique de l'employeur en cas de carence avérée.

En pratique, cette double logique signifie que le DRH gère simultanément des demandes individuelles émanant des salariés et des obligations proactives de formation portées par l'entreprise. L'entretien professionnel obligatoire tous les 2 ans (article L. 6315-1) constitue le point de contrôle périodique de cette obligation. Tous les 6 ans, un état des lieux récapitulatif vérifie que le salarié a bénéficié d'au moins une action de formation, d'une progression salariale ou professionnelle, et d'une certification. Le non-respect de ces critères dans les entreprises de 50 salariés et plus déclenche un abondement correctif de 3 000 € sur le CPF du salarié concerné.

Les 3 dispositifs mobilisables côté entreprise : CPF, plan de développement des compétences, projet de transition professionnelle

Trois mécanismes juridiques distincts permettent de financer et organiser une formation pendant un CDI. Chacun répond à une logique différente, avec des règles propres en matière d'initiative, de financement et de maintien de rémunération.

CritèreCPFPlan de développement des compétencesProjet de transition professionnelle (PTP)
InitiativeSalariéEmployeurSalarié
Ancienneté requiseAucune (droits acquis dès l'embauche)Aucune24 mois d'activité salariée dont 12 dans l'entreprise
FinancementDroits CPF du salarié (Caisse des Dépôts)Budget formation de l'entrepriseTransitions Pro (CPIR)
Rémunération maintenueOui si formation sur temps de travail et accord employeurOui (formation = temps de travail effectif)Oui, prise en charge par Transitions Pro
Accord employeur requisUniquement si formation sur temps de travailNon (c'est l'employeur qui décide)Accord sur l'absence, pas sur le choix de formation

Le CPF : un droit individuel, un impact collectif

Le CPF est alimenté à hauteur de 500 € par an pour un salarié à temps plein, plafonné à 5 000 € (800 € et 8 000 € pour les salariés non qualifiés). Depuis 2023, un reste à charge de 100 € s'applique au salarié, sauf si l'employeur ou un accord de branche prend en charge ce montant. Le DRH n'a pas de droit de regard sur le contenu de la formation choisie via le CPF, mais il intervient dès que la formation empiète sur le temps de travail.

Le plan de développement des compétences : le levier de l'employeur

Ce dispositif remplace l'ancien plan de formation depuis la loi du 5 septembre 2018. L'employeur y inscrit les actions qu'il juge nécessaires à l'adaptation au poste ou au développement des compétences. Le salarié ne peut pas refuser une formation inscrite au plan, sauf exceptions limitées (bilan de compétences, VAE, formation hors temps de travail).

Le projet de transition professionnelle : la reconversion encadrée

Le PTP permet au salarié de suivre une formation longue en vue d'un changement de métier ou de profession. La demande est adressée à l'employeur et à Transitions Pro. L'employeur ne peut pas s'opposer au projet lui-même, mais peut reporter l'absence dans des conditions strictement encadrées.

Chaque dispositif implique des obligations distinctes pour l'employeur en matière de conformité et de gestion des absences.
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Formation sur le temps de travail ou hors temps de travail : ce qui change pour l'employeur

La distinction entre formation sur le temps de travail et hors temps de travail détermine trois éléments : le maintien de la rémunération, la nécessité d'un accord préalable et le régime de protection sociale applicable.

Sur le temps de travail, toute action de formation inscrite au plan de développement des compétences constitue du temps de travail effectif (article L. 6321-2). Le salarié conserve sa rémunération intégrale et sa protection sociale. Pour le CPF, le salarié doit obtenir l'accord de l'employeur sur le calendrier de l'absence. La rémunération est alors maintenue.

Hors temps de travail, les règles diffèrent selon le dispositif. Dans le cadre du plan de développement des compétences, la formation hors temps de travail est possible uniquement avec l'accord écrit du salarié, dans la limite de 30 heures par an (ou 2 % du forfait pour les salariés au forfait). Le salarié peut revenir sur son accord dans un délai de 8 jours, sans que cela constitue une faute.

Pour le CPF mobilisé hors temps de travail, le salarié n'a aucune obligation d'informer son employeur. Il n'existe ni autorisation à demander, ni rémunération à maintenir.

SituationAccord employeurRémunérationProtection AT
Plan — sur temps de travailNon requis (décision employeur)Maintenue à 100 %Oui
Plan — hors temps de travailAccord écrit du salariéNon maintenueNon (sauf accord collectif)
CPF — sur temps de travailOui (sur le calendrier)Maintenue à 100 %Oui
CPF — hors temps de travailNon requisNon maintenueNon
PTP — sur temps de travailAccord sur l'absenceMaintenue (Transitions Pro)Oui

Obligations de l'employeur et cas de refus opposables à une demande CPF

L'employeur ne peut pas refuser l'utilisation du CPF en tant que telle. En revanche, lorsque la formation se déroule sur le temps de travail, il dispose d'un droit de réponse sur le calendrier de l'absence.

Le salarié doit formuler sa demande au moins 60 jours avant le début de la formation si celle-ci dure moins de 6 mois, et au moins 120 jours si elle dure 6 mois ou plus. L'employeur dispose alors de 30 jours calendaires pour répondre. L'absence de réponse dans ce délai vaut acceptation.

Les motifs de report ou de refus

L'employeur peut reporter la demande — pas la refuser définitivement — dans les cas suivants :

  • Désorganisation du service : l'absence du salarié compromet le fonctionnement normal de l'activité.
  • Dépassement du seuil d'absences simultanées : dans les entreprises de moins de 250 salariés, l'employeur peut reporter si le pourcentage de salariés simultanément absents au titre du CPF dépasse 2 % de l'effectif.
  • Accord d'entreprise ou de branche prévoyant des conditions spécifiques de report.

Le report ne peut excéder 9 mois à compter de la demande initiale. Tout refus non motivé ou systématique expose l'employeur à un risque de contentieux pour entrave au droit à la formation.

Pour le projet de transition professionnelle, l'employeur peut reporter l'absence de 9 mois maximum, uniquement s'il démontre que l'absence est préjudiciable à la production ou à la marche de l'entreprise. Il ne peut pas refuser le principe de la formation.

La gestion des demandes de formation en CDI nécessite une connaissance précise des délais légaux et des motifs de report opposables.
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Procédure RH pas à pas : de la réception de la demande à la reprise de poste

La sécurisation juridique d'une formation pendant un CDI repose sur une procédure formalisée. Voici les étapes à suivre pour le DRH.

Étape 1 : réception et qualification de la demande

Le salarié adresse sa demande par écrit (courrier ou email). Le DRH identifie le dispositif mobilisé (CPF, PTP, plan) et vérifie les conditions d'éligibilité : ancienneté, délai de prévenance, nature de la formation.

Étape 2 : instruction dans le délai légal

Pour une demande CPF sur temps de travail, la réponse doit intervenir dans les 30 jours calendaires. Le DRH évalue l'impact sur l'organisation du service et consulte le manager opérationnel. La réponse — acceptation, report motivé ou demande de précisions — est notifiée par écrit.

Étape 3 : formalisation de l'accord ou du report

En cas d'acceptation, un courrier confirme les dates d'absence, le maintien de rémunération et les conditions de retour. En cas de report, le courrier précise le motif légal invoqué et la nouvelle date proposée.

Étape 4 : gestion de l'absence

Pendant la formation, le contrat de travail est suspendu (PTP) ou le salarié est considéré en temps de travail effectif (plan de développement des compétences). Le DRH met à jour les outils de gestion des temps et informe le service paie.

Étape 5 : reprise de poste et suivi

Au retour du salarié, le DRH organise un entretien de reprise. Cet entretien n'est pas obligatoire pour une formation courte, mais il est recommandé pour toute absence supérieure à 2 semaines. Il permet de vérifier les acquis, d'adapter le poste si nécessaire et de documenter le parcours de formation dans le dossier individuel.

Risques juridiques et erreurs fréquentes (manquement à l'employabilité, refus abusif)

Le contentieux lié à la formation pendant un CDI se concentre autour de deux axes : le manquement à l'obligation d'employabilité et le refus abusif de formation.

Manquement à l'obligation d'employabilité

La Cour de cassation considère que l'employeur qui ne propose aucune formation pendant toute la durée du contrat manque à son obligation légale. Dans un arrêt du 5 octobre 2016 (Cass. soc., n° 15-13.594), la chambre sociale a condamné un employeur à verser des dommages et intérêts à un salarié licencié après 7 ans sans aucune action de formation. Le préjudice est évalué au cas par cas, mais les montants peuvent atteindre plusieurs mois de salaire.

L'abondement correctif de 3 000 € sur le CPF, applicable dans les entreprises de 50 salariés et plus, constitue une sanction automatique en cas de non-respect des obligations liées à l'entretien professionnel.

Refus abusif d'une demande de formation

Un refus systématique ou non motivé d'une demande CPF sur temps de travail peut être qualifié d'entrave au droit à la formation. Le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes pour obtenir réparation. Le risque est aggravé si le refus s'inscrit dans un contexte discriminatoire (âge, sexe, état de santé).

Erreurs fréquentes à éviter

  • Absence de réponse écrite dans le délai de 30 jours : vaut acceptation tacite.
  • Motivation insuffisante du report : un simple « contraintes de service » ne constitue pas un motif recevable.
  • Défaut de traçabilité des entretiens professionnels : rend impossible la preuve du respect de l'obligation d'employabilité.
  • Confusion entre les dispositifs : appliquer les règles du plan de développement des compétences à une demande CPF, par exemple.
Un accompagnement juridique en amont permet d'anticiper ces risques et de structurer une politique de formation conforme.
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Checklist RH : documents à sécuriser et preuves à conserver

La gestion documentaire constitue le socle de la conformité en matière de formation. Voici les pièces à conserver et leur durée de conservation recommandée.

  • Comptes rendus des entretiens professionnels (tous les 2 ans) — conservation : durée du contrat + 6 ans
  • État des lieux récapitulatif à 6 ans — conservation : durée du contrat + 6 ans
  • Demandes de formation écrites des salariés (CPF, PTP) — conservation : 5 ans minimum
  • Réponses écrites de l'employeur (acceptation, report motivé) — conservation : 5 ans minimum
  • Conventions de formation signées avec l'organisme de formation — conservation : 5 ans après la fin de la formation
  • Attestations de présence et certificats de réalisation — conservation : 5 ans
  • Bulletins de paie mentionnant le maintien de rémunération pendant la formation — conservation : 5 ans (obligation légale)
  • Plan de développement des compétences annuel et avis du CSE — conservation : durée du mandat CSE + 3 ans
DocumentDélai de conservationFondement
Entretiens professionnelsDurée du contrat + 6 ansArt. L. 6315-1 C. trav.
Demandes et réponses CPF5 ansPrescription civile (art. 2224 C. civ.)
Conventions de formation5 ans après fin de formationObligation comptable et sociale
Plan de développement des compétencesDurée du mandat CSE + 3 ansArt. L. 2312-26 C. trav.

Cette traçabilité permet de démontrer, en cas de contrôle ou de contentieux, que l'entreprise a respecté ses obligations légales en matière de formation et de maintien de l'employabilité de ses salariés en CDI.

FAQ

Un salarié en CDI peut-il suivre une formation sans l'accord de son employeur ?

Oui, lorsque la formation se déroule hors temps de travail. Le salarié mobilise alors son CPF librement, sans informer ni obtenir l'accord de l'employeur. En revanche, toute formation sur le temps de travail nécessite l'accord de l'employeur sur le calendrier de l'absence.

L'employeur peut-il refuser définitivement une demande de CPF ?

Non. L'employeur peut uniquement reporter la demande, pour une durée maximale de 9 mois, en invoquant un motif légitime tel que la désorganisation du service. L'absence de réponse dans les 30 jours suivant la demande vaut acceptation.

Que risque une entreprise qui ne forme jamais ses salariés ?

L'employeur s'expose à une condamnation pour manquement à l'obligation d'adaptation et de maintien de l'employabilité (article L. 6321-1 du Code du travail). Les dommages et intérêts peuvent atteindre plusieurs mois de salaire. Dans les entreprises de 50 salariés et plus, un abondement correctif de 3 000 € par salarié concerné s'applique automatiquement en cas de non-respect des obligations liées à l'entretien professionnel.

Le salarié est-il rémunéré pendant sa formation ?

Cela dépend du dispositif et du moment de la formation. Sur le temps de travail, la rémunération est maintenue à 100 % dans le cadre du plan de développement des compétences et du CPF. Pour le projet de transition professionnelle, c'est Transitions Pro qui prend en charge la rémunération. Hors temps de travail, aucune rémunération n'est due.

Quels documents le DRH doit-il conserver en cas de contrôle ?

Les pièces essentielles sont les comptes rendus d'entretiens professionnels, les demandes de formation et les réponses écrites de l'employeur, les conventions de formation, les attestations de présence et le plan de développement des compétences avec l'avis du CSE. La durée de conservation recommandée varie de 5 ans à la durée du contrat augmentée de 6 ans selon les documents.

Pour aller plus loin

Article L6321-1 du Code du travail - Légifrance

Quels sont les différents dispositifs de formation du salarié du secteur privé ? - Service-Public.fr

Formation professionnelle : obligations des employeurs et droits des salariés - Ministère de l’Économie

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