ESRS CSRD : définition, liste des normes et obligations

Guides & Ressources pratiques
15 Jun 2026
-
8 min de lecture
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Points clés de l'article
  1. Les ESRS (European Sustainability Reporting Standards) sont les 12 normes techniques qui définissent le contenu du reporting de durabilité imposé par la CSRD.
  2. Elles couvrent 3 piliers — environnement, social, gouvernance — avec 2 normes transversales obligatoires et 10 normes thématiques soumises à une analyse de double matérialité.
  3. La double matérialité impose d'évaluer à la fois l'impact de l'entreprise sur son environnement et l'impact des enjeux de durabilité sur sa situation financière.
  4. Le calendrier d'application s'étend de 2025 à 2029 selon la taille et le statut de l'entreprise.
  5. La direction juridique joue un rôle central : elle pilote l'analyse de matérialité, sécurise la conformité du reporting et prépare l'audit externe.

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Sommaire

Que sont les normes ESRS dans la CSRD ?

Liste des 12 normes ESRS par catégorie

Le principe de double matérialité expliqué

Quelles entreprises sont concernées par les ESRS ?

Obligations de reporting et normes matérielles à publier

Rôle de la direction juridique dans la conformité ESRS

FAQ

Pour aller plus loin

Que sont les normes ESRS dans la CSRD ?

Les ESRS (European Sustainability Reporting Standards) constituent le référentiel technique du reporting de durabilité européen. Adoptées par la Commission européenne via le règlement délégué 2023/2772 du 31 juillet 2023, ces normes précisent ce que les entreprises soumises à la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) doivent publier, selon quel format et avec quel niveau de détail.

La CSRD, entrée en vigueur le 5 janvier 2023, remplace la directive NFRD (Non-Financial Reporting Directive) de 2014. Elle élargit le périmètre des entreprises concernées — de 11 700 à environ 50 000 en Europe — et impose un reporting standardisé, auditable par un tiers indépendant. Les ESRS en sont l'ossature opérationnelle.

Concrètement, les ESRS définissent les indicateurs (datapoints) à renseigner, les informations qualitatives à fournir et la méthodologie à suivre. L'EFRAG (European Financial Reporting Advisory Group) a élaboré ces normes, que la Commission a ensuite validées sous forme d'acte délégué. Le corpus comprend 12 normes, réparties en normes transversales et normes thématiques.

Liste des 12 normes ESRS par catégorie

Les 12 normes ESRS se répartissent en 3 blocs : transversal, environnement et social/gouvernance. Le tableau ci-dessous présente l'ensemble du référentiel.

Normes transversales (obligatoires pour toutes les entreprises)

NormeIntituléObjet
ESRS 1Exigences généralesPrincipes de reporting, périmètre, chaîne de valeur
ESRS 2Informations généralesGouvernance, stratégie, gestion des impacts, indicateurs transversaux

Normes environnementales

NormeIntituléObjet
ESRS E1Changement climatiqueÉmissions GES (scopes 1, 2, 3), trajectoire de décarbonation
ESRS E2PollutionPollution de l'air, de l'eau, des sols, substances préoccupantes
ESRS E3Eau et ressources marinesConsommation d'eau, impact sur les écosystèmes aquatiques
ESRS E4Biodiversité et écosystèmesUtilisation des sols, impact sur la faune et la flore
ESRS E5Utilisation des ressources et économie circulaireFlux de matières, déchets, conception circulaire

Normes sociales et de gouvernance

NormeIntituléObjet
ESRS S1Effectifs de l'entrepriseConditions de travail, égalité, santé-sécurité
ESRS S2Travailleurs de la chaîne de valeurDroits humains chez les fournisseurs et sous-traitants
ESRS S3Communautés affectéesImpacts sur les populations locales
ESRS S4Consommateurs et utilisateurs finauxSécurité des produits, protection des données, accessibilité
ESRS G1Conduite des affairesCorruption, lobbying, pratiques de paiement, culture d'entreprise

Les normes ESRS 1 et ESRS 2 s'appliquent sans condition. Les 10 normes thématiques (E1 à G1) ne sont à publier que si l'analyse de double matérialité les identifie comme pertinentes.

Le principe de double matérialité expliqué

La double matérialité est le filtre central des ESRS. Elle détermine quelles normes thématiques l'entreprise doit effectivement renseigner.

Ce principe combine deux perspectives. La matérialité d'impact évalue les effets positifs ou négatifs de l'entreprise sur les personnes et l'environnement. La matérialité financière mesure les risques et opportunités que les enjeux de durabilité font peser sur la performance économique de l'entreprise. Un sujet est matériel dès qu'il satisfait l'une ou l'autre de ces perspectives.

Par exemple, une entreprise industrielle peut identifier le changement climatique (ESRS E1) comme matériel sous les deux angles : ses émissions de CO₂ affectent le climat (impact), et le prix du carbone dans le système EU ETS affecte ses coûts de production (financier). En revanche, la norme ESRS E3 sur l'eau pourrait ne pas être matérielle pour une société de services numériques dont la consommation hydrique est négligeable.

L'analyse de double matérialité doit être documentée, reproductible et auditable. L'ESRS 1 impose d'expliquer la méthodologie retenue, les parties prenantes consultées et les seuils appliqués. Toute exclusion d'une norme thématique doit être justifiée dans le rapport.

Structurer une analyse de double matérialité conforme exige une coordination entre expertise juridique, financière et opérationnelle.
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Quelles entreprises sont concernées par les ESRS ?

Le calendrier d'application de la CSRD — et donc des ESRS — suit un déploiement progressif sur 4 vagues.

VagueExercice de référencePublicationEntreprises concernées
120242025Entreprises déjà soumises à la NFRD (> 500 salariés, cotées)
220252026Grandes entreprises dépassant 2 des 3 seuils : 250 salariés, 50 M€ de CA, 25 M€ de bilan
320262027PME cotées (sauf micro-entreprises), avec possibilité de report à 2028
420282029Filiales européennes de groupes non-UE réalisant plus de 150 M€ de CA dans l'UE

En France, la transposition a été effectuée par l'ordonnance n° 2023-1142 du 6 décembre 2023. L'Autorité des normes comptables (ANC) a précisé les modalités d'intégration dans le rapport de gestion. Le commissaire aux comptes ou un organisme tiers indépendant accrédité (OTI) certifie le reporting avec, dans un premier temps, une assurance limitée, avant un passage prévu à l'assurance raisonnable.

Obligations de reporting et normes matérielles à publier

Le reporting ESRS s'intègre dans le rapport de gestion de l'entreprise, au format électronique XHTML balisé en iXBRL (taxonomie EFRAG). Cette exigence de format numérique vise à rendre les données comparables et exploitables par les investisseurs et les régulateurs.

Pour chaque norme thématique jugée matérielle, l'entreprise doit publier 3 types d'informations :

  • Politiques et actions : stratégies adoptées, objectifs fixés, plans d'action déployés.
  • Indicateurs quantitatifs (metrics) : données chiffrées, historiques et prospectives.
  • Cibles (targets) : objectifs mesurables avec échéances et trajectoires.

L'ESRS 2, obligatoire pour tous, impose la publication d'informations sur la gouvernance de la durabilité, le modèle d'affaires, la stratégie et la gestion des risques. Il contient à lui seul plus de 100 datapoints.

Les entreprises de la vague 1 (exercice 2024) bénéficient de dispositions transitoires : elles peuvent reporter d'un an la publication de certains indicateurs liés à la chaîne de valeur (ESRS S2, S3, S4) et à la biodiversité (ESRS E4). Les entreprises de moins de 750 salariés disposent d'un délai supplémentaire pour les émissions de scope 3.

La conformité ESRS implique de coordonner collecte de données, validation juridique et préparation à l'audit.
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Rôle de la direction juridique dans la conformité ESRS

La direction juridique occupe une position de coordination dans le dispositif ESRS. Son intervention porte sur 4 axes.

Pilotage de l'analyse de matérialité. Le directeur juridique s'assure que la méthodologie respecte les exigences de l'ESRS 1, que les exclusions de normes sont documentées et que le processus résiste à un contrôle de l'auditeur. Il vérifie la traçabilité des consultations de parties prenantes.

Sécurisation du contenu publié. Le rapport de durabilité engage la responsabilité de l'entreprise. Toute information inexacte ou trompeuse expose à des sanctions (amende, injonction de l'AMF pour les sociétés cotées) et à un risque réputationnel. La direction juridique valide la cohérence entre les déclarations ESG et les engagements contractuels ou réglementaires existants.

Articulation avec les autres obligations. Les ESRS interagissent avec le devoir de vigilance (loi française de 2017 et directive CS3D), la taxonomie verte européenne et le règlement SFDR. Le directeur juridique cartographie ces chevauchements pour éviter les contradictions entre les différents rapports.

Préparation de l'audit. L'auditeur externe vérifie la conformité du reporting aux ESRS. La direction juridique prépare la documentation probante : procès-verbaux de gouvernance, méthodologie de matérialité, preuves de collecte des données. Elle anticipe les demandes de l'OTI et structure les échanges internes.

Pour les directions juridiques dont l'équipe est dimensionnée pour le contentieux et le contractuel, l'ajout de la conformité ESRS représente une charge réglementaire supplémentaire qui peut nécessiter un renfort spécialisé ponctuel.

FAQ

Quelle est la différence entre CSRD et ESRS ?

La CSRD est la directive européenne qui impose le reporting de durabilité. Les ESRS sont les normes techniques qui détaillent le contenu, le format et la méthodologie de ce reporting. La CSRD fixe le cadre légal ; les ESRS en définissent les règles opérationnelles.

Toutes les normes ESRS sont-elles obligatoires ?

Non. Seules les normes ESRS 1 et ESRS 2 s'appliquent à toutes les entreprises concernées. Les 10 normes thématiques (E1 à G1) ne sont à publier que si l'analyse de double matérialité les identifie comme pertinentes pour l'entreprise.

Qui audite le reporting ESRS ?

En France, le commissaire aux comptes ou un organisme tiers indépendant accrédité (OTI) certifie le rapport de durabilité. L'audit porte d'abord sur une assurance limitée, avec un passage prévu à l'assurance raisonnable dans les années suivantes.

Quand les PME cotées doivent-elles appliquer les ESRS ?

Les PME cotées relèvent de la vague 3 : elles doivent publier leur premier rapport ESRS sur l'exercice 2026 (publication en 2027), avec une possibilité de report à l'exercice 2028. Des normes ESRS simplifiées (LSME) leur sont dédiées.

L'analyse de double matérialité peut-elle exclure toutes les normes thématiques ?

En théorie, oui. En pratique, l'exclusion de toutes les normes thématiques serait difficile à justifier auprès de l'auditeur. L'entreprise doit documenter chaque exclusion avec une méthodologie reproductible et des arguments factuels solides.

Pour aller plus loin

Tout savoir sur la CSRD - economie.gouv.fr

Applicable depuis le 1er janvier 2024, qu’est-ce que la directive CSRD ? - Entreprendre.Service-Public.fr

Quick fix des ESRS : ajustements de la Commission européenne - Direction générale du Trésor

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