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Que sont les normes ESRS dans la CSRD ?
Liste des 12 normes ESRS par catégorie
Le principe de double matérialité expliqué
Quelles entreprises sont concernées par les ESRS ?
Obligations de reporting et normes matérielles à publier
Rôle de la direction juridique dans la conformité ESRS
Les ESRS (European Sustainability Reporting Standards) constituent le référentiel technique du reporting de durabilité européen. Adoptées par la Commission européenne via le règlement délégué 2023/2772 du 31 juillet 2023, ces normes précisent ce que les entreprises soumises à la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) doivent publier, selon quel format et avec quel niveau de détail.
La CSRD, entrée en vigueur le 5 janvier 2023, remplace la directive NFRD (Non-Financial Reporting Directive) de 2014. Elle élargit le périmètre des entreprises concernées — de 11 700 à environ 50 000 en Europe — et impose un reporting standardisé, auditable par un tiers indépendant. Les ESRS en sont l'ossature opérationnelle.
Concrètement, les ESRS définissent les indicateurs (datapoints) à renseigner, les informations qualitatives à fournir et la méthodologie à suivre. L'EFRAG (European Financial Reporting Advisory Group) a élaboré ces normes, que la Commission a ensuite validées sous forme d'acte délégué. Le corpus comprend 12 normes, réparties en normes transversales et normes thématiques.
Les 12 normes ESRS se répartissent en 3 blocs : transversal, environnement et social/gouvernance. Le tableau ci-dessous présente l'ensemble du référentiel.
| Norme | Intitulé | Objet |
|---|---|---|
| ESRS 1 | Exigences générales | Principes de reporting, périmètre, chaîne de valeur |
| ESRS 2 | Informations générales | Gouvernance, stratégie, gestion des impacts, indicateurs transversaux |
| Norme | Intitulé | Objet |
|---|---|---|
| ESRS E1 | Changement climatique | Émissions GES (scopes 1, 2, 3), trajectoire de décarbonation |
| ESRS E2 | Pollution | Pollution de l'air, de l'eau, des sols, substances préoccupantes |
| ESRS E3 | Eau et ressources marines | Consommation d'eau, impact sur les écosystèmes aquatiques |
| ESRS E4 | Biodiversité et écosystèmes | Utilisation des sols, impact sur la faune et la flore |
| ESRS E5 | Utilisation des ressources et économie circulaire | Flux de matières, déchets, conception circulaire |
| Norme | Intitulé | Objet |
|---|---|---|
| ESRS S1 | Effectifs de l'entreprise | Conditions de travail, égalité, santé-sécurité |
| ESRS S2 | Travailleurs de la chaîne de valeur | Droits humains chez les fournisseurs et sous-traitants |
| ESRS S3 | Communautés affectées | Impacts sur les populations locales |
| ESRS S4 | Consommateurs et utilisateurs finaux | Sécurité des produits, protection des données, accessibilité |
| ESRS G1 | Conduite des affaires | Corruption, lobbying, pratiques de paiement, culture d'entreprise |
Les normes ESRS 1 et ESRS 2 s'appliquent sans condition. Les 10 normes thématiques (E1 à G1) ne sont à publier que si l'analyse de double matérialité les identifie comme pertinentes.
La double matérialité est le filtre central des ESRS. Elle détermine quelles normes thématiques l'entreprise doit effectivement renseigner.
Ce principe combine deux perspectives. La matérialité d'impact évalue les effets positifs ou négatifs de l'entreprise sur les personnes et l'environnement. La matérialité financière mesure les risques et opportunités que les enjeux de durabilité font peser sur la performance économique de l'entreprise. Un sujet est matériel dès qu'il satisfait l'une ou l'autre de ces perspectives.
Par exemple, une entreprise industrielle peut identifier le changement climatique (ESRS E1) comme matériel sous les deux angles : ses émissions de CO₂ affectent le climat (impact), et le prix du carbone dans le système EU ETS affecte ses coûts de production (financier). En revanche, la norme ESRS E3 sur l'eau pourrait ne pas être matérielle pour une société de services numériques dont la consommation hydrique est négligeable.
L'analyse de double matérialité doit être documentée, reproductible et auditable. L'ESRS 1 impose d'expliquer la méthodologie retenue, les parties prenantes consultées et les seuils appliqués. Toute exclusion d'une norme thématique doit être justifiée dans le rapport.
Structurer une analyse de double matérialité conforme exige une coordination entre expertise juridique, financière et opérationnelle.
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Le calendrier d'application de la CSRD — et donc des ESRS — suit un déploiement progressif sur 4 vagues.
| Vague | Exercice de référence | Publication | Entreprises concernées |
|---|---|---|---|
| 1 | 2024 | 2025 | Entreprises déjà soumises à la NFRD (> 500 salariés, cotées) |
| 2 | 2025 | 2026 | Grandes entreprises dépassant 2 des 3 seuils : 250 salariés, 50 M€ de CA, 25 M€ de bilan |
| 3 | 2026 | 2027 | PME cotées (sauf micro-entreprises), avec possibilité de report à 2028 |
| 4 | 2028 | 2029 | Filiales européennes de groupes non-UE réalisant plus de 150 M€ de CA dans l'UE |
En France, la transposition a été effectuée par l'ordonnance n° 2023-1142 du 6 décembre 2023. L'Autorité des normes comptables (ANC) a précisé les modalités d'intégration dans le rapport de gestion. Le commissaire aux comptes ou un organisme tiers indépendant accrédité (OTI) certifie le reporting avec, dans un premier temps, une assurance limitée, avant un passage prévu à l'assurance raisonnable.
Le reporting ESRS s'intègre dans le rapport de gestion de l'entreprise, au format électronique XHTML balisé en iXBRL (taxonomie EFRAG). Cette exigence de format numérique vise à rendre les données comparables et exploitables par les investisseurs et les régulateurs.
Pour chaque norme thématique jugée matérielle, l'entreprise doit publier 3 types d'informations :
L'ESRS 2, obligatoire pour tous, impose la publication d'informations sur la gouvernance de la durabilité, le modèle d'affaires, la stratégie et la gestion des risques. Il contient à lui seul plus de 100 datapoints.
Les entreprises de la vague 1 (exercice 2024) bénéficient de dispositions transitoires : elles peuvent reporter d'un an la publication de certains indicateurs liés à la chaîne de valeur (ESRS S2, S3, S4) et à la biodiversité (ESRS E4). Les entreprises de moins de 750 salariés disposent d'un délai supplémentaire pour les émissions de scope 3.
La conformité ESRS implique de coordonner collecte de données, validation juridique et préparation à l'audit.
Accéder à des avocats en conformité et vigilance
La direction juridique occupe une position de coordination dans le dispositif ESRS. Son intervention porte sur 4 axes.
Pilotage de l'analyse de matérialité. Le directeur juridique s'assure que la méthodologie respecte les exigences de l'ESRS 1, que les exclusions de normes sont documentées et que le processus résiste à un contrôle de l'auditeur. Il vérifie la traçabilité des consultations de parties prenantes.
Sécurisation du contenu publié. Le rapport de durabilité engage la responsabilité de l'entreprise. Toute information inexacte ou trompeuse expose à des sanctions (amende, injonction de l'AMF pour les sociétés cotées) et à un risque réputationnel. La direction juridique valide la cohérence entre les déclarations ESG et les engagements contractuels ou réglementaires existants.
Articulation avec les autres obligations. Les ESRS interagissent avec le devoir de vigilance (loi française de 2017 et directive CS3D), la taxonomie verte européenne et le règlement SFDR. Le directeur juridique cartographie ces chevauchements pour éviter les contradictions entre les différents rapports.
Préparation de l'audit. L'auditeur externe vérifie la conformité du reporting aux ESRS. La direction juridique prépare la documentation probante : procès-verbaux de gouvernance, méthodologie de matérialité, preuves de collecte des données. Elle anticipe les demandes de l'OTI et structure les échanges internes.
Pour les directions juridiques dont l'équipe est dimensionnée pour le contentieux et le contractuel, l'ajout de la conformité ESRS représente une charge réglementaire supplémentaire qui peut nécessiter un renfort spécialisé ponctuel.
La CSRD est la directive européenne qui impose le reporting de durabilité. Les ESRS sont les normes techniques qui détaillent le contenu, le format et la méthodologie de ce reporting. La CSRD fixe le cadre légal ; les ESRS en définissent les règles opérationnelles.
Non. Seules les normes ESRS 1 et ESRS 2 s'appliquent à toutes les entreprises concernées. Les 10 normes thématiques (E1 à G1) ne sont à publier que si l'analyse de double matérialité les identifie comme pertinentes pour l'entreprise.
En France, le commissaire aux comptes ou un organisme tiers indépendant accrédité (OTI) certifie le rapport de durabilité. L'audit porte d'abord sur une assurance limitée, avec un passage prévu à l'assurance raisonnable dans les années suivantes.
Les PME cotées relèvent de la vague 3 : elles doivent publier leur premier rapport ESRS sur l'exercice 2026 (publication en 2027), avec une possibilité de report à l'exercice 2028. Des normes ESRS simplifiées (LSME) leur sont dédiées.
En théorie, oui. En pratique, l'exclusion de toutes les normes thématiques serait difficile à justifier auprès de l'auditeur. L'entreprise doit documenter chaque exclusion avec une méthodologie reproductible et des arguments factuels solides.
Tout savoir sur la CSRD - economie.gouv.fr
Quick fix des ESRS : ajustements de la Commission européenne - Direction générale du Trésor
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