
Jullian Hoareau

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Qu'est-ce qu'une convention de management fees ?
Les conditions de validité juridique
Le risque de nullité pour absence de cause
Déductibilité fiscale : critères et jurisprudence
Management fees et prix de transfert intragroupe
Sécuriser et rédiger votre convention de management fees
Une convention de management fees est un contrat par lequel une société mère ou une holding facture à ses filiales des prestations de direction, de gestion ou d'assistance. Ces prestations couvrent des fonctions transversales : stratégie, finance, ressources humaines, juridique, informatique ou encore compliance.
Le mécanisme est courant dans les groupes français. Selon une étude du Conseil national des barreaux publiée en 2022, plus de 70 % des holdings actives détenant au moins 2 filiales facturent des management fees. L'objectif est double : mutualiser des compétences au niveau du groupe et remonter de la trésorerie vers la holding pour couvrir ses charges de structure.
En pratique, la holding emploie des cadres dirigeants ou des experts qui interviennent au profit des filiales. La facturation prend la forme d'un forfait annuel, d'un pourcentage du chiffre d'affaires ou d'un prix calculé selon le temps passé. Ce flux financier intragroupe constitue une charge déductible pour la filiale et un produit imposable pour la holding.
Le problème survient lorsque la convention ne décrit pas précisément les prestations rendues. Sans formalisation rigoureuse, le DAF expose le groupe à un double risque : la nullité civile du contrat et le rejet de la déductibilité fiscale par l'administration.
La validité d'une convention de management fees repose sur les conditions de droit commun des contrats (articles 1128 et suivants du Code civil) et sur les règles propres aux conventions réglementées (article L. 225-38 du Code de commerce pour les SA, L. 223-19 pour les SARL).
Trois conditions cumulatives doivent être réunies :
| Condition | Exigence concrète | Conséquence si absente |
|---|---|---|
| Contrepartie réelle | Prestations effectivement rendues et documentées | Nullité pour absence de cause |
| Proportionnalité du prix | Rémunération en rapport avec la valeur des services | Requalification en acte anormal de gestion |
| Intérêt propre de la filiale | Bénéfice identifiable pour la filiale, distinct de l'intérêt du groupe | Abus de majorité ou abus de biens sociaux |
La procédure des conventions réglementées s'applique dès lors que le dirigeant de la holding est également mandataire social de la filiale. Le non-respect de cette procédure n'entraîne pas la nullité automatique, mais permet à tout associé de contester la convention si elle cause un préjudice à la société.
Le DAF doit veiller à ce que chaque convention contienne : la liste détaillée des prestations, les modalités de calcul du prix, les indicateurs de performance (KPI), les livrables attendus et la périodicité de facturation.
La structuration juridique et fiscale des flux intragroupe nécessite un accompagnement adapté à chaque configuration de groupe.
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Depuis la réforme du droit des contrats de 2016, la notion de « cause » a été remplacée par celle de « contrepartie » (article 1169 du Code civil). Un contrat dont la contrepartie est illusoire ou dérisoire est nul. Appliqué aux management fees, cela signifie qu'une facturation sans prestation réelle identifiable est privée d'effet juridique.
La Cour de cassation a confirmé cette analyse dans un arrêt du 14 septembre 2010 (chambre commerciale, n° 09-16.084) : une convention de management fees facturée à hauteur de 5 % du chiffre d'affaires de la filiale a été annulée, faute pour la holding de démontrer la réalité des prestations rendues.
Les indices retenus par les juges pour caractériser l'absence de contrepartie :
La nullité produit un effet rétroactif : la filiale peut exiger le remboursement de l'ensemble des sommes versées. Pour un DAF, le risque de trésorerie est direct et quantifiable.
L'administration fiscale examine les management fees sous l'angle de l'article 39-1 du CGI : une charge n'est déductible que si elle est engagée dans l'intérêt de l'exploitation, correspond à une prestation effective et n'est pas excessive.
Le Conseil d'État a fixé un cadre strict dans sa décision du 10 décembre 2020 (n° 426428) : la charge de la preuve de la réalité et du montant des prestations incombe à la société qui déduit. En cas de contrôle, le vérificateur demande systématiquement les contrats, les factures détaillées, les time sheets et les livrables.
| Critère fiscal | Ce que vérifie l'administration | Risque en cas de défaillance |
|---|---|---|
| Réalité de la prestation | Livrables, reporting, correspondances | Rejet de la déduction (article 39-1 CGI) |
| Niveau de prix | Comparaison avec des prestations de marché | Acte anormal de gestion |
| Intérêt de la filiale | Valeur ajoutée distincte des fonctions internes | Requalification en distribution occulte (article 111-c CGI) |
La requalification en distribution occulte entraîne une imposition au taux de 30 % (PFU) chez le bénéficiaire, assortie de pénalités de 40 % pour manquement délibéré. Sur un flux annuel de 500 000 €, le redressement peut atteindre 350 000 € en impôts et pénalités cumulés.
Un contrôle fiscal sur les flux intragroupe exige une documentation solide et une stratégie de réponse adaptée.
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Lorsque la holding et la filiale relèvent de juridictions fiscales différentes, ou lorsque le groupe dépasse les seuils légaux, les management fees entrent dans le champ des prix de transfert (article 57 du CGI et article L. 13 AA du LPF).
Depuis 2018, toute entreprise réalisant un chiffre d'affaires supérieur à 400 M€ ou détenue par un groupe dépassant ce seuil doit produire une documentation complète. En dessous de ce seuil, une documentation allégée reste exigible dès que les transactions intragroupe dépassent 100 000 € par nature.
Le choix de la méthode doit être cohérent avec la nature des prestations et documenté dans la politique de prix de transfert du groupe.
La rédaction d'une convention de management fees solide repose sur 6 éléments structurants :
Le DAF doit également s'assurer que la convention est cohérente avec la documentation prix de transfert du groupe et que les flux sont tracés dans la comptabilité analytique.
La sécurisation d'une convention de management fees combine droit des sociétés, droit fiscal et politique de prix de transfert.
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Non, aucune obligation légale n'impose la conclusion d'une telle convention. En revanche, toute facturation de prestations intragroupe sans contrat formalisé expose la filiale à un rejet de la déductibilité fiscale et à un risque de requalification en distribution occulte.
Il n'existe pas de seuil réglementaire. L'administration compare le montant facturé avec les prix pratiqués sur le marché pour des prestations équivalentes. Un taux de 2 % à 5 % du chiffre d'affaires de la filiale est fréquent, mais seule la justification par des éléments concrets (benchmarks, cost plus) sécurise la déduction.
La société qui déduit la charge doit prouver la réalité, le montant et l'intérêt des prestations facturées. Le Conseil d'État a confirmé cette règle dans sa décision du 10 décembre 2020 (n° 426428).
Oui, les prestations de gestion facturées entre sociétés distinctes sont soumises à la TVA au taux normal de 20 %. En cas de groupe intégré fiscalement, un régime de groupe TVA (article 256 C du CGI, applicable depuis 2023) peut neutraliser cette taxation sous conditions.
La convention doit démontrer un intérêt propre pour la filiale, distinct de celui de la holding. Le prix doit être proportionné à la valeur des prestations. La procédure des conventions réglementées doit être respectée, avec approbation en assemblée générale et rapport du commissaire aux comptes.
Article 39 - Code général des impôts - Légifrance
BIC - Frais et charges engagés dans l’intérêt de l’entreprise - BOFiP
Société anonyme (SA) : ce qu’il faut savoir - Entreprendre.Service-Public.fr
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