Congés payés et RTT : règles, différences et articulation (guide RH)

Guides & Ressources pratiques
13 Feb 2026
-
9
min
Points clés de l'article
  1. Les congés payés sont un droit légal (2,5 jours ouvrables par mois travaillé) ; les RTT résultent d'un accord collectif lié au passage aux 35 heures.
  2. L'acquisition, la pose et l'indemnisation obéissent à des règles distinctes : Code du travail pour les congés payés, accord d'entreprise ou de branche pour les RTT.
  3. Le cumul RTT + congés payés est licite, mais l'ordre de pose et les délais de prévenance doivent être formalisés dans une politique interne.
  4. En cas de maladie, de départ ou d'absence prolongée, le traitement des soldes diffère : les congés payés non pris sont indemnisés, les RTT peuvent être perdus si l'accord le prévoit.
  5. Un pilotage régulier des compteurs et une communication claire aux salariés réduisent le risque de contentieux et d'inégalité de traitement.

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Sommaire

Définition : congés payés et RTT en droit du travail

Cadre juridique : Code du travail, accord collectif et réduction du temps de travail

Acquisition : modes de calcul comparés (2,5 jours par mois vs forfait RTT)

Pose des jours : initiative employeur, salarié et délais de prévenance

Cumul et ordre : peut-on enchainer RTT et congés payés ?

Indemnisation : maintien de salaire vs règle du dixième

Cas pratiques : absence, maladie et sortie de l'entreprise

Bonnes pratiques RH pour piloter les soldes de compteurs

FAQ

Pour aller plus loin

Définition : congés payés et RTT en droit du travail

Les congés payés et RTT constituent les deux principaux mécanismes d'absence rémunérée en entreprise. Leur confusion est fréquente, alors que leur fondement juridique, leur mode d'acquisition et leur régime d'indemnisation divergent sur presque tous les points.

Les congés payés sont un droit garanti par le Code du travail (articles L. 3141-1 et suivants). Tout salarié, quel que soit son contrat, acquiert 2,5 jours ouvrables de congé par mois de travail effectif, soit 30 jours ouvrables (5 semaines) par an. Ce droit est d'ordre public : aucun accord collectif ne peut le réduire.

Les RTT (réduction du temps de travail) n'ont pas de base légale autonome. Ils découlent d'un accord collectif — d'entreprise ou de branche — conclu dans le cadre du passage aux 35 heures (lois Aubry de 1998 et 2000). Lorsqu'un salarié travaille au-delà de 35 heures hebdomadaires sans dépasser le plafond conventionnel (souvent 37 ou 39 heures), l'écart est compensé par l'attribution de jours de RTT. Sans accord, il n'y a pas de RTT.

Cette distinction a une conséquence directe pour le DRH : les congés payés relèvent d'un socle légal impératif, tandis que les RTT dépendent entièrement du contenu de l'accord applicable. Toute politique interne doit donc être construite sur deux référentiels distincts.

Cadre juridique : Code du travail, accord collectif et réduction du temps de travail

Le Code du travail fixe les règles minimales des congés payés : période de référence (1er juin – 31 mai, sauf accord dérogatoire), durée, fractionnement, ordre des départs et indemnisation. Depuis la décision du Conseil constitutionnel du 8 février 2024 et la loi du 22 avril 2024, les arrêts maladie non professionnels ouvrent également droit à l'acquisition de congés payés, dans la limite de 2 jours ouvrables par mois.

Pour les RTT, le cadre est exclusivement conventionnel. L'accord collectif détermine :

  • le nombre annuel de jours de RTT (souvent entre 8 et 12 selon la durée hebdomadaire retenue) ;
  • les modalités de prise (à l'initiative du salarié, de l'employeur, ou partagées) ;
  • les conditions de report ou de perte en fin de période ;
  • le traitement en cas de départ de l'entreprise.
CritèreCongés payésRTT
Source juridiqueCode du travail (L. 3141-1 et s.)Accord collectif d'entreprise ou de branche
CaractèreDroit d'ordre publicDroit conventionnel
Durée standard30 jours ouvrables / an8 à 12 jours / an (variable)
Période de référence1er juin – 31 mai (sauf accord)Année civile (le plus souvent)

Le DRH doit donc croiser systématiquement le Code du travail et l'accord RTT en vigueur pour construire une politique cohérente.

Articuler congés payés et RTT suppose une lecture précise de l'accord collectif applicable et du Code du travail.
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Acquisition : modes de calcul comparés (2,5 jours par mois vs forfait RTT)

L'acquisition des congés payés suit une règle arithmétique simple : 2,5 jours ouvrables par mois de travail effectif. Les périodes assimilées (congé maternité, accident du travail, et désormais maladie non professionnelle dans la limite légale) entrent dans le calcul. Un salarié présent toute la période de référence cumule 30 jours ouvrables.

Le calcul des RTT repose sur une logique différente. L'accord collectif fixe un forfait annuel, calculé chaque année en fonction du nombre de jours ouvrés, de jours fériés tombant un jour travaillé et de la durée hebdomadaire conventionnelle. Par exemple, pour une durée de 37 heures par semaine sur 228 jours travaillés en 2024, le calcul type donne environ 11 jours de RTT.

Deux différences pratiques à retenir :

  • Proratisation : les congés payés s'acquièrent mois par mois. Les RTT sont souvent attribués en début de période, puis régularisés en cas de départ ou d'absence prolongée.
  • Impact des absences : une absence non assimilée à du travail effectif réduit l'acquisition de congés payés. Pour les RTT, l'accord peut prévoir une réduction proportionnelle ou un maintien intégral selon la nature de l'absence.

Pose des jours : initiative employeur, salarié et délais de prévenance

La pose des congés payés obéit à un cadre légal précis. L'employeur fixe la période de prise et l'ordre des départs après consultation du CSE (article L. 3141-16). Le salarié formule des souhaits, mais c'est l'employeur qui tranche. Le délai de prévenance pour modifier les dates est d'au moins 1 mois avant le départ prévu, sauf circonstances exceptionnelles.

Pour les RTT, l'accord collectif répartit généralement l'initiative entre employeur et salarié. Un schéma courant : 50 % des jours à l'initiative de l'employeur (dits « jours employeur »), 50 % à l'initiative du salarié (dits « jours salarié »). Le délai de prévenance est fixé par l'accord ; à défaut de précision, un délai raisonnable de 7 jours est souvent retenu par la jurisprudence.

ParamètreCongés payésRTT
Initiative de la poseEmployeur (après souhaits du salarié)Partagée (selon l'accord)
Délai de prévenance légal1 mois minimumFixé par l'accord (souvent 7 jours)
FractionnementEncadré par la loi (15e et 5e jour)Libre sauf clause contraire
Consultation CSEObligatoireSelon l'accord
La gestion des délais de prévenance et de l'initiative de pose conditionne la conformité de la politique d'absences.
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Cumul et ordre : peut-on enchainer RTT et congés payés ?

Aucune disposition légale n'interdit à un salarié de poser des RTT immédiatement avant ou après des congés payés. L'enchaînement est donc licite, sauf si l'accord collectif ou une note de service le restreint expressément.

En pratique, le DRH doit anticiper 3 points :

  1. Durée maximale continue : le Code du travail limite le congé principal à 24 jours ouvrables consécutifs (sauf dérogation). Les RTT posés en complément ne sont pas soumis à ce plafond, mais l'absence totale cumulée peut poser un problème d'organisation.
  2. Ordre de décompte : lorsqu'un salarié enchaîne RTT et congés payés, le logiciel de paie doit distinguer clairement les deux compteurs. Un jour de RTT posé un vendredi suivi d'un lundi de congé payé ne génère pas les mêmes droits en cas de maladie survenant pendant l'absence.
  3. Égalité de traitement : refuser systématiquement le cumul à certains salariés sans justification objective expose l'employeur à un grief de discrimination. La politique doit être uniforme ou reposer sur des critères objectifs (continuité de service, effectif minimal).

Indemnisation : maintien de salaire vs règle du dixième

L'indemnité de congés payés se calcule selon la méthode la plus favorable au salarié entre deux options (article L. 3141-24) :

  • Maintien de salaire : le salarié perçoit la rémunération qu'il aurait touchée s'il avait travaillé.
  • Règle du dixième : l'indemnité est égale à 1/10e de la rémunération brute totale perçue pendant la période de référence.

L'employeur doit comparer les deux résultats et appliquer le plus élevé. Cette obligation est d'ordre public.

Pour les RTT, l'indemnisation est plus simple : le salarié perçoit son salaire habituel, comme un jour travaillé. Il n'y a ni comparaison ni calcul spécifique, sauf clause particulière de l'accord. En cas de rachat de RTT (dispositif de monétisation prévu par certains accords ou par la loi du 16 août 2022 sur le pouvoir d'achat), la majoration applicable est d'au moins 10 %, avec un régime social et fiscal spécifique.

Sécuriser le calcul de l'indemnité de congés payés et le traitement des RTT rachetés nécessite une analyse précise de l'accord collectif.
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Cas pratiques : absence, maladie et sortie de l'entreprise

Maladie pendant les congés payés. Depuis l'arrêt de la CJUE du 22 novembre 2011 (affaire KHS) et la loi française du 22 avril 2024, un salarié tombé malade pendant ses congés payés peut demander le report des jours non pris. L'employeur doit proposer une nouvelle période dans un délai de 15 mois. En revanche, si la maladie survient pendant des RTT, aucun texte légal ne prévoit de report automatique : seul l'accord collectif peut l'organiser.

Absence longue durée. Un salarié en arrêt maladie de 6 mois acquiert désormais 12 jours ouvrables de congés payés (2 jours × 6 mois). Pour les RTT, l'absence réduit le nombre de jours acquis proportionnellement au temps non travaillé, sauf disposition contraire de l'accord.

Sortie de l'entreprise. Les congés payés non pris donnent lieu à une indemnité compensatrice de congés payés (ICCP), versée avec le solde de tout compte. Cette indemnité est due quelle que soit la cause de la rupture, y compris en cas de faute grave (Cass. soc., 10 mai 2006). Pour les RTT, l'accord collectif détermine si les jours non pris sont indemnisés ou perdus. En l'absence de clause, la jurisprudence tend à imposer leur paiement lorsque l'employeur n'a pas mis le salarié en mesure de les prendre.

Bonnes pratiques RH pour piloter les soldes de compteurs

Un pilotage efficace des congés payés et RTT repose sur 5 leviers concrets :

  • Séparer les compteurs dans le SIRH. Chaque jour posé doit être imputé au bon compteur. Une erreur d'imputation fausse le calcul de l'ICCP et expose à un redressement URSSAF.
  • Fixer un calendrier de suivi trimestriel. Alerter les managers et les salariés sur les soldes restants permet d'éviter les reports massifs en fin de période.
  • Formaliser la politique de pose dans une note de service. Préciser les délais de prévenance, les règles de cumul et les périodes de fermeture réduit les litiges individuels.
  • Anticiper les régularisations de RTT. Lorsqu'un salarié quitte l'entreprise en cours d'année après avoir consommé plus de RTT que ses droits acquis, l'employeur peut retenir le trop-perçu sur le solde de tout compte si l'accord le prévoit.
  • Former les managers aux règles de base. Un refus de congé non motivé ou un traitement différencié entre salariés d'un même service constitue un risque contentieux identifié par les conseils de prud'hommes.
ActionFréquenceResponsable
Extraction des soldes de compteursTrimestrielleService paie / RH
Alerte salariés sur soldes élevésTrimestrielleManager + RH
Mise à jour de la note de serviceAnnuelleDRH
Audit de conformité accord RTTAnnuelleDRH + juridique
Formation managersÀ l'embauche + annuelleRH
Un audit régulier de l'accord RTT et des pratiques de pose protège l'entreprise contre les contentieux prud'homaux.
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FAQ

Un salarié peut-il refuser de poser ses RTT aux dates fixées par l'employeur ?

Non, lorsque l'accord collectif attribue une partie des RTT à l'initiative de l'employeur, le salarié est tenu de respecter les dates imposées, sous réserve du respect du délai de prévenance prévu par l'accord. En revanche, les jours « salarié » restent à sa libre initiative dans le cadre fixé.

Les RTT non pris en fin d'année sont-ils automatiquement perdus ?

Cela dépend de l'accord collectif. Certains accords prévoient un report limité (souvent 3 mois), d'autres imposent la perte des jours non consommés au 31 décembre. En l'absence de clause claire, l'employeur qui n'a pas mis le salarié en mesure de prendre ses RTT s'expose à devoir les indemniser.

Comment distinguer congés payés et RTT sur le bulletin de paie ?

Le bulletin de paie doit mentionner séparément les droits acquis, les jours pris et le solde restant pour chaque compteur. Cette obligation de transparence découle de l'article R. 3243-1 du Code du travail. Un compteur unique regroupant les deux types de jours constitue une irrégularité.

Un salarié à temps partiel a-t-il droit à des RTT ?

Oui, si l'accord collectif le prévoit et si la durée de travail du salarié dépasse 35 heures en moyenne sur la période de référence. En pratique, un salarié à temps partiel travaillant moins de 35 heures n'acquiert pas de RTT, sauf disposition conventionnelle plus favorable.

L'employeur peut-il imposer la prise de congés payés avant les RTT ?

Le Code du travail n'impose aucun ordre entre congés payés et RTT. Toutefois, l'employeur peut fixer un ordre de priorité dans une note de service ou un accord collectif, à condition de respecter le principe d'égalité de traitement et d'informer les salariés à l'avance.

Pour aller plus loin

Réduction du temps de travail (RTT) - Service-Public.fr

Congés payés et autres congés (articles L3141-1 à L3142-131) - Légifrance

Réduction du temps de travail (RTT) - Code du travail numérique (Ministère du Travail)

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