
Mise à pied conservatoire : rappel du mécanisme
Ordre chronologique : arrêt maladie avant ou après
Impact sur les indemnités journalières (IJSS)
Poursuivre la procédure disciplinaire pendant l'arrêt
Obligations de l'employeur envers la CPAM
Conséquences en cas d'annulation de la mesure
Checklist du directeur juridique face à ce cumul
La mise à pied conservatoire est une mesure d'urgence qui écarte un salarié de l'entreprise dans l'attente d'une sanction disciplinaire. Elle se distingue de la mise à pied disciplinaire sur un point essentiel : elle ne constitue pas une sanction en elle-même, mais une mesure provisoire adossée à une procédure de licenciement pour faute grave ou lourde.
Le Code du travail ne la définit pas directement. C'est la jurisprudence de la Cour de cassation qui en a fixé le régime. Concrètement, l'employeur notifie au salarié — par écrit ou oralement, bien que l'écrit soit fortement recommandé — qu'il est dispensé de se présenter à son poste. Le contrat de travail est alors suspendu. Le salarié ne perçoit plus de rémunération pendant cette période.
En contrepartie, l'employeur doit engager la procédure disciplinaire dans un délai restreint. La Cour de cassation considère qu'un délai déraisonnable entre la mise à pied conservatoire et la convocation à l'entretien préalable requalifie la mesure en mise à pied disciplinaire (Cass. soc., 30 octobre 2013, n° 12-22.962). Cette requalification interdit ensuite à l'employeur de prononcer un licenciement pour les mêmes faits, en application du principe non bis in idem.
Le mécanisme repose donc sur une logique de rapidité. Or, lorsqu'un arrêt maladie survient dans ce calendrier, la gestion de la procédure se complique sur plusieurs plans : indemnisation, convocation, délais.
Pour qu'une mise à pied conservatoire soit valide, 3 conditions doivent être réunies simultanément :
| Critère | Mise à pied conservatoire | Mise à pied disciplinaire |
|---|---|---|
| Nature | Mesure provisoire | Sanction |
| Durée | Non fixée à l'avance | Fixée à l'avance |
| Rémunération | Suspendue, régularisée si licenciement pour faute grave | Suspendue définitivement |
| Procédure associée | Licenciement obligatoire | Aucune procédure complémentaire |
| Requalification possible | Oui, si délai excessif | Non applicable |
L'articulation entre arrêt maladie et mise à pied conservatoire dépend de la chronologie des événements. Deux scénarios se présentent, et chacun produit des effets juridiques distincts.
Le salarié est déjà en arrêt lorsque l'employeur décide de notifier la mise à pied conservatoire. Dans ce cas, le contrat de travail est déjà suspendu pour cause de maladie. La mise à pied conservatoire vient ajouter une seconde cause de suspension.
La Cour de cassation a tranché : la mise à pied conservatoire peut être notifiée à un salarié en arrêt maladie (Cass. soc., 21 octobre 2009, n° 08-43.219). L'arrêt maladie ne fait pas obstacle à l'engagement de la procédure disciplinaire. En revanche, le salarié continue de bénéficier des indemnités journalières de la Sécurité sociale (IJSS) puisque son arrêt maladie a été prescrit avant la mise à pied.
Le salarié est mis à pied, puis se retrouve en arrêt maladie quelques jours plus tard. Le contrat était déjà suspendu au titre de la mise à pied. L'arrêt maladie intervient alors que le salarié ne fournit plus de prestation de travail.
Dans cette configuration, le droit aux IJSS n'est pas automatiquement remis en cause, mais la CPAM peut examiner les circonstances. Le salarié reste assuré social et peut percevoir les indemnités si les conditions d'ouverture de droits sont remplies (nombre d'heures travaillées ou montant de cotisations suffisant sur la période de référence).
| Chronologie | Suspension du contrat | IJSS | Rémunération employeur |
|---|---|---|---|
| Arrêt maladie puis mise à pied | Double suspension | Maintenues | Aucune (sauf convention collective) |
| Mise à pied puis arrêt maladie | Double suspension | Sous conditions CPAM | Aucune |
La gestion de cette chronologie exige une analyse précise des obligations patronales en droit du travail.
Consultez un avocat spécialisé en relations individuelles
Le cumul entre un arrêt maladie et une mise à pied conservatoire soulève une question récurrente : le salarié conserve-t-il ses IJSS ?
Les IJSS sont versées par la CPAM en contrepartie d'une incapacité de travail médicalement constatée. Elles ne dépendent pas de l'exécution effective du contrat de travail. Un salarié dont le contrat est suspendu — quelle qu'en soit la cause — reste éligible aux IJSS dès lors qu'il remplit les conditions d'ouverture de droits prévues aux articles L. 313-1 et R. 313-3 du Code de la sécurité sociale.
En pratique, pour un arrêt de moins de 6 mois, le salarié doit justifier d'au moins 150 heures de travail salarié au cours des 3 mois civils précédant l'arrêt, ou avoir cotisé sur un salaire au moins égal à 1 015 fois le SMIC horaire au cours des 6 mois précédents.
L'article L. 1226-1 du Code du travail impose à l'employeur de compléter les IJSS sous certaines conditions (1 an d'ancienneté, justificatif dans les 48 heures). Toutefois, pendant une mise à pied conservatoire, l'employeur ne verse plus de salaire. La question du complément se pose alors.
La jurisprudence distingue selon l'issue de la procédure :
L'arrêt maladie ne suspend pas le pouvoir disciplinaire de l'employeur. Ce principe, posé par la Cour de cassation, permet à l'entreprise de poursuivre l'intégralité de la procédure pendant la période d'incapacité du salarié.
L'employeur peut convoquer le salarié à un entretien préalable au licenciement pendant son arrêt maladie. La convocation doit respecter le formalisme habituel : lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre, avec un délai minimum de 5 jours ouvrables entre la réception et la date de l'entretien (article L. 1232-2 du Code du travail).
Le salarié n'est pas tenu de se présenter à l'entretien s'il est dans l'impossibilité physique de le faire. Son absence ne constitue pas une faute et ne prive pas la procédure de sa régularité. L'employeur doit néanmoins pouvoir démontrer que le salarié a bien été convoqué dans les formes.
Le délai de 2 mois prévu à l'article L. 1332-4 du Code du travail court à compter du jour où l'employeur a eu connaissance des faits fautifs. L'arrêt maladie ne suspend pas ce délai. L'employeur doit donc agir rapidement, même si le salarié est absent.
La lettre de licenciement peut être envoyée pendant l'arrêt maladie, à condition que le motif du licenciement soit disciplinaire et non lié à l'état de santé du salarié. Le licenciement fondé sur la maladie elle-même serait discriminatoire au sens de l'article L. 1132-1 du Code du travail.
Sécuriser chaque étape de la procédure disciplinaire réduit le risque de contestation devant le conseil de prud'hommes.
Faites-vous accompagner par un avocat en droit du travail
Lorsqu'un salarié en mise à pied conservatoire transmet un arrêt maladie, l'employeur conserve des obligations déclaratives envers la CPAM, indépendamment de la suspension du contrat.
L'employeur doit établir et transmettre l'attestation de salaire (formulaire Cerfa n° 11135*04 ou via la DSN) dans un délai de 5 jours suivant la réception de l'arrêt de travail. Cette obligation s'applique même si le salarié ne perçoit aucune rémunération du fait de la mise à pied.
L'attestation permet à la CPAM de calculer le montant des IJSS. L'employeur y indique les salaires des 3 mois précédant l'arrêt, ainsi que la situation contractuelle du salarié.
Depuis la généralisation de la Déclaration Sociale Nominative, l'employeur doit effectuer un signalement d'arrêt de travail dans les 5 jours. Ce signalement se substitue à l'envoi papier de l'attestation pour les entreprises utilisant la DSN.
Le défaut de transmission de l'attestation de salaire peut entraîner :
Si le conseil de prud'hommes ou la cour d'appel juge que la mise à pied conservatoire n'était pas justifiée, les conséquences financières sont lourdes pour l'employeur.
L'annulation de la mise à pied conservatoire — parce que les faits ne caractérisent pas une faute grave — oblige l'employeur à verser un rappel de salaire couvrant toute la durée de la mise à pied. Ce rappel inclut le salaire de base, les primes contractuelles et les avantages en nature.
Lorsque le salarié était simultanément en arrêt maladie, les IJSS perçues pendant cette période sont déduites du rappel de salaire. L'employeur ne paie donc que la différence entre le salaire brut dû et les IJSS versées par la CPAM.
Si le licenciement pour faute grave est requalifié en licenciement sans cause réelle et sérieuse, le salarié peut prétendre à :
Pour un salarié ayant 10 ans d'ancienneté et un salaire mensuel brut de 4 500 €, le coût total d'une requalification peut dépasser 50 000 € (indemnité de licenciement + préavis + dommages-intérêts plancher de 3 mois).
L'enjeu financier d'une procédure mal sécurisée justifie un accompagnement juridique dès la phase conservatoire.
Identifiez un avocat en relations individuelles du travail
Cette liste synthétise les vérifications à opérer lorsqu'un arrêt maladie coïncide avec une mise à pied conservatoire.
| Étape | Action | Délai |
|---|---|---|
| Notification mise à pied | Courrier recommandé ou remise en main propre | Jour des faits ou lendemain |
| Attestation CPAM | Transmission via DSN ou Cerfa | 5 jours après réception de l'arrêt |
| Convocation entretien | Lettre recommandée AR | Quelques jours après la mise à pied |
| Entretien préalable | Tenue effective ou constat d'absence | 5 jours ouvrables après réception de la convocation |
| Notification licenciement | Lettre recommandée AR | Minimum 2 jours ouvrables après l'entretien, maximum 1 mois |
Oui. La Cour de cassation admet que la mise à pied conservatoire peut être notifiée pendant un arrêt maladie. L'arrêt ne fait pas obstacle à l'exercice du pouvoir disciplinaire. Le salarié conserve ses IJSS si l'arrêt a été prescrit avant la mise à pied.
Non, en principe. Les IJSS sont versées par la CPAM en raison de l'incapacité de travail, indépendamment de la suspension du contrat pour motif disciplinaire. L'employeur doit transmettre l'attestation de salaire à la CPAM pour permettre le versement.
Oui. L'employeur peut convoquer et tenir l'entretien préalable pendant l'arrêt maladie. Si le salarié ne peut pas se déplacer, son absence ne vicie pas la procédure. L'employeur doit simplement prouver que la convocation a été régulièrement adressée.
L'employeur doit verser un rappel de salaire couvrant toute la durée de la mise à pied conservatoire, déduction faite des IJSS perçues. Le salarié peut également prétendre à l'indemnité de licenciement, à l'indemnité de préavis et à des dommages-intérêts selon le barème légal.
L'employeur dispose de 5 jours à compter de la connaissance de l'arrêt de travail pour transmettre l'attestation de salaire, soit par DSN, soit par formulaire Cerfa. Le non-respect de ce délai expose l'employeur à des pénalités financières et à une action en responsabilité du salarié.
Article L1332-3 du Code du travail - Légifrance
Arrêt maladie : indemnités journalières versées au salarié - Service-Public.fr
Les affaires prud'homales de 2012 à 2022 - Ministère de la Justice
SWIM LEGAL est une alternative au cabinet d'avocats traditionnel pour les besoins juridiques des entreprises. Incubé par le Barreau de Paris, SWIM a reçu le Prix de l'Innovation pour sa solution permettant à toute entreprise, quelle que soit sa taille ou sa localisation, d'accéder rapidement via la plateforme à des avocats d'affaires expérimentés. Les entreprises peuvent déposer leur besoin — qu'il s'agisse d'un dossier, d'une consultation ou d'un renfort temporaire — de manière confidentielle et recevoir des propositions d'avocats pour répondre rapidement à leur demande.
Besoin d'un juriste freelance, d'un conseil ou d'aide sur un litige ?



