
Jullian Hoareau

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Situation type : transfert d'activité et réaction du CSE
Article L.1224-1 : conditions du transfert automatique
Information consultation du CSE avant le transfert
Ce que le CSE peut demander en justice
Pourquoi le CSE ne peut pas contester le transfert
Actions ouvertes au salarié et au syndicat
Risques pour l'employeur et points de vigilance
Une entreprise cède une branche d'activité logistique à un repreneur. Les 85 salariés affectés à cette branche apprennent que leurs contrats de travail seront transférés au cessionnaire. Le CSE du cédant demande des comptes : périmètre exact du transfert, sort des avantages collectifs, maintien des effectifs. Faute de réponses précises, les élus menacent de saisir le tribunal judiciaire pour bloquer l'opération.
Ce scénario se reproduit dans la plupart des restructurations impliquant un transfert d'entité économique. Le DRH se retrouve pris entre deux impératifs : respecter le calendrier de l'opération et garantir les droits du comité. Comprendre ce que le CSE peut réellement obtenir en justice — et ce qui lui échappe — conditionne la fluidité du processus.
L'article L.1224-1 du Code du travail prévoit la poursuite de plein droit des contrats de travail en cours lorsqu'intervient une modification de la situation juridique de l'employeur : vente, fusion, scission, apport partiel d'actif ou mise en location-gérance. Ce mécanisme est d'ordre public. Il s'applique automatiquement, sans accord du cédant, du cessionnaire ni du salarié.
La jurisprudence a dégagé 3 conditions cumulatives pour déclencher ce transfert automatique :
| Condition | Contenu | Exemple concret |
|---|---|---|
| Entité économique autonome | Ensemble organisé de personnes et de moyens poursuivant un objectif propre | Un service informatique disposant de son propre budget, de ses locaux et de son encadrement |
| Conservation de l'identité | L'entité conserve ses moyens d'exploitation après le transfert | Le repreneur reprend les équipements, les locaux et les méthodes de travail |
| Poursuite ou reprise de l'activité | L'activité transférée continue effectivement | Le cessionnaire exploite la même activité dès la date de transfert |
Lorsque ces 3 critères sont réunis, le transfert des contrats s'impose. Le salarié conserve son ancienneté, sa rémunération et sa qualification. Le nouvel employeur est tenu par l'ensemble des obligations contractuelles du cédant.
L'article L.2312-8 du Code du travail impose à l'employeur d'informer et de consulter le CSE sur toute question intéressant l'organisation, la gestion et la marche générale de l'entreprise. Un transfert d'activité entre pleinement dans ce champ.
L'employeur doit transmettre au comité des informations précises et écrites :
Le CSE rend un avis motivé. Cet avis est consultatif : il ne lie pas l'employeur. En revanche, l'absence de consultation constitue un délit d'entrave, sanctionné pénalement par une amende pouvant atteindre 7 500 € pour une personne physique.
La consultation doit intervenir avant la décision définitive. Concrètement, le CSE doit disposer d'un délai suffisant pour analyser les documents et formuler ses observations. Engager le transfert avant d'avoir recueilli l'avis du comité expose l'employeur à une action en référé et à des poursuites pénales.
Structurer la consultation du CSE en amont d'un transfert réduit le risque de blocage judiciaire et de poursuites pour entrave.
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Le CSE dispose de la personnalité civile. Il peut saisir le tribunal judiciaire pour faire valoir ses prérogatives. En matière de transfert, ses actions se concentrent sur 2 axes :
| Type d'action | Objectif | Fondement |
|---|---|---|
| Action en communication d'informations | Obtenir les documents nécessaires à l'exercice de ses attributions | Articles L.2312-8 et L.2315-3 du Code du travail |
| Action en respect de la procédure de consultation | Faire constater l'irrégularité de la procédure et obtenir la suspension de l'opération jusqu'à consultation effective | Délit d'entrave (L.2317-1) et référé |
En pratique, le CSE peut demander au juge des référés :
Ces actions portent exclusivement sur le respect de la procédure. Elles ne remettent pas en cause le principe du transfert.
La Cour de cassation a posé une règle claire : le CSE ne dispose pas du droit d'agir en contestation de l'application de l'article L.1224-1. Le comité ne peut pas demander au juge de déclarer que les conditions du transfert automatique ne sont pas réunies, ni s'opposer au passage des salariés chez le cessionnaire.
La raison tient à la nature du droit en cause. Le transfert de contrat de travail est un droit individuel du salarié. C'est le contrat de travail de chaque salarié qui est en jeu, pas une prérogative collective du comité. Le CSE exerce des attributions en matière d'information, de consultation et de représentation collective. Il ne se substitue pas aux salariés dans l'exercice de leurs droits contractuels.
Cette limite a une conséquence directe pour le DRH : même si le CSE vote un avis défavorable au transfert, cet avis ne fait pas obstacle à l'opération. L'employeur peut poursuivre le projet après avoir recueilli l'avis, à condition d'avoir respecté l'intégralité de la procédure de consultation.
Le CSE ne peut pas bloquer un transfert L.1224-1 sur le fond. Anticiper cette limite dans le dialogue social évite des contentieux inutiles.
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Le salarié qui estime que les conditions de l'article L.1224-1 ne sont pas réunies peut saisir le conseil de prud'hommes. Il peut contester :
Si le juge lui donne raison, le transfert est déclaré inopposable au salarié. Son contrat de travail reste rattaché à l'employeur d'origine. À l'inverse, un salarié qui refuse un transfert régulier commet un acte assimilable à une démission.
Un licenciement prononcé à l'occasion d'un transfert relevant de L.1224-1 est privé d'effet. Le contrat subsiste avec le nouvel employeur, qui doit réintégrer le salarié ou assumer les conséquences d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Un syndicat représentatif peut agir devant le tribunal judiciaire dans l'intérêt collectif de la profession. Cette action vise à faire respecter les dispositions légales et conventionnelles applicables au transfert. Elle se distingue de l'action du CSE par son fondement : le syndicat défend l'intérêt de la profession, pas les prérogatives du comité.
| Risque | Cause | Conséquence |
|---|---|---|
| Délit d'entrave | Absence ou insuffisance de consultation du CSE | Amende pénale, suspension judiciaire du transfert |
| Nullité du licenciement | Licenciement prononcé en raison du transfert | Contrat maintenu chez le cessionnaire, indemnités |
| Contentieux prud'homal multiple | Transfert contesté par plusieurs salariés | Coûts de procédure, incertitude sur le périmètre |
| Responsabilité solidaire | Obligations non transférées au cessionnaire | Le cédant reste tenu des dettes salariales antérieures |
Sécuriser chaque étape du transfert — de la qualification de l'entité économique à la consultation du CSE — protège l'opération contre les recours.
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Non. Le CSE peut agir en justice pour obtenir des informations ou faire respecter la procédure de consultation. En revanche, la Cour de cassation lui refuse le droit de contester l'application de l'article L.1224-1. Le transfert automatique relève du droit individuel de chaque salarié.
L'absence de consultation constitue un délit d'entrave, passible d'une amende pénale. Le CSE peut également obtenir en référé la suspension de l'opération jusqu'à ce que la procédure soit régulièrement menée à son terme.
Le transfert s'impose de plein droit. Un salarié qui refuse de rejoindre le cessionnaire alors que les conditions légales sont réunies commet un acte assimilable à une démission. En revanche, si les conditions ne sont pas remplies, le salarié peut contester le transfert devant le conseil de prud'hommes.
Le licenciement est privé d'effet. Le contrat de travail subsiste avec le nouvel employeur. Le salarié peut exiger sa réintégration ou obtenir des indemnités pour licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Le syndicat peut agir dans l'intérêt collectif de la profession pour faire respecter les dispositions légales applicables au transfert. Cette action est distincte de celle du CSE et repose sur un fondement différent. Elle ne permet pas non plus de remettre en cause le transfert automatique des contrats individuels.
Article L1224-1 du Code du travail - Légifrance
L'information et la consultation du CSE - Ministère du Travail et des Solidarités
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