Transfert de contrats de travail : quelle action pour le CSE

Guides & Ressources pratiques
24 Aug 2026
-
8 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. L'article L.1224-1 du Code du travail impose le transfert automatique des contrats de travail lors du transfert d'une entité économique autonome : aucun accord des parties n'est requis.
  2. Le CSE doit être informé et consulté avant la décision définitive de transfert, sous peine de délit d'entrave.
  3. Le CSE peut agir en justice pour obtenir des informations ou faire respecter la procédure de consultation, mais ne peut pas contester le transfert lui-même.
  4. Seul le salarié peut contester individuellement l'application du transfert devant le conseil de prud'hommes ; le syndicat peut agir dans l'intérêt collectif de la profession.
  5. Un licenciement prononcé à l'occasion d'un transfert relevant de L.1224-1 est privé d'effet : le contrat subsiste avec le nouvel employeur.

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Sommaire

Situation type : transfert d'activité et réaction du CSE

Article L.1224-1 : conditions du transfert automatique

Information consultation du CSE avant le transfert

Ce que le CSE peut demander en justice

Pourquoi le CSE ne peut pas contester le transfert

Actions ouvertes au salarié et au syndicat

Risques pour l'employeur et points de vigilance

FAQ

Pour aller plus loin

Situation type : transfert d'activité et réaction du CSE

Une entreprise cède une branche d'activité logistique à un repreneur. Les 85 salariés affectés à cette branche apprennent que leurs contrats de travail seront transférés au cessionnaire. Le CSE du cédant demande des comptes : périmètre exact du transfert, sort des avantages collectifs, maintien des effectifs. Faute de réponses précises, les élus menacent de saisir le tribunal judiciaire pour bloquer l'opération.

Ce scénario se reproduit dans la plupart des restructurations impliquant un transfert d'entité économique. Le DRH se retrouve pris entre deux impératifs : respecter le calendrier de l'opération et garantir les droits du comité. Comprendre ce que le CSE peut réellement obtenir en justice — et ce qui lui échappe — conditionne la fluidité du processus.

Article L.1224-1 : conditions du transfert automatique

L'article L.1224-1 du Code du travail prévoit la poursuite de plein droit des contrats de travail en cours lorsqu'intervient une modification de la situation juridique de l'employeur : vente, fusion, scission, apport partiel d'actif ou mise en location-gérance. Ce mécanisme est d'ordre public. Il s'applique automatiquement, sans accord du cédant, du cessionnaire ni du salarié.

La jurisprudence a dégagé 3 conditions cumulatives pour déclencher ce transfert automatique :

ConditionContenuExemple concret
Entité économique autonomeEnsemble organisé de personnes et de moyens poursuivant un objectif propreUn service informatique disposant de son propre budget, de ses locaux et de son encadrement
Conservation de l'identitéL'entité conserve ses moyens d'exploitation après le transfertLe repreneur reprend les équipements, les locaux et les méthodes de travail
Poursuite ou reprise de l'activitéL'activité transférée continue effectivementLe cessionnaire exploite la même activité dès la date de transfert

Lorsque ces 3 critères sont réunis, le transfert des contrats s'impose. Le salarié conserve son ancienneté, sa rémunération et sa qualification. Le nouvel employeur est tenu par l'ensemble des obligations contractuelles du cédant.

Information consultation du CSE avant le transfert

L'article L.2312-8 du Code du travail impose à l'employeur d'informer et de consulter le CSE sur toute question intéressant l'organisation, la gestion et la marche générale de l'entreprise. Un transfert d'activité entre pleinement dans ce champ.

Contenu de l'obligation

L'employeur doit transmettre au comité des informations précises et écrites :

  • Périmètre du transfert : activités, sites et postes concernés
  • Identité du cessionnaire : forme juridique, effectifs, situation financière
  • Conséquences sociales : sort des contrats, des accords collectifs et des avantages individuels acquis
  • Calendrier prévisionnel de l'opération

Le CSE rend un avis motivé. Cet avis est consultatif : il ne lie pas l'employeur. En revanche, l'absence de consultation constitue un délit d'entrave, sanctionné pénalement par une amende pouvant atteindre 7 500 € pour une personne physique.

Timing

La consultation doit intervenir avant la décision définitive. Concrètement, le CSE doit disposer d'un délai suffisant pour analyser les documents et formuler ses observations. Engager le transfert avant d'avoir recueilli l'avis du comité expose l'employeur à une action en référé et à des poursuites pénales.

Structurer la consultation du CSE en amont d'un transfert réduit le risque de blocage judiciaire et de poursuites pour entrave.
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Ce que le CSE peut demander en justice

Le CSE dispose de la personnalité civile. Il peut saisir le tribunal judiciaire pour faire valoir ses prérogatives. En matière de transfert, ses actions se concentrent sur 2 axes :

Type d'actionObjectifFondement
Action en communication d'informationsObtenir les documents nécessaires à l'exercice de ses attributionsArticles L.2312-8 et L.2315-3 du Code du travail
Action en respect de la procédure de consultationFaire constater l'irrégularité de la procédure et obtenir la suspension de l'opération jusqu'à consultation effectiveDélit d'entrave (L.2317-1) et référé

En pratique, le CSE peut demander au juge des référés :

  • La communication forcée de documents manquants (contrat de cession, business plan du repreneur, liste nominative des salariés transférés)
  • La suspension du transfert tant que la procédure de consultation n'est pas achevée
  • La désignation d'un expert pour analyser les conséquences économiques et sociales de l'opération

Ces actions portent exclusivement sur le respect de la procédure. Elles ne remettent pas en cause le principe du transfert.

Pourquoi le CSE ne peut pas contester le transfert

La Cour de cassation a posé une règle claire : le CSE ne dispose pas du droit d'agir en contestation de l'application de l'article L.1224-1. Le comité ne peut pas demander au juge de déclarer que les conditions du transfert automatique ne sont pas réunies, ni s'opposer au passage des salariés chez le cessionnaire.

La raison tient à la nature du droit en cause. Le transfert de contrat de travail est un droit individuel du salarié. C'est le contrat de travail de chaque salarié qui est en jeu, pas une prérogative collective du comité. Le CSE exerce des attributions en matière d'information, de consultation et de représentation collective. Il ne se substitue pas aux salariés dans l'exercice de leurs droits contractuels.

Cette limite a une conséquence directe pour le DRH : même si le CSE vote un avis défavorable au transfert, cet avis ne fait pas obstacle à l'opération. L'employeur peut poursuivre le projet après avoir recueilli l'avis, à condition d'avoir respecté l'intégralité de la procédure de consultation.

Le CSE ne peut pas bloquer un transfert L.1224-1 sur le fond. Anticiper cette limite dans le dialogue social évite des contentieux inutiles.
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Actions ouvertes au salarié et au syndicat

Le salarié : action individuelle devant le conseil de prud'hommes

Le salarié qui estime que les conditions de l'article L.1224-1 ne sont pas réunies peut saisir le conseil de prud'hommes. Il peut contester :

  • L'existence d'une entité économique autonome
  • La conservation de l'identité de cette entité après le transfert
  • La poursuite effective de l'activité

Si le juge lui donne raison, le transfert est déclaré inopposable au salarié. Son contrat de travail reste rattaché à l'employeur d'origine. À l'inverse, un salarié qui refuse un transfert régulier commet un acte assimilable à une démission.

Un licenciement prononcé à l'occasion d'un transfert relevant de L.1224-1 est privé d'effet. Le contrat subsiste avec le nouvel employeur, qui doit réintégrer le salarié ou assumer les conséquences d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Le syndicat : action dans l'intérêt collectif

Un syndicat représentatif peut agir devant le tribunal judiciaire dans l'intérêt collectif de la profession. Cette action vise à faire respecter les dispositions légales et conventionnelles applicables au transfert. Elle se distingue de l'action du CSE par son fondement : le syndicat défend l'intérêt de la profession, pas les prérogatives du comité.

Risques pour l'employeur et points de vigilance

Tableau des risques

RisqueCauseConséquence
Délit d'entraveAbsence ou insuffisance de consultation du CSEAmende pénale, suspension judiciaire du transfert
Nullité du licenciementLicenciement prononcé en raison du transfertContrat maintenu chez le cessionnaire, indemnités
Contentieux prud'homal multipleTransfert contesté par plusieurs salariésCoûts de procédure, incertitude sur le périmètre
Responsabilité solidaireObligations non transférées au cessionnaireLe cédant reste tenu des dettes salariales antérieures

Points de vigilance pour le DRH

  1. Documenter l'entité économique autonome : organigramme dédié, budget propre, moyens matériels identifiés. Cette documentation servira de preuve en cas de contestation individuelle.
  2. Lancer la consultation du CSE en amont : transmettre les informations au moins 15 jours avant la date envisagée pour la décision définitive.
  3. Répondre exhaustivement aux questions du comité : chaque question sans réponse alimente un risque de saisine du juge des référés.
  4. Coordonner cédant et cessionnaire : le cessionnaire doit être prêt à accueillir les salariés dès la date de transfert, avec les mêmes conditions contractuelles.
  5. Ne pas licencier en lien avec le transfert : tout licenciement motivé par le transfert est privé d'effet, que l'initiative vienne du cédant ou du cessionnaire.

Sécuriser chaque étape du transfert — de la qualification de l'entité économique à la consultation du CSE — protège l'opération contre les recours.
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FAQ

Le CSE peut-il bloquer un transfert de contrats de travail ?

Non. Le CSE peut agir en justice pour obtenir des informations ou faire respecter la procédure de consultation. En revanche, la Cour de cassation lui refuse le droit de contester l'application de l'article L.1224-1. Le transfert automatique relève du droit individuel de chaque salarié.

Que risque l'employeur s'il ne consulte pas le CSE avant un transfert ?

L'absence de consultation constitue un délit d'entrave, passible d'une amende pénale. Le CSE peut également obtenir en référé la suspension de l'opération jusqu'à ce que la procédure soit régulièrement menée à son terme.

Un salarié peut-il refuser un transfert relevant de L.1224-1 ?

Le transfert s'impose de plein droit. Un salarié qui refuse de rejoindre le cessionnaire alors que les conditions légales sont réunies commet un acte assimilable à une démission. En revanche, si les conditions ne sont pas remplies, le salarié peut contester le transfert devant le conseil de prud'hommes.

Que se passe-t-il si un salarié est licencié à l'occasion du transfert ?

Le licenciement est privé d'effet. Le contrat de travail subsiste avec le nouvel employeur. Le salarié peut exiger sa réintégration ou obtenir des indemnités pour licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Le syndicat peut-il agir à la place du CSE pour contester le transfert ?

Le syndicat peut agir dans l'intérêt collectif de la profession pour faire respecter les dispositions légales applicables au transfert. Cette action est distincte de celle du CSE et repose sur un fondement différent. Elle ne permet pas non plus de remettre en cause le transfert automatique des contrats individuels.

Pour aller plus loin

Article L1224-1 du Code du travail - Légifrance

L'information et la consultation du CSE - Ministère du Travail et des Solidarités

Attributions du comité social et économique dans les entreprises d'au moins cinquante salariés - Légifrance

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