
Licenciement pour inaptitude : cadre légal et conditions
Inaptitude professionnelle vs non professionnelle : quelles différences d'indemités ?
Formule de calcul de l'indemité de licenciement pour inaptitude
Tableau récapitulatif : indemités selon ancienneté et origine de l'inaptitude
L'indemité de licenciement pour inaptitude est-elle imposable ?
Les autres indemités dues en cas de licenciement pour inaptitude
Le licenciement pour inaptitude intervient lorsqu'un salarié est déclaré inapte à son poste par le médecin du travail, et que l'employeur ne peut ni le reclasser ni obtenir son accord sur un autre poste. Ce mécanisme est encadré par les articles L.1226-2 à L.1226-4-3 (inaptitude non professionnelle) et L.1226-10 à L.1226-17 (inaptitude professionnelle) du Code du travail.
Concrètement, le médecin du travail délivre un avis d'inaptitude après un examen médical — ou 2 examens espacés de 15 jours si nécessaire. L'employeur dispose alors d'un délai d'1 mois pour rechercher un reclassement. Si aucun poste compatible n'existe, ou si le salarié refuse les propositions, l'employeur engage la procédure de licenciement.
Le non-respect de l'obligation de reclassement expose l'entreprise à une requalification du licenciement en licenciement sans cause réelle et sérieuse. La Cour de cassation exige une recherche effective et documentée, y compris au sein des autres entités du groupe (Cass. soc., 16 mars 2022, n° 20-22.966).
Le calcul de l'indemnité de licenciement pour inaptitude dépend directement de l'origine — professionnelle ou non — de cette inaptitude. Cette distinction conditionne à la fois le montant, le régime fiscal et les indemnités complémentaires.
La distinction repose sur le lien entre l'inaptitude et l'activité professionnelle du salarié. L'inaptitude est dite professionnelle lorsqu'elle résulte d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle. Elle est non professionnelle dans tous les autres cas (maladie ordinaire, accident de la vie privée).
Cette qualification emporte 3 conséquences directes sur les indemnités :
La qualification de l'origine de l'inaptitude doit figurer dans l'avis du médecin du travail et être cohérente avec la déclaration d'accident du travail ou de maladie professionnelle reconnue par la CPAM.
Qualifier correctement l'origine de l'inaptitude conditionne le montant des indemnités et le risque contentieux associé.
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Le calcul repose sur 2 variables : le salaire de référence et l'ancienneté du salarié.
L'employeur retient la formule la plus avantageuse pour le salarié entre :
L'indemnité légale suit le barème de l'article R.1234-2 du Code du travail :
L'indemnité spéciale est égale au double du montant obtenu par la formule ci-dessus (article L.1226-14).
Exemple : un salarié avec 14 ans d'ancienneté et un salaire de référence de 3 500 € brut.
La convention collective applicable peut prévoir un montant supérieur. Dans ce cas, c'est le montant conventionnel qui s'applique — mais il n'est pas doublé, sauf si la convention le prévoit expressément (Cass. soc., 28 février 2024, n° 22-18.868).
Le tableau ci-dessous présente les montants d'indemnité de licenciement pour inaptitude calculés sur la base d'un salaire de référence de 3 000 € brut mensuel.
| Ancienneté | Indemnité légale (non professionnelle) | Indemnité spéciale (professionnelle) |
|---|---|---|
| 2 ans | 1 500 € | 3 000 € |
| 5 ans | 3 750 € | 7 500 € |
| 8 ans | 6 000 € | 12 000 € |
| 10 ans | 7 500 € | 15 000 € |
| 15 ans | 12 500 € | 25 000 € |
| 20 ans | 17 500 € | 35 000 € |
| 25 ans | 22 500 € | 45 000 € |
Ce tableau applique strictement le barème légal. Si la convention collective prévoit un calcul plus favorable, le montant conventionnel se substitue au montant légal — sans doublement automatique en cas d'inaptitude professionnelle.
| Critère | Inaptitude non professionnelle | Inaptitude professionnelle |
|---|---|---|
| Base de calcul | Indemnité légale ordinaire | Indemnité légale × 2 |
| Indemnité de préavis | Non due | Due (sans exécution) |
| Exonération fiscale | Plafonnée | Renforcée (2 PASS) |
Un écart de qualification entre inaptitude professionnelle et non professionnelle peut représenter plusieurs dizaines de milliers d'euros sur un dossier.
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Le régime fiscal varie selon l'origine de l'inaptitude et la nature de l'indemnité versée.
L'indemnité de licenciement est exonérée d'impôt sur le revenu dans la limite du plus élevé des 3 montants suivants :
Le plafond absolu d'exonération est fixé à 6 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), soit 6 × 47 100 € = 282 600 € en 2025.
L'indemnité spéciale de licenciement est intégralement exonérée d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales dans la limite de 2 PASS, soit 94 200 € en 2025. Au-delà, la fraction excédentaire est soumise à CSG-CRDS.
En pratique, cette exonération couvre la quasi-totalité des indemnités versées pour des salariés dont l'ancienneté est inférieure à 20 ans et le salaire inférieur à 5 000 € brut mensuel.
Au-delà de l'indemnité de licenciement, plusieurs sommes complètent le solde de tout compte selon l'origine de l'inaptitude.
Si l'employeur n'a pas respecté l'obligation de reclassement ou la procédure de licenciement, le salarié peut obtenir des dommages et intérêts devant le conseil de prud'hommes. Le barème Macron (article L.1235-3) fixe les planchers et plafonds selon l'ancienneté, sauf en cas de nullité du licenciement.
La gestion d'un licenciement pour inaptitude mobilise des règles de calcul, de procédure et de fiscalité qui varient selon chaque situation.
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Oui, l'article L.1226-14 du Code du travail prévoit que l'indemnité spéciale est égale au double de l'indemnité légale. En revanche, si la convention collective prévoit un montant supérieur à l'indemnité légale doublée, c'est le montant conventionnel qui s'applique — sans doublement supplémentaire.
Non. Le salarié déclaré inapte ne peut pas exécuter son préavis, et aucune indemnité compensatrice n'est due en cas d'inaptitude non professionnelle, sauf disposition conventionnelle contraire. La date de rupture du contrat est celle de la notification du licenciement.
L'inaptitude est professionnelle lorsqu'elle résulte d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle reconnus par la CPAM. L'avis du médecin du travail doit être cohérent avec cette reconnaissance. En cas de doute, c'est au salarié d'apporter la preuve du lien entre l'inaptitude et son activité professionnelle.
Pour l'inaptitude professionnelle, l'indemnité spéciale est exonérée de cotisations sociales dans la limite de 2 PASS (94 200 € en 2025). Pour l'inaptitude non professionnelle, l'exonération suit le régime général des indemnités de licenciement, plafonné à 6 PASS.
L'indemnité de licenciement doit figurer dans le solde de tout compte remis au salarié à la fin du contrat. En cas de non-paiement, le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes en référé pour obtenir le versement, assorti d'intérêts de retard au taux légal à compter de la date d'exigibilité.
Licenciement pour inaptitude - Service-Public.fr
Article L1226-14 (indemité spéciale doublement inaptitude professionnelle) - Légifrance
Inaptitude du salarié : que peut faire l'employeur ? - Code du travail numérique
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