SASU et chômage : conserver son ARE en créant sa société

Guides & Ressources pratiques
04 Sep 2026
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8 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. Le mandat de président de SASU ne cotise pas à l'assurance chômage : il n'ouvre aucun droit nouveau.
  2. Les droits utilisés viennent de l'emploi salarié antérieur et ne sont pas supprimés par la création de la société.
  3. Président non rémunéré : l'allocation est maintenue en totalité, sur présentation d'une attestation de non-rémunération.
  4. Président rémunéré : l'allocation est réduite, et le cumul est plafonné à 60 % du capital des droits restants pour les droits ouverts à compter du 1er avril 2025.
  5. L'ARCE remplace le versement mensuel par un versement en capital, une seule fois par ouverture de droits, sans cumul possible avec le maintien.
  6. Le risque principal est déclaratif : l'actualisation mensuelle reste obligatoire, même sans rémunération.

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Sommaire

1. Le mandat de président ouvre-t-il des droits chômage

2. Conserver son ARE en créant une SASU

3. Président non rémunéré : maintien intégral de l'allocation

4. Président rémunéré : calcul de l'allocation réduite

5. Le dispositif ARCE comme alternative au maintien

6. Obligations déclaratives mensuelles envers France Travail

7. Erreurs qui font perdre ou suspendre les droits

FAQ

Pour aller plus loin

1. Le mandat de président ouvre-t-il des droits chômage

Un président de SASU exerce un mandat social, pas un contrat de travail. Il relève du régime général de la sécurité sociale pour la maladie et la retraite, mais son mandat ne donne lieu à aucune cotisation d'assurance chômage. Par conséquent, présider une SASU n'ouvre jamais de droit nouveau à l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE), quel que soit le montant de la rémunération versée par la société.

Ce point fonctionne dans les deux sens. Le mandat ne crée pas de droits, mais il n'en supprime aucun. Les droits mobilisés pendant la création viennent exclusivement de l'emploi salarié antérieur, celui qui a donné lieu à des cotisations chômage avant la fin du contrat.

Reste le cumul entre mandat social et contrat de travail. Il suppose des fonctions techniques distinctes de la direction et un lien de subordination réel, donc un pouvoir de sanction exercé par un tiers. Chez un président associé unique de SASU, cette condition n'est en pratique pas remplie.

2. Conserver son ARE en créant une SASU

La création de la société ne met pas fin à l'indemnisation : elle en modifie les modalités de versement. Le dirigeant conserve le reliquat de droits acquis avant la fin de son contrat, à condition de rester inscrit comme demandeur d'emploi sans interruption et de s'actualiser chaque mois.

ÉlémentEffet de la création de la SASU
Origine des droitsEmploi salarié antérieur, inchangée
Existence du reliquatConservée, aucun droit nouveau ouvert
Inscription comme demandeur d'emploiÀ maintenir sans interruption
Versement mensuelDépend de la rémunération du mandat
ActualisationObligatoire, y compris sans rémunération

Trois situations se distinguent ensuite : le président ne se rémunère pas, il se rémunère, ou il opte pour un versement en capital. Le choix se décide avant la première paie, car il conditionne le traitement des mois suivants.

La rémunération du président et l'allocation se calculent ensemble : la fixer sans mesurer l'effet sur l'ARE se corrige difficilement.
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3. Président non rémunéré : maintien intégral de l'allocation

Lorsque le président ne perçoit aucune rémunération de sa SASU, l'allocation est versée dans son intégralité. France Travail ne dispose alors d'aucun revenu d'activité à déduire, et le reliquat de droits s'écoule normalement, mois après mois.

L'absence de rémunération doit être établie, pas seulement déclarée. Une attestation de non-rémunération est demandée au dirigeant : elle confirme que le mandat n'a donné lieu à aucun versement sur la période. Cette absence doit être cohérente avec les décisions de la société, notamment la décision de l'associé unique fixant, ou non, la rémunération du président.

Le maintien intégral ne dispense d'aucune formalité. Le président non rémunéré reste soumis aux mêmes obligations déclaratives qu'un demandeur d'emploi sans activité, et son inscription doit rester active sans interruption.

Attention toutefois : ne pas se rémunérer reste une décision de gestion, pas une simple case déclarative. Des remboursements de frais ou des avantages en nature accordés par la société relèvent d'une analyse distincte et doivent être identifiés avant la déclaration mensuelle.

4. Président rémunéré : calcul de l'allocation réduite

Dès lors que la SASU verse une rémunération à son président, le mécanisme change : l'allocation n'est plus versée en totalité, mais partiellement, selon les règles de cumul entre revenu d'activité et allocation. Plus la rémunération est élevée, plus le montant versé chaque mois diminue.

Ce cumul n'est pas illimité. Pour toute nouvelle ouverture de droit intervenue à compter du 1er avril 2025, le cumul de l'ARE avec les revenus tirés de l'entreprise est plafonné à 60 % du capital des droits restants à la date de la création ou de la reprise. Au-delà, le cumul cesse de produire ses effets.

La logique est celle d'un décalage : chaque mois sans rémunération consomme des jours d'indemnisation au rythme normal, tandis que les mois rémunérés en consomment moins. Le reliquat n'est pas perdu, il est reporté.

Deux conséquences pratiques en découlent. D'une part, la rémunération du mandat doit être arbitrée en fonction du besoin de trésorerie personnel, pas uniquement du résultat de la société. D'autre part, une rémunération versée irrégulièrement produit des allocations variables d'un mois sur l'autre, ce qui complique la prévision budgétaire du dirigeant.

Fixer la rémunération du mandat, la formaliser et la déclarer relèvent de la même chaîne : une décision mal documentée se paie au mois suivant.
Sécuriser la rémunération du dirigeant

5. Le dispositif ARCE comme alternative au maintien

L'aide à la reprise ou à la création d'entreprise (ARCE) remplace le versement mensuel par un versement en capital d'une partie des droits restants. Elle n'est attribuée qu'une seule fois par ouverture de droits et n'est pas cumulable avec le maintien de l'ARE : opter pour l'une ferme l'autre.

CritèreMaintien de l'AREARCE
Forme du versementMensuel, selon la rémunérationCapital, en plusieurs fois
Effet d'une rémunération élevéeAllocation réduiteSans incidence sur le versement
Répétition possibleOui, tant qu'il reste des droitsUne seule fois par ouverture de droits
Cumul entre les deuxExcluExclu
Logique d'arbitrageSécuriser un revenu régulierFinancer le démarrage

L'arbitrage est irrévocable : il se décide avant, pas après. Le maintien protège un revenu régulier pendant que l'activité démarre ; l'ARCE injecte de la trésorerie immédiatement mais met fin au filet mensuel. Le critère utile n'est pas le montant obtenu, mais la date à laquelle la SASU dégagera une rémunération stable.

Un point de méthode : l'option se demande auprès de France Travail dans le cadre de la création ou de la reprise. Repousser la décision revient de fait à choisir le maintien, puisque les mois déjà indemnisés réduisent le capital de droits restant.

6. Obligations déclaratives mensuelles envers France Travail

C'est ici que se concentre le risque opérationnel. Le créateur ou repreneur doit maintenir son inscription comme demandeur d'emploi et s'actualiser chaque mois, en déclarant ses heures travaillées et sa rémunération, même nulle.

  1. Actualiser sa situation chaque mois, sans exception, y compris les mois sans activité facturée.
  2. Déclarer les heures consacrées à la SASU et la rémunération perçue au titre du mandat.
  3. Déclarer une rémunération nulle lorsque le président ne se rémunère pas, plutôt que de ne rien déclarer.
  4. Fournir l'attestation de non-rémunération lorsqu'elle est demandée.
  5. Conserver bulletins de paie, décisions de l'associé unique et justificatifs, en cas de contrôle.

Une déclaration inexacte ne produit pas seulement un retard. Elle génère un trop-perçu, donc une demande de remboursement, parfois plusieurs mois après les faits, alors que la trésorerie personnelle a déjà été consommée.

Une actualisation mensuelle cohérente avec la paie et les décisions sociales suppose que les deux soient tenues au même rythme.
Fiabiliser vos déclarations et votre paie

7. Erreurs qui font perdre ou suspendre les droits

Les difficultés observées tiennent rarement au droit lui-même, mais à sa mise en œuvre quotidienne.

  • Cesser de s'actualiser après l'immatriculation, en pensant que la création suspend l'obligation. L'inscription tombe, le versement s'arrête.
  • Se rémunérer sans anticiper l'effet sur l'allocation, puis découvrir la réduction au versement suivant.
  • Déclarer une rémunération décidée mais non versée, ou l'inverse : la déclaration suit les versements réels de la période.
  • Croire que le mandat ouvre des droits pour la suite, alors qu'aucune cotisation chômage n'est due sur la rémunération du président.
  • Opter pour l'ARCE après coup, alors que l'option ferme le maintien pour l'ouverture de droits en cours.

Le fil conducteur est simple : les droits viennent du passé salarié, leur versement dépend du présent déclaré. Sécuriser la SASU et le chômage revient donc à tenir deux disciplines, la cohérence des décisions de rémunération et la régularité des déclarations mensuelles.

FAQ

Créer une SASU fait-il perdre l'ARE ?

Non. La création ne supprime pas les droits acquis au titre de l'emploi salarié antérieur. Elle modifie seulement les modalités de versement, selon que le président se rémunère ou non. L'inscription comme demandeur d'emploi doit être maintenue.

Le président de SASU cotise-t-il à l'assurance chômage ?

Non. Le mandat social ne donne lieu à aucune cotisation d'assurance chômage et n'ouvre donc aucun droit nouveau. Les droits utilisés proviennent exclusivement d'un emploi salarié antérieur.

Faut-il déclarer une rémunération nulle à France Travail ?

Oui. L'actualisation mensuelle porte sur les heures travaillées et la rémunération, y compris lorsqu'elle est nulle. Une attestation de non-rémunération est demandée lorsque le dirigeant ne se rémunère pas.

Peut-on cumuler l'ARCE et le maintien de l'ARE ?

Non. L'ARCE n'est attribuée qu'une seule fois par ouverture de droits et exclut le maintien du versement mensuel. Le choix se fait au moment de la création ou de la reprise, et il est irrévocable.

Un président de SASU peut-il aussi être salarié de sa société ?

Le cumul suppose des fonctions techniques distinctes du mandat et un lien de subordination réel, donc un pouvoir de sanction exercé par un tiers. Chez un président associé unique, cette condition n'est en pratique pas remplie.

Pour aller plus loin

Le demandeur d'emploi créateur ou repreneur d'entreprise : cumul de revenus - Ministère du Travail

Aide à la reprise ou à la création d'entreprise (Arce) - Entreprendre.Service-Public.fr

Le dirigeant assimilé salarié - Bpifrance Création

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