
Jullian Hoareau

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Pourquoi les salariés créateurs demandent une rupture conventionnelle
Ce que l'employeur peut accepter ou refuser
Procédure : entretiens, rétractation et homologation
Indemnité de rupture : calcul et régime social
Clause de non-concurrence et obligation de loyauté
Risques de requalification et contentieux à éviter
Bonnes pratiques pour sécuriser le départ
Un salarié qui souhaite créer son entreprise a besoin de deux choses : quitter son poste dans des conditions financières sécurisées et conserver un filet de protection sociale pendant la phase de lancement. La rupture conventionnelle répond à ces deux objectifs, car elle ouvre droit aux allocations d'aide au retour à l'emploi, contrairement à la démission classique.
Pour le DRH, la demande est devenue courante. Le dispositif, régi par les articles L1237-11 à L1237-16 du Code du travail, repose sur un accord mutuel. Le projet entrepreneurial du salarié n'est ni une condition de validité ni un motif juridique de la rupture. En pratique, le salarié invoque souvent ce projet pour convaincre l'employeur d'accepter. Or la décision relève d'un arbitrage strictement managérial et financier, pas d'une obligation légale.
L'employeur n'a aucune obligation d'accepter une rupture conventionnelle. Il n'a pas non plus à motiver son refus. Cette liberté est symétrique : aucune des deux parties ne peut imposer la rupture à l'autre. Le consentement libre et éclairé constitue la condition de fond du dispositif.
En pratique, le DRH dispose de plusieurs leviers de négociation :
Le motif de création d'entreprise ne crée aucun droit particulier pour le salarié. Il ne modifie ni la procédure, ni le calcul de l'indemnité, ni les obligations réciproques.
Un salarié demande une rupture conventionnelle et vous devez arbitrer entre coût, calendrier et protection de l'entreprise.
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La procédure se déroule en 3 phases distinctes, chacune assortie de délais incompressibles.
La loi exige un ou plusieurs entretiens entre les parties. Aucun formalisme particulier n'est imposé (pas de convocation par lettre recommandée, pas de délai minimal entre convocation et entretien). Toutefois, le salarié peut se faire assister par un autre salarié de l'entreprise ou, en l'absence de représentants du personnel, par un conseiller extérieur inscrit sur la liste préfectorale. Si le salarié choisit de se faire assister, l'employeur peut également recourir à une assistance.
La convention est signée à l'issue du ou des entretiens. À compter du lendemain de la signature, chaque partie dispose d'un délai de rétractation de 15 jours calendaires. Ce droit est ouvert aux deux parties, sans justification. La rétractation s'exerce par lettre adressée à l'autre partie par tout moyen attestant de sa date de réception.
Une fois le délai de rétractation expiré, l'employeur adresse la demande d'homologation à la DDETS via le téléservice TéléRC. L'administration dispose alors de 15 jours ouvrables à compter de la réception pour vérifier le respect des conditions légales et la liberté du consentement. À défaut de notification dans ce délai, l'homologation est réputée acquise.
| Étape | Délai | Point de départ |
|---|---|---|
| Entretien(s) | Libre | Initiative de l'une ou l'autre partie |
| Rétractation | 15 jours calendaires | Lendemain de la signature |
| Homologation DDETS | 15 jours ouvrables | Réception de la demande |
| Date de rupture | Libre | Au plus tôt le lendemain de l'homologation |
Le délai total incompressible entre la signature et la rupture effective est donc d'environ 30 jours. Toute tentative de raccourcir ces délais expose la convention à une annulation.
L'indemnité spécifique de rupture conventionnelle ne peut être inférieure à l'indemnité légale de licenciement prévue à l'article L1234-9 du Code du travail. Elle se calcule sur la base de l'ancienneté du salarié et de son salaire de référence. La convention collective applicable peut prévoir un montant plus favorable, qui s'impose alors comme plancher.
Depuis le 1er septembre 2023, la part de l'indemnité exonérée de cotisations sociales est soumise à une contribution patronale unique, qui a remplacé l'ancien forfait social. Cette contribution s'applique sur la fraction exonérée de CSG-CRDS. Le DRH doit intégrer ce coût dans le budget global de la rupture.
| Composante | Règle applicable |
|---|---|
| Indemnité minimale | Indemnité légale de licenciement (ou conventionnelle si plus favorable) |
| Cotisations sociales | Exonération dans la limite des plafonds légaux |
| Contribution patronale | Applicable sur la part exonérée depuis septembre 2023 |
| CSG-CRDS | Applicable au-delà de la fraction exonérée |
Calculer le coût réel d'une rupture conventionnelle suppose de croiser indemnité, contribution patronale et éventuelle contrepartie de non-concurrence.
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C'est le point de vigilance central pour le DRH lorsque le salarié part créer une activité potentiellement concurrente. Si le contrat de travail ou la convention collective prévoit une clause de non-concurrence, celle-ci reste due sauf levée expresse par l'employeur.
La levée doit intervenir dans les formes et le délai prévus au contrat ou à la convention collective. À défaut de renonciation expresse dans le délai imparti, l'employeur devra verser la contrepartie financière prévue, même si le salarié exerce effectivement une activité concurrente. En d'autres termes, le silence de l'employeur l'engage financièrement.
Le DRH a donc 3 options :
Même sans clause de non-concurrence, le salarié reste tenu d'une obligation de loyauté pendant toute la durée d'exécution du contrat. Préparer son projet entrepreneurial est licite ; démarcher des clients de l'employeur ou débaucher des collègues avant la fin du contrat ne l'est pas. Après la rupture, l'entreprise conserve l'action en concurrence déloyale si le salarié détourne de la clientèle, utilise des fichiers confidentiels ou procède à un débauchage systématique.
La rupture conventionnelle peut être annulée par le juge et produire les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse dans plusieurs cas :
Le DRH doit documenter chaque étape et conserver les preuves de la régularité de la procédure : convocations, comptes rendus d'entretien, accusés de réception.
La moindre irrégularité procédurale peut entraîner la nullité de la rupture et exposer l'entreprise à des dommages-intérêts.
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Pour le DRH qui accepte une rupture conventionnelle au bénéfice d'un salarié créateur, voici les actions à mener :
Un départ bien encadré protège l'entreprise contre le contentieux ultérieur et préserve la relation professionnelle, ce qui peut s'avérer utile si le salarié devient un partenaire commercial.
Oui. L'employeur est libre de refuser sans avoir à justifier sa décision. Le motif de création d'entreprise ne crée aucun droit pour le salarié. La rupture conventionnelle repose sur un accord mutuel : aucune des deux parties ne peut l'imposer à l'autre.
Oui, sauf si l'employeur la lève expressément dans les formes et le délai prévus au contrat ou à la convention collective. À défaut de renonciation, l'employeur doit verser la contrepartie financière, même si le salarié crée une activité concurrente.
Le délai incompressible est d'environ 30 jours : 15 jours calendaires de rétractation après la signature, puis 15 jours ouvrables pour l'homologation par la DDETS. La date de rupture ne peut intervenir avant le lendemain de l'homologation.
La convention peut être annulée par le juge et requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse. Les motifs d'annulation incluent l'absence d'entretien, le non-respect du délai de rétractation, un vice du consentement ou un contexte de harcèlement.
Non. L'indemnité spécifique de rupture conventionnelle ne peut être inférieure à l'indemnité légale de licenciement, mais l'employeur n'est pas tenu d'aller au-delà. Le montant fait partie de la négociation entre les parties.
Rupture conventionnelle, articles L1237-11 à L1237-16 - Légifrance
La rupture conventionnelle du contrat de travail à durée indéterminée - Ministère du Travail
Rupture conventionnelle d'un salarié du secteur privé - Entreprendre.Service-Public.fr
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Avocat au Barreau de Paris (Toque L086), fondateur de SWIM LEGAL





