Rupture conventionnelle pour créer son entreprise : guide employeur

Guides & Ressources pratiques
25 Jul 2026
-
9 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. L'employeur peut librement refuser une rupture conventionnelle : le salarié n'a aucun droit acquis à l'obtenir, quel que soit son projet entrepreneurial.
  2. Le motif de création d'entreprise est juridiquement indifférent : seule la liberté du consentement conditionne la validité de la convention.
  3. La procédure impose un ou plusieurs entretiens, un délai de rétractation de 15 jours calendaires, puis une homologation par la DDETS sous 15 jours ouvrables.
  4. L'indemnité spécifique ne peut être inférieure à l'indemnité légale de licenciement ; la part exonérée est soumise à une contribution patronale unique depuis septembre 2023.
  5. La clause de non-concurrence reste due si l'employeur ne la lève pas dans les formes et délais prévus — c'est le levier de négociation central.

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Sommaire

Pourquoi les salariés créateurs demandent une rupture conventionnelle

Ce que l'employeur peut accepter ou refuser

Procédure : entretiens, rétractation et homologation

Indemnité de rupture : calcul et régime social

Clause de non-concurrence et obligation de loyauté

Risques de requalification et contentieux à éviter

Bonnes pratiques pour sécuriser le départ

FAQ

Pour aller plus loin

Pourquoi les salariés créateurs demandent une rupture conventionnelle

Un salarié qui souhaite créer son entreprise a besoin de deux choses : quitter son poste dans des conditions financières sécurisées et conserver un filet de protection sociale pendant la phase de lancement. La rupture conventionnelle répond à ces deux objectifs, car elle ouvre droit aux allocations d'aide au retour à l'emploi, contrairement à la démission classique.

Pour le DRH, la demande est devenue courante. Le dispositif, régi par les articles L1237-11 à L1237-16 du Code du travail, repose sur un accord mutuel. Le projet entrepreneurial du salarié n'est ni une condition de validité ni un motif juridique de la rupture. En pratique, le salarié invoque souvent ce projet pour convaincre l'employeur d'accepter. Or la décision relève d'un arbitrage strictement managérial et financier, pas d'une obligation légale.

Ce que l'employeur peut accepter ou refuser

L'employeur n'a aucune obligation d'accepter une rupture conventionnelle. Il n'a pas non plus à motiver son refus. Cette liberté est symétrique : aucune des deux parties ne peut imposer la rupture à l'autre. Le consentement libre et éclairé constitue la condition de fond du dispositif.

En pratique, le DRH dispose de plusieurs leviers de négociation :

  • Le calendrier de départ : fixer une date de rupture compatible avec l'organisation de l'équipe et le recrutement d'un remplaçant.
  • Le montant de l'indemnité : négocier au plus près du plancher légal ou accorder une indemnité supra-légale en contrepartie d'engagements du salarié.
  • La clause de non-concurrence : décider de la maintenir, de la lever ou d'en négocier l'aménagement.
  • La transmission des dossiers : conditionner l'accord à une passation documentée.

Le motif de création d'entreprise ne crée aucun droit particulier pour le salarié. Il ne modifie ni la procédure, ni le calcul de l'indemnité, ni les obligations réciproques.

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Procédure : entretiens, rétractation et homologation

La procédure se déroule en 3 phases distinctes, chacune assortie de délais incompressibles.

Entretiens préalables

La loi exige un ou plusieurs entretiens entre les parties. Aucun formalisme particulier n'est imposé (pas de convocation par lettre recommandée, pas de délai minimal entre convocation et entretien). Toutefois, le salarié peut se faire assister par un autre salarié de l'entreprise ou, en l'absence de représentants du personnel, par un conseiller extérieur inscrit sur la liste préfectorale. Si le salarié choisit de se faire assister, l'employeur peut également recourir à une assistance.

Signature et rétractation

La convention est signée à l'issue du ou des entretiens. À compter du lendemain de la signature, chaque partie dispose d'un délai de rétractation de 15 jours calendaires. Ce droit est ouvert aux deux parties, sans justification. La rétractation s'exerce par lettre adressée à l'autre partie par tout moyen attestant de sa date de réception.

Homologation par la DDETS

Une fois le délai de rétractation expiré, l'employeur adresse la demande d'homologation à la DDETS via le téléservice TéléRC. L'administration dispose alors de 15 jours ouvrables à compter de la réception pour vérifier le respect des conditions légales et la liberté du consentement. À défaut de notification dans ce délai, l'homologation est réputée acquise.

ÉtapeDélaiPoint de départ
Entretien(s)LibreInitiative de l'une ou l'autre partie
Rétractation15 jours calendairesLendemain de la signature
Homologation DDETS15 jours ouvrablesRéception de la demande
Date de ruptureLibreAu plus tôt le lendemain de l'homologation

Le délai total incompressible entre la signature et la rupture effective est donc d'environ 30 jours. Toute tentative de raccourcir ces délais expose la convention à une annulation.

Indemnité de rupture : calcul et régime social

Plancher légal

L'indemnité spécifique de rupture conventionnelle ne peut être inférieure à l'indemnité légale de licenciement prévue à l'article L1234-9 du Code du travail. Elle se calcule sur la base de l'ancienneté du salarié et de son salaire de référence. La convention collective applicable peut prévoir un montant plus favorable, qui s'impose alors comme plancher.

Régime social employeur

Depuis le 1er septembre 2023, la part de l'indemnité exonérée de cotisations sociales est soumise à une contribution patronale unique, qui a remplacé l'ancien forfait social. Cette contribution s'applique sur la fraction exonérée de CSG-CRDS. Le DRH doit intégrer ce coût dans le budget global de la rupture.

ComposanteRègle applicable
Indemnité minimaleIndemnité légale de licenciement (ou conventionnelle si plus favorable)
Cotisations socialesExonération dans la limite des plafonds légaux
Contribution patronaleApplicable sur la part exonérée depuis septembre 2023
CSG-CRDSApplicable au-delà de la fraction exonérée

Calculer le coût réel d'une rupture conventionnelle suppose de croiser indemnité, contribution patronale et éventuelle contrepartie de non-concurrence.
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Clause de non-concurrence et obligation de loyauté

Maintien ou levée de la clause

C'est le point de vigilance central pour le DRH lorsque le salarié part créer une activité potentiellement concurrente. Si le contrat de travail ou la convention collective prévoit une clause de non-concurrence, celle-ci reste due sauf levée expresse par l'employeur.

La levée doit intervenir dans les formes et le délai prévus au contrat ou à la convention collective. À défaut de renonciation expresse dans le délai imparti, l'employeur devra verser la contrepartie financière prévue, même si le salarié exerce effectivement une activité concurrente. En d'autres termes, le silence de l'employeur l'engage financièrement.

Le DRH a donc 3 options :

  1. Maintenir la clause : le salarié est interdit de concurrence pendant la durée prévue, et l'employeur verse la contrepartie financière.
  2. Lever la clause : l'employeur renonce à la protection, mais n'a rien à payer. Le salarié est libre de créer une activité concurrente.
  3. Négocier un aménagement : réduire le périmètre géographique ou la durée en échange d'une contrepartie réduite.

Obligation de loyauté

Même sans clause de non-concurrence, le salarié reste tenu d'une obligation de loyauté pendant toute la durée d'exécution du contrat. Préparer son projet entrepreneurial est licite ; démarcher des clients de l'employeur ou débaucher des collègues avant la fin du contrat ne l'est pas. Après la rupture, l'entreprise conserve l'action en concurrence déloyale si le salarié détourne de la clientèle, utilise des fichiers confidentiels ou procède à un débauchage systématique.

Risques de requalification et contentieux à éviter

La rupture conventionnelle peut être annulée par le juge et produire les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse dans plusieurs cas :

  • Vice du consentement : pression, menace ou tromperie exercée par l'une ou l'autre partie. Un contexte de harcèlement moral ou de conflit ouvert fragilise la convention.
  • Absence d'entretien : la tenue d'au moins un entretien est une condition de validité. Son omission entraîne la nullité.
  • Non-respect des délais : un délai de rétractation tronqué ou une demande d'homologation prématurée vicient la procédure.
  • Contournement d'une procédure de licenciement économique : si la rupture conventionnelle masque une suppression de poste dans un contexte de difficultés économiques, le juge peut la requalifier.

Le DRH doit documenter chaque étape et conserver les preuves de la régularité de la procédure : convocations, comptes rendus d'entretien, accusés de réception.

La moindre irrégularité procédurale peut entraîner la nullité de la rupture et exposer l'entreprise à des dommages-intérêts.
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Bonnes pratiques pour sécuriser le départ

Pour le DRH qui accepte une rupture conventionnelle au bénéfice d'un salarié créateur, voici les actions à mener :

  • Vérifier la clause de non-concurrence dès réception de la demande et décider de sa levée ou de son maintien avant la signature.
  • Organiser au moins un entretien formel, documenté par un compte rendu signé ou un échange écrit.
  • Respecter scrupuleusement les délais : 15 jours calendaires de rétractation, puis 15 jours ouvrables d'homologation.
  • Négocier la date de rupture en fonction des besoins opérationnels et de la passation des dossiers.
  • Budgéter le coût complet : indemnité spécifique, contribution patronale, éventuelle contrepartie de non-concurrence.
  • Inclure dans la convention une clause de restitution du matériel et de confidentialité post-contractuelle.
  • Archiver l'intégralité du dossier : convention signée, formulaire CERFA, accusé de réception TéléRC, preuve d'homologation.

Un départ bien encadré protège l'entreprise contre le contentieux ultérieur et préserve la relation professionnelle, ce qui peut s'avérer utile si le salarié devient un partenaire commercial.

FAQ

L'employeur peut-il refuser une rupture conventionnelle demandée pour création d'entreprise ?

Oui. L'employeur est libre de refuser sans avoir à justifier sa décision. Le motif de création d'entreprise ne crée aucun droit pour le salarié. La rupture conventionnelle repose sur un accord mutuel : aucune des deux parties ne peut l'imposer à l'autre.

La clause de non-concurrence s'applique-t-elle après une rupture conventionnelle ?

Oui, sauf si l'employeur la lève expressément dans les formes et le délai prévus au contrat ou à la convention collective. À défaut de renonciation, l'employeur doit verser la contrepartie financière, même si le salarié crée une activité concurrente.

Quel est le délai minimum entre la signature et la rupture effective ?

Le délai incompressible est d'environ 30 jours : 15 jours calendaires de rétractation après la signature, puis 15 jours ouvrables pour l'homologation par la DDETS. La date de rupture ne peut intervenir avant le lendemain de l'homologation.

Quels sont les risques si la procédure n'est pas respectée ?

La convention peut être annulée par le juge et requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse. Les motifs d'annulation incluent l'absence d'entretien, le non-respect du délai de rétractation, un vice du consentement ou un contexte de harcèlement.

L'employeur doit-il verser une indemnité supérieure au minimum légal ?

Non. L'indemnité spécifique de rupture conventionnelle ne peut être inférieure à l'indemnité légale de licenciement, mais l'employeur n'est pas tenu d'aller au-delà. Le montant fait partie de la négociation entre les parties.

Pour aller plus loin

Rupture conventionnelle, articles L1237-11 à L1237-16 - Légifrance

La rupture conventionnelle du contrat de travail à durée indéterminée - Ministère du Travail

Rupture conventionnelle d'un salarié du secteur privé - Entreprendre.Service-Public.fr

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