
Réintégration fiscale : définition et principes fondamentaux
Charges non déductibles : liste des cas courants
Calcul du résultat fiscal étape par étape
Réintégrations extracomptables les plus fréquentes en pratique
Erreurs courantes exposant à un redressement fiscal
Méthode pour sécuriser vos retraitements extracomptables
La réintégration fiscale désigne l'opération par laquelle une entreprise ajoute à son résultat comptable des charges qui ont été régulièrement enregistrées en comptabilité, mais que la législation fiscale interdit de déduire pour le calcul de l'impôt sur les sociétés (IS) ou de l'impôt sur le revenu (BIC/BNC). Ce mécanisme est au cœur du passage du résultat comptable au résultat fiscal, étape formalisée chaque année dans le tableau 2058-A de la liasse fiscale.
Le principe repose sur une distinction structurante : le résultat comptable obéit aux règles du Plan comptable général (PCG), tandis que le résultat fiscal obéit aux règles du CGI. Les deux référentiels ne coïncident pas toujours. Certaines charges, parfaitement justifiées d'un point de vue économique, ne sont pas admises en déduction fiscale. Le DAF doit donc identifier ces divergences et procéder aux retraitements extracomptables nécessaires.
Concrètement, le résultat fiscal se détermine selon la formule suivante :
Résultat fiscal = Résultat comptable net + Réintégrations extracomptables – Déductions extracomptables
Les réintégrations augmentent la base imposable. Les déductions la diminuent. L'enjeu pour le directeur financier est d'être exhaustif sur les deux volets, car une omission dans un sens ou dans l'autre expose l'entreprise soit à un surcoût fiscal, soit à un redressement.
L'article 39 du CGI pose le cadre général de la déductibilité des charges : elles doivent être engagées dans l'intérêt direct de l'exploitation, correspondre à une charge effective, être appuyées par des justificatifs et être comptabilisées au cours de l'exercice auquel elles se rapportent. Toute charge qui ne remplit pas ces conditions doit faire l'objet d'une réintégration.
Le CGI prévoit de nombreuses catégories de charges non déductibles. Voici les cas que le DAF rencontre le plus fréquemment lors de l'établissement de la liasse fiscale.
| Catégorie de charge | Fondement juridique | Motif de non-déductibilité |
|---|---|---|
| Amendes et pénalités | Art. 39-2 CGI | Sanctions pécuniaires infligées par une autorité publique |
| Fraction non déductible de la CSG et CRDS | Art. 154 quinquies CGI | 2,4 % de CSG + totalité de la CRDS sur les revenus d'activité |
| Amortissement excédentaire des véhicules de tourisme | Art. 39-4 CGI | Au-delà des plafonds fixés selon le taux d'émission de CO₂ |
| Dépenses somptuaires (chasse, pêche, résidences de plaisance) | Art. 39-4 CGI | Charges sans lien avec l'exploitation |
| Jetons de présence au-delà du plafond | Art. 210 sexies CGI | Fraction excédant 5 % × (rémunération moyenne × nombre d'administrateurs) |
| Provisions non déductibles | Art. 39-1-5° CGI | Provisions pour propre assureur, provisions non justifiées par un risque probable |
| Taxe sur les véhicules de sociétés (TVS) | Art. 39-4 CGI | Non déductible du résultat fiscal |
| Cadeaux d'affaires > 3 000 € (relevé spécial) | Art. 39-5 CGI | Non-déductibilité si non déclarés ou disproportionnés |
Cette liste n'est pas exhaustive. D'autres charges peuvent être concernées selon le secteur d'activité ou la structure juridique de l'entreprise : rémunérations excessives des dirigeants (art. 39-1-1° CGI), intérêts de comptes courants d'associés dépassant le taux fiscal de référence (art. 39-1-3° CGI), ou encore charges liées à des opérations fictives.
Identifier l'ensemble des charges non déductibles suppose une veille fiscale actualisée et une connaissance fine des seuils légaux applicables à chaque exercice.
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Le passage du résultat comptable au résultat fiscal suit une séquence méthodique que le DAF doit maîtriser pour éviter toute erreur dans la liasse fiscale. Voici les étapes concrètes.
Le point de départ est le résultat net comptable avant impôt, tel qu'il ressort du compte de résultat (compte 12). Ce résultat intègre l'ensemble des produits et charges enregistrés conformément au PCG.
Le DAF passe en revue chaque poste de charge pour vérifier sa déductibilité fiscale. Chaque charge identifiée comme non déductible est ajoutée au résultat comptable. Les réintégrations sont reportées dans la colonne correspondante du tableau 2058-A.
Certains produits comptabilisés ne sont pas imposables (par exemple, les dividendes bénéficiant du régime mère-fille, exonérés à 95 % en application de l'article 216 du CGI). Ces montants sont retranchés du résultat comptable.
La formule s'applique :
Résultat fiscal = Résultat comptable + Réintégrations – Déductions
Si l'entreprise dispose de déficits reportables, elle peut les imputer sur le résultat fiscal positif dans la limite de 1 000 000 € + 50 % du bénéfice excédant ce seuil (art. 209-I CGI). Le résultat fiscal après imputation détermine la base d'IS.
| Étape | Opération | Ligne 2058-A |
|---|---|---|
| 1 | Résultat comptable net | WA |
| 2 | + Réintégrations | WB à WI |
| 3 | – Déductions | WJ à WP |
| 4 | = Résultat fiscal avant report | WQ |
| 5 | – Déficits antérieurs imputés | WR |
| 6 | = Résultat fiscal net imposable | XN |
En pratique, certaines réintégrations extracomptables reviennent systématiquement dans les liasses fiscales des PME et ETI françaises. Les connaître permet au DAF de structurer sa revue annuelle.
Amortissement excédentaire des véhicules de tourisme. Depuis le 1er janvier 2017, les plafonds d'amortissement déductible varient selon le taux d'émission de CO₂ du véhicule. Pour les véhicules acquis à compter du 1er janvier 2021 :
La fraction de l'amortissement comptabilisé qui excède ces plafonds doit être réintégrée. Pour un véhicule acquis 45 000 € émettant 130 g/km, la réintégration porte sur l'amortissement calculé sur la tranche au-delà de 18 300 €, soit 26 700 € de base non déductible.
CSG non déductible et CRDS. Sur la CSG au taux de 9,2 %, seuls 6,8 % sont déductibles du résultat fiscal. Les 2,4 % restants, ainsi que la totalité de la CRDS (0,5 %), doivent être réintégrés. Pour un dirigeant percevant une rémunération brute de 150 000 €, la réintégration représente environ 4 350 €.
Amendes et pénalités. Toute amende infligée par une autorité administrative ou judiciaire est non déductible : amendes routières, pénalités URSSAF, majorations fiscales, sanctions AMF ou CNIL. En revanche, les pénalités contractuelles entre entreprises restent déductibles.
Taxe sur les véhicules de sociétés. La TVS, remplacée depuis 2022 par 2 taxes distinctes (taxe sur les émissions de CO₂ et taxe sur les émissions de polluants atmosphériques), reste non déductible du résultat fiscal (art. 39-4 CGI).
Intérêts excédentaires sur comptes courants d'associés. Les intérêts versés aux associés sur leurs avances en compte courant ne sont déductibles que dans la limite du taux moyen effectif des prêts à taux variable aux entreprises (TMP), publié trimestriellement par la Banque de France. Au 4e trimestre 2024, ce taux s'établissait à 5,97 %. Tout intérêt versé au-delà de ce taux doit être réintégré.
La diversité des réintégrations impose un suivi rigoureux des seuils et taux de référence, qui évoluent chaque année.
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Les contrôles fiscaux révèlent des erreurs récurrentes dans le traitement des réintégrations. L'administration fiscale a réalisé en 2023 environ 45 000 contrôles sur pièces et 41 000 contrôles sur place, pour un montant total de droits rappelés de 15,2 milliards d'euros (rapport d'activité DGFiP 2023). Plusieurs catégories d'erreurs alimentent ces redressements.
Oubli de réintégration sur les véhicules de tourisme. Le DAF applique parfois l'ancien plafond ou omet de vérifier le taux d'émission exact du véhicule. Lorsque la flotte comprend plusieurs véhicules, l'erreur se multiplie.
Confusion entre provisions déductibles et non déductibles. Une provision pour risque n'est déductible que si le risque est probable, nettement précisé et évalué avec une approximation suffisante. Les provisions pour propre assureur ou les provisions pour charges futures non individualisées sont systématiquement rejetées.
Non-respect du plafond des intérêts de comptes courants. L'erreur consiste à appliquer un taux contractuel sans vérifier le TMP en vigueur. L'écart, même de quelques dixièmes de point, génère une réintégration sur l'ensemble des intérêts versés.
Déduction de charges somptuaires. Certaines entreprises déduisent des charges de chasse, de résidences de plaisance ou de bateaux en les qualifiant de frais de représentation. L'administration requalifie ces dépenses lors du contrôle.
Absence de justificatifs. Une charge, même déductible en théorie, sera rejetée si l'entreprise ne peut produire la facture, le contrat ou le document attestant de sa réalité et de son montant. L'article 39-1 du CGI exige que toute charge soit appuyée par des pièces probantes.
Erreur de rattachement à l'exercice. Une charge comptabilisée sur le mauvais exercice entraîne un double risque : redressement sur l'exercice où elle a été déduite à tort, et impossibilité de la déduire sur l'exercice correct si le délai de réclamation est expiré.
Sécuriser les retraitements extracomptables repose sur un processus structuré, reproductible d'un exercice à l'autre.
Le DAF établit un tableau de bord listant chaque catégorie de charge potentiellement non déductible, le seuil ou taux applicable, la source juridique et le montant réintégré. Ce document sert de checklist annuelle et de support en cas de contrôle.
| Poste | Seuil / Taux applicable | Source | Montant comptabilisé | Montant réintégré |
|---|---|---|---|---|
| Amortissement véhicule A | 18 300 € | Art. 39-4 CGI | 9 000 € | 5 340 € |
| Intérêts CC associé X | TMP 5,97 % | Art. 39-1-3° CGI | 12 000 € | 1 200 € |
| Amendes | 100 % | Art. 39-2 CGI | 3 500 € | 3 500 € |
| TVS | 100 % | Art. 39-4 CGI | 8 200 € | 8 200 € |
Attendre la clôture annuelle pour traiter les réintégrations augmente le risque d'oubli. Une revue trimestrielle des comptes de charges permet d'identifier en amont les postes à retraiter et de fiabiliser les estimations d'IS provisoire.
Chaque réintégration doit être tracée : référence de l'article du CGI, calcul détaillé, pièces justificatives associées. Cette documentation constitue la première ligne de défense en cas de vérification de comptabilité.
Les plafonds d'amortissement, le TMP des comptes courants, les barèmes de TVS et les taux de CSG évoluent régulièrement. Le DAF doit s'assurer, en début d'exercice, que les paramètres utilisés dans ses outils de calcul sont à jour.
Certaines situations nécessitent une analyse juridique approfondie : opérations intragroupe, prix de transfert, régime mère-fille, intégration fiscale au sens du groupe (art. 223 A CGI). Dans ces cas, l'intervention d'un spécialiste permet de sécuriser les positions fiscales prises par l'entreprise.
Structurer un processus de contrôle interne des retraitements réduit le risque de redressement et fiabilise le calcul de la charge d'IS.
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La réintégration fiscale corrige les divergences entre comptabilité et fiscalité. Elle consiste à ajouter au résultat comptable les charges non admises en déduction par le CGI, afin de déterminer la base imposable réelle de l'entreprise.
Les charges non déductibles les plus fréquentes sont identifiables et listées. Amortissements excédentaires de véhicules, CSG-CRDS non déductible, amendes, TVS, intérêts de comptes courants au-delà du TMP : ces postes doivent faire l'objet d'un contrôle systématique.
Le calcul du résultat fiscal suit une séquence en 5 étapes. Du résultat comptable net aux réintégrations, puis aux déductions et à l'imputation des déficits, chaque étape se formalise dans le tableau 2058-A de la liasse fiscale.
Les erreurs les plus sanctionnées portent sur les oublis de plafonds et l'absence de justificatifs. L'administration fiscale dispose de moyens de contrôle automatisés qui détectent les incohérences entre les données déclarées et les seuils légaux.
Un processus de revue structuré et documenté constitue la meilleure protection. Matrice de contrôle, revue trimestrielle, mise à jour annuelle des seuils et recours ponctuel à un avocat fiscaliste forment un dispositif de sécurisation efficace.
La réintégration fiscale est un retraitement extracomptable qui consiste à ajouter des charges non déductibles au résultat comptable pour obtenir le résultat fiscal. L'intégration fiscale (art. 223 A CGI) est un régime de groupe permettant à une société mère de se constituer seule redevable de l'IS pour l'ensemble de ses filiales détenues à 95 % ou plus. Les deux notions relèvent de la fiscalité des entreprises mais n'ont pas le même objet.
Les réintégrations sont déclarées dans le tableau 2058-A (détermination du résultat fiscal) de la liasse fiscale. Chaque catégorie de réintégration correspond à une ligne spécifique (WB à WI). Le résultat fiscal final apparaît en ligne XN après déduction des déficits reportables.
Oui. Les pénalités contractuelles versées entre entreprises (pénalités de retard de livraison, indemnités de résiliation) restent déductibles du résultat fiscal. Seules les amendes et pénalités infligées par une autorité publique (administration fiscale, URSSAF, CNIL, tribunaux) sont non déductibles en vertu de l'article 39-2 du CGI.
Le taux maximum de déduction des intérêts servis aux associés est publié chaque trimestre par la Banque de France et repris par l'administration fiscale (BOFiP). Le DAF doit vérifier ce taux pour chaque exercice et appliquer la réintégration sur la fraction d'intérêts excédant ce plafond.
Oui. Le droit de reprise de l'administration fiscale s'exerce en principe sur les 3 derniers exercices clos (art. L. 169 du Livre des procédures fiscales). En cas d'activité occulte ou de fraude, ce délai est porté à 10 ans. Une réintégration oubliée sur un exercice antérieur peut donc faire l'objet d'un rappel de droits majoré d'intérêts de retard (0,20 % par mois) et éventuellement de pénalités.
BOI-BIC-BASE-30 - BIC - Base d'imposition - Rectifications extra-comptables - DGFiP - BOFiP-Impôts
Liasse fiscale du régime réel simplifié (BIC/IS)
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