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Situation opérationnelle type : un litige technique à anticiper avant le procès
Objectif recherché : préserver la preuve et fonder une stratégie indemnitaire
Mécanisme juridique mobilisé : l'article 145 du CPC et le référé expertise
Application concrète : assignation, conditions, déroulement des opérations
Compétence territoriale : la réforme du 1er septembre 2025
Risques et contraintes : motif légitime, contradictoire, coût, représentation
Limites du cas d'usage : situations où le référé 145 ne s'applique pas
Un directeur juridique reçoit un signalement interne : une fissure structurelle est apparue sur un bâtiment livré 14 mois plus tôt, ou un lot de composants industriels présente un taux de défaillance anormal en exploitation. Le sinistre est constaté, mais ses causes restent indéterminées. Plusieurs intervenants sont potentiellement en cause — constructeur, sous-traitant, fournisseur, bureau de contrôle. Le litige n'est pas encore formalisé, aucune assignation au fond n'a été délivrée.
Dans cette configuration, le risque principal est la disparition ou l'altération de la preuve. Un désordre peut évoluer, être réparé d'urgence ou masqué par des travaux ultérieurs. Un produit défectueux peut être retiré du marché ou modifié. Sans constatation technique réalisée dans un cadre juridiquement opposable, le directeur juridique perd la maîtrise de la démonstration causale qui conditionne toute indemnisation future.
C'est précisément cette situation qui justifie le recours au référé expertise judiciaire fondé sur l'article 145 du Code de procédure civile (CPC). Ce mécanisme permet d'obtenir la désignation d'un expert judiciaire avant tout procès, pour constater des faits, en analyser les causes et produire un rapport utilisable devant le juge du fond.
Le référé expertise ne vise pas à trancher un litige. Il poursuit un objectif probatoire : figer l'état des faits à un instant donné, dans un cadre contradictoire, c'est-à-dire en présence de toutes les parties potentiellement concernées.
Pour le directeur juridique, l'intérêt est triple.
Sécuriser la preuve technique. L'expert judiciaire procède à des constatations sur site, analyse les documents techniques, interroge les intervenants et formule un avis motivé sur les causes du désordre ou du défaut. Son rapport constitue un élément de preuve à forte valeur probante devant le juge du fond.
Identifier les responsabilités. L'expertise permet de déterminer quel intervenant a commis une faute, un manquement contractuel ou une non-conformité. Cette identification conditionne la mise en cause des bons défendeurs lors du procès au fond.
Évaluer le préjudice. L'expert chiffre le coût des réparations, des remplacements ou des pertes d'exploitation. Ce chiffrage sert de base à la demande indemnitaire et, le cas échéant, à une négociation transactionnelle. En pratique, selon les données du ministère de la Justice, plus de 60 % des expertises judiciaires ordonnées en référé aboutissent à un règlement amiable sans procès au fond.
Le recours à un avocat spécialisé en contentieux technique permet de structurer la demande d'expertise et d'anticiper la stratégie indemnitaire dès le stade du référé.
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L'article 145 du CPC dispose : « S'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige, les mesures d'instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé. »
Ce texte pose 3 conditions cumulatives pour obtenir une expertise judiciaire en référé :
| Condition | Contenu | Vérification par le juge |
|---|---|---|
| Motif légitime | Le demandeur doit justifier d'un intérêt crédible à établir ou conserver la preuve | Le juge vérifie que la demande n'est ni dilatoire ni abusive |
| Avant tout procès | Aucune instance au fond ne doit être engagée entre les mêmes parties sur le même objet | Le juge vérifie l'absence de saisine préalable du juge du fond |
| Faits dont dépend la solution d'un litige | Les faits à constater doivent avoir un lien direct avec un litige potentiel identifiable | Le juge vérifie que le litige envisagé n'est pas purement hypothétique |
Le juge des référés n'examine pas le bien-fondé de la prétention au fond. Il vérifie uniquement que les conditions de l'article 145 sont réunies. Son ordonnance désigne un expert, fixe sa mission et détermine le montant de la provision à consigner — c'est-à-dire l'avance sur les frais d'expertise que le demandeur doit verser au greffe.
La Cour de cassation a précisé à plusieurs reprises que le motif légitime s'apprécie de manière souple. Il suffit que le demandeur démontre l'existence d'un litige plausible, sans avoir à prouver le bien-fondé de sa future action (Cass. 2e civ., 8 juin 2000, n° 98-20.893).
Le directeur juridique, assisté de son avocat, rédige une assignation en référé qui comprend :
L'audience de référé intervient en général dans un délai de 2 à 6 semaines après la délivrance de l'assignation, selon la juridiction. Le juge statue par ordonnance, exécutoire de plein droit. Il désigne l'expert, fixe le calendrier et le montant de la consignation.
L'expert convoque les parties à une ou plusieurs réunions contradictoires. Il procède aux investigations techniques, recueille les observations des parties et rédige un pré-rapport (note de synthèse) soumis aux dires des parties — c'est-à-dire à leurs observations écrites. Il dépose ensuite son rapport définitif au greffe. La durée moyenne d'une expertise judiciaire en matière de construction est de 12 à 18 mois.
| Étape | Délai indicatif | Action du directeur juridique |
|---|---|---|
| Assignation en référé | J | Validation de la stratégie avec l'avocat |
| Audience de référé | J + 2 à 6 semaines | Présence ou représentation à l'audience |
| Consignation | J + 4 à 8 semaines | Versement de la provision au greffe |
| 1re réunion d'expertise | J + 2 à 4 mois | Présence avec l'avocat et le conseil technique |
| Pré-rapport | J + 8 à 14 mois | Rédaction des dires en réponse |
| Rapport définitif | J + 12 à 18 mois | Analyse et décision sur la suite (transaction ou procès) |
Un accompagnement juridique dès la phase de référé permet de cadrer la mission d'expertise et de préparer les dires avec précision.
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Jusqu'au 31 août 2025, le juge des référés compétent pour statuer sur une demande fondée sur l'article 145 du CPC est celui du tribunal judiciaire dans le ressort duquel la mesure doit être exécutée, ou celui du tribunal potentiellement compétent pour connaître du fond du litige.
La réforme issue du décret n° 2024-1225 du 30 décembre 2024, applicable au 1er septembre 2025, modifie les règles de compétence territoriale en matière de référé. Elle clarifie l'articulation entre le juge des référés du lieu d'exécution de la mesure et le juge du tribunal compétent au fond. En matière d'expertise technique portant sur un immeuble, le tribunal du lieu de situation de l'immeuble conserve sa compétence. En revanche, pour les litiges portant sur des biens mobiliers ou des prestations de services, la réforme renforce la compétence du tribunal du domicile du défendeur.
Pour le directeur juridique, cette évolution impose de vérifier systématiquement la compétence territoriale avant de délivrer l'assignation, en particulier lorsque le litige implique plusieurs défendeurs domiciliés dans des ressorts différents.
Le recours au référé expertise judiciaire n'est pas exempt de risques. Plusieurs contraintes doivent être anticipées.
Rejet pour défaut de motif légitime. Si le juge estime que le litige envisagé est purement hypothétique ou que la demande est dilatoire, il rejette la requête. Le demandeur supporte alors les dépens et perd du temps.
Défaut de contradictoire. Si une partie potentiellement concernée n'est pas appelée à la procédure, l'expertise peut lui être déclarée inopposable. Le directeur juridique doit identifier exhaustivement tous les intervenants susceptibles d'être mis en cause.
Coût de la consignation. La provision à consigner varie selon la complexité de l'expertise. En matière de construction, elle se situe généralement entre 3 000 et 15 000 €. En matière industrielle ou environnementale, elle peut dépasser 30 000 €. Ce coût est avancé par le demandeur, mais peut être mis à la charge du perdant à l'issue du procès au fond.
Représentation obligatoire. Devant le tribunal judiciaire, la représentation par avocat est obligatoire en référé depuis le 1er janvier 2020 (décret n° 2019-1333 du 11 décembre 2019). Le directeur juridique ne peut pas se présenter seul au nom de la société.
L'accompagnement par un avocat rompu aux opérations d'expertise permet de sécuriser le contradictoire et d'optimiser la mission confiée à l'expert.
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Le référé expertise fondé sur l'article 145 du CPC ne constitue pas un outil universel. Plusieurs situations en excluent l'usage.
Instance au fond déjà engagée. Si une assignation au fond a été délivrée entre les mêmes parties sur le même objet, le juge des référés est incompétent. L'expertise doit alors être demandée au juge de la mise en état ou au juge du fond, sur le fondement de l'article 143 du CPC.
Absence de litige identifiable. Une demande d'expertise purement exploratoire, sans litige plausible, sera rejetée. Le demandeur doit pouvoir caractériser un différend potentiel avec un minimum de vraisemblance.
Mesure disproportionnée. Le juge peut refuser la mesure si elle apparaît disproportionnée par rapport à l'enjeu du litige, ou si d'autres moyens de preuve moins coûteux sont disponibles (constat d'huissier, expertise amiable contradictoire).
Litiges relevant de juridictions spécialisées. Certains contentieux relèvent de juridictions spécifiques (tribunal de commerce, conseil de prud'hommes) qui disposent de leurs propres procédures de référé. Le directeur juridique doit vérifier la juridiction compétente avant d'agir.
Prescription de l'action au fond. Si l'action au fond est manifestement prescrite, le juge des référés peut estimer que le motif légitime fait défaut, puisque le litige envisagé ne pourra jamais aboutir. La Cour de cassation a toutefois adopté une position nuancée, en considérant que la prescription de l'action au fond ne suffit pas à elle seule à caractériser l'absence de motif légitime (Cass. 2e civ., 6 mai 2021, n° 20-10.574).
En définitive, le référé expertise judiciaire est un levier procédural précis, dont l'efficacité repose sur une préparation rigoureuse : identification des parties, caractérisation du motif légitime, formulation de la mission d'expertise et maîtrise du calendrier procédural.
La provision à consigner varie selon la nature et la complexité du litige. En matière de construction, elle se situe entre 3 000 et 15 000 €. En matière industrielle, elle peut dépasser 30 000 €. À ces frais s'ajoutent les honoraires d'avocat et, le cas échéant, ceux d'un conseil technique (sapiteur). Le demandeur avance ces sommes, mais peut en obtenir le remboursement à l'issue du procès au fond.
Non. L'article 145 du CPC exige que la demande soit formulée « avant tout procès ». Si une instance au fond est déjà engagée entre les mêmes parties sur le même objet, la demande d'expertise doit être adressée au juge de la mise en état ou au juge du fond, sur le fondement des articles 143 et suivants du CPC.
La durée dépend de la complexité technique du dossier. En matière de construction, la durée moyenne est de 12 à 18 mois entre la désignation de l'expert et le dépôt du rapport définitif. En matière de défaut produit ou de sinistre industriel, cette durée peut atteindre 24 mois, notamment lorsque des analyses en laboratoire sont nécessaires.
Non. Le rapport d'expertise judiciaire constitue un élément de preuve soumis à l'appréciation souveraine du juge du fond. Celui-ci n'est pas lié par les conclusions de l'expert. En pratique, les juges suivent les conclusions de l'expert dans la grande majorité des cas, sauf contestation technique sérieuse étayée par un rapport contradictoire.
Oui. L'ordonnance de référé est susceptible d'appel dans un délai de 15 jours à compter de sa signification. L'appel n'est toutefois pas suspensif : l'expertise peut commencer pendant la procédure d'appel, sauf si la cour d'appel ordonne un sursis à exécution.
Article 145 du Code de procédure civile - Légifrance
Section I Décisions ordonnant des mesures d’instruction Articles 143 à 154 - Légifrance
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