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Cadre légal : la rupture conventionnelle individuelle n'a pas de quota
Enjeux : pourquoi le nombre de ruptures conventionnelles attire l'attention
Conditions et prérequis avant d'enchaîner plusieurs ruptures conventionnelles
Les seuils d'alerte Dreets à connaître (10 sur 30 jours, 18 sur l'année)
Articulation avec la rupture conventionnelle collective et le licenciement économique
Obligations et points de vigilance : éviter le contournement
Que faire en cas de contrôle Dreets ou de contentieux salarié
Checklist pour sécuriser vos ruptures conventionnelles multiples
La rupture conventionnelle individuelle, créée par la loi du 25 juin 2008, est régie par les articles L. 1237-11 à L. 1237-16 du Code du travail. Ces textes encadrent la procédure — entretien préalable, délai de rétractation de 15 jours calendaires, homologation par la Dreets — mais ne fixent aucun plafond numérique. Aucune disposition légale ne limite le nombre de ruptures conventionnelles qu'un employeur peut conclure sur une période donnée.
Cette absence de quota de rupture conventionnelle est logique : le dispositif repose sur un accord bilatéral entre l'employeur et le salarié. Chaque convention est, par nature, individuelle et autonome. Le Conseil d'État l'a confirmé dans un arrêt du 26 septembre 2018 (n° 408583) : la validité d'une rupture conventionnelle s'apprécie dossier par dossier, indépendamment du nombre de conventions conclues par l'entreprise.
En pratique, cette liberté n'est pas absolue. L'administration dispose d'un pouvoir de contrôle au stade de l'homologation. Et c'est précisément le volume de demandes qui peut déclencher ce contrôle.
En 2023, la Dares a enregistré environ 500 000 ruptures conventionnelles homologuées en France, un chiffre stable depuis 2019. Ce volume élevé a conduit la Dreets (ex-Direccte) à renforcer ses outils de détection des usages atypiques.
Le risque principal pour l'employeur est la requalification en licenciement économique. Lorsqu'une entreprise concentre un nombre élevé de ruptures conventionnelles sur une courte période, l'administration peut considérer que l'opération dissimule une restructuration. Dans ce cas, l'employeur aurait dû respecter les obligations liées au licenciement économique : consultation du CSE, notification à la Dreets, et, au-delà de 10 salariés sur 30 jours dans une entreprise de 50 salariés ou plus, mise en place d'un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE).
La Cour de cassation a posé ce principe dans un arrêt du 9 mars 2011 (n° 10-11.581) : des ruptures conventionnelles multiples peuvent être annulées si elles s'inscrivent dans un processus de réduction d'effectifs relevant du régime du licenciement économique. Le juge examine alors le contexte global — difficultés économiques, réorganisation, suppression de postes — et non la seule forme juridique choisie.
Pour le directeur juridique, l'enjeu est double : préserver la flexibilité du dispositif tout en documentant l'absence de projet collectif de suppression de postes.
Avant de conclure plusieurs ruptures conventionnelles sur une même période, 3 conditions doivent être systématiquement vérifiées.
1. Un consentement libre et éclairé pour chaque salarié. L'article L. 1237-11 du Code du travail exige un accord mutuel. La Cour de cassation sanctionne toute rupture obtenue sous pression, harcèlement ou dans un contexte conflictuel rendant le consentement équivoque (Cass. soc., 30 janvier 2013, n° 11-22.332). Chaque salarié doit avoir initié ou accepté la démarche sans contrainte.
2. Un motif individuel identifiable. Chaque rupture doit pouvoir être justifiée par une raison propre au salarié : projet professionnel, départ volontaire, mésentente ponctuelle, souhait de reconversion. Si tous les salariés concernés occupent le même poste dans le même service, l'administration suspectera un motif économique commun.
3. Une procédure autonome et complète. Chaque dossier nécessite :
| Étape | Délai | Document |
|---|---|---|
| Entretien(s) préalable(s) | Libre, mais au moins 1 | Compte rendu écrit recommandé |
| Signature de la convention | Après le dernier entretien | Formulaire Cerfa rempli et signé |
| Délai de rétractation | 15 jours calendaires | Courrier recommandé si rétractation |
| Demande d'homologation | Dès le lendemain du délai de rétractation | Envoi à la Dreets (TéléRC) |
| Instruction Dreets | 15 jours ouvrables | Décision d'homologation ou refus |
Multiplier les ruptures conventionnelles sans procédure rigoureuse expose l'entreprise à des refus d'homologation et à des contentieux prud'homaux.
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La Dreets ne publie pas de grille officielle de seuils d'alerte. En revanche, des instructions internes — notamment la circulaire DGT n° 2008-11 du 22 juillet 2008 et ses mises à jour — définissent des indicateurs de vigilance utilisés par les agents instructeurs.
Deux seuils sont couramment appliqués :
| Seuil | Période | Conséquence |
|---|---|---|
| ≥ 10 ruptures conventionnelles | 30 jours | Examen renforcé par la Dreets, demande de justificatifs complémentaires |
| ≥ 18 ruptures conventionnelles | 12 mois glissants | Risque de refus d'homologation, suspicion de licenciement économique déguisé |
| ≥ 10 suppressions de postes sur 30 jours (entreprise ≥ 50 salariés) | 30 jours | Obligation de PSE si requalification |
Ces seuils ne sont pas des interdictions. Une entreprise de 500 salariés qui conclut 12 ruptures conventionnelles en un mois peut parfaitement obtenir l'homologation de chaque dossier, à condition de démontrer que chaque départ répond à une logique individuelle. En revanche, une PME de 40 salariés qui enregistre 10 départs en rupture conventionnelle sur la même période sera quasi systématiquement contrôlée.
Le directeur juridique doit donc croiser le volume de ruptures avec l'effectif de l'établissement, la nature des postes concernés et le calendrier des départs pour évaluer le niveau de risque.
Lorsqu'une entreprise envisage plusieurs départs simultanés, 3 régimes juridiques coexistent. Leur articulation détermine les obligations de l'employeur.
La rupture conventionnelle individuelle (articles L. 1237-11 et suivants) : aucune condition d'effectif, aucun motif économique requis, homologation par la Dreets. Adaptée aux départs isolés ou peu nombreux.
La rupture conventionnelle collective (articles L. 1237-19 et suivants, créée par les ordonnances Macron de septembre 2017) : elle suppose un accord collectif majoritaire, validé par la Dreets. Elle permet des suppressions de postes sans licenciement, mais exclut tout licenciement économique pendant la durée de l'accord. En 2022, 178 accords de rupture conventionnelle collective ont été validés en France (source : Dares).
Le licenciement économique collectif (articles L. 1233-1 et suivants) : obligatoire dès lors que les suppressions de postes résultent de difficultés économiques, de mutations technologiques ou d'une réorganisation nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité. Au-delà de 10 licenciements sur 30 jours dans une entreprise de 50 salariés ou plus, un PSE est requis.
Le piège pour l'employeur : utiliser des ruptures conventionnelles individuelles pour éviter le régime du licenciement économique ou de la rupture conventionnelle collective. Si la Dreets ou le juge établit que les départs s'inscrivent dans un projet de réduction d'effectifs, la requalification entraîne la nullité des conventions et l'application rétroactive du régime économique — avec les indemnités et obligations afférentes.
Choisir le bon cadre juridique entre rupture individuelle, collective ou licenciement économique nécessite une analyse précise de chaque situation.
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Le risque de contournement est le premier motif de refus d'homologation par la Dreets et de requalification judiciaire. Plusieurs signaux d'alerte doivent être surveillés par le directeur juridique.
Concentration temporelle. Des ruptures conventionnelles signées la même semaine, portant sur des postes similaires dans le même service, constituent un faisceau d'indices de licenciement économique déguisé.
Absence de remplacement. Si les postes libérés ne sont pas pourvus et que l'organigramme est restructuré après les départs, l'administration en déduit une suppression de postes.
Indemnités anormalement élevées. Une indemnité très supérieure au minimum légal (1/4 de mois par année d'ancienneté jusqu'à 10 ans, puis 1/3 au-delà) peut signaler une incitation au départ, caractéristique d'un plan de départs volontaires non formalisé.
Contexte économique dégradé. Si l'entreprise traverse des difficultés financières documentées (baisse de chiffre d'affaires, pertes d'exploitation), la Dreets sera particulièrement attentive à tout volume inhabituel de ruptures conventionnelles.
Points de vigilance à intégrer dans chaque dossier :
En cas de contrôle Dreets, l'agent instructeur peut demander des pièces complémentaires avant de statuer sur l'homologation : organigramme, motifs individuels, situation économique de l'entreprise. Le délai d'instruction de 15 jours ouvrables est alors suspendu jusqu'à réception des documents. Si la Dreets refuse l'homologation, l'employeur peut former un recours hiérarchique ou saisir le conseil de prud'hommes dans un délai de 12 mois (article L. 1237-14).
En cas de contentieux salarié, le salarié dispose de 12 mois à compter de l'homologation pour contester la convention devant le conseil de prud'hommes. Les motifs les plus fréquents sont le vice du consentement (pression, harcèlement, information insuffisante) et la fraude au licenciement économique. Si le juge prononce la nullité, la rupture produit les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse, avec les indemnités correspondantes (article L. 1235-3 du Code du travail : barème Macron).
Réflexes à adopter immédiatement :
Face à un contrôle Dreets ou un contentieux prud'homal, la réactivité et la qualité du dossier font la différence.
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Cette checklist synthétise les actions à mener pour chaque rupture conventionnelle lorsque plusieurs dossiers sont traités simultanément.
Avant la signature :
Pendant la procédure :
Après l'homologation :
Non. Le Code du travail ne fixe aucun plafond. L'employeur peut conclure autant de ruptures conventionnelles individuelles qu'il le souhaite, à condition que chaque convention respecte la procédure légale et repose sur un consentement libre.
La Dreets applique des seuils d'alerte internes : 10 ruptures sur 30 jours ou 18 sur 12 mois glissants dans un même établissement. Ces seuils ne sont pas des interdictions mais déclenchent un examen approfondi de chaque dossier.
Le risque principal est la requalification en licenciement économique déguisé. L'employeur s'expose alors à la nullité des conventions, au paiement d'indemnités de licenciement sans cause réelle et sérieuse, et à l'obligation rétroactive de mettre en place un PSE si les seuils sont atteints.
La rupture conventionnelle individuelle est conclue entre l'employeur et un salarié, sans condition de motif économique. La rupture conventionnelle collective suppose un accord collectif majoritaire et permet des suppressions de postes organisées, mais exclut tout licenciement économique pendant la durée de l'accord.
Il faut documenter le motif individuel de chaque salarié (courrier de demande, projet professionnel), démontrer que les postes ne sont pas supprimés dans le cadre d'une restructuration, et conserver l'ensemble des pièces du dossier. L'absence de contexte économique dégradé et l'espacement des signatures renforcent la solidité du dossier.
Rupture conventionnelle, articles L1237-11 à L1237-16 du Code du travail - Légifrance
La rupture conventionnelle du contrat de travail à durée indéterminée - Ministère du Travail
Rupture conventionnelle d’un salarié du secteur privé - Service-Public.fr
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