
Jullian Hoareau

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Nantissement de parts sociales : définition et cadre légal
Constitution du nantissement : acte, agrément et inscription
Effets du nantissement sur les droits de l'associé
Céder des parts nanties : accord du créancier
Formalités d'enregistrement et publicité au greffe
Droits d'enregistrement applicables selon la forme sociale
Plus-value de cession : imposition du cédant
Réalisation forcée du nantissement et agrément anticipé
Lorsqu'un associé a donné ses parts sociales en garantie d'un crédit, toute cession ultérieure de ces parts doit composer avec les droits du créancier nanti. Ignorer cette contrainte expose l'opération à un blocage, voire à un contentieux sur le prix. Ce guide détaille, étape par étape, le mécanisme du nantissement, les conditions pour céder des parts nanties, les formalités de publicité et le traitement fiscal applicable.
Le nantissement de parts sociales est une sûreté réelle portant sur un bien meuble incorporel. Il permet à un associé d'affecter ses parts en garantie d'une obligation, le plus souvent un prêt bancaire. Le créancier nanti obtient un droit de préférence sur la valeur des parts en cas de défaillance du débiteur, ainsi qu'un droit de suite qui lui permet de suivre les parts même en cas de cession.
Le régime est fixé par les articles 2355 et suivants du code civil. L'ordonnance du 15 septembre 2021, entrée en vigueur le 1er janvier 2022, a unifié ce régime en supprimant les dispositions spécifiques aux parts de sociétés civiles. Toutes les parts sociales — SARL, SNC, sociétés civiles — relèvent désormais du même cadre.
Pour les sociétés civiles, l'article 1866 du code civil continue d'encadrer les conditions propres au nantissement. Pour les SARL, le projet de nantissement peut être soumis à la procédure d'agrément prévue à l'article L223-14 du code de commerce.
La constitution du nantissement suppose un acte écrit identifiant les parts nanties, la créance garantie et le débiteur. Cet acte peut être sous seing privé ou notarié.
En SARL, le projet de nantissement est notifié à la société et peut être soumis à l'agrément des associés dans les mêmes conditions qu'une cession. Ce point est décisif : le consentement de la société au nantissement emporte agrément du cessionnaire en cas de réalisation forcée ultérieure des parts.
L'inscription du nantissement s'effectue au greffe du tribunal de commerce dont dépend la société. Cette formalité conditionne l'opposabilité de la sûreté aux tiers. Sans inscription, le nantissement reste valable entre les parties mais ne peut être invoqué face à un tiers acquéreur ou à un autre créancier.
| Étape | Formalité | Effet |
|---|---|---|
| Rédaction de l'acte | Acte sous seing privé ou notarié | Naissance du nantissement entre les parties |
| Notification à la société | Lettre recommandée ou signification | Information de la société et, en SARL, déclenchement de la procédure d'agrément |
| Inscription au greffe | Dépôt au greffe du tribunal de commerce | Opposabilité aux tiers |
Le nantissement ne dessaisit pas l'associé de ses parts. Sauf stipulation contraire dans l'acte, il conserve :
Le créancier nanti ne devient pas associé. Il dispose d'un droit de préférence sur le prix de cession ou sur la valeur de réalisation des parts. En pratique, l'acte de nantissement peut prévoir une clause d'attribution des dividendes au créancier ou une restriction du droit de céder sans son accord.
Structurer un nantissement de parts sociales exige de sécuriser à la fois les droits du créancier et la liberté de gestion de l'associé.
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La cession de parts grevées d'un nantissement reste juridiquement possible. Le nantissement confère au créancier un droit de suite : même après cession, la sûreté continue de grever les parts entre les mains de l'acquéreur. En pratique, aucun acquéreur n'accepte d'acheter des parts nanties sans purge préalable.
Deux scénarios se présentent :
Sans mainlevée ni accord, le cessionnaire acquiert des parts grevées du droit de suite du créancier, ce qui rend l'opération risquée et, en pratique, inacceptable pour un acquéreur informé.
L'acte de cession de parts sociales doit être enregistré au service des impôts dans le mois suivant sa signature. Cette formalité déclenche l'exigibilité des droits d'enregistrement.
En parallèle, la cession doit faire l'objet d'un dépôt au greffe du tribunal de commerce pour mise à jour du registre du commerce et des sociétés (RCS). Le défaut de publicité n'entraîne pas la nullité de la cession : la sanction est l'inopposabilité aux tiers. Un tiers de bonne foi pourrait ignorer le transfert de propriété.
| Formalité | Délai | Sanction en cas de défaut |
|---|---|---|
| Enregistrement au service des impôts | 1 mois après signature | Pénalités fiscales (intérêts de retard, majoration) |
| Dépôt au greffe (mise à jour RCS) | Dans les meilleurs délais | Inopposabilité de la cession aux tiers |
| Radiation du nantissement (si mainlevée) | Après remboursement | Le nantissement reste inscrit et opposable |
La coordination entre mainlevée du nantissement, enregistrement fiscal et publicité au greffe conditionne la sécurité juridique de toute cession de parts nanties.
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Le taux des droits d'enregistrement dépend de la nature juridique des titres cédés et de l'activité de la société.
| Type de titres | Taux | Abattement |
|---|---|---|
| Parts sociales (SARL, EURL, SNC, sociétés civiles) | 3 % | 23 000 € proratisé au pourcentage du capital cédé |
| Actions (SA, SAS, SCA) | 0,1 % | Aucun |
| Titres de sociétés à prépondérance immobilière | 5 % | Aucun |
Pour les parts sociales, l'abattement de 23 000 € s'applique sur l'assiette totale puis est réparti au prorata de la fraction du capital cédée. Par exemple, pour une cession portant sur 50 % du capital, l'abattement utilisable est de 11 500 €.
Le nantissement n'a pas d'incidence directe sur le calcul des droits d'enregistrement. L'assiette reste le prix de cession stipulé ou, à défaut, la valeur vénale des parts.
Lorsque le cédant est une personne physique, la plus-value réalisée lors de la cession de parts sociales est soumise au prélèvement forfaitaire unique (PFU), soit 30 % (12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux).
Le cédant peut opter pour l'imposition au barème progressif de l'impôt sur le revenu. Cette option est globale : elle s'applique à l'ensemble des revenus de capitaux mobiliers et plus-values de l'année. Elle ouvre droit, sous conditions, à des abattements pour durée de détention applicables aux titres acquis avant le 1er janvier 2018.
Le fait que les parts soient nanties ne modifie pas le régime d'imposition de la plus-value. En revanche, si le prix de cession est affecté au remboursement du créancier nanti, le cédant est imposé sur la totalité de la plus-value, y compris la fraction du prix qu'il ne perçoit pas effectivement.
Le cédant est imposé sur la plus-value totale, même si une partie du prix rembourse le créancier nanti. Anticiper ce décalage de trésorerie est indispensable.
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En cas de défaillance du débiteur, le créancier nanti peut demander la réalisation forcée des parts. Deux voies sont possibles :
En SARL, le consentement donné par la société lors de la constitution du nantissement vaut agrément anticipé du cessionnaire en cas de réalisation forcée. Ce mécanisme, prévu par l'article L223-14 du code de commerce, évite que la clause d'agrément ne bloque la réalisation de la sûreté.
En société civile, l'agrément des associés reste en principe requis pour toute entrée d'un nouveau membre. Le créancier nanti doit donc anticiper cette difficulté dès la constitution du nantissement, en obtenant un engagement d'agrément ou une clause statutaire adaptée.
Juridiquement, oui : le nantissement confère un droit de suite, et la cession n'est pas interdite. En pratique, aucun acquéreur n'accepte des parts grevées d'une sûreté. Il faut obtenir la mainlevée ou l'accord du créancier, avec séquestre du prix.
Non. Sauf clause contraire dans l'acte de nantissement, l'associé conserve ses droits financiers (dividendes, distributions) et son droit de vote. Le créancier dispose uniquement d'un droit de préférence sur la valeur des parts.
Le taux est de 3 %, après application d'un abattement de 23 000 € proratisé au pourcentage du capital cédé. Pour les actions (SA, SAS), le taux est de 0,1 %. Pour les sociétés à prépondérance immobilière, il est de 5 %.
Le nantissement reste valable entre les parties, mais il est inopposable aux tiers. Un autre créancier ou un acquéreur de bonne foi pourrait ignorer la sûreté. L'absence d'inscription n'entraîne pas la nullité du nantissement.
Oui. La plus-value est calculée sur le prix de cession total, indépendamment de l'affectation du prix. Le cédant supporte l'impôt (PFU à 30 % ou barème progressif sur option) y compris sur la fraction qu'il ne perçoit pas directement.
Article 2355 du Code civil - Légifrance
Article 1866 du Code civil - Légifrance
ENR - Régime fiscal de droit commun des cessions de droits sociaux - BOFiP-Impôts
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