
Jullian Hoareau

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Mandat ad hoc : définition et cadre légal
Quelles entreprises peuvent y recourir et quand
Saisir le président du tribunal : la demande
Rôle du mandataire et déroulement des négociations
Confidentialité : ce qui reste hors du BODACC
Issues possibles : accord, conciliation ou procédure collective
Une entreprise qui détecte des tensions de trésorerie dispose rarement d'un réflexe immédiat : solliciter un juge. La crainte de voir sa situation exposée aux banques, fournisseurs ou clients freine toute démarche. Le mandat ad hoc répond précisément à ce blocage. Il permet d'ouvrir des négociations avec ses créanciers sous l'égide d'un tiers désigné par le tribunal, sans aucune publicité.
Prévu aux articles L. 611-3 et suivants du Code de commerce, le mandat ad hoc est une procédure amiable et confidentielle. Il ne constitue pas une procédure collective : aucun jugement d'ouverture n'est publié, aucune déclaration de créances n'est requise, et le dirigeant reste aux commandes de son entreprise. Le président du tribunal compétent — tribunal de commerce pour les sociétés commerciales, tribunal judiciaire pour les autres — désigne un mandataire chargé d'une mission précise, définie dans l'ordonnance de nomination.
| Caractéristique | Mandat ad hoc | Conciliation | Redressement judiciaire |
|---|---|---|---|
| Publicité | Aucune | Aucune (sauf homologation) | Publication au BODACC |
| Cessation des paiements | Interdite | Possible (< 45 jours) | Constatée |
| Durée légale maximale | Aucune (fixée par le juge) | 5 mois | 18 mois |
| Dessaisissement du dirigeant | Non | Non | Partiel ou total |
Toute personne exerçant une activité commerciale, artisanale, agricole ou libérale peut demander un mandat ad hoc, de même que toute personne morale de droit privé. En pratique, les ETI et filiales de groupes y recourent fréquemment pour traiter un différend bancaire, renégocier une dette obligataire ou restructurer un crédit syndiqué.
La condition essentielle est l'absence de cessation des paiements. L'entreprise doit encore être en mesure de faire face à son passif exigible avec son actif disponible. Le mandat ad hoc intervient donc en amont, dès l'apparition de signaux d'alerte : dégradation du covenant bancaire, retard récurrent de règlement fournisseur, perte d'un client représentant plus de 20 % du chiffre d'affaires.
Identifier le bon moment pour structurer une négociation confidentielle avec ses créanciers suppose une analyse juridique et financière rigoureuse.
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Seul le dirigeant de l'entreprise peut demander l'ouverture d'un mandat ad hoc. Ni un créancier, ni le ministère public, ni le tribunal d'office ne disposent de cette faculté. Cette exclusivité protège le caractère volontaire de la démarche.
La demande prend la forme d'une requête adressée au président du tribunal compétent. Elle expose la situation économique et financière de l'entreprise, identifie les difficultés rencontrées et précise la mission envisagée pour le mandataire. En pratique, le dirigeant joint :
Le président convoque le dirigeant pour un entretien confidentiel. Il statue par ordonnance non susceptible d'appel, fixe la durée de la mission et désigne le mandataire. Le dirigeant peut proposer un nom ; le président n'est pas lié par cette suggestion.
Le mandataire ad hoc n'est ni un administrateur judiciaire, ni un liquidateur. Il ne dispose d'aucun pouvoir de gestion sur l'entreprise. Sa mission, strictement définie par l'ordonnance, consiste à faciliter la négociation entre le débiteur et ses créanciers ciblés.
En pratique, le mandataire organise des réunions bilatérales ou multilatérales, propose des scénarios de restructuration et rédige des projets de protocole d'accord. Il peut intervenir sur des sujets variés :
| Étape | Acteur principal | Durée indicative |
|---|---|---|
| Requête et entretien | Dirigeant / Président du tribunal | 1 à 3 semaines |
| Désignation du mandataire | Président du tribunal | Immédiate (ordonnance) |
| Phase de négociation | Mandataire / Créanciers | 2 à 6 mois |
| Formalisation de l'accord | Mandataire / Avocats des parties | 2 à 4 semaines |
Le dirigeant conserve la totalité de ses pouvoirs. Il signe les accords, valide les propositions et peut mettre fin à la mission à tout moment.
Piloter une négociation avec un mandataire ad hoc nécessite un accompagnement juridique adapté aux enjeux de l'entreprise.
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La confidentialité constitue l'atout décisif du mandat ad hoc. L'article L. 611-15 du Code de commerce impose à toute personne appelée à la procédure ou qui en a connaissance une obligation de confidentialité. Cette obligation couvre le mandataire, les créanciers participants, leurs conseils et le greffe.
Concrètement, aucune mention n'apparaît au BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales). Aucune inscription n'est portée au registre du commerce. Les clients, fournisseurs non concernés, salariés et concurrents ne sont pas informés. Le Kbis de l'entreprise reste vierge de toute mention.
Cette discrétion permet au dirigeant de négocier sans déclencher les clauses de défaut croisé (cross-default) présentes dans la plupart des contrats de financement, ni provoquer de résiliation anticipée de contrats commerciaux.
Le mandat ad hoc peut aboutir à 3 scénarios distincts.
1. Accord amiable. Les parties signent un protocole transactionnel. Cet accord reste confidentiel et lie uniquement ses signataires. Il n'a pas force exécutoire, sauf si les parties saisissent ensuite le président pour une homologation dans le cadre d'une conciliation.
2. Basculement en conciliation. Lorsque les négociations progressent mais nécessitent un cadre renforcé — suspension des poursuites, homologation judiciaire —, le dirigeant peut demander l'ouverture d'une procédure de conciliation (articles L. 611-4 et suivants). La transition est fluide : le mandataire ad hoc peut être désigné conciliateur.
3. Procédure collective. Si la cessation des paiements survient pendant le mandat, le dirigeant doit déclarer cette situation dans un délai de 45 jours. Le tribunal ouvre alors un redressement ou une liquidation judiciaire. En pratique, ce scénario reste minoritaire : selon la Conférence générale des juges consulaires, plus de 70 % des mandats ad hoc aboutissent à un accord.
Le choix entre mandat ad hoc, conciliation et sauvegarde dépend du stade de la difficulté et de la structure de l'endettement.
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Non. Toute entreprise commerciale, artisanale, libérale ou agricole peut en bénéficier, quelle que soit sa taille. En pratique, les TPE y recourent moins souvent faute d'information, mais aucun seuil de chiffre d'affaires ou d'effectif n'est exigé.
Les honoraires du mandataire sont fixés par le président du tribunal en accord avec le débiteur, au moment de la désignation. Ils sont à la charge de l'entreprise. Leur montant varie selon la complexité du dossier, le nombre de créanciers et la durée de la mission.
Non. Le mandataire n'a aucun pouvoir contraignant. Il facilite la négociation et propose des solutions, mais chaque créancier reste libre d'accepter ou de refuser les termes du protocole.
Le mandat ad hoc n'a pas de durée légale maximale et suppose l'absence de cessation des paiements. La conciliation est limitée à 5 mois et peut être ouverte si la cessation des paiements date de moins de 45 jours. La conciliation permet en outre l'homologation judiciaire de l'accord.
Non. Aucune obligation d'information du CSE ou des salariés n'existe dans le cadre d'un mandat ad hoc. La confidentialité couvre l'ensemble de la procédure, y compris vis-à-vis des représentants du personnel.
Article L611-3 du Code de commerce - Légifrance
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