Mandat ad hoc : anticiper ses difficultés sans alerter le marché

Guides & Ressources pratiques
20 Jul 2026
-
7 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. Le mandat ad hoc est une procédure amiable, confidentielle, ouverte aux entreprises qui ne sont pas en cessation des paiements.
  2. Le dirigeant saisit le président du tribunal par requête ; il conserve l'intégralité de ses pouvoirs de gestion.
  3. Le mandataire désigné négocie avec les créanciers ciblés, sans publication au BODACC ni information des tiers.
  4. La procédure peut déboucher sur un accord amiable, basculer vers une conciliation ou, en dernier recours, vers une procédure collective.
  5. Sa confidentialité totale en fait l'outil privilégié des ETI et grands groupes pour traiter des tensions de trésorerie sans déstabiliser leurs relations commerciales.

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Sommaire

Mandat ad hoc : définition et cadre légal

Quelles entreprises peuvent y recourir et quand

Saisir le président du tribunal : la demande

Rôle du mandataire et déroulement des négociations

Confidentialité : ce qui reste hors du BODACC

Issues possibles : accord, conciliation ou procédure collective

FAQ

Pour aller plus loin

Mandat ad hoc : définition et cadre légal

Une entreprise qui détecte des tensions de trésorerie dispose rarement d'un réflexe immédiat : solliciter un juge. La crainte de voir sa situation exposée aux banques, fournisseurs ou clients freine toute démarche. Le mandat ad hoc répond précisément à ce blocage. Il permet d'ouvrir des négociations avec ses créanciers sous l'égide d'un tiers désigné par le tribunal, sans aucune publicité.

Prévu aux articles L. 611-3 et suivants du Code de commerce, le mandat ad hoc est une procédure amiable et confidentielle. Il ne constitue pas une procédure collective : aucun jugement d'ouverture n'est publié, aucune déclaration de créances n'est requise, et le dirigeant reste aux commandes de son entreprise. Le président du tribunal compétent — tribunal de commerce pour les sociétés commerciales, tribunal judiciaire pour les autres — désigne un mandataire chargé d'une mission précise, définie dans l'ordonnance de nomination.

CaractéristiqueMandat ad hocConciliationRedressement judiciaire
PublicitéAucuneAucune (sauf homologation)Publication au BODACC
Cessation des paiementsInterditePossible (< 45 jours)Constatée
Durée légale maximaleAucune (fixée par le juge)5 mois18 mois
Dessaisissement du dirigeantNonNonPartiel ou total

Quelles entreprises peuvent y recourir et quand

Toute personne exerçant une activité commerciale, artisanale, agricole ou libérale peut demander un mandat ad hoc, de même que toute personne morale de droit privé. En pratique, les ETI et filiales de groupes y recourent fréquemment pour traiter un différend bancaire, renégocier une dette obligataire ou restructurer un crédit syndiqué.

La condition essentielle est l'absence de cessation des paiements. L'entreprise doit encore être en mesure de faire face à son passif exigible avec son actif disponible. Le mandat ad hoc intervient donc en amont, dès l'apparition de signaux d'alerte : dégradation du covenant bancaire, retard récurrent de règlement fournisseur, perte d'un client représentant plus de 20 % du chiffre d'affaires.

Identifier le bon moment pour structurer une négociation confidentielle avec ses créanciers suppose une analyse juridique et financière rigoureuse.
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Saisir le président du tribunal : la demande

Seul le dirigeant de l'entreprise peut demander l'ouverture d'un mandat ad hoc. Ni un créancier, ni le ministère public, ni le tribunal d'office ne disposent de cette faculté. Cette exclusivité protège le caractère volontaire de la démarche.

La demande prend la forme d'une requête adressée au président du tribunal compétent. Elle expose la situation économique et financière de l'entreprise, identifie les difficultés rencontrées et précise la mission envisagée pour le mandataire. En pratique, le dirigeant joint :

  • Les derniers comptes annuels et situations intermédiaires
  • Un état de la trésorerie et un prévisionnel à 6 ou 12 mois
  • La liste des créanciers concernés par la négociation
  • Une note décrivant les solutions envisagées

Le président convoque le dirigeant pour un entretien confidentiel. Il statue par ordonnance non susceptible d'appel, fixe la durée de la mission et désigne le mandataire. Le dirigeant peut proposer un nom ; le président n'est pas lié par cette suggestion.

Rôle du mandataire et déroulement des négociations

Le mandataire ad hoc n'est ni un administrateur judiciaire, ni un liquidateur. Il ne dispose d'aucun pouvoir de gestion sur l'entreprise. Sa mission, strictement définie par l'ordonnance, consiste à faciliter la négociation entre le débiteur et ses créanciers ciblés.

En pratique, le mandataire organise des réunions bilatérales ou multilatérales, propose des scénarios de restructuration et rédige des projets de protocole d'accord. Il peut intervenir sur des sujets variés :

  • Rééchelonnement de dette bancaire : allongement de maturité, période de grâce sur le principal
  • Abandon partiel de créances : décote négociée contre un paiement accéléré du solde
  • Conversion de dette en capital : entrée du créancier au capital en échange de l'extinction de sa créance
  • Négociation avec un bailleur : réduction temporaire de loyer, report d'échéances
ÉtapeActeur principalDurée indicative
Requête et entretienDirigeant / Président du tribunal1 à 3 semaines
Désignation du mandatairePrésident du tribunalImmédiate (ordonnance)
Phase de négociationMandataire / Créanciers2 à 6 mois
Formalisation de l'accordMandataire / Avocats des parties2 à 4 semaines

Le dirigeant conserve la totalité de ses pouvoirs. Il signe les accords, valide les propositions et peut mettre fin à la mission à tout moment.

Piloter une négociation avec un mandataire ad hoc nécessite un accompagnement juridique adapté aux enjeux de l'entreprise.
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Confidentialité : ce qui reste hors du BODACC

La confidentialité constitue l'atout décisif du mandat ad hoc. L'article L. 611-15 du Code de commerce impose à toute personne appelée à la procédure ou qui en a connaissance une obligation de confidentialité. Cette obligation couvre le mandataire, les créanciers participants, leurs conseils et le greffe.

Concrètement, aucune mention n'apparaît au BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales). Aucune inscription n'est portée au registre du commerce. Les clients, fournisseurs non concernés, salariés et concurrents ne sont pas informés. Le Kbis de l'entreprise reste vierge de toute mention.

Cette discrétion permet au dirigeant de négocier sans déclencher les clauses de défaut croisé (cross-default) présentes dans la plupart des contrats de financement, ni provoquer de résiliation anticipée de contrats commerciaux.

Issues possibles : accord, conciliation ou procédure collective

Le mandat ad hoc peut aboutir à 3 scénarios distincts.

1. Accord amiable. Les parties signent un protocole transactionnel. Cet accord reste confidentiel et lie uniquement ses signataires. Il n'a pas force exécutoire, sauf si les parties saisissent ensuite le président pour une homologation dans le cadre d'une conciliation.

2. Basculement en conciliation. Lorsque les négociations progressent mais nécessitent un cadre renforcé — suspension des poursuites, homologation judiciaire —, le dirigeant peut demander l'ouverture d'une procédure de conciliation (articles L. 611-4 et suivants). La transition est fluide : le mandataire ad hoc peut être désigné conciliateur.

3. Procédure collective. Si la cessation des paiements survient pendant le mandat, le dirigeant doit déclarer cette situation dans un délai de 45 jours. Le tribunal ouvre alors un redressement ou une liquidation judiciaire. En pratique, ce scénario reste minoritaire : selon la Conférence générale des juges consulaires, plus de 70 % des mandats ad hoc aboutissent à un accord.

Le choix entre mandat ad hoc, conciliation et sauvegarde dépend du stade de la difficulté et de la structure de l'endettement.
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FAQ

Le mandat ad hoc est-il réservé aux grandes entreprises ?

Non. Toute entreprise commerciale, artisanale, libérale ou agricole peut en bénéficier, quelle que soit sa taille. En pratique, les TPE y recourent moins souvent faute d'information, mais aucun seuil de chiffre d'affaires ou d'effectif n'est exigé.

Combien coûte un mandat ad hoc ?

Les honoraires du mandataire sont fixés par le président du tribunal en accord avec le débiteur, au moment de la désignation. Ils sont à la charge de l'entreprise. Leur montant varie selon la complexité du dossier, le nombre de créanciers et la durée de la mission.

Le mandataire ad hoc peut-il imposer un accord aux créanciers ?

Non. Le mandataire n'a aucun pouvoir contraignant. Il facilite la négociation et propose des solutions, mais chaque créancier reste libre d'accepter ou de refuser les termes du protocole.

Quelle différence entre mandat ad hoc et conciliation ?

Le mandat ad hoc n'a pas de durée légale maximale et suppose l'absence de cessation des paiements. La conciliation est limitée à 5 mois et peut être ouverte si la cessation des paiements date de moins de 45 jours. La conciliation permet en outre l'homologation judiciaire de l'accord.

Les salariés sont-ils informés de l'ouverture d'un mandat ad hoc ?

Non. Aucune obligation d'information du CSE ou des salariés n'existe dans le cadre d'un mandat ad hoc. La confidentialité couvre l'ensemble de la procédure, y compris vis-à-vis des représentants du personnel.

Pour aller plus loin

Article L611-3 du Code de commerce - Légifrance

Prévention et traitement des difficultés : quels sont les acteurs clés ? - Entreprendre.Service-Public.fr

Réagir aux premières difficultés - Entreprendre.Service-Public.fr

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