Mal-être au travail : définition, causes et obligations employeur

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31 May 2026
-
8 min de lecture
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Points clés de l'article
  1. Le mal-être au travail désigne un état de souffrance physique ou psychique lié aux conditions de travail, sans définition légale unique mais encadré par l'obligation de sécurité de résultat.
  2. Les signaux d'alerte (absentéisme, désengagement, troubles psychosomatiques) doivent être identifiés tôt pour qualifier juridiquement la situation.
  3. Les risques psychosociaux (surcharge, conflits, harcèlement, perte de sens) constituent les causes principales à documenter dans le DUERP.
  4. L'employeur est tenu à une obligation de sécurité (articles L.4121-1 et suivants du Code du travail) qui couvre la santé mentale des salariés.
  5. Le défaut de prévention expose l'entreprise à la reconnaissance d'une faute inexcusable, à des dommages-intérêts prud'homaux et à des sanctions pénales.

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Sommaire

Qu'est-ce que le mal-être au travail ?

Symptômes et signaux de souffrance au travail

Causes et facteurs de risques psychosociaux

Cadre juridique et obligation de sécurité de l'employeur

Prévention du mal-être : DUERP et rôle du CSE

Sanctions et risques de contentieux pour l'entreprise

FAQ

Pour aller plus loin

Qu'est-ce que le mal-être au travail ?

Le mal-être au travail désigne un état de souffrance psychique, émotionnelle ou physique ressenti par un salarié en lien direct avec ses conditions de travail. Il ne figure pas en tant que tel dans le Code du travail. En revanche, le droit français l'appréhende à travers plusieurs notions connexes : les risques psychosociaux (RPS), le harcèlement moral, le burn-out et l'atteinte à la santé mentale.

L'article L.4121-1 du Code du travail impose à l'employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des salariés. Cette formulation englobe toute forme de souffrance au travail, y compris celles qui ne relèvent pas d'un harcèlement caractérisé. La Cour de cassation a confirmé cette lecture dès 2006 (Cass. soc., 21 juin 2006, n° 05-43.914) en consacrant une obligation de sécurité de résultat en matière de santé mentale.

Pour un DRH, qualifier le mal-être au travail suppose de distinguer trois niveaux : le stress ponctuel lié à une surcharge temporaire, la souffrance installée qui altère la santé du salarié, et la situation pathologique (dépression, burn-out) susceptible d'être reconnue comme maladie professionnelle. Chaque niveau appelle une réponse juridique et managériale différente.

Symptômes et signaux de souffrance au travail

Repérer le mal-être suppose de croiser des indicateurs individuels et collectifs. Les signaux individuels incluent l'irritabilité inhabituelle, les troubles du sommeil déclarés au médecin du travail, les plaintes somatiques répétées (maux de tête, troubles digestifs) et le retrait progressif des interactions professionnelles.

Les indicateurs collectifs sont mesurables :

Indicateur collectifSeuil d'alerteSource de données
Taux d'absentéisme courtHausse de plus de 20 % sur 6 moisSIRH / paie
Turnover volontaireSupérieur à 15 % annuel (hors secteurs à forte rotation)Suivi RH
Nombre de visites spontanées au médecin du travailDoublement sur un trimestreService de santé au travail
Alertes CSE ou droit d'alerteToute occurrenceRegistre CSE

Selon la DARES (enquête Conditions de travail 2019), 37 % des salariés français déclarent subir un stress intense au travail. Ce chiffre monte à 45 % dans les entreprises de plus de 250 salariés. Ces données permettent au DRH de situer sa propre organisation par rapport à une moyenne nationale et d'objectiver un diagnostic interne.

Causes et facteurs de risques psychosociaux

Les causes du mal-être au travail sont classées en 6 familles par le rapport Gollac (2011), référence utilisée par l'INRS et la médecine du travail :

  1. Intensité et temps de travail : surcharge chronique, objectifs inatteignables, horaires imprévisibles
  2. Exigences émotionnelles : contact avec un public difficile, obligation de masquer ses émotions
  3. Manque d'autonomie : absence de marge de manoeuvre, contrôle excessif
  4. Rapports sociaux dégradés : conflits interpersonnels, harcèlement moral ou sexuel, isolement
  5. Conflits de valeurs : injonctions contradictoires, sentiment de travail inutile
  6. Insécurité de la situation de travail : menace de restructuration, précarité contractuelle

Ces facteurs se cumulent. Un salarié exposé à 3 facteurs simultanés voit son risque de dépression multiplié par 4, selon les données de Santé publique France (2023). Le DRH doit cartographier ces facteurs dans le Document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP), sous peine de manquement à son obligation de prévention.

Identifier et qualifier les facteurs de risques psychosociaux dans votre entreprise nécessite un cadrage juridique adapté.
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Cadre juridique et obligation de sécurité de l'employeur

L'obligation de sécurité de l'employeur repose sur plusieurs textes articulés :

TextePortée
Art. L.4121-1 Code du travailObligation générale de prévention : actions de prévention, information, formation, organisation adaptée
Art. L.4121-2 Code du travail9 principes généraux de prévention (éviter les risques, adapter le travail à l'homme, etc.)
Art. L.1152-1 Code du travailInterdiction du harcèlement moral
Art. L.1153-1 Code du travailInterdiction du harcèlement sexuel
ANI du 19 juin 2013Accord national interprofessionnel sur la qualité de vie au travail

Depuis l'arrêt Air France du 25 novembre 2015 (Cass. soc., n° 14-24.444), l'obligation de sécurité n'est plus strictement de résultat. L'employeur peut s'exonérer s'il démontre avoir pris toutes les mesures de prévention prévues aux articles L.4121-1 et L.4121-2. En pratique, cette nuance renforce l'exigence de traçabilité : chaque action de prévention doit être documentée.

Le DRH doit aussi articuler ces obligations avec le rôle du médecin du travail, dont les préconisations d'aménagement de poste s'imposent à l'employeur (art. L.4624-6). Un refus non motivé de suivre ces préconisations constitue un manquement autonome.

Prévention du mal-être : DUERP et rôle du CSE

Le DUERP est l'outil central de prévention. Depuis la loi du 2 août 2021 (loi Santé au travail), il doit intégrer les risques psychosociaux au même titre que les risques physiques. Sa mise à jour est annuelle dans les entreprises de 11 salariés et plus.

Le plan d'action de prévention doit comporter :

  • Évaluation : identification des postes et services exposés, via des questionnaires validés (Karasek, Siegrist) ou des entretiens ciblés
  • Actions correctives : réorganisation de la charge de travail, formation des managers à la détection des RPS, mise en place de dispositifs d'écoute
  • Suivi : indicateurs de résultat (évolution de l'absentéisme, nombre de signalements) intégrés au bilan social

Le CSE dispose d'un droit d'alerte en cas de danger grave et imminent (art. L.2312-60) et d'un droit d'alerte en cas d'atteinte aux droits des personnes ou à leur santé (art. L.2312-59). Lorsqu'un élu déclenche cette procédure, l'employeur doit mener une enquête conjointe sans délai. L'absence de réponse constitue un élément retenu par les juges en cas de contentieux ultérieur.

La mise en conformité du DUERP et la gestion des alertes CSE liées aux RPS impliquent des enjeux juridiques précis.
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Sanctions et risques de contentieux pour l'entreprise

Le défaut de prévention du mal-être au travail expose l'entreprise à 3 types de risques juridiques :

Contentieux prud'homal. Le salarié peut demander la résiliation judiciaire de son contrat ou prendre acte de la rupture aux torts de l'employeur. Si le manquement à l'obligation de sécurité est établi, la rupture produit les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse. Les indemnités sont encadrées par le barème Macron (art. L.1235-3), mais les dommages-intérêts pour préjudice distinct (atteinte à la santé) s'y ajoutent sans plafond.

Faute inexcusable. Lorsqu'un burn-out ou une dépression est reconnu comme maladie professionnelle (tableau ou voie complémentaire CRRMP), le salarié peut invoquer la faute inexcusable si l'employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger et n'a pas agi. La majoration de rente et l'indemnisation complémentaire sont alors à la charge de l'employeur.

Sanctions pénales. L'article 223-1 du Code pénal sanctionne la mise en danger délibérée d'autrui d'un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende. En cas de harcèlement moral avéré, l'article 222-33-2 prévoit 2 ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende.

Type de risqueFondementConséquence financière
Résiliation judiciaire / prise d'acteL.1235-3 + préjudice distinctBarème Macron + dommages-intérêts sans plafond
Faute inexcusableL.452-1 Code de la sécurité socialeMajoration de rente + indemnisation intégrale
Sanction pénale (harcèlement moral)Art. 222-33-2 Code pénalJusqu'à 30 000 € d'amende + 2 ans d'emprisonnement

En 2022, les conseils de prud'hommes ont enregistré une hausse de 12 % des demandes liées aux RPS par rapport à 2019 (données du ministère de la Justice). Cette tendance renforce la nécessité pour le DRH de documenter chaque action de prévention et de traitement des signalements.

FAQ

Le mal-être au travail est-il reconnu comme une maladie professionnelle ?

Le mal-être au travail n'est pas une maladie professionnelle en soi. En revanche, ses conséquences (dépression, burn-out) peuvent être reconnues par le CRRMP si le salarié démontre un lien direct et essentiel avec son activité professionnelle, et si l'incapacité permanente atteint au moins 25 %.

Quelles sont les premières actions à mener quand un salarié signale un mal-être ?

Le DRH doit recueillir le signalement par écrit, organiser un entretien avec le salarié, saisir le médecin du travail pour une visite à la demande (art. L.4624-1) et, si les faits évoquent un harcèlement, déclencher une enquête interne. Chaque étape doit être tracée et datée.

Le DUERP doit-il mentionner les risques psychosociaux ?

Oui. Depuis la loi du 2 août 2021, le DUERP doit intégrer l'évaluation des risques psychosociaux. L'absence de cette évaluation constitue un manquement à l'obligation de prévention, opposable en cas de contentieux.

Un salarié peut-il refuser de travailler en invoquant un mal-être ?

Le droit de retrait (art. L.4131-1) suppose un danger grave et imminent pour la vie ou la santé. Un mal-être diffus ne suffit pas en principe. Toutefois, si le salarié est exposé à un harcèlement avéré ou à une situation objectivement dangereuse pour sa santé mentale, le droit de retrait peut être légitime.

L'employeur peut-il être exonéré de responsabilité en matière de RPS ?

Depuis l'arrêt Air France de 2015, l'employeur peut s'exonérer s'il prouve avoir mis en oeuvre toutes les mesures de prévention prévues aux articles L.4121-1 et L.4121-2. Cette preuve repose sur la documentation des actions menées : formations, aménagements, enquêtes internes, suivi médical.

Pour aller plus loin

Article L4121-1 du Code du travail - Légifrance

Risques psychosociaux (RPS) - Ministère du Travail

Les risques psychosociaux (RPS) au travail - Assurance Maladie

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