
Jullian Hoareau

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Qualifier le litige avant d'engager une action
Réunir les preuves : contrat, échanges, bons de livraison
La relance amiable et la négociation directe
La mise en demeure : contenu et effets juridiques
Médiation et conciliation avant le tribunal
Saisir le tribunal : juridiction compétente et procédure
Délais de prescription à ne pas dépasser
Prévenir les litiges clients dans vos contrats
Un litige avec un client naît rarement d'un refus net de payer. Il vient d'un écart entre ce que le client pensait acheter et ce qu'il estime avoir reçu. Avant d'engager une action, identifiez la nature exacte du désaccord : elle détermine votre marge de manœuvre.
3 situations dominent :
La charge de la preuve pèse sur celui qui réclame le paiement. Reconstituez donc le dossier complet, dans l'ordre chronologique, avant d'écrire quoi que ce soit.
| Élément | Ce qu'il démontre | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Contrat ou devis signé | L'accord sur le périmètre et le prix | Vérifier la signature et la date |
| Bon de commande | La demande précise du client | Le rapprocher du devis accepté |
| Bon de livraison ou procès-verbal de réception | L'exécution effective | Identifier le signataire et sa qualité |
| Mails et comptes rendus | Les validations obtenues en cours de mission | Conserver les fils complets, jamais des extraits |
| Facture et relances | Le montant réclamé et son exigibilité | Contrôler les mentions et la date d'échéance |
Les échanges informels comptent : un mail de validation d'un livrable ou un compte rendu de réunion jamais contesté pèse souvent plus qu'une clause contractuelle générale.
Un dossier de preuves se construit au moment de la vente, pas au moment du conflit.
Faire cadrer vos contrats commerciaux
La relance amiable reste la voie la moins coûteuse et la moins destructrice pour la relation commerciale. Elle suppose toutefois une méthode.
Procédez par étapes écrites :
Un échéancier accepté par écrit sécurise votre créance, car il vaut reconnaissance du montant dû. Formalisez toute concession en précisant qu'elle est accordée sans reconnaissance de responsabilité.
La mise en demeure fait basculer le dossier du registre commercial au registre juridique. Elle ouvre la voie aux étapes contentieuses.
Son contenu doit être précis :
Envoyez-la en lettre recommandée avec accusé de réception et conservez la preuve d'envoi. La date de réception fait courir le délai que vous avez fixé.
Une mise en demeure engage la suite du dossier : elle se prépare avec la rigueur d'une assignation.
Sécuriser vos démarches de recouvrement
Le juge n'est pas la seule option. La médiation et la conciliation permettent de construire un accord avec l'aide d'un tiers, dans un calendrier maîtrisé et pour un coût limité.
L'article 2238 du Code civil suspend la prescription à compter du jour où, après la survenance d'un litige, les parties conviennent de recourir à la médiation ou à la conciliation. L'article 750-1 du Code de procédure civile impose une tentative préalable de conciliation, de médiation ou de procédure participative lorsque la demande portée devant le tribunal judiciaire tend au paiement d'une somme n'excédant pas 5 000 euros. Cette obligation vise la procédure devant le tribunal judiciaire et ne s'étend pas au tribunal de commerce.
Pour une créance contractuelle inférieure à 5 000 euros, la procédure simplifiée de recouvrement des petites créances, ouverte par un commissaire de justice, constitue une voie intermédiaire entre l'amiable et le procès.
Le choix de la juridiction dépend de la qualité des parties.
| Situation | Juridiction compétente en principe |
|---|---|
| Litige entre 2 commerçants | Tribunal de commerce |
| Litige impliquant un non-commerçant | Tribunal judiciaire |
Cette règle appelle une vérification au cas par cas. Faites contrôler la compétence avant de délivrer l'assignation.
La procédure suppose ensuite de chiffrer la demande, de produire des pièces numérotées et d'exposer les fondements invoqués. Anticipez le coût complet : honoraires, frais de commissaire de justice, temps interne mobilisé. Rapporté à une créance modeste, ce coût peut dépasser l'enjeu.
Le choix entre action judiciaire et accord négocié se décide sur le rapport entre l'enjeu financier et le coût de la procédure.
Faire arbitrer votre stratégie contentieuse
L'article 2224 du Code civil prévoit que les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par 5 ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. Passé ce délai, une créance pourtant incontestable devient inexploitable devant un juge.
Datez le point de départ du délai, qui ne coïncide pas toujours avec la date de facture. Suivez les événements qui suspendent ce délai, comme l'accord des parties de recourir à la médiation ou à la conciliation après la survenance du litige. Tenez un tableau des créances ouvertes, avec leur date d'exigibilité et leur date limite d'action.
La prévention des litiges clients se joue à la contractualisation. Quelques clauses réduisent les zones grises :
Ajoutez une discipline opérationnelle : un interlocuteur identifié chez le client, un compte rendu écrit après chaque réunion de suivi, une facturation à échéances régulières plutôt qu'un solde unique en fin de mission. Ces habitudes produisent le dossier de preuves que vous chercherez le jour où le désaccord survient.
Elle n'est pas exigée dans toutes les situations, mais elle reste utile. Elle date le refus du client, fixe le montant réclamé et démontre au juge que vous avez cherché une issue avant le procès. Vérifiez aussi votre contrat, qui peut imposer une étape préalable.
L'article 2224 du Code civil fixe un délai de 5 ans pour les actions personnelles ou mobilières, à compter du jour où vous avez connu ou auriez dû connaître les faits permettant d'agir. Ce point de départ n'est pas toujours la date de facture. Faites-le vérifier sur les dossiers anciens.
Le droit des contrats admet qu'une partie suspende son exécution lorsque l'autre n'exécute pas la sienne et que ce manquement est suffisamment grave : c'est l'exception d'inexécution. Sa mise en œuvre dépend des clauses de votre contrat et se notifie par écrit. Une suspension injustifiée vous placerait à votre tour en faute.
Non. L'article 2238 du Code civil suspend la prescription à compter du jour où, après la survenance du litige, les parties conviennent de recourir à la médiation ou à la conciliation. Conservez la trace écrite de cet accord, car c'est elle qui établira la suspension.
Un litige entre 2 commerçants relève en principe du tribunal de commerce, tandis qu'un litige impliquant un non-commerçant relève en principe du tribunal judiciaire. La qualité exacte des parties et les clauses du contrat peuvent modifier cette analyse. Faites vérifier la compétence avant toute assignation.
Article 2224 - Code civil - Légifrance
Article 750-1 - Code de procédure civile - Légifrance
Plateforme de traitement des petites créances - Entreprendre.Service-Public.fr
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