Lettre de rupture conventionnelle pendant arrêt maladie : modèle 2026 + mode d'emploi

Guides & Ressources pratiques
06 Feb 2026
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8
min
Points clés de l'article
  1. La rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie est juridiquement valide, quelle que soit l'origine de l'arrêt (maladie non professionnelle, accident du travail, maladie professionnelle), à condition que le consentement du salarié soit libre et éclairé.
  2. La lettre de demande doit identifier précisément les parties, mentionner la situation d'arrêt, proposer un ou plusieurs créneaux d'entretien et rappeler le droit à l'assistance.
  3. L'envoi en LRAR ou la remise en main propre contre décharge sécurise la preuve de la date de réception, point de départ des délais.
  4. Le vice de consentement constitue le premier motif d'annulation devant les prud'hommes : pression hiérarchique, contexte de harcèlement ou absence d'information sur les droits du salarié fragilisent la convention.
  5. Certaines situations (inaptitude en cours de constatation, litige prud'homal pendant, harcèlement allégué) imposent un accompagnement juridique individualisé avant toute signature.

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Sommaire

Finalité de la lettre et situations d'arrêt maladie concernées

Cadre juridique : validité de la rupture conventionnelle en arrêt maladie

Structure de la lettre : sections et articulation

Mentions obligatoires et éléments facultatifs à intégrer

Mode d'emploi : rédaction, envoi en LRAR et tenue de l'entretien

Vérification du consentement libre et éclairé

Erreurs fréquentes et usages incorrects à éviter

Limites du modèle : cas nécessitant un conseil juridique

FAQ

Pour aller plus loin

Finalité de la lettre et situations d'arrêt maladie concernées

La lettre de rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie formalise la volonté de l'une des parties — employeur ou salarié — d'engager une négociation en vue de mettre fin au contrat de travail d'un commun accord. Elle ne constitue pas la convention elle-même, mais l'acte qui déclenche le processus prévu aux articles L. 1237-11 à L. 1237-16 du Code du travail.

Trois situations d'arrêt coexistent en pratique, chacune avec ses spécificités :

Situation d'arrêtOrigineParticularité pour la rupture conventionnelle
Maladie non professionnellePathologie sans lien avec le travailAucune restriction légale spécifique
Accident du travailAccident survenu par le fait ou à l'occasion du travailProtection renforcée (art. L. 1226-9 C. trav.) : la rupture conventionnelle reste possible (Cass. soc., 30 sept. 2014, n° 13-16.297)
Maladie professionnellePathologie inscrite aux tableaux ou reconnue par le CRRMPMême régime de protection que l'accident du travail

La lettre doit donc être rédigée en tenant compte du type d'arrêt, car celui-ci conditionne le niveau de vigilance requis sur le consentement et les indemnités dues.

Cadre juridique : validité de la rupture conventionnelle en arrêt maladie

La Cour de cassation a confirmé à plusieurs reprises qu'un arrêt maladie ne fait pas obstacle à la conclusion d'une rupture conventionnelle. L'arrêt du 30 septembre 2014 (n° 13-16.297) a posé le principe pour les salariés victimes d'un accident du travail. L'arrêt du 16 décembre 2015 (n° 13-27.212) a précisé que la suspension du contrat pendant un arrêt maladie ordinaire n'interdit pas non plus la démarche.

En revanche, la validité repose sur une condition centrale : l'absence de vice du consentement. L'article 1130 du Code civil s'applique pleinement. Un salarié sous traitement médicamenteux altérant sa lucidité, ou soumis à des pressions pendant sa convalescence, peut obtenir l'annulation de la convention devant le conseil de prud'hommes. La charge de la preuve du vice incombe à celui qui l'invoque, mais le contexte d'arrêt maladie constitue un indice que les juges examinent avec attention.

Par ailleurs, la rupture conventionnelle ne doit pas être utilisée pour contourner les règles protectrices du licenciement pour inaptitude. Si une procédure d'inaptitude est en cours ou si le médecin du travail a été saisi, la DREETS (ex-Direccte) peut refuser l'homologation.

Sécuriser le consentement et la procédure d'une rupture conventionnelle en période d'arrêt maladie suppose une analyse précise de chaque situation.
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Structure de la lettre : sections et articulation

La lettre suit une architecture en 5 blocs distincts, chacun remplissant une fonction précise :

  1. En-tête : coordonnées complètes de l'expéditeur (salarié ou employeur), coordonnées du destinataire, date et lieu de rédaction.
  2. Objet : mention explicite « Demande de rupture conventionnelle du contrat de travail — article L. 1237-11 du Code du travail ».
  3. Corps de la lettre : rappel de la relation contractuelle (date d'embauche, poste, qualification), mention de la situation d'arrêt maladie en cours, expression de la volonté d'engager des discussions amiables.
  4. Proposition d'entretien : dates et lieux proposés, rappel du droit à l'assistance pour chaque partie (art. L. 1237-12 C. trav.).
  5. Formule de clôture : signature, qualité du signataire.

Exemple de corps de lettre (extrait)

« Je vous informe de mon souhait d'engager une procédure de rupture conventionnelle de mon contrat de travail à durée indéterminée conclu le [date]. Actuellement en arrêt de travail depuis le [date], je reste disponible pour un entretien aux dates suivantes : [date 1], [date 2]. Conformément à l'article L. 1237-12 du Code du travail, je vous rappelle que chacune des parties peut se faire assister lors de cet entretien. »

Mentions obligatoires et éléments facultatifs à intégrer

CatégorieMentionObligatoire / Facultatif
IdentificationNom, prénom, adresse, poste occupéObligatoire
ContratDate d'embauche, nature du contrat (CDI)Obligatoire
ObjetRéférence à l'article L. 1237-11 C. trav.Obligatoire
Arrêt maladieDate de début, nature (si le salarié le souhaite)Obligatoire (date) / Facultatif (nature)
EntretienProposition de dates, lieu, droit à l'assistanceObligatoire
Motif de la demandeRaisons personnelles ou professionnellesFacultatif
Indemnité souhaitéeMontant ou base de calcul envisagéFacultatif

La mention de la nature de l'arrêt (professionnelle ou non) n'est pas exigée par la loi. Toutefois, l'indiquer permet à l'employeur d'évaluer immédiatement le régime de protection applicable et d'adapter le calcul de l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle, dont le plancher varie selon l'origine de l'arrêt.

Mode d'emploi : rédaction, envoi en LRAR et tenue de l'entretien

Étape 1 — Rédaction. Reprendre la structure décrite ci-dessus. Adapter le vocabulaire au contexte : un salarié en arrêt longue durée depuis 6 mois ne formule pas sa demande comme un salarié arrêté depuis 2 semaines pour une grippe. La précision factuelle renforce la crédibilité de la démarche.

Étape 2 — Envoi. Privilégier la lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR). La date de première présentation fait courir les délais. La remise en main propre contre décharge est une alternative valable, à condition de conserver un double signé et daté.

Étape 3 — Entretien. Au moins un entretien est obligatoire (art. L. 1237-12 C. trav.). Il peut se tenir au domicile du salarié, dans les locaux de l'entreprise ou dans un lieu neutre, selon l'état de santé. Le salarié peut se faire assister par un salarié de l'entreprise ou, en l'absence de représentant du personnel, par un conseiller inscrit sur la liste départementale. L'employeur ne peut se faire assister que si le salarié exerce lui-même ce droit.

Étape 4 — Signature du formulaire Cerfa n° 14598. Après accord sur les termes (date de rupture, montant de l'indemnité), les parties signent le formulaire. Un délai de rétractation de 15 jours calendaires court à compter du lendemain de la signature.

Étape 5 — Homologation. Le formulaire est transmis à la DREETS, qui dispose de 15 jours ouvrables pour statuer. L'absence de réponse vaut homologation.

La rédaction et l'envoi de la lettre conditionnent la régularité de toute la procédure qui suit.
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Vérification du consentement libre et éclairé

Le consentement est le pivot de la rupture conventionnelle. En contexte d'arrêt maladie, 3 facteurs de risque doivent être identifiés et neutralisés :

  • État psychologique du salarié. Un salarié en arrêt pour dépression ou burn-out peut voir sa capacité de discernement contestée. Documenter les échanges (courriers, courriels) et laisser un délai de réflexion suffisant entre la proposition et l'entretien réduit ce risque.
  • Pression de l'employeur. Toute convocation insistante, menace de licenciement ou suppression d'avantages pendant l'arrêt peut caractériser une violence au sens de l'article 1140 du Code civil. La Cour de cassation a annulé des conventions signées dans un contexte de harcèlement moral (Cass. soc., 30 janv. 2013, n° 11-22.332).
  • Défaut d'information. Le salarié doit connaître le montant minimal de l'indemnité spécifique, ses droits à l'assurance chômage et l'impact sur ses indemnités journalières. L'absence d'information sur ces points ne constitue pas automatiquement un vice, mais elle alimente un faisceau d'indices défavorable.

Bonnes pratiques de traçabilité

  • Conserver une copie de chaque courrier échangé.
  • Rédiger un compte rendu d'entretien signé par les deux parties.
  • Laisser au minimum 5 jours ouvrables entre l'envoi de la lettre et la date du premier entretien proposé.

Erreurs fréquentes et usages incorrects à éviter

  • Envoyer la lettre par courriel simple. L'absence de preuve de réception fragilise la chronologie de la procédure. En cas de litige, l'employeur ne peut pas démontrer que le salarié a été informé dans les délais.
  • Omettre le droit à l'assistance. Ne pas mentionner la possibilité de se faire assister lors de l'entretien expose la convention à un risque d'annulation pour irrégularité de procédure.
  • Fixer l'entretien pendant une hospitalisation. Si le salarié est hospitalisé ou dans l'incapacité physique de se déplacer, l'entretien doit être reporté. Passer outre caractérise un défaut de consentement.
  • Confondre rupture conventionnelle et transaction. La transaction suppose un litige préexistant et des concessions réciproques. La rupture conventionnelle est un mode autonome de rupture du CDI. Mélanger les deux dans un même courrier crée une ambiguïté juridique exploitable devant les prud'hommes.
  • Calculer l'indemnité sur la base du salaire réduit par l'arrêt. L'indemnité spécifique de rupture conventionnelle se calcule sur la rémunération brute des 12 ou 3 derniers mois précédant la notification, selon la formule la plus avantageuse. Les périodes d'arrêt maladie avec maintien partiel de salaire ne doivent pas minorer artificiellement la base de calcul (Cass. soc., 23 mai 2017, n° 15-22.223).

Limites du modèle : cas nécessitant un conseil juridique

Un modèle de lettre standardisé couvre les situations courantes. Certaines configurations exigent un accompagnement individualisé :

  • Procédure d'inaptitude en cours. Lorsque le médecin du travail a été saisi ou a rendu un avis d'inaptitude, la rupture conventionnelle peut être requalifiée en contournement du régime protecteur. L'analyse au cas par cas est indispensable.
  • Harcèlement moral ou sexuel allégué. Si le salarié invoque un harcèlement comme cause de son arrêt, la rupture conventionnelle risque d'être annulée pour vice du consentement. La jurisprudence est constante sur ce point (Cass. soc., 30 janv. 2013, n° 11-22.332).
  • Salarié protégé. Les représentants du personnel, délégués syndicaux et membres du CSE bénéficient d'une procédure spécifique : l'autorisation de l'inspecteur du travail remplace l'homologation par la DREETS (art. L. 1237-15 C. trav.).
  • Litige prud'homal pendant. La signature d'une rupture conventionnelle alors qu'une procédure contentieuse est en cours entre les mêmes parties soulève des questions de renonciation aux droits qui nécessitent un examen juridique approfondi.
  • Arrêt maladie lié à un accident du travail avec faute inexcusable. Le régime indemnitaire spécifique et la majoration de rente modifient le calcul des droits du salarié. Un modèle générique ne peut pas intégrer ces paramètres.
Lorsque la situation dépasse le cadre d'un modèle standard, un avocat spécialisé permet d'identifier les risques spécifiques et de sécuriser chaque étape.
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FAQ

Un employeur peut-il proposer une rupture conventionnelle à un salarié en arrêt maladie ?

Oui. La Cour de cassation admet la rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie, y compris d'origine professionnelle (Cass. soc., 30 sept. 2014, n° 13-16.297). La seule condition est que le consentement du salarié soit libre, éclairé et exempt de toute pression.

L'arrêt maladie est-il interrompu par la signature de la rupture conventionnelle ?

Non. L'arrêt maladie se poursuit jusqu'à la date de rupture effective du contrat fixée dans la convention. Le salarié continue de percevoir ses indemnités journalières de la Sécurité sociale jusqu'à cette date, sous réserve des conditions habituelles de versement.

Comment calculer l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie ?

L'indemnité ne peut pas être inférieure à l'indemnité légale ou conventionnelle de licenciement. La base de calcul retient la rémunération brute des 12 ou 3 derniers mois précédant la rupture, selon la formule la plus favorable. Les périodes de salaire réduit liées à l'arrêt ne doivent pas diminuer artificiellement ce montant.

La DREETS peut-elle refuser l'homologation en raison de l'arrêt maladie ?

La DREETS vérifie le respect des conditions de forme, le montant de l'indemnité et la liberté du consentement. L'arrêt maladie en lui-même ne justifie pas un refus. En revanche, si le dossier laisse apparaître un contexte de pression ou un contournement d'une procédure d'inaptitude, l'homologation peut être refusée.

Le salarié en arrêt maladie a-t-il droit aux allocations chômage après une rupture conventionnelle ?

Oui. La rupture conventionnelle homologuée ouvre droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE), dans les conditions de droit commun. Le salarié doit être inscrit à France Travail (ex-Pôle emploi) et remplir les conditions d'affiliation (avoir travaillé au moins 6 mois sur les 24 derniers mois pour les moins de 53 ans).

Pour aller plus loin

Cour de cassation, Chambre sociale, 30 septembre 2013 n°12-19.711 (rupture conventionnelle pendant arrêt maladie) - Légifrance

Rupture conventionnelle d'un salarié du secteur privé - Service-Public.fr

La rupture conventionnelle du contrat de travail à durée indéterminée - Ministère du Travail

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