L'employeur peut-il imposer des congés à ses salariés ? Guide pratique 2026 pour les DRH

Guides & Ressources pratiques
16 Feb 2026
-
10
min
Points clés de l'article
  1. L'employeur dispose du pouvoir de fixer les dates de congés payés, y compris en cas de fermeture temporaire de l'entreprise, sous réserve de respecter le cadre légal et conventionnel.
  2. Un accord d'entreprise ou, à défaut, un accord de branche définit la période de prise des congés ; en l'absence d'accord, l'employeur fixe cette période après consultation du CSE.
  3. Le délai de prévenance est de 2 mois avant l'ouverture de la période de congés et de 1 mois avant la date de départ individuelle ; toute modification tardive expose l'entreprise à un contentieux prud'homal.
  4. La fermeture annuelle ne peut pas excéder 24 jours ouvrables consécutifs, sauf accord collectif contraire ou fractionnement avec l'accord du salarié.
  5. Le refus d'un salarié de respecter des congés régulièrement imposés peut constituer une faute disciplinaire, mais l'employeur doit documenter chaque étape pour sécuriser sa position.

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Sommaire

Cadre et situations concernées : fermeture de l'entreprise, RTT, congés non pris et modification unilatérale

Objectif et enjeux pour l'entreprise : organiser l'activité, prévenir le contentieux et sécuriser les décisions RH

Conditions et prérequis : accord d'entreprise, accord de branche et pouvoir de direction

Processus à suivre : fixation de la période, ordre des départs et information préalable

Délais légaux : 2 mois avant la période et 1 mois avant la date de départ

Limites et cas particuliers : circonstances exceptionnelles, durée maximale (24 jours ouvrables) et congés payés déjà posés

Obligations et points de vigilance : refus du salarié, sanction disciplinaire et risque prud'homal

Checklist et livrables attendus : note d'information, ordre des départs et preuve de notification

FAQ

Pour aller plus loin

Cadre et situations concernées : fermeture de l'entreprise, RTT, congés non pris et modification unilatérale

La question de savoir si l'employeur peut imposer des congés se pose dans plusieurs configurations concrètes. Quatre situations reviennent régulièrement dans la gestion RH.

Fermeture temporaire de l'entreprise. L'article L. 3141-19 du Code du travail autorise l'employeur à fermer l'établissement pendant une période définie et à placer l'ensemble des salariés en congés payés. Cette pratique concerne notamment les fermetures estivales ou les ponts décidés collectivement. En 2024, selon la Dares, environ 30 % des entreprises de moins de 50 salariés recouraient à une fermeture annuelle imposée.

Jours de RTT à l'initiative de l'employeur. Lorsqu'un accord collectif prévoit des jours de réduction du temps de travail, une fraction de ces jours (souvent 50 %) peut être fixée unilatéralement par l'employeur. Le mécanisme est distinct des congés payés, mais la logique d'imposition est comparable.

Congés non pris en fin de période. Lorsque des salariés accumulent un solde de congés élevé à l'approche de la date limite de prise (généralement le 31 mai), l'employeur peut exiger leur consommation. La Cour de cassation rappelle que l'employeur a l'obligation de permettre la prise effective des congés (Cass. soc., 13 juin 2012, n° 11-10.929). Imposer des dates de départ entre dans ce cadre.

Modification unilatérale de dates déjà fixées. L'employeur conserve le droit de modifier les dates de congés d'un salarié, à condition de respecter un délai de prévenance d'au moins 1 mois, sauf circonstances exceptionnelles (article L. 3141-16 du Code du travail).

SituationBase légale principaleDélai de prévenance
Fermeture de l'entrepriseL. 3141-19 C. trav.2 mois avant la période
RTT employeurAccord collectif applicableSelon l'accord (souvent 7 jours)
Congés non pris (solde)L. 3141-16 C. trav.1 mois avant la date de départ
Modification de dates poséesL. 3141-16 C. trav.1 mois minimum (sauf circonstances exceptionnelles)

Objectif et enjeux pour l'entreprise : organiser l'activité, prévenir le contentieux et sécuriser les décisions RH

Imposer des congés répond à un besoin opérationnel précis : garantir la continuité de l'activité tout en respectant le droit au repos des salariés. Pour un DRH, l'enjeu se décompose en 3 axes.

Pilotage de l'activité. Certaines entreprises connaissent des creux saisonniers marqués. Fermer l'établissement pendant ces périodes permet de réduire les coûts fixes (énergie, maintenance) et d'éviter le recours au chômage partiel. Dans l'industrie manufacturière, la fermeture estivale reste la norme pour environ 45 % des sites de production, selon l'enquête Acemo de la Dares (2023).

Prévention du contentieux. Une imposition de congés mal encadrée génère des litiges. Le conseil de prud'hommes peut requalifier une décision en modification abusive du contrat de travail si les délais de prévenance ne sont pas respectés. En 2023, les litiges liés aux congés payés représentaient environ 8 % des demandes devant les conseils de prud'hommes, d'après le ministère de la Justice.

Sécurisation juridique des décisions RH. Documenter chaque étape — consultation du CSE, affichage de l'ordre des départs, notification individuelle — constitue la meilleure protection en cas de contestation. L'absence de preuve écrite inverse la charge de la preuve au détriment de l'employeur.

Structurer les décisions relatives aux congés payés suppose une maîtrise précise des règles applicables au contrat de travail et aux relations individuelles.
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Conditions et prérequis : accord d'entreprise, accord de branche et pouvoir de direction

Le pouvoir de l'employeur en matière de congés imposés n'est pas discrétionnaire. Il s'inscrit dans une hiérarchie de normes précise.

Accord d'entreprise : la source prioritaire

Depuis les ordonnances Macron de 2017, l'accord d'entreprise prime sur l'accord de branche pour fixer la période de prise des congés et l'ordre des départs (article L. 3141-15 du Code du travail). L'accord peut définir :

  • La période de prise des congés (par exemple, du 1er juin au 31 octobre)
  • Les règles de fractionnement
  • Les critères d'ordre des départs (ancienneté, situation familiale, activité chez un autre employeur)

Accord de branche : le cadre supplétif

En l'absence d'accord d'entreprise, l'accord de branche s'applique. Certaines conventions collectives, comme celle du bâtiment (IDCC 1597), imposent des périodes de fermeture spécifiques fixées par les caisses de congés payés.

Pouvoir de direction : le dernier recours

Sans accord collectif applicable, l'employeur fixe lui-même la période de congés et l'ordre des départs, après avis du comité social et économique (CSE). Cet avis est consultatif, mais son absence constitue un délit d'entrave (article L. 2317-1 du Code du travail), passible de 7 500 € d'amende.

Source normativePortéeObligation de consultation du CSE
Accord d'entreprisePrioritaire depuis 2017Négociation avec les délégués syndicaux
Accord de brancheSupplétifNon requise (déjà négocié au niveau de la branche)
Décision unilatérale de l'employeurEn l'absence d'accordAvis obligatoire du CSE

Processus à suivre : fixation de la période, ordre des départs et information préalable

La mise en œuvre d'une imposition de congés suit un processus en 4 étapes.

Étape 1 — Définir la période de prise des congés. L'employeur (ou l'accord collectif) fixe la période pendant laquelle les salariés peuvent poser leurs congés. Cette période inclut obligatoirement la période du 1er mai au 31 octobre (article L. 3141-13 du Code du travail).

Étape 2 — Consulter le CSE. En l'absence d'accord collectif, l'employeur soumet au CSE la période retenue et les critères d'ordre des départs. Le procès-verbal de la réunion doit être conservé.

Étape 3 — Établir et afficher l'ordre des départs. L'article L. 3141-16 impose la communication de l'ordre des départs à chaque salarié par tout moyen. L'affichage dans les locaux reste la pratique la plus courante, mais un envoi par courriel avec accusé de réception ou via le SIRH est également valable.

Étape 4 — Notifier individuellement les dates. Chaque salarié doit connaître ses dates de congés au moins 1 mois avant son départ. Cette notification individuelle constitue la pièce essentielle en cas de litige.

  • ✅ Procès-verbal de consultation du CSE
  • ✅ Note de service précisant la période et les critères
  • ✅ Affichage ou diffusion de l'ordre des départs
  • ✅ Notification individuelle datée et traçable

Délais légaux : 2 mois avant la période et 1 mois avant la date de départ

Les délais de prévenance constituent le point de friction le plus fréquent dans les contentieux liés aux congés imposés.

2 mois avant l'ouverture de la période. L'employeur doit informer les salariés de la période de prise des congés au moins 2 mois avant son début (article D. 3141-5 du Code du travail). Si la période court du 1er juin au 31 octobre, l'information doit être diffusée au plus tard le 1er avril.

1 mois avant la date de départ individuelle. Une fois l'ordre des départs fixé, chaque salarié doit être prévenu de ses dates au moins 1 mois à l'avance (article L. 3141-16). Ce délai s'applique aussi en cas de modification des dates initialement prévues.

Exception : les circonstances exceptionnelles. L'employeur peut réduire le délai de 1 mois en cas de circonstances exceptionnelles. La jurisprudence retient des situations telles qu'une commande urgente et imprévue, une catastrophe naturelle affectant l'activité ou le remplacement d'un salarié décédé. En revanche, un simple pic d'activité prévisible ne suffit pas (Cass. soc., 16 mai 2007, n° 06-41.082).

Respecter les délais légaux en matière de congés payés protège l'entreprise contre les risques de requalification et de condamnation prud'homale.
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Limites et cas particuliers : circonstances exceptionnelles, durée maximale (24 jours ouvrables) et congés payés déjà posés

Le pouvoir d'imposition de l'employeur connaît des bornes strictes.

Durée maximale de fermeture : 24 jours ouvrables

L'article L. 3141-17 du Code du travail limite la fermeture continue de l'entreprise à 24 jours ouvrables, soit 4 semaines. Au-delà, l'employeur doit fractionner les congés. Le fractionnement ouvre droit à des jours supplémentaires pour le salarié (1 à 2 jours ouvrables selon la répartition), sauf renonciation expresse du salarié ou disposition conventionnelle contraire.

Congés déjà validés par l'employeur

Lorsque l'employeur a accepté les dates de congés d'un salarié, il ne peut les modifier qu'en respectant le délai de 1 mois. Si le salarié a déjà engagé des frais (billets d'avion, location), la jurisprudence considère que l'employeur peut être tenu de les indemniser en cas de modification tardive (Cass. soc., 12 mars 2008, n° 06-46.098).

Salariés protégés et situations particulières

Certaines catégories bénéficient de protections renforcées :

  • Salariés en congé maternité ou paternité : les congés payés acquis pendant ces périodes ne peuvent pas être perdus, conformément à la directive européenne 2003/88/CE et à la jurisprudence de la CJUE.
  • Salariés en arrêt maladie : depuis la loi du 22 avril 2024 transposant la jurisprudence européenne, les salariés acquièrent des congés payés pendant un arrêt maladie non professionnelle (2 jours ouvrables par mois, dans la limite de 24 jours par an).
  • Conjoints travaillant dans la même entreprise : ils ont droit à un congé simultané (article L. 3141-14 du Code du travail).

Obligations et points de vigilance : refus du salarié, sanction disciplinaire et risque prud'homal

Que faire si un salarié refuse les congés imposés ?

Le refus d'un salarié de partir en congé à la date fixée par l'employeur, dans le respect des règles légales et conventionnelles, constitue un acte d'insubordination. L'employeur peut engager une procédure disciplinaire pouvant aller jusqu'au licenciement pour faute grave, selon les circonstances (Cass. soc., 2 mars 2010, n° 08-44.902).

Toutefois, la sanction doit être proportionnée. Un avertissement ou une mise à pied disciplinaire sera plus adapté si le salarié invoque un motif légitime (rendez-vous médical, garde d'enfant en situation d'urgence).

Risques en cas de non-respect des règles par l'employeur

L'employeur qui impose des congés sans respecter les délais ou sans consultation du CSE s'expose à plusieurs sanctions :

  • Dommages et intérêts au profit du salarié pour préjudice subi
  • Amende pénale de 1 500 € par salarié concerné (article R. 3143-1 du Code du travail)
  • Délit d'entrave en cas d'absence de consultation du CSE (7 500 €)
  • Requalification de la décision en modification unilatérale du contrat de travail

Points de vigilance opérationnels

  • Ne jamais imposer des congés par simple message oral : toute décision doit être écrite et datée.
  • Conserver les preuves de notification (accusé de réception, signature sur registre, horodatage SIRH).
  • Vérifier systématiquement les dispositions de la convention collective applicable avant toute décision.
La gestion des refus de congés et des sanctions disciplinaires associées nécessite un cadrage juridique précis pour éviter toute requalification devant les prud'hommes.
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Checklist et livrables attendus : note d'information, ordre des départs et preuve de notification

Cette checklist récapitule les actions et documents à produire pour imposer des congés en toute conformité.

  • Vérifier l'accord d'entreprise ou de branche applicable en matière de congés payés
  • Consulter le CSE et consigner l'avis dans un procès-verbal
  • Rédiger une note d'information précisant la période de prise des congés, les critères d'ordre des départs et les dates de fermeture éventuelle
  • Diffuser la note au moins 2 mois avant l'ouverture de la période
  • Établir l'ordre des départs en appliquant les critères légaux ou conventionnels (situation familiale, ancienneté, activité chez un autre employeur)
  • Afficher l'ordre des départs dans les locaux ou le diffuser via le SIRH
  • Notifier individuellement chaque salarié de ses dates de congés au moins 1 mois avant le départ
  • Conserver les preuves de notification (accusé de réception, signature, horodatage)
  • Archiver l'ensemble des documents pendant 3 ans minimum (durée de prescription en matière de salaires et congés payés, article L. 3245-1 du Code du travail)
DocumentDestinataireDélaiMode de preuve recommandé
Note d'information (période + critères)Ensemble des salariésJ-60 avant la périodeAffichage + courriel avec AR
Ordre des départsEnsemble des salariésJ-30 avant le 1er départAffichage + SIRH horodaté
Notification individuelleChaque salarié concernéJ-30 avant la date de départCourriel avec AR ou remise en main propre signée
PV de consultation du CSEArchives RHAvant la diffusion de la notePV signé par le secrétaire du CSE

FAQ

L'employeur peut-il imposer des congés payés sans accord du salarié ?

Oui. L'employeur dispose du pouvoir de fixer les dates de congés payés dans le cadre de son pouvoir de direction. Il doit toutefois respecter les dispositions de l'accord d'entreprise, de l'accord de branche ou, à défaut, consulter le CSE et respecter les délais de prévenance légaux (2 mois pour la période, 1 mois pour la date de départ).

Quel est le délai minimum pour prévenir un salarié de ses dates de congés imposés ?

Le salarié doit être informé de ses dates de départ au moins 1 mois à l'avance (article L. 3141-16 du Code du travail). Ce délai peut être réduit uniquement en cas de circonstances exceptionnelles, notion interprétée strictement par la jurisprudence.

L'entreprise peut-elle fermer plus de 4 semaines consécutives pour congés ?

Non. La fermeture pour congés payés est limitée à 24 jours ouvrables consécutifs, soit 4 semaines. Au-delà, l'employeur doit fractionner la période de fermeture, ce qui peut ouvrir droit à des jours de congés supplémentaires pour les salariés.

Un salarié peut-il refuser des congés imposés par l'employeur ?

Si l'employeur a respecté l'ensemble des conditions légales et conventionnelles (consultation du CSE, délais de prévenance, critères d'ordre des départs), le salarié ne peut pas refuser. Un refus constitue une faute disciplinaire pouvant justifier une sanction proportionnée.

Que risque l'employeur s'il impose des congés sans respecter les délais ?

L'employeur s'expose à une condamnation prud'homale au versement de dommages et intérêts, à une amende de 1 500 € par salarié concerné et, en cas d'absence de consultation du CSE, à une poursuite pour délit d'entrave (7 500 € d'amende).

Pour aller plus loin

Congés payés du salarié dans le secteur privé - Service-Public.fr

Article L3141-13 du Code du travail - Légifrance

Tout savoir sur les congés payés de vos salariés - Ministère de l'Économie

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