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EI et EURL : présentation et contexte d'arbitrage
Création et formalités : démarches, coûts et délais
Responsabilité et protection du patrimoine
Fiscalité : IR, IS et options selon le revenu
Régime social : TNS, cotisations et couverture
Obligations comptables et juridiques
Scénarios : quand choisir EI, quand choisir EURL
Choisir entre EI ou EURL constitue la première décision structurante pour un entrepreneur qui lance une activité seul en France. Ces deux cadres juridiques permettent d'exercer en solo, mais ils n'offrent ni les mêmes leviers fiscaux, ni les mêmes perspectives d'évolution.
L'entreprise individuelle (EI) n'a pas de personnalité morale distincte de son créateur. L'entrepreneur exerce en son nom propre. Depuis la loi du 14 février 2022 (plan indépendants), son patrimoine personnel est automatiquement séparé de son patrimoine professionnel. Cette réforme a supprimé le statut d'EIRL, devenu inutile.
L'EURL (entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée) est une SARL à associé unique. Elle possède une personnalité morale propre, un capital social et des statuts. La responsabilité de l'associé est limitée au montant de ses apports.
Avant 2022, la protection patrimoniale constituait le critère de différenciation principal. Ce n'est plus le cas. L'arbitrage repose désormais sur 4 axes : la fiscalité, la souplesse de gestion, les obligations administratives et la capacité d'évolution du projet. Selon l'INSEE, 630 000 entreprises individuelles ont été créées en 2024, contre environ 90 000 EURL. L'écart s'explique par la simplicité de l'EI, mais pas nécessairement par sa pertinence dans tous les cas.
Cet article compare point par point les deux régimes pour vous permettre de trancher selon votre situation réelle : nature de l'activité, niveau de revenus anticipé, besoin de financement et horizon de développement.
La création d'une EI se fait via le guichet unique de l'INPI (formalites.entreprises.gouv.fr). L'entrepreneur dépose une déclaration d'activité. Aucun statut à rédiger, aucun capital à déposer. Le coût se limite aux frais de greffe : 0 € pour une activité libérale, 24,08 € pour une activité commerciale. Le délai moyen d'immatriculation est de 1 à 5 jours ouvrés.
L'EURL exige la rédaction de statuts, le dépôt d'un capital social (1 € minimum, mais un montant trop faible peut nuire à la crédibilité bancaire), l'ouverture d'un compte bancaire dédié, la publication d'une annonce légale (entre 120 et 200 € selon le département) et le dépôt du dossier au greffe du tribunal de commerce (environ 70 €). Le délai total oscille entre 2 et 4 semaines.
| Critère | EI | EURL |
|---|---|---|
| Statuts | Non requis | Obligatoires |
| Capital social | Aucun | 1 € minimum |
| Annonce légale | Non | Oui (120 à 200 €) |
| Frais de greffe | 0 à 24 € | ~70 € |
| Coût total moyen | < 30 € | 200 à 300 € (hors avocat) |
| Délai d'immatriculation | 1 à 5 jours | 2 à 4 semaines |
L'EI convient aux entrepreneurs qui veulent démarrer vite, avec un budget limité. L'EURL impose un investissement initial en temps et en argent, mais pose un cadre juridique plus structuré dès le départ.
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Avant la réforme du 14 février 2022, l'entrepreneur individuel engageait l'ensemble de son patrimoine. Ce n'est plus le cas. Désormais, seul le patrimoine professionnel (biens, droits et obligations utiles à l'activité) répond des dettes professionnelles. Le patrimoine personnel (résidence principale, épargne, biens familiaux) est protégé de plein droit, sans déclaration d'insaisissabilité.
Cette protection connaît toutefois 2 limites. D'une part, les créanciers peuvent demander une renonciation à la séparation des patrimoines si l'entrepreneur y consent. D'autre part, en cas de fraude ou de manquements graves, la distinction peut être levée par un juge.
Dans une EURL, la responsabilité de l'associé unique est limitée au montant de ses apports au capital. En théorie, ses biens personnels sont intouchables. En pratique, les banques exigent fréquemment une caution personnelle du gérant pour accorder un prêt professionnel, ce qui neutralise partiellement cette protection.
| Critère | EI (depuis 2022) | EURL |
|---|---|---|
| Séparation des patrimoines | Automatique | Par la personnalité morale |
| Patrimoine personnel exposé | Non (sauf renonciation) | Non (sauf caution personnelle) |
| Résidence principale protégée | Oui, de plein droit | Oui, par défaut |
| Risque en cas de fraude | Levée de la séparation | Levée du voile sociétaire |
En résumé, les deux régimes offrent désormais un niveau de protection comparable. La différence se joue sur le mécanisme juridique (séparation légale vs personnalité morale), pas sur le résultat pratique pour la plupart des entrepreneurs.
La fiscalité constitue souvent le critère décisif dans le choix entre EI ou EURL. Les deux régimes n'offrent pas les mêmes options, et l'impact sur le revenu net peut varier de plusieurs milliers d'euros par an.
L'EI est soumise à l'impôt sur le revenu (IR) dans la catégorie correspondant à l'activité (BIC, BNC ou BA). Le bénéfice imposable est intégré au revenu du foyer fiscal et soumis au barème progressif (de 0 % à 45 %).
Depuis 2022, l'entrepreneur individuel peut opter pour l'impôt sur les sociétés (IS). Cette option est irrévocable au bout de 5 exercices. Elle permet de dissocier la rémunération du dirigeant du bénéfice de l'entreprise. Le taux réduit d'IS est de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, puis 25 % au-delà.
L'EURL dont l'associé unique est une personne physique est soumise à l'IR par défaut (régime dit de transparence fiscale). L'associé peut opter pour l'IS. Cette option devient irrévocable après 5 exercices.
L'intérêt de l'IS apparaît lorsque le bénéfice dépasse le seuil où le taux marginal d'IR excède 25 %. Concrètement, pour un entrepreneur célibataire sans enfant, ce seuil se situe autour de 28 000 à 30 000 € de bénéfice annuel. Au-delà, l'IS permet de laisser une partie des bénéfices dans la société, taxée à 15 %, et de ne se verser qu'une rémunération calibrée.
| Situation | EI à l'IR | EI à l'IS | EURL à l'IR | EURL à l'IS |
|---|---|---|---|---|
| Bénéfice < 28 000 € | Adapté | Peu d'intérêt | Adapté | Peu d'intérêt |
| Bénéfice 30 000 – 70 000 € | TMI 30 % | IS 15 % + rémunération | TMI 30 % | IS 15 % + rémunération |
| Bénéfice > 70 000 € | TMI 41 % ou 45 % | IS 15/25 % + dividendes | TMI 41 % ou 45 % | IS 15/25 % + dividendes |
L'EURL à l'IS offre un levier supplémentaire : la distribution de dividendes, soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % (flat tax). Ce mécanisme permet d'arbitrer entre rémunération (soumise aux cotisations sociales) et dividendes (soumis au PFU), afin de réduire la charge globale.
En EI à l'IS, cet arbitrage existe aussi en théorie, mais la jurisprudence et la doctrine fiscale restent moins stabilisées que pour l'EURL.
Le choix entre IR et IS dépend de votre niveau de bénéfice, de votre situation familiale et de votre stratégie de rémunération.
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Dans les deux cas, le dirigeant relève du régime des travailleurs non salariés (TNS), affilié à la Sécurité sociale des indépendants (SSI), désormais intégrée au régime général. Les cotisations couvrent la maladie, la maternité, les allocations familiales, la retraite de base et complémentaire, l'invalidité-décès et la CSG/CRDS.
Le taux global de cotisations TNS représente environ 45 % du revenu net pour un entrepreneur à l'IR. Ce taux diminue en proportion lorsque le revenu augmente, en raison des plafonds de certaines cotisations.
Cette règle sur les dividendes en EURL à l'IS est souvent sous-estimée. Un capital social de 1 000 € signifie que les dividendes au-delà de 100 € supportent des cotisations TNS (~45 %), en plus du PFU. L'optimisation passe donc par un capital social suffisant ou par un apport en compte courant d'associé.
| Critère | EI (IR) | EI (IS) | EURL (IR) | EURL (IS) |
|---|---|---|---|---|
| Assiette cotisations | Bénéfice | Rémunération | Bénéfice | Rémunération + dividendes > 10 % capital |
| Taux global approximatif | ~45 % | ~45 % sur rémunération | ~45 % | ~45 % sur rémunération |
| Optimisation possible | Non | Oui (rémunération calibrée) | Non | Oui (rémunération + capital adapté) |
L'EI au régime réel simplifié tient un livre-journal des recettes et des dépenses, un registre des immobilisations et des amortissements, et établit un bilan et un compte de résultat simplifiés. Si l'entrepreneur relève du régime micro (micro-BIC ou micro-BNC), la comptabilité se réduit à un livre des recettes et, pour les activités commerciales, un registre des achats.
Aucune assemblée générale, aucun procès-verbal, aucun dépôt de comptes annuels au greffe. La gestion administrative est minimale.
L'EURL est soumise aux obligations comptables des sociétés commerciales :
Le coût d'un expert-comptable pour une EURL se situe entre 1 200 et 3 000 € par an selon la complexité de l'activité. Pour une EI au régime réel simplifié, il oscille entre 800 et 1 500 €. Au régime micro, un expert-comptable n'est pas indispensable.
| Obligation | EI (micro) | EI (réel) | EURL |
|---|---|---|---|
| Comptabilité en partie double | Non | Non (simplifiée) | Oui |
| Bilan et compte de résultat | Non | Oui (simplifiés) | Oui |
| Dépôt des comptes au greffe | Non | Non | Oui |
| Assemblée / PV de décision | Non | Non | Oui |
| Coût expert-comptable annuel | 0 à 500 € | 800 à 1 500 € | 1 200 à 3 000 € |
La conformité comptable et juridique d'une EURL nécessite un cadre statutaire bien rédigé dès l'origine.
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Le choix entre EI ou EURL ne se résume pas à une préférence abstraite. Il dépend de paramètres concrets : le chiffre d'affaires prévisionnel, la nature de l'activité, le besoin de financement et l'horizon de développement.
Un consultant freelance qui prévoit un chiffre d'affaires annuel inférieur à 77 700 € (seuil micro-BNC en 2025) a intérêt à démarrer en EI au régime micro-BNC. La gestion est quasi inexistante, les cotisations sont calculées sur le CA avec un abattement forfaitaire de 34 %, et la fiscalité reste simple. Si le CA dépasse ce seuil, le passage au régime réel s'impose, mais l'EI reste pertinente tant que le bénéfice ne justifie pas l'IS.
Un développeur indépendant qui dégage 80 000 € de bénéfice annuel supporte un taux marginal d'IR de 41 %. En EURL à l'IS, il peut se verser une rémunération de 40 000 € (soumise aux cotisations TNS et à l'IR) et laisser 40 000 € dans la société, taxés à 15 % d'IS. L'économie globale (impôt + cotisations) peut atteindre 5 000 à 10 000 € par an selon la situation familiale.
L'EURL se transforme en SARL par simple cession de parts à un nouvel associé. Cette opération est encadrée juridiquement et ne nécessite pas de dissolution-recréation. L'EI, en revanche, ne peut pas accueillir d'associé. Si l'entrepreneur envisage de revendre son activité, la cession de parts sociales d'une EURL est fiscalement et juridiquement plus structurée que la cession d'un fonds de commerce en EI.
Certaines professions libérales réglementées (avocats, médecins, architectes) peuvent exercer en EI ou en société d'exercice libéral (SELARL, forme unipersonnelle possible). L'EURL classique n'est pas toujours adaptée. Il convient de vérifier les règles propres à chaque ordre professionnel.
Le seuil de 40 000 € n'est pas une règle absolue. Il constitue un ordre de grandeur à partir duquel l'écart fiscal entre IR et IS devient significatif pour un entrepreneur célibataire. La situation familiale (quotient familial), les charges déductibles et le niveau de rémunération souhaité modifient ce point de bascule.
Le choix du bon statut conditionne votre fiscalité, votre protection et votre capacité d'évolution pendant plusieurs années.
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Non, il n'existe pas de transformation directe. L'entrepreneur doit créer une EURL, puis apporter ou céder le fonds de commerce de l'EI à la nouvelle société. Cette opération implique des formalités juridiques (rédaction de statuts, acte d'apport) et des conséquences fiscales (imposition des plus-values latentes, sauf régime d'exonération applicable). Un accompagnement juridique est recommandé pour sécuriser l'opération.
Pas tout à fait. L'option IS en EI, ouverte depuis 2022, rapproche les deux régimes sur le plan fiscal. Toutefois, l'EI à l'IS ne dispose pas de la personnalité morale, ne permet pas la cession de parts sociales et présente encore des zones d'incertitude doctrinale sur le traitement des dividendes et des cotisations sociales. L'EURL à l'IS bénéficie d'un cadre juridique plus ancien et mieux stabilisé.
Non. En EURL à l'IS, les dividendes qui dépassent 10 % du capital social, des primes d'émission et des comptes courants d'associé sont soumis aux cotisations sociales TNS (environ 45 %). Un capital social trop faible rend cette optimisation inopérante. L'arbitrage entre rémunération et dividendes doit être calculé chaque année en fonction du bénéfice réel et du capital disponible.
Non. Le régime micro (micro-BIC ou micro-BNC) est réservé aux entreprises individuelles. Une EURL ne peut pas en bénéficier. En revanche, une EURL soumise à l'IR peut appliquer le régime réel simplifié si elle respecte les seuils de chiffre d'affaires correspondants.
Les deux statuts relèvent du régime TNS. La différence se joue sur l'assiette. En EI à l'IR, les cotisations portent sur le bénéfice total. En EURL à l'IS, elles portent sur la rémunération versée, ce qui permet de calibrer l'assiette. Pour un bénéfice supérieur à 50 000 €, l'EURL à l'IS offre généralement une meilleure maîtrise du coût social global.
Entrepreneur individuel (EI) : ce qu'il faut savoir - Service-Public.fr
Entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) - Service-Public.fr
Sociétés à responsabilité limitée - Légifrance Code de commerce articles L223-1 et s.
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