Durée annuelle du travail : 1607 heures, calcul et règles pour l'employeur

Guides & Ressources pratiques
31 Mar 2026
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9
min
Points clés de l'article
  1. La durée annuelle du travail légale est fixée à 1607 heures pour un salarié à temps complet, journée de solidarité incluse.
  2. Ce seuil résulte d'un calcul précis intégrant 365 jours, les repos hebdomadaires, les congés payés, les jours fériés et les 35 heures hebdomadaires.
  3. L'annualisation permet de répartir le temps de travail sur l'année via un accord collectif, avec des périodes hautes et basses d'activité.
  4. Le forfait annuel en jours (218 jours maximum) concerne les cadres autonomes et obéit à des règles spécifiques de suivi de la charge de travail.
  5. Toute heure effectuée au-delà de 1607 heures sur la période de référence constitue une heure supplémentaire, avec majoration obligatoire.
  6. Le non-respect de ces règles expose l'employeur à des sanctions pénales, des rappels de salaire et des redressements URSSAF.

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Sommaire

Qu'est-ce que la durée annuelle du travail ? Définition légale

Le seuil des 1607 heures : composition du calcul détaillée

Origine légale et journée de solidarité

Durée annuelle vs durée hebdomadaire : articulation

Annualisation du temps de travail : cadre et conditions

Forfait annuel en heures et forfait annuel en jours

Heures supplémentaires sur le décompte annuel

Sanctions et risques de non-conformité

FAQ

Pour aller plus loin

Qu'est-ce que la durée annuelle du travail ? Définition légale

La durée annuelle du travail désigne le volume total d'heures qu'un salarié à temps complet doit effectuer sur une année civile ou sur une période de référence de 12 mois. En droit français, ce volume est fixé à 1607 heures par l'article L. 3121-41 du Code du travail.

Ce seuil constitue la transposition annuelle de la durée légale hebdomadaire de 35 heures. Il sert de référence pour deux opérations distinctes : le décompte des heures supplémentaires lorsque le temps de travail est annualisé, et le calcul du nombre de jours de réduction du temps de travail (RTT) accordés aux salariés.

La durée annuelle du travail s'applique à tous les salariés soumis à un décompte horaire, quel que soit leur secteur d'activité. Les conventions collectives peuvent prévoir une durée inférieure, mais jamais supérieure à ce plafond légal sans déclencher le régime des heures supplémentaires.

Pour les DRH, ce seuil est le pivot de la gestion du temps de travail. Il conditionne la paie, le suivi des compteurs d'heures et la conformité des accords d'entreprise relatifs à l'aménagement du temps de travail.

Le seuil des 1607 heures : composition du calcul détaillée

Le chiffre de 1607 heures n'est pas arbitraire. Il résulte d'un calcul arithmétique fondé sur les paramètres suivants :

ÉtapeDonnéeValeur
Nombre de jours dans l'annéeJours calendaires365
Repos hebdomadaires52 dimanches-52
Samedis non travaillés52 samedis-52
Congés payés légaux5 semaines × 5 jours-25
Jours fériés chômés (moyenne)Jours fériés tombant un jour ouvré-8
Jours travaillés228 jours
Semaines travaillées228 ÷ 545,6 semaines
Heures annuelles brutes45,6 × 35 h1596 heures
Journée de solidarité+7 heures
Total1603 heures

Le résultat mathématique donne environ 1603 heures. Le législateur a arrondi ce chiffre à 1607 heures lors de l'instauration de la journée de solidarité en 2004. Ce seuil est devenu la référence légale, confirmée par la Cour de cassation (Cass. soc., 11 janvier 2006, n° 04-43.671).

Le nombre de jours fériés tombant un jour ouvré varie chaque année (entre 7 et 10 selon les calendriers). Toutefois, le seuil de 1607 heures reste fixe : il ne se recalcule pas année par année.

Origine légale et journée de solidarité

Le seuil de 1607 heures trouve son origine dans deux réformes distinctes. La loi Aubry II du 19 janvier 2000 a d'abord fixé la durée légale hebdomadaire à 35 heures, créant mécaniquement un volume annuel d'environ 1600 heures. La loi du 30 juin 2004 relative à la journée de solidarité a ensuite ajouté 7 heures de travail non rémunérées, destinées au financement de l'autonomie des personnes âgées et handicapées.

La journée de solidarité correspond à 7 heures de travail supplémentaires pour les salariés à temps complet, et à une durée proportionnelle pour les salariés à temps partiel. L'employeur verse en contrepartie une contribution de 0,3 % de la masse salariale à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA).

Depuis la loi du 16 avril 2008, les modalités d'accomplissement de cette journée sont fixées par accord d'entreprise, accord de branche, ou à défaut par décision unilatérale de l'employeur. Elle peut prendre la forme du travail d'un jour férié précédemment chômé (hors 1er mai), de la suppression d'un jour de RTT, ou de toute autre modalité permettant 7 heures de travail supplémentaires.

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Durée annuelle vs durée hebdomadaire : articulation

La durée légale de 35 heures par semaine et le seuil de 1607 heures par an ne fonctionnent pas de la même manière selon le mode d'organisation retenu par l'entreprise.

En l'absence d'accord d'aménagement du temps de travail, le décompte s'effectue à la semaine. Chaque heure travaillée au-delà de 35 heures dans une même semaine civile (du lundi 0 h au dimanche 24 h) constitue une heure supplémentaire, majorée dès la 36e heure.

Lorsqu'un accord d'aménagement prévoit une répartition sur une période supérieure à la semaine (et pouvant aller jusqu'à 3 ans depuis la loi Travail de 2016), le décompte bascule sur la période de référence. Dans ce cas, les heures supplémentaires ne se calculent plus semaine par semaine, mais à l'issue de la période, par comparaison avec le seuil de 1607 heures.

CritèreDécompte hebdomadaireDécompte annuel
Seuil de déclenchement des HS35 h / semaine1607 h / an
Période de référenceSemaine civile12 mois (ou plus, jusqu'à 3 ans)
Accord collectif nécessaireNonOui
Lissage de la rémunérationNon applicablePossible
Flexibilité pour l'employeurFaibleÉlevée

Cette distinction est déterminante pour le DRH : le choix du mode de décompte impacte directement le coût salarial, la gestion des plannings et le risque contentieux en cas de litige sur les heures supplémentaires.

Annualisation du temps de travail : cadre et conditions

L'annualisation du temps de travail consiste à répartir la durée du travail sur l'ensemble de l'année, en alternant des périodes de forte activité (semaines hautes pouvant atteindre 48 heures) et des périodes de faible activité (semaines basses pouvant descendre à 0 heure).

Ce dispositif est encadré par les articles L. 3121-41 à L. 3121-47 du Code du travail. Sa mise en place requiert obligatoirement un accord collectif (accord d'entreprise ou, à défaut, accord de branche). L'accord doit préciser :

  • La période de référence (12 mois maximum, sauf accord de branche autorisant jusqu'à 3 ans)
  • Les conditions de changement de durée ou d'horaires de travail
  • Les modalités de lissage de la rémunération
  • Les conditions de prise en compte des absences et des arrivées/départs en cours de période

Le salarié perçoit chaque mois une rémunération identique, calculée sur la base de 151,67 heures mensuelles (35 h × 52 semaines ÷ 12 mois), indépendamment du nombre d'heures réellement effectuées dans le mois.

En fin de période, l'employeur compare le total des heures travaillées au seuil de 1607 heures. Tout dépassement constitue des heures supplémentaires, majorées selon les taux légaux ou conventionnels.

Structurer un accord d'annualisation conforme nécessite une analyse précise de votre convention collective et de vos contraintes opérationnelles.
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Forfait annuel en heures et forfait annuel en jours

Le Code du travail prévoit deux types de forfaits annuels, qui dérogent au décompte horaire classique.

Forfait annuel en heures

Le forfait annuel en heures fixe un volume global d'heures sur l'année, incluant un quota prédéterminé d'heures supplémentaires. Il peut être conclu avec des salariés dont la nature des fonctions ne permet pas de suivre l'horaire collectif. Sa mise en place nécessite un accord collectif et l'accord individuel écrit du salarié. Le plafond de 1607 heures reste la référence : les heures prévues au-delà sont rémunérées avec les majorations correspondantes.

Forfait annuel en jours

Le forfait annuel en jours concerne les cadres autonomes et certains salariés dont la durée du travail ne peut être prédéterminée. Le plafond légal est de 218 jours par an (journée de solidarité incluse), sauf disposition conventionnelle plus favorable.

Ce dispositif supprime toute référence horaire. Le salarié n'est soumis ni aux 35 heures hebdomadaires, ni au seuil de 1607 heures. En revanche, l'employeur doit garantir :

  • Le respect des repos quotidiens (11 heures consécutives) et hebdomadaires (35 heures consécutives)
  • Un suivi régulier de la charge de travail
  • Un entretien annuel portant sur la charge de travail, l'articulation vie professionnelle/vie personnelle et la rémunération
  • Un droit d'alerte du salarié en cas de surcharge

La Cour de cassation annule les conventions de forfait jours fondées sur des accords collectifs ne prévoyant pas de garanties suffisantes de suivi (Cass. soc., 29 juin 2011, n° 09-71.107). En 2023, la chambre sociale a confirmé cette jurisprudence en exigeant des dispositifs concrets de contrôle de la charge de travail.

Heures supplémentaires sur le décompte annuel

Dans le cadre d'un aménagement annuel du temps de travail, les heures supplémentaires se calculent en fin de période de référence. Constituent des heures supplémentaires toutes les heures effectuées au-delà de 1607 heures sur l'année.

Les taux de majoration applicables sont :

  • 25 % pour les heures de la 1608e à la 1974e heure (équivalent des 8 premières heures supplémentaires hebdomadaires × 45,6 semaines)
  • 50 % pour les heures au-delà

Un accord collectif peut toutefois fixer un taux de majoration différent, sans pouvoir descendre en dessous de 10 % (article L. 3121-33 du Code du travail).

Le contingent annuel d'heures supplémentaires est fixé à 220 heures par salarié et par an, sauf accord collectif prévoyant un contingent différent. Au-delà de ce contingent, l'employeur doit accorder une contrepartie obligatoire en repos (COR) de 100 % dans les entreprises de plus de 20 salariés, et de 50 % dans celles de 20 salariés ou moins.

L'employeur doit conserver un décompte précis des heures travaillées pour chaque salarié. L'absence de ce décompte inverse la charge de la preuve en cas de contentieux : c'est alors à l'employeur de démontrer les heures réellement effectuées.

La gestion des heures supplémentaires sur un décompte annuel exige des outils de suivi fiables et un cadre conventionnel solide.
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Sanctions et risques de non-conformité

Le non-respect des règles relatives à la durée annuelle du travail expose l'employeur à plusieurs types de sanctions.

Sur le plan pénal, le dépassement des durées maximales de travail (48 heures par semaine, 44 heures en moyenne sur 12 semaines) est puni d'une amende de 750 € par salarié concerné (contravention de 4e classe). En cas de récidive ou de manquement systématique, l'inspection du travail peut dresser un procès-verbal transmis au procureur de la République.

Sur le plan civil, un salarié peut réclamer :

  • Le paiement des heures supplémentaires non rémunérées, avec majoration, sur une période de 3 ans (prescription triennale)
  • Des dommages et intérêts pour non-respect des durées maximales ou des repos obligatoires
  • La nullité de la convention de forfait jours si l'accord collectif ne prévoit pas de garanties suffisantes, entraînant un recalcul rétroactif sur la base de 35 heures

Sur le plan URSSAF, un redressement peut intervenir si les heures supplémentaires n'ont pas été correctement déclarées et soumises à cotisations. Le montant du redressement inclut les cotisations éludées, majorées de pénalités de retard.

Type de risqueConséquenceBase légale
Dépassement durée maximaleAmende de 750 € par salariéArt. R. 3124-3 C. trav.
Heures supplémentaires impayéesRappel de salaire sur 3 ans + dommages et intérêtsArt. L. 3245-1 C. trav.
Forfait jours non conformeNullité du forfait, recalcul sur base 35 hJurisprudence Cass. soc.
Défaut de déclaration URSSAFRedressement + pénalités de retardArt. L. 243-7 CSS

Pour le DRH, la prévention passe par un audit régulier des accords collectifs, un suivi rigoureux des compteurs d'heures et une veille sur les évolutions jurisprudentielles, notamment en matière de forfait jours.

FAQ

La durée annuelle de 1607 heures s'applique-t-elle aux salariés à temps partiel ?

Non. Le seuil de 1607 heures concerne exclusivement les salariés à temps complet. Pour un salarié à temps partiel, la durée annuelle est calculée au prorata de sa durée contractuelle. Par exemple, un salarié à 28 heures hebdomadaires a une durée annuelle de référence de 1286 heures (1607 × 28/35).

Faut-il recalculer les 1607 heures chaque année en fonction du calendrier ?

Non. Le seuil de 1607 heures est un forfait légal fixe, indépendant du nombre réel de jours fériés tombant un jour ouvré. La Cour de cassation a confirmé que ce seuil ne varie pas d'une année à l'autre, même si le calcul arithmétique donnerait un résultat différent.

Un accord d'entreprise peut-il fixer un seuil inférieur à 1607 heures ?

Oui. Un accord d'entreprise ou de branche peut prévoir une durée annuelle inférieure à 1607 heures. En revanche, il ne peut pas fixer un seuil supérieur sans que les heures au-delà de 1607 soient qualifiées d'heures supplémentaires et rémunérées comme telles.

Comment traiter les absences en cours de période d'annualisation ?

Les absences rémunérées (maladie, congés exceptionnels) sont décomptées sur la base de l'horaire moyen de référence (7 heures par jour ou 35 heures par semaine). Elles ne sont pas récupérables. Les absences non rémunérées réduisent le seuil de 1607 heures proportionnellement à leur durée.

Que se passe-t-il si un salarié en forfait jours dépasse 218 jours ?

Le salarié peut, avec l'accord de l'employeur, renoncer à une partie de ses jours de repos en échange d'une majoration de salaire d'au moins 10 %. Le nombre total de jours travaillés ne peut toutefois pas dépasser le plafond fixé par l'accord collectif, et en tout état de cause, le salarié doit bénéficier de ses repos quotidiens et hebdomadaires.

Pour aller plus loin

Code du travail - Article L3121-27 sur la durée légale hebdomadaire de 35 heures - Légifrance

Code du travail - Section sur la durée légale et les heures supplémentaires (Articles L3121-27 à L3121-40) - Légifrance

Durée du travail d'un salarié du secteur privé à temps plein - Service-Public.fr

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