Se mettre à son compte : étapes juridiques et choix de statut pour sécuriser votre activité

Guides & Ressources pratiques
16 Feb 2026
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9
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Points clés de l'article
  1. Se mettre à son compte implique de choisir entre 4 formes juridiques principales — micro-entreprise, EI, EURL, SASU — dont les conséquences fiscales, sociales et patrimoniales diffèrent radicalement.
  2. Le statut de micro-entrepreneur convient aux activités à faible chiffre d'affaires ; l'EURL et la SASU offrent une séparation du patrimoine et des leviers d'optimisation fiscale dès que l'activité dépasse 77 700 € de CA annuel (services).
  3. Depuis la loi du 14 février 2022, le patrimoine personnel de l'entrepreneur individuel est automatiquement protégé, sauf option contraire ou faute de gestion.
  4. Le cumul emploi salarié / activité indépendante est légal sous conditions : respect de la clause d'exclusivité, obligation de loyauté et plafonds de revenus pour le maintien de certaines allocations.
  5. Les erreurs les plus coûteuses à corriger concernent le choix du régime fiscal (IR vs IS), l'absence de statuts adaptés et le défaut de séparation des comptes bancaires.

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Sommaire

Que signifie se mettre à son compte et quelles sont les options juridiques ?

Auto-entrepreneur, EI, EURL ou SASU : quel statut pour quel projet ?

Étapes administratives pour se mettre à son compte

Régime fiscal et social selon le statut choisi

Protéger son patrimoine personnel quand on travaille à son compte

Conditions de cumul avec un emploi salarié ou des allocations

Erreurs juridiques fréquentes en début d'activité indépendante

Quand faire appel à un avocat pour sécuriser son installation ?

FAQ

Pour aller plus loin

Que signifie se mettre à son compte et quelles sont les options juridiques ?

Se mettre à son compte désigne le passage d'un statut de salarié ou de demandeur d'emploi vers celui de travailleur indépendant. Concrètement, cela revient à exercer une activité économique en son nom propre ou via une société dont on est le dirigeant unique.

Le droit français propose 4 cadres juridiques principaux pour cette transition. Le premier est la micro-entreprise, régime simplifié de l'entreprise individuelle. Le deuxième est l'entreprise individuelle (EI) au régime réel. Le troisième est l'EURL (entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée), société commerciale à associé unique. Le quatrième est la SASU (société par actions simplifiée unipersonnelle), qui confère au dirigeant le statut d'assimilé salarié.

Chaque option produit des effets distincts sur 3 plans : la fiscalité applicable aux bénéfices, le régime de protection sociale du dirigeant et le degré de séparation entre patrimoine personnel et patrimoine professionnel. Un choix inadapté à la nature de l'activité, au niveau de revenus prévisible ou à la situation personnelle du créateur génère des surcoûts fiscaux ou des failles de protection difficiles à corriger une fois l'activité lancée.

Auto-entrepreneur, EI, EURL ou SASU : quel statut pour quel projet ?

Le choix du statut dépend de 3 variables : le chiffre d'affaires prévisionnel, le besoin de protection patrimoniale et le régime social souhaité.

CritèreMicro-entrepriseEI (régime réel)EURLSASU
Plafond de CA77 700 € (services) / 188 700 € (vente)AucunAucunAucun
ResponsabilitéPatrimoine personnel protégé (loi 2022)Patrimoine personnel protégé (loi 2022)Limitée aux apportsLimitée aux apports
Régime socialTNS (travailleur non salarié)TNSTNSAssimilé salarié
Imposition par défautIR (versement libératoire possible)IRIR (option IS possible)IS
Coût de création0 €0 €200 à 300 € (greffe + annonce légale)200 à 300 € (greffe + annonce légale)

La micro-entreprise convient aux activités de conseil ou de prestation dont le CA reste sous les seuils. Ses charges sociales, calculées sur le CA (22 % pour les services), simplifient la gestion mais ne permettent pas de déduire les charges réelles.

L'EURL permet d'opter pour l'impôt sur les sociétés (IS) dès que le bénéfice net dépasse environ 30 000 € par an. Le taux réduit d'IS à 15 % s'applique sur les 42 500 premiers euros de bénéfice, ce qui laisse la possibilité de moduler la rémunération et les dividendes.

La SASU offre une couverture sociale alignée sur le régime général (assurance maladie, retraite AGIRC-ARRCO), mais son coût social est plus élevé : environ 75 % de charges patronales et salariales sur la rémunération versée, contre 45 % de cotisations TNS en EURL.

Un statut juridique mal calibré peut coûter plusieurs milliers d'euros par an en surcharge fiscale ou en protection sociale insuffisante.
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Étapes administratives pour se mettre à son compte

La création d'une activité indépendante suit un parcours administratif en 5 étapes, dont l'ordre et le contenu varient selon la forme juridique retenue.

  1. Rédiger les statuts (EURL et SASU uniquement) : ce document fixe l'objet social, le montant du capital, les règles de fonctionnement et les pouvoirs du dirigeant. En micro-entreprise et en EI, cette étape n'existe pas.
  2. Déposer le capital social (EURL et SASU) : le dépôt s'effectue sur un compte bancaire dédié. Le minimum légal est de 1 € mais un capital trop faible fragilise la crédibilité auprès des partenaires et des banques.
  3. Publier une annonce légale (EURL et SASU) : coût moyen de 150 € selon le département.
  4. Immatriculer l'activité : depuis le 1er janvier 2023, toutes les formalités passent par le guichet unique de l'INPI (formalites.entreprises.gouv.fr), quel que soit le statut.
  5. Ouvrir un compte bancaire professionnel : obligatoire pour les sociétés, recommandé pour les EI dès que le CA dépasse 10 000 € sur 2 années consécutives.

Le délai moyen d'immatriculation est de 3 à 7 jours ouvrés pour une micro-entreprise, et de 7 à 15 jours pour une SASU ou une EURL, hors délai de rédaction des statuts.

Régime fiscal et social selon le statut choisi

Le régime fiscal détermine la base et le taux d'imposition des bénéfices. Le régime social fixe le montant des cotisations et le niveau de couverture (maladie, retraite, prévoyance).

Fiscalité

  • Micro-entreprise : imposition à l'IR après abattement forfaitaire (34 % pour les BNC, 50 % pour les BIC services, 71 % pour la vente). Option possible pour le versement libératoire à 1,7 % ou 2,2 % du CA si le revenu fiscal de référence ne dépasse pas 27 478 € par part (seuil 2024).
  • EI au réel : imposition à l'IR sur le bénéfice net (CA moins charges réelles). Option IS possible depuis la loi de finances 2022.
  • EURL : IR par défaut, option IS irrévocable après 5 ans.
  • SASU : IS par défaut. Le dirigeant est imposé à l'IR sur sa rémunération et ses dividendes.

Protection sociale

StatutRégimeCotisations (ordre de grandeur)Couverture retraite
Micro-entrepreneurSSI (TNS)22 % du CA (services)Trimestres validés sous conditions de CA minimum
EI / EURL (gérant)SSI (TNS)~45 % du bénéfice netRetraite de base + complémentaire
SASU (président)Régime général~75 % de la rémunération bruteAGIRC-ARRCO + retraite de base

Le président de SASU qui ne se verse aucune rémunération ne cotise pas et n'acquiert aucun droit à la retraite ni à l'assurance maladie. Ce point est souvent sous-estimé.

Le choix entre IR et IS, entre TNS et assimilé salarié, conditionne directement le revenu net disponible du dirigeant.
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Protéger son patrimoine personnel quand on travaille à son compte

Depuis la loi du 14 février 2022 en faveur de l'activité professionnelle indépendante, le patrimoine personnel de l'entrepreneur individuel est automatiquement séparé de son patrimoine professionnel. Les créanciers professionnels ne peuvent saisir que les biens utiles à l'activité, sauf en cas de fraude ou de manquement grave aux obligations fiscales et sociales.

Cette protection s'applique de plein droit aux EI et aux micro-entrepreneurs. Elle ne nécessite plus de déclaration d'insaisissabilité notariée, contrairement au régime antérieur.

Pour les EURL et SASU, la responsabilité est limitée au montant des apports. Toutefois, cette protection tombe dans 3 cas :

  • Caution personnelle : si le dirigeant se porte garant d'un emprunt professionnel, son patrimoine personnel est engagé à hauteur de la garantie.
  • Faute de gestion : en cas de liquidation judiciaire, le tribunal peut étendre la procédure au patrimoine du dirigeant s'il démontre une confusion de patrimoines ou des actes contraires à l'intérêt social.
  • Défaut de capital suffisant : un capital de 1 € ne constitue pas en soi une faute, mais il peut être retenu comme indice de sous-capitalisation dans le cadre d'une action en responsabilité.

Conditions de cumul avec un emploi salarié ou des allocations

Cumul emploi salarié et activité indépendante

Un salarié peut se mettre à son compte tout en conservant son contrat de travail. Le Code du travail ne l'interdit pas, sous réserve de 3 conditions :

  • Absence de clause d'exclusivité dans le contrat de travail, ou clause inapplicable (elle ne peut être imposée qu'à un salarié à temps plein et doit être justifiée par la nature des fonctions).
  • Obligation de loyauté : l'activité indépendante ne doit pas concurrencer l'employeur ni utiliser ses ressources.
  • Respect du temps de travail : les durées maximales légales (48 h par semaine, 10 h par jour) s'appliquent au cumul des 2 activités.

Cumul avec les allocations chômage

France Travail (ex-Pôle emploi) permet le cumul partiel de l'ARE (allocation d'aide au retour à l'emploi) avec des revenus d'activité indépendante. Le montant de l'allocation est recalculé chaque mois en fonction des revenus déclarés. L'ARCE (aide à la reprise ou à la création d'entreprise) constitue une alternative : elle verse 60 % du reliquat des droits en 2 fois, à la création puis 6 mois après.

La structuration juridique de l'activité dès le départ conditionne l'éligibilité au cumul et le maintien des droits sociaux.
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Erreurs juridiques fréquentes en début d'activité indépendante

Les erreurs les plus coûteuses à corriger après immatriculation concernent 5 points récurrents :

  • Choisir la micro-entreprise par défaut sans vérifier que le CA prévisionnel reste sous les seuils. Un dépassement en cours d'année entraîne un basculement au régime réel avec effet rétroactif sur les obligations comptables.
  • Omettre l'option IS en EURL alors que le bénéfice net dépasse 30 000 €. L'imposition à l'IR sur la totalité du bénéfice peut générer un taux marginal de 41 % ou 45 %, contre 15 % au taux réduit d'IS.
  • Rédiger des statuts standards sans les adapter à la situation du créateur : absence de clause de variabilité du capital, objet social trop restreint ou trop large, oubli des modalités de cession de parts.
  • Ne pas séparer les comptes bancaires : en EI, l'absence de compte dédié fragilise la preuve de séparation des patrimoines en cas de litige.
  • Ignorer les obligations déclaratives : un micro-entrepreneur doit déclarer son CA chaque mois ou trimestre, même s'il est nul. L'absence de déclaration pendant 24 mois consécutifs entraîne la radiation automatique.

Quand faire appel à un avocat pour sécuriser son installation ?

L'intervention d'un avocat n'est pas obligatoire pour créer une micro-entreprise ou une EI. Elle devient pertinente dans 4 situations précises :

  • Création d'une EURL ou SASU : la rédaction des statuts engage le fonctionnement de la société pour toute sa durée. Un avocat adapte les clauses aux besoins réels du créateur (répartition des pouvoirs, conditions de cession, modalités de rémunération).
  • Choix du régime fiscal : l'arbitrage entre IR et IS dépend du niveau de bénéfice, de la situation familiale et des objectifs de rémunération. Une simulation chiffrée par un professionnel évite des erreurs dont le coût se mesure en milliers d'euros par an.
  • Cumul d'activités : lorsque le créateur est encore salarié, l'analyse de son contrat de travail (clauses d'exclusivité, de non-concurrence, de propriété intellectuelle) conditionne la licéité de son projet.
  • Levée de fonds ou entrée d'associés : dès qu'un tiers entre au capital, les statuts doivent prévoir un pacte d'associés, des clauses d'agrément et des mécanismes de sortie.

Le coût d'un accompagnement juridique à la création varie entre 500 et 2 500 € HT selon la complexité du dossier. Ce montant est à comparer au coût de correction d'un statut inadapté, qui peut atteindre 5 000 à 10 000 € en frais de transformation de forme juridique, de modification statutaire et de régularisation fiscale.

FAQ

Quel est le statut le moins coûteux pour se mettre à son compte ?

La micro-entreprise ne génère aucun frais de création et les cotisations sociales sont proportionnelles au chiffre d'affaires (22 % pour les prestations de services). En l'absence de CA, aucune cotisation n'est due. Ce statut convient aux activités dont le CA annuel reste inférieur à 77 700 € (services) ou 188 700 € (vente).

Peut-on se mettre à son compte tout en restant salarié ?

Oui. Le cumul est autorisé sous réserve de l'absence de clause d'exclusivité applicable, du respect de l'obligation de loyauté envers l'employeur et du respect des durées maximales de travail. L'activité indépendante ne doit pas concurrencer l'employeur.

Quelle différence entre EURL et SASU pour un créateur seul ?

L'EURL place le gérant sous le régime TNS (cotisations d'environ 45 % du bénéfice net). La SASU confère au président le statut d'assimilé salarié (cotisations d'environ 75 % de la rémunération brute), avec une couverture retraite AGIRC-ARRCO. Le choix dépend du niveau de rémunération visé et du besoin de couverture sociale.

Le patrimoine personnel est-il protégé en micro-entreprise ?

Depuis la loi du 14 février 2022, le patrimoine personnel du micro-entrepreneur est automatiquement séparé du patrimoine professionnel. Les créanciers professionnels ne peuvent saisir que les biens affectés à l'activité, sauf fraude ou manquement grave aux obligations fiscales et sociales.

Combien coûte un avocat pour créer une société ?

Le coût d'un accompagnement juridique à la création d'une EURL ou d'une SASU se situe entre 500 et 2 500 € HT. Ce montant couvre la rédaction des statuts sur mesure, le choix du régime fiscal, les formalités d'immatriculation et les conseils sur la structuration de la rémunération du dirigeant.

Pour aller plus loin

Choisir la forme juridique de votre entreprise - Service-Public

Entrepreneur individuel (EI) : ce qu'il faut savoir - Service-Public

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