
Jullian Hoareau

Accédez en -24h à un avocat d'affaires sélectionné parmi les meilleurs, à des honoraires maîtrisés.
Données de santé et RGPD : ce que l'entreprise doit sécuriser
Ce qu'est une donnée de santé au sens du RGPD
Pourquoi ces données relèvent de l'article 9
Dans quels cas l'entreprise peut les traiter
Obligations du responsable de traitement (DPO, registre, AIPD)
Sanctions CNIL et risques en cas de non-conformité
Bonnes pratiques pour sécuriser les traitements de santé
Les données de santé circulent dans le système d'information de toute entreprise : gestion des arrêts maladie, déclarations de mutuelle, dossiers de médecine du travail, applications RH intégrant des indicateurs d'absentéisme. Pour un DSI, ces flux représentent un risque juridique précis. Le RGPD classe ces informations parmi les données sensibles et soumet leur traitement à un régime d'interdiction de principe. Une qualification erronée ou un hébergement non conforme expose l'entreprise à des sanctions financières et à une mise en cause directe du responsable de traitement.
L'article 4, paragraphe 15, du RGPD définit les données de santé comme les données à caractère personnel relatives à la santé physique ou mentale d'une personne, y compris la prestation de services de soins, qui révèlent des informations sur son état de santé. Le considérant 35 du règlement élargit cette définition à 3 catégories :
| Catégorie | Exemples concrets en entreprise |
|---|---|
| Données médicales directes | Certificats médicaux, résultats d'examens de médecine du travail, prescriptions |
| Données déduites par croisement | Arrêts de travail répétés permettant d'inférer une pathologie chronique |
| Données administratives de santé | Numéro de sécurité sociale utilisé dans un contexte médical, affiliations mutuelle avec garanties détaillées |
Un point souvent sous-estimé : la qualification ne dépend pas du document, mais de l'information qu'il révèle. Un tableau de bord RH affichant le taux d'arrêts maladie par service ne contient pas de diagnostic, mais peut constituer une donnée de santé dès lors qu'il permet d'identifier un salarié et d'en déduire un état de santé.
L'article 9 du RGPD pose une interdiction de principe : le traitement des données sensibles — dont les données de santé — est interdit sauf exceptions limitatives. Cette rigueur s'explique par le risque de discrimination. Un employeur qui accède à des informations sur la séropositivité ou la dépression d'un salarié dispose d'un levier susceptible d'affecter des décisions de carrière.
En droit français, la loi Informatique et Libertés (article 6) renforce cette protection en imposant des conditions supplémentaires, notamment l'intervention d'un professionnel de santé soumis au secret médical pour certains traitements.
Qualifier correctement les données de santé traitées par votre SI est le préalable à toute mise en conformité RGPD.
Consultez un avocat spécialisé en données personnelles de santé
L'article 9, paragraphe 2, du RGPD énumère 10 exceptions. En pratique, 3 bases légales couvrent la majorité des traitements de données de santé en entreprise :
| Base légale | Cas d'usage | Condition clé |
|---|---|---|
| Obligation légale (9.2.b) | Paie, DSN, arrêts maladie | Texte législatif ou réglementaire identifié |
| Médecine du travail (9.2.h) | Visites, aptitude | Supervision par un professionnel de santé |
| Consentement explicite (9.2.a) | Programmes volontaires | Liberté réelle du salarié |
Le responsable de traitement — en pratique, l'entreprise représentée par son dirigeant — supporte l'ensemble des obligations de conformité. Pour un DSI, cela se traduit par 3 chantiers opérationnels.
La désignation d'un délégué à la protection des données (DPO) est obligatoire lorsque l'organisme traite des données de santé à grande échelle (article 37 du RGPD). La CNIL considère qu'un groupe de plus de 250 salariés gérant en interne la médecine du travail entre dans ce périmètre.
Chaque traitement impliquant des données de santé doit figurer dans le registre des activités de traitement (article 30). Le registre précise la finalité, les catégories de données, les destinataires, les durées de conservation et les mesures de sécurité.
L'AIPD (analyse d'impact relative à la protection des données) est obligatoire pour tout traitement de données de santé à grande échelle ou présentant un risque élevé (article 35). La CNIL a publié une liste de traitements soumis à AIPD qui inclut explicitement les traitements de données de santé à des fins de gestion RH dès lors qu'ils concernent un volume significatif de personnes.
Structurer la gouvernance des données de santé dans votre SI nécessite un cadrage juridique adapté à votre architecture technique.
Échangez avec un avocat spécialisé en données de santé
Le non-respect des règles applicables aux données de santé expose à 2 niveaux de sanctions.
Sanctions administratives. L'article 83 du RGPD prévoit des amendes pouvant atteindre 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires annuel mondial. En 2024, la CNIL a prononcé une amende de 800 000 euros à l'encontre d'une société éditant un logiciel médical pour défaut de sécurisation des données de santé hébergées. En 2022, Dedalus Biologie avait été sanctionnée à hauteur de 1,5 million d'euros après une fuite de données médicales concernant près de 500 000 patients.
Sanctions pénales. L'article 226-17 du Code pénal punit de 5 ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende le fait de ne pas mettre en œuvre les mesures de sécurité prescrites.
Au-delà des sanctions, une violation de données de santé déclenche une obligation de notification à la CNIL sous 72 heures (article 33 du RGPD) et, si le risque est élevé, une information individuelle des personnes concernées.
La sécurisation des données de santé repose sur des mesures techniques et organisationnelles que le DSI doit intégrer dès la conception des traitements (privacy by design, article 25 du RGPD).
Sécuriser vos traitements de données de santé implique un cadrage juridique de vos contrats d'hébergement et de sous-traitance.
Faites appel à un avocat en données personnelles de santé
Oui. Un arrêt de travail, même sans mention du diagnostic, révèle une information sur l'état de santé d'une personne identifiée. Il entre dans le champ de l'article 4.15 du RGPD et doit être traité selon les exigences de l'article 9.
L'AIPD est obligatoire lorsque le traitement porte sur des données de santé à grande échelle ou présente un risque élevé. Pour une entreprise de plusieurs centaines de salariés gérant les arrêts maladie de manière centralisée, la CNIL recommande de la réaliser.
Oui. Dès lors qu'un prestataire héberge des données de santé pour le compte d'un tiers, la certification HDS est requise en droit français. Le DSI doit vérifier cette certification avant toute contractualisation.
L'entreprise, en tant que responsable de traitement, reste juridiquement responsable. Le sous-traitant engage sa propre responsabilité au titre de l'article 28 du RGPD, mais cela ne décharge pas le responsable de traitement de ses obligations de contrôle et de notification.
Le consentement est une base légale valide uniquement s'il est libre, éclairé et spécifique. Dans une relation de travail, la CNIL considère que le lien de subordination peut altérer la liberté du consentement. Les obligations légales ou la médecine du travail constituent des bases plus solides pour les traitements courants.
Qu'est-ce qu'une donnée de santé ? - CNIL
Les données de santé en pratique - CNIL
Obligations en matière de protection des données personnelles (RGPD) - Service-Public.fr
SWIM LEGAL est une alternative au cabinet d'avocats traditionnel pour les besoins juridiques des entreprises. Incubé par le Barreau de Paris, SWIM a reçu le Prix de l'Innovation pour sa solution permettant à toute entreprise, quelle que soit sa taille ou sa localisation, d'accéder rapidement via la plateforme à des avocats d'affaires expérimentés. Les entreprises peuvent déposer leur besoin — qu'il s'agisse d'un dossier, d'une consultation ou d'un renfort temporaire — de manière confidentielle et recevoir des propositions d'avocats pour répondre rapidement à leur demande.
Avocat au Barreau de Paris (Toque L086), fondateur de SWIM LEGAL
Besoin d'un juriste freelance, d'un conseil ou d'aide sur un litige ?




