Dispositifs médicaux : classification, marquage CE et obligations MDR

Guides & Ressources pratiques
29 Jun 2026
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8 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. Le règlement MDR 2017/745 remplace la directive 93/42/CEE et encadre la mise sur le marché de tout dispositif médical dans l'UE depuis mai 2021.
  2. La classification (I, IIa, IIb, III) détermine le niveau de contrôle requis avant commercialisation : plus la classe est élevée, plus l'évaluation est stricte.
  3. Le marquage CE atteste la conformité aux exigences essentielles de sécurité et de performance ; il nécessite l'intervention d'un organisme notifié pour les classes IIa, IIb et III.
  4. Le fabricant porte la responsabilité principale : documentation technique, système de management de la qualité, déclaration de conformité et identifiant unique (UDI).
  5. La surveillance après commercialisation (Post-Market Surveillance) et la vigilance sont des obligations continues, assorties de sanctions pouvant atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros.

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Sommaire

Dispositifs médicaux : définition et cadre juridique

Les classes de dispositifs médicaux (I, IIa, IIb, III)

Marquage CE et évaluation de conformité

Obligations du fabricant sous le règlement MDR

Traçabilité, UDI et surveillance après commercialisation

Sanctions et sécurisation de votre conformité

FAQ

Pour aller plus loin

Dispositifs médicaux : définition et cadre juridique

Un dispositif médical est tout instrument, appareil, logiciel ou matière destiné par son fabricant à être utilisé à des fins médicales sur l'être humain — diagnostic, prévention, traitement ou atténuation d'une maladie — sans recourir à un mécanisme pharmacologique, immunologique ou métabolique principal. Cette définition, posée par l'article 2 du règlement MDR 2017/745, couvre un spectre large : du pansement adhésif au robot chirurgical, en passant par les applications de santé qualifiées de Software as a Medical Device (SaMD).

Le règlement MDR, applicable depuis le 26 mai 2021, remplace la directive 93/42/CEE. Il renforce les exigences de preuve clinique, de traçabilité et de surveillance post-commercialisation. En France, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) assure la surveillance du marché et peut suspendre la commercialisation d'un produit non conforme.

Le périmètre du MDR s'étend aussi à certains produits sans finalité médicale déclarée — lentilles de contact cosmétiques, dispositifs de comblement cutané — listés à l'annexe XVI. Pour un fabricant ou un distributeur, identifier si son produit entre dans ce cadre constitue le premier arbitrage réglementaire à trancher.

Les classes de dispositifs médicaux (I, IIa, IIb, III)

La classification des dispositifs médicaux repose sur le niveau de risque pour le patient. Le MDR définit 4 classes, régies par 22 règles figurant à l'annexe VIII du règlement.

ClasseNiveau de risqueExemplesOrganisme notifié requis
IFaiblePansements, béquilles, lits médicauxNon (sauf Is, Im, Ir)
IIaModéréLentilles de contact, aiguilles de sutureOui
IIbÉlevéVentilateurs pulmonaires, implants dentaires résorbablesOui
IIICritiqueValves cardiaques, prothèses de hanche, stentsOui

Les sous-catégories de la classe I méritent attention. Un dispositif de classe I stérile (Is) ou avec fonction de mesurage (Im) nécessite l'intervention d'un organisme notifié pour les aspects liés à la stérilisation ou à la métrologie. La classe I réutilisable (Ir), introduite par le MDR, impose également un contrôle externe sur les procédures de retraitement.

La classification conditionne directement le parcours réglementaire, le coût de certification et le délai de mise sur le marché. Une erreur de classification peut entraîner le retrait du produit ou le refus de son enregistrement dans la base européenne EUDAMED.

Qualifier correctement la classe de risque de votre dispositif est le point de départ de toute stratégie de mise sur le marché.
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Marquage CE et évaluation de conformité

Le marquage CE n'est pas une marque de qualité commerciale. Il atteste que le dispositif satisfait aux exigences générales de sécurité et de performance définies à l'annexe I du MDR. Sans ce marquage, aucun dispositif médical ne peut être mis sur le marché de l'Espace économique européen.

Étapes de l'évaluation de conformité

  1. Constitution de la documentation technique : description du dispositif, analyse de risques (norme ISO 14971), données cliniques, vérification et validation de la conception.
  2. Évaluation clinique : le fabricant doit démontrer la sécurité et les performances cliniques par des données issues d'investigations cliniques, de la littérature scientifique ou d'une équivalence avec un dispositif existant.
  3. Audit par un organisme notifié (classes IIa, IIb, III) : examen de la documentation technique et du système de management de la qualité (ISO 13485). Pour la classe III, l'organisme notifié examine chaque lot ou chaque dispositif.
  4. Délivrance du certificat CE : valable 5 ans maximum, contre une durée antérieure pouvant aller jusqu'à 5 ans sous la directive.
  5. Déclaration UE de conformité : document signé par le fabricant, engageant sa responsabilité juridique.

En 2024, l'UE comptait 39 organismes notifiés désignés au titre du MDR, contre plus de 50 sous l'ancienne directive. Ce resserrement a allongé les délais de certification : selon MedTech Europe, le temps moyen d'obtention d'un certificat MDR dépassait 18 mois en 2023.

Obligations du fabricant sous le règlement MDR

Le règlement MDR place le fabricant au centre du dispositif de conformité. Ses obligations couvrent l'ensemble du cycle de vie du produit.

  • Personne chargée de veiller au respect de la réglementation (article 15) : le fabricant désigne au moins une personne qualifiée, disposant d'une expertise en matière réglementaire et de vigilance.
  • Système de management de la qualité : conforme aux exigences de l'article 10, il intègre la gestion des risques, le contrôle des fournisseurs, la traçabilité et les actions correctives.
  • Évaluation clinique continue : les données cliniques doivent être mises à jour tout au long de la vie du produit, via un plan de suivi clinique après commercialisation (Post-Market Clinical Follow-up, PMCF).
  • Enregistrement dans EUDAMED : la base de données européenne centralise les informations sur les opérateurs économiques, les dispositifs, les certificats et les données de vigilance.
ObligationBase réglementaireFréquence
Documentation techniqueAnnexes II et IIIMise à jour continue
Évaluation cliniqueArticle 61Continue (PMCF)
Déclaration de conformitéArticle 19À chaque modification substantielle
Enregistrement EUDAMEDArticle 29Avant mise sur le marché
Rapport périodique de sécuritéArticle 86Annuel (classe IIa+) ou bisannuel (classe I)

La conformité MDR ne se limite pas à l'obtention du marquage CE : elle engage une gestion documentaire et clinique permanente.
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Traçabilité, UDI et surveillance après commercialisation

Le système UDI

L'identifiant unique des dispositifs (Unique Device Identification, UDI) est un code attribué à chaque dispositif médical, composé de 2 parties :

  • UDI-DI : identifiant du dispositif (modèle, fabricant).
  • UDI-PI : identifiant de production (numéro de lot, date de péremption, numéro de série).

Ce code doit figurer sur l'étiquette du produit et sur tous les niveaux d'emballage. Il est enregistré dans la base EUDAMED. L'objectif : permettre une traçabilité complète du fabricant au patient, et accélérer les rappels en cas d'incident.

Surveillance après commercialisation

Le fabricant met en œuvre un système de surveillance après commercialisation (Post-Market Surveillance, PMS), proportionné à la classe de risque. Ce système collecte et analyse les données relatives à la sécurité, aux performances et aux effets indésirables du dispositif tout au long de sa durée de vie.

En cas d'incident grave ou de tendance anormale, le fabricant doit notifier l'ANSM dans un délai de 15 jours (incident grave) ou de 2 jours (menace grave pour la santé publique). En 2023, l'ANSM a reçu plus de 19 000 signalements de matériovigilance.

Sanctions et sécurisation de votre conformité

Le non-respect du règlement MDR expose à des sanctions administratives et pénales. En France, l'ANSM peut ordonner le retrait du marché, suspendre la commercialisation ou imposer des mesures correctives. Le code de la santé publique (articles L. 5461-1 et suivants) prévoit des amendes pouvant atteindre 150 000 € pour une personne physique et 750 000 € pour une personne morale, assorties de peines d'emprisonnement en cas de mise en danger de la vie d'autrui.

Au niveau européen, les autorités compétentes partagent les informations via EUDAMED, ce qui amplifie l'impact d'une non-conformité détectée dans un seul État membre. Un certificat CE suspendu par un organisme notifié entraîne l'interdiction de commercialisation dans l'ensemble de l'EEE.

Les points de vulnérabilité les plus fréquents pour les PME et startups :

  • Documentation technique incomplète ou non mise à jour
  • Absence de personne qualifiée désignée au titre de l'article 15
  • Défaut de plan PMCF ou de système PMS formalisé
  • Erreur de classification initiale du dispositif

Anticiper ces risques avec un accompagnement juridique adapté réduit le coût d'une mise en conformité tardive.
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FAQ

Quelle est la différence entre un dispositif médical et un médicament ?

Un dispositif médical agit par un moyen principalement physique ou mécanique (barrière, mesure, soutien), tandis qu'un médicament agit par voie pharmacologique, immunologique ou métabolique. Cette distinction détermine le cadre réglementaire applicable : MDR 2017/745 pour les dispositifs, règlement 2001/83/CE pour les médicaments.

Un logiciel peut-il être un dispositif médical ?

Oui. Un logiciel destiné à poser un diagnostic, surveiller un paramètre physiologique ou proposer une aide à la décision thérapeutique est qualifié de Software as a Medical Device (SaMD). Il est classé selon les règles 11 et 22 de l'annexe VIII du MDR, généralement en classe IIa ou supérieure.

Combien de temps faut-il pour obtenir le marquage CE sous le MDR ?

Le délai varie selon la classe du dispositif et la charge de l'organisme notifié. En 2023, MedTech Europe estimait le délai moyen à plus de 18 mois pour un dispositif de classe III. Pour un dispositif de classe I sans sous-catégorie, la procédure d'auto-certification peut être réalisée en quelques mois.

Qu'est-ce que la base EUDAMED ?

EUDAMED est la base de données européenne sur les dispositifs médicaux. Elle centralise les informations relatives aux opérateurs économiques, aux dispositifs enregistrés, aux certificats CE, aux investigations cliniques et aux signalements de vigilance. Son déploiement complet est progressif.

Une PME peut-elle gérer seule sa conformité MDR ?

C'est possible pour les dispositifs de classe I, à condition de disposer en interne des compétences réglementaires requises. Pour les classes supérieures, l'intervention d'un organisme notifié est obligatoire, et un accompagnement juridique externe permet de sécuriser la documentation technique et les procédures de vigilance.

Pour aller plus loin

Dispositifs médicaux (Articles L5211-1 à L5215-1) - Légifrance

Conditions de mise sur le marché des dispositifs médicaux (Articles R5211-12 à R5211-20) - Légifrance

Dispositifs médicaux : des produits de santé utiles à votre quotidien - DGCCRF (economie.gouv.fr)

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