
Jullian Hoareau

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Ce que signifie diligenter une expertise
Expertise amiable, judiciaire, de partie : les distinguer
Qui peut diligenter une expertise et quand
Expertise in futurum : l'article 145 du CPC
Force probante et principe du contradictoire
Coût, délais et arbitrage pour l'entreprise
Diligenter une expertise, c'est décider de recourir à un technicien qualifié, désigner cet expert, définir sa mission et faire avancer les opérations jusqu'à la remise du rapport. Le terme « diligenter » implique une démarche active : il ne s'agit pas seulement de commander un avis technique, mais de piloter l'ensemble du processus.
Pour un dirigeant de TPE, PME ou ETI confronté à un litige — travaux défectueux, livraison non conforme, sinistre, défaut produit — que veut dire diligenter une expertise en pratique ? Cela signifie constituer un dossier probatoire solide en s'appuyant sur l'analyse d'un professionnel indépendant. Le rapport qui en résulte servira soit à négocier un accord amiable, soit à étayer une action en justice.
Or, la valeur de ce rapport dépend directement de la procédure choisie. Un dirigeant qui fait réaliser une expertise sans mesurer les conditions de sa recevabilité risque de financer un document que le juge écartera.
Trois catégories d'expertise coexistent en droit français. Leurs différences portent sur le mode de désignation de l'expert, le cadre procédural et la force probante du rapport.
| Critère | Expertise amiable | Expertise de partie | Expertise judiciaire |
|---|---|---|---|
| Initiative | Parties d'un commun accord | Une seule partie | Ordonnée par le juge |
| Désignation de l'expert | Choisi par les parties | Choisi par le demandeur | Commis par le tribunal (art. 232 CPC) |
| Contradictoire | Possible si organisé | Absent par défaut | Obligatoire |
| Force probante | Limitée | Très faible seule | Élevée |
| Coût et délai | Plus rapide, moins coûteux | Variable | Plus long, plus coûteux |
L'expertise amiable (ou extra-judiciaire) est diligentée hors décision de justice. Les parties choisissent ensemble l'expert et définissent sa mission. Elle convient à une recherche d'accord transactionnel.
L'expertise de partie (unilatérale) est commandée par une seule partie, sans accord de l'autre. Le rapport obtenu constitue un élément de preuve, mais sa portée est restreinte faute de contradictoire.
L'expertise judiciaire est ordonnée par une juridiction. L'article 232 du Code de procédure civile prévoit que le juge peut commettre toute personne de son choix pour l'éclairer sur une question de fait nécessitant les lumières d'un technicien. Le régime détaillé figure aux articles 263 à 284-1 du CPC.
Choisir la bonne forme d'expertise conditionne la solidité du dossier juridique de l'entreprise.
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Toute personne physique ou morale ayant un intérêt à établir un fait technique peut diligenter une expertise. En pratique, c'est le dirigeant, le gérant ou le représentant légal de la société qui prend cette décision.
Le moment est déterminant. Trois situations se présentent :
Le choix du moment influe sur le type d'expertise possible. Avant tout procès, l'article 145 du CPC ouvre une voie spécifique pour obtenir une mesure d'instruction judiciaire sans attendre l'assignation au fond.
L'article 145 du Code de procédure civile constitue l'outil procédural le plus utilisé pour diligenter une expertise avant l'ouverture d'un procès. Son mécanisme repose sur 2 conditions cumulatives :
La demande est formée sur requête ou en référé. Le tribunal compétent est, au choix du demandeur, celui susceptible de connaître de l'affaire au fond ou celui dans le ressort duquel la mesure doit être exécutée. Par dérogation, lorsque la mesure porte sur un immeuble, seul le tribunal du lieu de situation de l'immeuble est compétent.
L'intérêt pour le dirigeant est double. D'une part, il obtient une expertise ordonnée par le juge, donc soumise au contradictoire, ce qui renforce considérablement la force probante du rapport. D'autre part, il peut agir rapidement, en référé, sans attendre la mise en état d'une procédure au fond.
En revanche, le demandeur doit démontrer que sa demande ne se heurte à aucune contestation sérieuse sur l'existence du motif légitime. Le juge vérifie que la mesure sollicitée est légalement admissible et proportionnée.
L'article 145 du CPC permet de sécuriser la preuve technique avant même d'engager un procès.
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La valeur d'un rapport d'expertise devant le juge dépend du respect du principe du contradictoire. Ce principe impose que chaque partie ait pu prendre connaissance des éléments soumis à l'expert, formuler des observations et discuter les conclusions.
L'expertise judiciaire respecte le contradictoire par construction. L'expert convoque les parties, leur communique ses documents de travail et recueille leurs dires avant de remettre son rapport. Le juge peut s'appuyer sur ce rapport pour fonder sa décision.
Un rapport d'expertise amiable a une valeur probatoire moindre. Un rapport non soumis au contradictoire ne peut pas, à lui seul, fonder la décision du juge. Il doit être corroboré par d'autres éléments de preuve et avoir été régulièrement débattu à l'audience.
| Situation | Le rapport peut-il suffire à fonder le jugement ? |
|---|---|
| Expertise judiciaire contradictoire | Oui, sauf contestation motivée |
| Expertise amiable contradictoire | Non seul, mais élément de preuve recevable |
| Expertise de partie (unilatérale) | Non seul, doit être corroboré et débattu |
En conséquence, un dirigeant qui finance une expertise unilatérale sans anticiper cette limite risque de produire un rapport que l'adversaire contestera et que le juge écartera.
Le choix entre expertise amiable et expertise judiciaire repose sur un arbitrage entre rapidité, coût et sécurité probatoire.
L'expertise amiable est en règle générale plus rapide et moins coûteuse. Elle convient lorsque l'objectif est de négocier un accord ou de disposer d'un premier diagnostic technique. En revanche, si la négociation échoue, le rapport ne suffira pas à emporter la conviction du juge.
L'expertise judiciaire mobilise davantage de temps et de ressources financières. Les honoraires de l'expert sont consignés par la partie qui a sollicité la mesure. Les opérations d'expertise — réunions, échanges de dires, rédaction du rapport — s'étalent sur plusieurs mois. Toutefois, le rapport produit constitue une preuve dont la force probante est nettement supérieure.
L'erreur fréquente consiste à choisir la voie la moins coûteuse sans évaluer le risque que le rapport soit écarté. Le coût d'une expertise inutilisable dépasse celui d'une expertise judiciaire bien conduite.
Arbitrer entre expertise amiable et judiciaire suppose d'évaluer le risque contentieux en amont.
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Diligenter une expertise signifie engager et conduire l'ensemble du processus d'expertise : choisir de recourir à un technicien, le désigner, définir sa mission et suivre les opérations jusqu'à la remise du rapport. Le terme implique un rôle actif du demandeur dans le pilotage de la mesure.
Oui, un rapport d'expertise amiable est recevable comme élément de preuve. Toutefois, il ne peut pas à lui seul fonder la décision du juge. Il doit être corroboré par d'autres éléments et avoir été soumis au débat contradictoire à l'audience.
Oui. L'article 145 du Code de procédure civile permet de solliciter une mesure d'instruction avant tout procès, sur requête ou en référé, à condition de justifier d'un motif légitime de conserver ou d'établir la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige.
La partie qui sollicite l'expertise consigne les honoraires de l'expert auprès du tribunal. À l'issue du litige, le juge peut mettre les frais d'expertise à la charge de la partie perdante dans le cadre de la répartition des dépens.
L'expertise de partie est commandée par une seule partie, sans accord ni participation de l'autre. L'expertise amiable est organisée d'un commun accord entre les parties. La seconde offre une meilleure force probante, car elle peut intégrer un cadre contradictoire dès sa mise en œuvre.
Article 145 du Code de procédure civile - Légifrance
Article 232 du Code de procédure civile - Légifrance
Section IV : L'expertise (articles 263 à 284-1 du Code de procédure civile) - Légifrance
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