Déontologie des professions de santé : règles, ordres et sanctions

Guides & Ressources pratiques
01 Jul 2026
-
8 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. La déontologie des professions de santé désigne l'ensemble des obligations éthiques et professionnelles codifiées dans le code de la santé publique, opposables à tout praticien inscrit à un ordre.
  2. 7 professions de santé disposent d'un code de déontologie propre, dont les médecins, pharmaciens, chirurgiens-dentistes, sages-femmes, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes et pédicures-podologues.
  3. Les principes communs couvrent le secret médical, l'indépendance professionnelle, la probité et l'interdiction de certaines pratiques commerciales.
  4. Les ordres professionnels exercent un pouvoir disciplinaire autonome, distinct des juridictions pénales et civiles.
  5. Les sanctions vont de l'avertissement à la radiation du tableau, avec des conséquences directes sur l'activité de l'établissement employeur.
  6. Le directeur juridique d'un établissement de santé doit intégrer le risque déontologique dans sa cartographie de conformité globale.

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Sommaire

Qu'est-ce que la déontologie des professions de santé

Professions de santé concernées par un code déontologique

Grands principes communs : moralité, probité, secret médical

Rôle des ordres et pouvoir disciplinaire

Sanctions en cas de manquement déontologique

Sécuriser sa pratique face aux obligations déontologiques

FAQ

Pour aller plus loin

Qu'est-ce que la déontologie des professions de santé

La déontologie des professions de santé regroupe les règles de conduite professionnelle que chaque praticien doit respecter dans l'exercice de son activité. Ces règles sont inscrites dans le code de la santé publique (CSP), aux articles R. 4127-1 et suivants pour les médecins, et dans des sections dédiées pour chaque profession réglementée.

Contrairement à une charte interne, le code de déontologie a une valeur réglementaire. Il est adopté par décret en Conseil d'État, après avis de l'ordre professionnel concerné. Toute violation peut entraîner une procédure disciplinaire devant la chambre compétente de l'ordre, indépendamment de toute action pénale ou civile.

Pour un directeur juridique d'établissement de santé, cette dimension est structurante. Un manquement déontologique d'un praticien salarié ou libéral exerçant dans la structure peut engager la responsabilité de l'établissement, perturber la continuité des soins et générer un risque réputationnel.

Le périmètre de la déontologie dépasse le seul acte médical. Il couvre les relations entre confrères, la communication publique, la gestion des conflits d'intérêts, le respect du consentement du patient et les obligations de formation continue.

Professions de santé concernées par un code déontologique

En France, 7 professions de santé disposent d'un code de déontologie intégré au CSP :

ProfessionOrdre professionnelBase réglementaire (CSP)
MédecinsOrdre national des médecinsArt. R. 4127-1 à R. 4127-112
Chirurgiens-dentistesOrdre national des chirurgiens-dentistesArt. R. 4127-201 à R. 4127-285
Sages-femmesOrdre national des sages-femmesArt. R. 4127-301 à R. 4127-367
PharmaciensOrdre national des pharmaciensArt. R. 4235-1 à R. 4235-77
InfirmiersOrdre national des infirmiersArt. R. 4312-1 à R. 4312-92
Masseurs-kinésithérapeutesOrdre des masseurs-kinésithérapeutesArt. R. 4321-51 à R. 4321-145
Pédicures-podologuesOrdre des pédicures-podologuesArt. R. 4322-39 à R. 4322-95

Chaque code présente des spécificités liées à la nature des actes pratiqués. Toutefois, un socle commun de principes traverse l'ensemble de ces textes. Pour un établissement qui emploie ou accueille plusieurs catégories de professionnels, la conformité déontologique suppose une connaissance transversale de ces différents référentiels.

Grands principes communs : moralité, probité, secret médical

Malgré la diversité des professions, les codes de déontologie partagent des principes récurrents que tout directeur juridique doit maîtriser.

Indépendance professionnelle

Le praticien ne peut accepter aucune subordination dans ses décisions cliniques. L'article R. 4127-5 du CSP interdit au médecin d'aliéner son indépendance sous quelque forme que ce soit. En pratique, cela limite la capacité d'un établissement à imposer des protocoles qui contrediraient le jugement clinique du praticien.

Secret médical

Le secret médical est une obligation pénalement sanctionnée (article 226-13 du code pénal : 1 an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende). Il couvre toute information portée à la connaissance du professionnel dans l'exercice de sa mission. Les exceptions sont strictement encadrées : signalement de maltraitance, déclaration obligatoire de certaines pathologies, partage d'informations au sein de l'équipe de soins (article L. 1110-4 du CSP).

Probité et désintéressement

  • Interdiction de recevoir des avantages de la part de laboratoires ou fournisseurs, sauf dans le cadre de la loi anti-cadeaux (article L. 1453-3 du CSP, seuils fixés par décret).
  • Interdiction de toute pratique commerciale incompatible avec la dignité de la profession.
  • Obligation de transparence sur les liens d'intérêts.

Devoir de compétence et formation continue

Le praticien doit entretenir et perfectionner ses connaissances. Le développement professionnel continu (DPC) est obligatoire pour toutes les professions de santé depuis la loi HPST de 2009.

La conformité déontologique d'un établissement repose sur une veille juridique permanente et une coordination étroite entre direction juridique et praticiens.
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Rôle des ordres et pouvoir disciplinaire

Les ordres professionnels remplissent 3 fonctions principales :

  1. Inscription au tableau : tout professionnel doit être inscrit pour exercer. L'ordre vérifie les diplômes, la moralité et l'absence d'incompatibilité.
  2. Contrôle déontologique : l'ordre reçoit les plaintes, instruit les dossiers et organise les conciliations.
  3. Pouvoir disciplinaire : les chambres disciplinaires de première instance, rattachées aux conseils régionaux ou interrégionaux, jugent les manquements déontologiques. L'appel relève de la chambre disciplinaire nationale, puis du Conseil d'État en cassation.

La procédure disciplinaire est distincte de la procédure pénale. Un praticien peut être relaxé au pénal et sanctionné disciplinairement, car les critères d'appréciation diffèrent. En 2022, l'Ordre national des médecins a rendu 1 174 décisions disciplinaires en première instance, dont 38 % ont abouti à une sanction.

Pour un établissement, la saisine de l'ordre peut être initiée par un patient, un confrère, le directeur de l'ARS ou le procureur de la République. Le directeur juridique doit anticiper cette éventualité dans ses procédures internes de gestion des incidents.

Sanctions en cas de manquement déontologique

Les sanctions disciplinaires sont graduées et cumulables avec d'éventuelles sanctions pénales ou civiles.

SanctionEffetDurée maximale
AvertissementInscription au dossierPermanente
BlâmeInscription au dossierPermanente
Interdiction temporaire d'exercerSuspension de l'activité3 ans
Interdiction temporaire avec sursisSuspension conditionnelle3 ans
Radiation du tableauInterdiction définitive d'exercerDéfinitive (réinscription possible après 3 ans)

La radiation constitue la sanction la plus lourde. Elle entraîne l'impossibilité d'exercer sur tout le territoire national. Pour un établissement, la radiation ou la suspension d'un praticien clé peut désorganiser un service entier et engager la responsabilité de la structure si la continuité des soins n'est pas assurée.

Les motifs de sanction les plus fréquents concernent :
- Les manquements au secret médical
- Les comportements contraires à la probité (compérage, dichotomie d'honoraires)
- Les fautes dans la relation avec le patient (défaut d'information, refus de soins injustifié)
- Les infractions aux règles de publicité et de communication

Un manquement déontologique peut avoir des répercussions sur l'ensemble de l'établissement. Anticiper ce risque suppose un accompagnement juridique adapté.
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Sécuriser sa pratique face aux obligations déontologiques

Pour un directeur juridique, la gestion du risque déontologique s'intègre dans une démarche de conformité globale. Plusieurs leviers permettent de réduire l'exposition de l'établissement.

Cartographier les obligations par profession

Chaque catégorie de professionnel exerçant dans l'établissement relève d'un code de déontologie distinct. Un référentiel interne croisant les obligations déontologiques avec les procédures opérationnelles (protocoles de soins, gestion des données patients, politique de communication) permet d'identifier les zones de friction.

Former et sensibiliser les équipes

Les praticiens connaissent leur code de déontologie, mais pas toujours ses implications dans un contexte d'exercice en établissement. Des sessions de sensibilisation ciblées, portant sur le secret partagé, les conflits d'intérêts ou les règles de communication, réduisent le risque de manquement involontaire.

Structurer la gestion des incidents

Toute plainte déontologique doit faire l'objet d'une procédure interne documentée : recueil des faits, analyse juridique, coordination avec l'ordre professionnel concerné et, le cas échéant, accompagnement du praticien mis en cause.

Sécuriser les contrats avec les praticiens libéraux

Lorsque des professionnels libéraux exercent au sein de l'établissement, le contrat d'exercice doit intégrer des clauses relatives au respect du code de déontologie, aux obligations de déclaration et aux conséquences d'une sanction disciplinaire sur la poursuite de la collaboration.

FAQ

Un établissement de santé peut-il être sanctionné pour un manquement déontologique d'un praticien ?

L'ordre professionnel ne sanctionne que le praticien inscrit au tableau, pas l'établissement en tant que personne morale. En revanche, l'établissement peut voir sa responsabilité civile engagée si le manquement du praticien résulte d'un défaut d'organisation ou de surveillance. L'ARS peut également prendre des mesures administratives contre la structure.

Quelle est la différence entre une sanction disciplinaire et une sanction pénale ?

La sanction disciplinaire est prononcée par la chambre disciplinaire de l'ordre professionnel pour violation du code de déontologie. La sanction pénale est prononcée par un tribunal judiciaire pour infraction au code pénal. Les deux procédures sont indépendantes : un praticien peut être sanctionné par l'ordre sans être poursuivi pénalement, et inversement.

Le secret médical s'applique-t-il entre professionnels d'un même établissement ?

Le partage d'informations entre membres d'une même équipe de soins est autorisé par l'article L. 1110-4 du CSP, à condition que le patient en soit informé et ne s'y oppose pas. Ce partage est limité aux informations strictement nécessaires à la prise en charge. En dehors de l'équipe de soins, le secret médical reste absolu.

Un praticien radié peut-il être réinscrit au tableau ?

Oui. Après un délai minimum de 3 ans suivant la radiation, le praticien peut demander sa réinscription auprès du conseil de l'ordre compétent. Celui-ci apprécie la demande au regard des circonstances de la radiation et du comportement du praticien depuis la sanction.

Comment un directeur juridique peut-il anticiper un risque déontologique ?

En intégrant les obligations déontologiques dans la cartographie des risques de conformité de l'établissement, en formant les praticiens aux situations à risque et en mettant en place une procédure de gestion des plaintes ordinales. Un audit périodique des pratiques, avec l'appui d'un avocat spécialisé en droit de la santé, permet de détecter les écarts avant qu'ils ne donnent lieu à une procédure.

Pour aller plus loin

Code de déontologie médicale (Articles R4127-1 à R4127-112) - Légifrance

Professions de santé, Code de la santé publique - Légifrance

Santé - professionnels - Service-Public.fr

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