
Jullian Hoareau

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Qu'est-ce que la déontologie des professions de santé
Professions de santé concernées par un code déontologique
Grands principes communs : moralité, probité, secret médical
Rôle des ordres et pouvoir disciplinaire
Sanctions en cas de manquement déontologique
Sécuriser sa pratique face aux obligations déontologiques
La déontologie des professions de santé regroupe les règles de conduite professionnelle que chaque praticien doit respecter dans l'exercice de son activité. Ces règles sont inscrites dans le code de la santé publique (CSP), aux articles R. 4127-1 et suivants pour les médecins, et dans des sections dédiées pour chaque profession réglementée.
Contrairement à une charte interne, le code de déontologie a une valeur réglementaire. Il est adopté par décret en Conseil d'État, après avis de l'ordre professionnel concerné. Toute violation peut entraîner une procédure disciplinaire devant la chambre compétente de l'ordre, indépendamment de toute action pénale ou civile.
Pour un directeur juridique d'établissement de santé, cette dimension est structurante. Un manquement déontologique d'un praticien salarié ou libéral exerçant dans la structure peut engager la responsabilité de l'établissement, perturber la continuité des soins et générer un risque réputationnel.
Le périmètre de la déontologie dépasse le seul acte médical. Il couvre les relations entre confrères, la communication publique, la gestion des conflits d'intérêts, le respect du consentement du patient et les obligations de formation continue.
En France, 7 professions de santé disposent d'un code de déontologie intégré au CSP :
| Profession | Ordre professionnel | Base réglementaire (CSP) |
|---|---|---|
| Médecins | Ordre national des médecins | Art. R. 4127-1 à R. 4127-112 |
| Chirurgiens-dentistes | Ordre national des chirurgiens-dentistes | Art. R. 4127-201 à R. 4127-285 |
| Sages-femmes | Ordre national des sages-femmes | Art. R. 4127-301 à R. 4127-367 |
| Pharmaciens | Ordre national des pharmaciens | Art. R. 4235-1 à R. 4235-77 |
| Infirmiers | Ordre national des infirmiers | Art. R. 4312-1 à R. 4312-92 |
| Masseurs-kinésithérapeutes | Ordre des masseurs-kinésithérapeutes | Art. R. 4321-51 à R. 4321-145 |
| Pédicures-podologues | Ordre des pédicures-podologues | Art. R. 4322-39 à R. 4322-95 |
Chaque code présente des spécificités liées à la nature des actes pratiqués. Toutefois, un socle commun de principes traverse l'ensemble de ces textes. Pour un établissement qui emploie ou accueille plusieurs catégories de professionnels, la conformité déontologique suppose une connaissance transversale de ces différents référentiels.
Malgré la diversité des professions, les codes de déontologie partagent des principes récurrents que tout directeur juridique doit maîtriser.
Le praticien ne peut accepter aucune subordination dans ses décisions cliniques. L'article R. 4127-5 du CSP interdit au médecin d'aliéner son indépendance sous quelque forme que ce soit. En pratique, cela limite la capacité d'un établissement à imposer des protocoles qui contrediraient le jugement clinique du praticien.
Le secret médical est une obligation pénalement sanctionnée (article 226-13 du code pénal : 1 an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende). Il couvre toute information portée à la connaissance du professionnel dans l'exercice de sa mission. Les exceptions sont strictement encadrées : signalement de maltraitance, déclaration obligatoire de certaines pathologies, partage d'informations au sein de l'équipe de soins (article L. 1110-4 du CSP).
Le praticien doit entretenir et perfectionner ses connaissances. Le développement professionnel continu (DPC) est obligatoire pour toutes les professions de santé depuis la loi HPST de 2009.
La conformité déontologique d'un établissement repose sur une veille juridique permanente et une coordination étroite entre direction juridique et praticiens.
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Les ordres professionnels remplissent 3 fonctions principales :
La procédure disciplinaire est distincte de la procédure pénale. Un praticien peut être relaxé au pénal et sanctionné disciplinairement, car les critères d'appréciation diffèrent. En 2022, l'Ordre national des médecins a rendu 1 174 décisions disciplinaires en première instance, dont 38 % ont abouti à une sanction.
Pour un établissement, la saisine de l'ordre peut être initiée par un patient, un confrère, le directeur de l'ARS ou le procureur de la République. Le directeur juridique doit anticiper cette éventualité dans ses procédures internes de gestion des incidents.
Les sanctions disciplinaires sont graduées et cumulables avec d'éventuelles sanctions pénales ou civiles.
| Sanction | Effet | Durée maximale |
|---|---|---|
| Avertissement | Inscription au dossier | Permanente |
| Blâme | Inscription au dossier | Permanente |
| Interdiction temporaire d'exercer | Suspension de l'activité | 3 ans |
| Interdiction temporaire avec sursis | Suspension conditionnelle | 3 ans |
| Radiation du tableau | Interdiction définitive d'exercer | Définitive (réinscription possible après 3 ans) |
La radiation constitue la sanction la plus lourde. Elle entraîne l'impossibilité d'exercer sur tout le territoire national. Pour un établissement, la radiation ou la suspension d'un praticien clé peut désorganiser un service entier et engager la responsabilité de la structure si la continuité des soins n'est pas assurée.
Les motifs de sanction les plus fréquents concernent :
- Les manquements au secret médical
- Les comportements contraires à la probité (compérage, dichotomie d'honoraires)
- Les fautes dans la relation avec le patient (défaut d'information, refus de soins injustifié)
- Les infractions aux règles de publicité et de communication
Un manquement déontologique peut avoir des répercussions sur l'ensemble de l'établissement. Anticiper ce risque suppose un accompagnement juridique adapté.
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Pour un directeur juridique, la gestion du risque déontologique s'intègre dans une démarche de conformité globale. Plusieurs leviers permettent de réduire l'exposition de l'établissement.
Chaque catégorie de professionnel exerçant dans l'établissement relève d'un code de déontologie distinct. Un référentiel interne croisant les obligations déontologiques avec les procédures opérationnelles (protocoles de soins, gestion des données patients, politique de communication) permet d'identifier les zones de friction.
Les praticiens connaissent leur code de déontologie, mais pas toujours ses implications dans un contexte d'exercice en établissement. Des sessions de sensibilisation ciblées, portant sur le secret partagé, les conflits d'intérêts ou les règles de communication, réduisent le risque de manquement involontaire.
Toute plainte déontologique doit faire l'objet d'une procédure interne documentée : recueil des faits, analyse juridique, coordination avec l'ordre professionnel concerné et, le cas échéant, accompagnement du praticien mis en cause.
Lorsque des professionnels libéraux exercent au sein de l'établissement, le contrat d'exercice doit intégrer des clauses relatives au respect du code de déontologie, aux obligations de déclaration et aux conséquences d'une sanction disciplinaire sur la poursuite de la collaboration.
L'ordre professionnel ne sanctionne que le praticien inscrit au tableau, pas l'établissement en tant que personne morale. En revanche, l'établissement peut voir sa responsabilité civile engagée si le manquement du praticien résulte d'un défaut d'organisation ou de surveillance. L'ARS peut également prendre des mesures administratives contre la structure.
La sanction disciplinaire est prononcée par la chambre disciplinaire de l'ordre professionnel pour violation du code de déontologie. La sanction pénale est prononcée par un tribunal judiciaire pour infraction au code pénal. Les deux procédures sont indépendantes : un praticien peut être sanctionné par l'ordre sans être poursuivi pénalement, et inversement.
Le partage d'informations entre membres d'une même équipe de soins est autorisé par l'article L. 1110-4 du CSP, à condition que le patient en soit informé et ne s'y oppose pas. Ce partage est limité aux informations strictement nécessaires à la prise en charge. En dehors de l'équipe de soins, le secret médical reste absolu.
Oui. Après un délai minimum de 3 ans suivant la radiation, le praticien peut demander sa réinscription auprès du conseil de l'ordre compétent. Celui-ci apprécie la demande au regard des circonstances de la radiation et du comportement du praticien depuis la sanction.
En intégrant les obligations déontologiques dans la cartographie des risques de conformité de l'établissement, en formant les praticiens aux situations à risque et en mettant en place une procédure de gestion des plaintes ordinales. Un audit périodique des pratiques, avec l'appui d'un avocat spécialisé en droit de la santé, permet de détecter les écarts avant qu'ils ne donnent lieu à une procédure.
Code de déontologie médicale (Articles R4127-1 à R4127-112) - Légifrance
Professions de santé, Code de la santé publique - Légifrance
Santé - professionnels - Service-Public.fr
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