
Jullian Hoareau

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Mise à pied conservatoire : définition et nature
Distinguer mise à pied conservatoire et disciplinaire
Le salarié peut-il démissionner pendant la mise à pied ?
Effets de la démission sur la procédure disciplinaire
Préavis et paie pendant la mise à pied
Recours de l'employeur après la démission
Bonnes pratiques pour l'employeur
La mise à pied conservatoire est une mesure d'urgence qui permet à l'employeur d'écarter un salarié de l'entreprise dans l'attente d'une décision disciplinaire. Elle n'est pas une sanction en elle-même. Son fondement repose sur l'article L.1332-3 du Code du travail, qui autorise l'employeur à suspendre le contrat de travail lorsque les faits reprochés rendent impossible le maintien du salarié à son poste.
Concrètement, le salarié quitte l'entreprise immédiatement. Son contrat est suspendu : il ne travaille plus, et sa rémunération est en principe interrompue pendant la durée de la mesure. En contrepartie, l'employeur doit engager la procédure disciplinaire dans un délai restreint. La jurisprudence de la Cour de cassation exige que la convocation à l'entretien préalable intervienne dans un délai raisonnable, généralement interprété comme quelques jours ouvrables après la notification de la mise à pied.
Si l'employeur tarde, la mise à pied conservatoire risque d'être requalifiée en mise à pied disciplinaire. Cette requalification a une conséquence directe : l'employeur ne peut plus prononcer de licenciement pour les mêmes faits, car le salarié aurait déjà été sanctionné (principe non bis in idem).
La confusion entre ces 2 mesures expose l'entreprise à un contentieux prud'homal. Leurs régimes sont distincts sur 3 points essentiels.
| Critère | Mise à pied conservatoire | Mise à pied disciplinaire |
|---|---|---|
| Nature | Mesure provisoire, préalable à une sanction | Sanction autonome |
| Durée | Non fixée à l'avance, liée à la procédure | Fixée dans la lettre de notification (durée maximale prévue par le règlement intérieur) |
| Rémunération | Suspendue puis régularisée si aucun licenciement n'est prononcé | Suspendue pendant toute la durée, sans régularisation |
La mise à pied disciplinaire est une sanction définitive. Une fois notifiée, l'employeur a épuisé son pouvoir de sanction pour les faits concernés. En revanche, la mise à pied conservatoire n'est qu'un préalable : elle laisse ouvert le choix de la sanction finale, du simple avertissement au licenciement pour faute grave.
Pour le DRH, la qualification retenue dans la lettre de notification est déterminante. Une formulation ambiguë peut être interprétée par le conseil de prud'hommes comme une sanction disciplinaire, ce qui priverait l'entreprise de toute possibilité de licenciement ultérieur.
Oui. La démission pendant une mise à pied est un droit que le salarié peut exercer à tout moment. Aucun texte du Code du travail n'interdit à un salarié de rompre unilatéralement son contrat pendant une période de suspension, quelle qu'en soit la cause.
La Cour de cassation a confirmé ce principe à plusieurs reprises : la mise à pied, qu'elle soit conservatoire ou disciplinaire, suspend l'exécution du contrat mais ne suspend pas la liberté de démissionner (Cass. soc., 21 janvier 2003, n° 00-44.502). Le salarié n'a pas besoin de l'accord de l'employeur. Il lui suffit de notifier sa décision de manière claire et non équivoque, par courrier recommandé ou remise en main propre.
En pratique, cette situation se produit fréquemment lorsque le salarié anticipe un licenciement pour faute grave. Démissionner lui permet d'éviter la mention d'un licenciement sur son parcours professionnel, tout en conservant son droit au préavis.
Un salarié qui démissionne pendant une procédure disciplinaire peut neutraliser le licenciement envisagé. Pour anticiper ce scénario, un cadrage juridique en amont de la procédure est indispensable.
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C'est le point critique pour l'employeur. Dès que la démission est notifiée et reçue, le contrat de travail entre dans sa phase de rupture. L'employeur perd alors son pouvoir disciplinaire sur le salarié.
Le licenciement ne peut plus être prononcé après réception de la lettre de démission. La Cour de cassation juge que l'employeur ne peut pas notifier un licenciement à un salarié qui a déjà démissionné, sauf si la lettre de licenciement a été envoyée avant la réception de la démission (Cass. soc., 2 février 2006, n° 03-46.227).
Le critère retenu par les juges est la chronologie des réceptions : c'est la date de première présentation du courrier recommandé qui fait foi, et non la date de rédaction.
Si l'entretien préalable n'a pas encore eu lieu au moment de la démission, il devient sans objet. L'employeur n'a plus de décision disciplinaire à prendre. Si l'entretien a déjà eu lieu mais que la lettre de licenciement n'a pas encore été envoyée, la démission prend le dessus.
| Chronologie | Effet sur la procédure |
|---|---|
| Démission reçue avant l'envoi de la lettre de licenciement | Licenciement impossible, la démission prime |
| Démission reçue après l'envoi de la lettre de licenciement | Licenciement valable, la démission est sans effet |
| Démission reçue le même jour que la lettre de licenciement | Le juge tranche selon l'heure de réception respective |
La démission déclenche le préavis prévu par le contrat de travail ou la convention collective applicable. Ce préavis commence à courir dès la date de réception de la lettre de démission par l'employeur, y compris si le salarié est encore en mise à pied.
Pendant la mise à pied conservatoire, la rémunération est suspendue. Lorsque le salarié démissionne, 2 situations se présentent :
Quant à la période de mise à pied conservatoire antérieure à la démission, elle doit être régularisée. Puisque la mise à pied conservatoire n'aboutit plus à un licenciement pour faute grave, le salarié a droit au rappel de salaire pour la période de suspension. La Cour de cassation applique cette règle de manière constante : sans licenciement pour faute grave ou lourde, la mise à pied conservatoire doit être rémunérée (Cass. soc., 3 février 2004, n° 01-45.989).
La régularisation du salaire pendant la mise à pied conservatoire et le calcul du préavis nécessitent une analyse précise de la convention collective applicable.
Être accompagné par un avocat en droit du travail
L'employeur n'est pas totalement démuni face à une démission pendant une mise à pied. Plusieurs leviers juridiques restent mobilisables.
Si la lettre de démission contient des griefs à l'encontre de l'employeur (reproches sur les conditions de travail, harcèlement allégué, non-paiement de salaires), elle peut être requalifiée en prise d'acte de la rupture. Dans ce cas, le conseil de prud'hommes examine si les manquements invoqués par le salarié sont établis. Si ce n'est pas le cas, la prise d'acte produit les effets d'une démission. Si les manquements sont avérés, elle produit les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse.
L'employeur peut agir en réparation du préjudice causé par le salarié si les faits fautifs à l'origine de la mise à pied lui ont causé un dommage quantifiable : détournement de fonds, vol, destruction de données. L'action en responsabilité civile contractuelle reste ouverte indépendamment de la rupture du contrat.
Si le salarié ne respecte pas son préavis sans dispense de l'employeur, ce dernier peut réclamer une indemnité compensatrice équivalente à la rémunération du préavis non effectué.
Pour limiter le risque qu'une démission neutralise la procédure disciplinaire, le DRH dispose de plusieurs leviers opérationnels.
Sécuriser chaque étape de la procédure disciplinaire réduit le risque de contentieux, y compris en cas de démission inattendue du salarié.
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Non. La démission est un acte unilatéral du salarié qui ne nécessite aucun accord de l'employeur. Dès lors que la volonté de démissionner est claire et non équivoque, l'employeur doit en prendre acte. Il ne dispose d'aucun droit de veto, y compris pendant une mise à pied conservatoire.
En principe, non. La démission ne permet pas de bénéficier de l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE), sauf si elle est requalifiée en démission légitime par France Travail ou en prise d'acte produisant les effets d'un licenciement. Le salarié peut aussi saisir la commission paritaire après 121 jours de chômage.
Oui. Lorsque la mise à pied conservatoire ne débouche pas sur un licenciement pour faute grave ou lourde, le salarié a droit au rappel de salaire pour toute la période de suspension. La démission empêchant le licenciement, la régularisation est due.
Le juge examine la chronologie des réceptions. Si la démission est reçue en premier, elle prime et le licenciement est privé d'effet. Si le licenciement est reçu en premier, il s'applique et la démission est sans objet. En cas de réception simultanée, le conseil de prud'hommes tranche au cas par cas.
Oui. La démission met fin au pouvoir disciplinaire mais pas à la responsabilité civile du salarié. Si les fautes ont causé un préjudice chiffrable à l'entreprise, l'employeur peut engager une action en dommages-intérêts devant le conseil de prud'hommes ou le tribunal judiciaire.
Mise à pied conservatoire - Code du travail numérique
Article L1332-3 du Code du travail - Code du travail numérique
Licenciement pour motif disciplinaire : la procédure - Code du travail numérique
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