Délai de paiement facture entre entreprises : règles LME, exceptions et sanctions

Guides & Ressources pratiques
31 Jan 2026
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8
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Points clés de l'article
  1. Le délai de paiement facture entre professionnels est encadré par la loi LME : 30 jours par défaut, 60 jours maximum par accord contractuel.
  2. Une variante à 45 jours fin de mois est admise sous conditions strictes de mention dans le contrat.
  3. Tout retard déclenche automatiquement des pénalités de retard (taux BCE + 10 points minimum) et une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 €.
  4. La DGCCRF peut infliger des amendes administratives allant jusqu'à 2 millions d'euros pour une personne morale en cas de dépassement constaté.
  5. Le créancier dispose de plusieurs leviers de recouvrement : mise en demeure, injonction de payer, procédure de référé ou médiation.

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Sommaire

Qu'est-ce qu'un délai de paiement de facture entre professionnels

Cadre juridique : loi LME et articles L441-9 à L441-16 du Code de commerce

Délai légal par défaut de 30 jours et plafond négocié à 60 jours

Cas particuliers : 45 jours fin de mois, factures périodiques, secteurs dérogatoires

Pénalités de retard et indemnité forfaitaire de recouvrement

Sanctions administratives DGCCRF en cas de non-respect

Recours pratiques du créancier face à une facture impayée

FAQ

Pour aller plus loin

Qu'est-ce qu'un délai de paiement de facture entre professionnels

Le délai de paiement facture désigne la période accordée à un client professionnel pour régler une facture après réception du bien ou exécution de la prestation. Ce délai, exprimé en jours calendaires, court à compter de la date d'émission de la facture, sauf stipulation contractuelle différente.

Entre entreprises, ce délai n'est pas laissé à la libre négociation des parties. Le législateur français l'a plafonné pour protéger la trésorerie des fournisseurs, en particulier les PME et ETI. Selon la Banque de France, les retards de paiement interentreprises représentaient en 2023 un encours estimé à 12 milliards d'euros de trésorerie gelée pour les créanciers. Ce chiffre illustre l'effet direct des pratiques de paiement sur la santé financière des entreprises françaises.

Pour une direction juridique, la maîtrise de ces délais conditionne deux enjeux distincts : la conformité réglementaire des contrats et factures, et la capacité à recouvrer efficacement les créances en cas de retard.

Cadre juridique : loi LME et articles L441-9 à L441-16 du Code de commerce

La loi de modernisation de l'économie (LME) du 4 août 2008 a instauré un plafonnement des délais de paiement entre professionnels. Ces dispositions sont codifiées aux articles L441-9 à L441-16 du Code de commerce, modifiés à plusieurs reprises, notamment par la loi Sapin 2 de 2016 qui a renforcé le volet sanctions.

Le dispositif repose sur 3 piliers :

PilierContenuRéférence
Plafonnement des délais30 jours par défaut, 60 jours maximumArt. L441-10 C. com.
Pénalités automatiquesTaux minimum légal applicable de plein droitArt. L441-10 al. 2 C. com.
Sanctions administrativesAmendes DGCCRF jusqu'à 2 M€ (personne morale)Art. L441-16 C. com.

L'article L441-10 impose que les conditions de règlement figurent dans les conditions générales de vente (CGV) et sur la facture. Doivent y apparaître : le délai de paiement, le taux des pénalités de retard et le montant de l'indemnité forfaitaire de recouvrement. L'absence de ces mentions constitue en elle-même un manquement sanctionnable.

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Délai légal par défaut de 30 jours et plafond négocié à 60 jours

En l'absence de clause contractuelle, le délai de paiement est fixé à 30 jours à compter de la date de réception des marchandises ou d'exécution de la prestation. Ce délai par défaut s'applique automatiquement lorsque le contrat ou les CGV ne prévoient rien.

Les parties peuvent convenir d'un délai plus long, dans la limite absolue de 60 jours à compter de la date d'émission de la facture. Ce plafond de 60 jours ne peut être dépassé, même par accord mutuel. Toute clause contractuelle fixant un délai supérieur est réputée non écrite.

En pratique, la distinction entre les 2 modes de calcul est source d'erreurs fréquentes :

  • 30 jours : calculés à partir de la réception du bien ou de l'exécution de la prestation.
  • 60 jours : calculés à partir de la date d'émission de la facture.

Le choix entre ces 2 options doit être explicitement mentionné dans le contrat. À défaut, c'est le délai de 30 jours qui s'applique. Pour la direction juridique, cela signifie qu'un contrat silencieux sur ce point expose le débiteur à un délai plus court que celui qu'il pratique parfois de fait.

Cas particuliers : 45 jours fin de mois, factures périodiques, secteurs dérogatoires

La variante à 45 jours fin de mois

L'article L441-10 du Code de commerce autorise une alternative au plafond de 60 jours : un délai de 45 jours fin de mois à compter de la date d'émission de la facture. Cette option doit être expressément prévue par le contrat. Elle ne peut pas résulter d'un usage ou d'une pratique unilatérale.

Le calcul fonctionne ainsi : on ajoute 45 jours à la date de facture, puis on reporte l'échéance à la fin du mois civil en cours. Par exemple, une facture émise le 10 janvier arrive à échéance le 28 février (fin du mois suivant le 24 février, soit 45 jours après le 10 janvier).

Factures périodiques

Lorsque les parties conviennent de factures périodiques (regroupant plusieurs livraisons sur une période donnée), le délai court à compter de la date d'émission de la facture récapitulative. Le plafond de 60 jours ou 45 jours fin de mois reste applicable.

Secteurs dérogatoires

Certains secteurs bénéficient de délais spécifiques fixés par décret ou accord interprofessionnel :

SecteurDélai dérogatoireBase juridique
Transport30 jours maximumArt. L441-11 C. com.
Produits alimentaires périssables30 jours après fin de décade de livraisonArt. L441-11 C. com.
Bétail et viandes fraîches20 jours après livraisonArt. L441-11 C. com.
Boissons alcooliques30 jours après fin de mois de livraisonAccord interprofessionnel

Ces délais dérogatoires sont des plafonds : ils ne peuvent être allongés par contrat.

Un contrat mal rédigé dans un secteur dérogatoire peut entraîner une requalification du délai et des pénalités rétroactives.
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Pénalités de retard et indemnité forfaitaire de recouvrement

Pénalités de retard

Dès le premier jour suivant l'échéance contractuelle ou légale, des pénalités de retard sont exigibles de plein droit, sans qu'un rappel ou une mise en demeure soit nécessaire. Le taux applicable est celui mentionné dans les CGV et sur la facture, avec un plancher légal : le taux directeur de la BCE majoré de 10 points.

Au 1er semestre 2024, le taux directeur de la BCE s'établissait à 4,50 %, ce qui portait le taux plancher des pénalités à 14,50 % annuels. Les entreprises peuvent fixer un taux supérieur dans leurs CGV. En revanche, un taux inférieur à ce plancher est réputé non écrit, et le taux légal s'applique alors automatiquement.

Indemnité forfaitaire de recouvrement

En complément des pénalités, le créancier a droit à une indemnité forfaitaire de recouvrement fixée à 40 € par facture impayée (article D441-5 du Code de commerce). Cette indemnité est due de plein droit, sans justification de frais réels.

Si les frais de recouvrement effectivement engagés dépassent 40 €, le créancier peut réclamer une indemnisation complémentaire sur justificatifs. En pratique, cette disposition est sous-utilisée : selon l'Observatoire des délais de paiement, moins de 30 % des PME créancières facturent systématiquement cette indemnité.

Sanctions administratives DGCCRF en cas de non-respect

La DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) contrôle le respect des délais de paiement lors de ses enquêtes. Les agents peuvent accéder aux factures, relevés bancaires et documents comptables de l'entreprise contrôlée.

Les sanctions administratives sont graduées selon la taille de l'entreprise et la gravité du manquement :

  • Personne physique : amende jusqu'à 75 000 €.
  • Personne morale : amende jusqu'à 2 millions d'euros.
  • En cas de récidive dans un délai de 2 ans : le plafond double, soit 4 millions d'euros pour une personne morale.

La DGCCRF a publié 261 décisions de sanctions en 2022, pour un montant cumulé de 22,5 millions d'euros d'amendes. Les secteurs les plus sanctionnés sont la grande distribution, le BTP et les services aux entreprises. Les décisions sont rendues publiques (name and shame), ce qui ajoute un risque réputationnel au risque financier.

Le contrôle porte sur l'ensemble des factures émises et reçues, pas uniquement sur les contrats en cours. Un retard systématique de quelques jours sur un volume élevé de factures peut suffire à caractériser un manquement.

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Recours pratiques du créancier face à une facture impayée

Lorsqu'un client dépasse le délai de paiement facture convenu, le créancier dispose de plusieurs leviers, classés par ordre de contrainte croissante :

  1. Relance amiable : courrier ou courriel rappelant l'échéance dépassée, les pénalités de retard applicables et l'indemnité forfaitaire de 40 €. Ce premier niveau suffit dans la majorité des cas.

  2. Mise en demeure : lettre recommandée avec accusé de réception, formalisant la créance et fixant un dernier délai de paiement. Elle constitue un préalable utile avant toute procédure judiciaire et fait courir les intérêts moratoires.

  3. Injonction de payer : procédure rapide devant le tribunal de commerce (ou le tribunal judiciaire selon la nature du litige). Le créancier dépose une requête unilatérale accompagnée des pièces justificatives. Si le juge rend une ordonnance favorable, le débiteur dispose d'un mois pour former opposition.

  4. Référé-provision : lorsque la créance n'est pas sérieusement contestable, le créancier peut obtenir en quelques semaines une ordonnance de référé condamnant le débiteur au paiement d'une provision. Cette voie est particulièrement adaptée aux factures documentées et non contestées.

  5. Médiation interentreprises : le Médiateur des entreprises, rattaché à Bercy, propose un dispositif gratuit de médiation. En 2023, le taux de résolution amiable des médiations abouties dépassait 70 %.

Pour la direction juridique, le choix du recours dépend du montant de la créance, de la relation commerciale avec le débiteur et du degré de contestation. Une politique interne de recouvrement formalisée, avec des seuils de déclenchement pour chaque étape, réduit les délais de traitement et améliore le taux de récupération.

FAQ

Le délai de paiement de 60 jours court-il à partir de la livraison ou de la facture ?

Le plafond de 60 jours se calcule à compter de la date d'émission de la facture, et non de la livraison. En revanche, le délai par défaut de 30 jours court à partir de la réception des marchandises ou de l'exécution de la prestation. Cette distinction doit être précisée dans le contrat pour éviter toute ambiguïté.

Peut-on dépasser 60 jours par accord entre les parties ?

Non. Le plafond de 60 jours (ou 45 jours fin de mois) est d'ordre public. Toute clause prévoyant un délai supérieur est réputée non écrite. Le dépassement expose l'entreprise débitrice à des sanctions DGCCRF pouvant atteindre 2 millions d'euros.

Les pénalités de retard doivent-elles être réclamées pour être dues ?

Non. Les pénalités de retard sont exigibles de plein droit dès le lendemain de la date d'échéance, sans mise en demeure préalable. Toutefois, le créancier doit avoir mentionné le taux applicable dans ses CGV et sur la facture pour en réclamer le paiement effectif.

Que risque une entreprise lors d'un contrôle DGCCRF sur les délais de paiement ?

L'amende administrative peut atteindre 2 millions d'euros pour une personne morale, doublée en cas de récidive. La DGCCRF examine l'ensemble des factures, pas uniquement celles liées à un contrat spécifique. La décision de sanction est publiée, ce qui génère un risque réputationnel supplémentaire.

L'indemnité forfaitaire de 40 € s'applique-t-elle par facture ou par contrat ?

L'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 € est due par facture impayée, et non par contrat. Si un même contrat génère 10 factures en retard, le créancier peut réclamer 400 € d'indemnités forfaitaires, en plus des pénalités de retard calculées sur chaque montant dû.

Pour aller plus loin

Section facturation et délais de paiement (articles L441-9 à L441-16) - Légifrance

Délais de paiement entre les entreprises - Ministère de l'Économie

Brochure officielle sur les délais de paiements interprofessionnels - DGCCRF

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