
Jullian Hoareau

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1. Ce que recouvre l'inaliénabilité des titres sociaux
2. Statuts ou pacte d'associés : où insérer la clause
3. Durée maximale et motif légitime selon la forme sociale
4. Cession réalisée malgré la clause : quelles sanctions
5. Cas d'usage : fondateurs, levée de fonds, donation
6. Points de vigilance avant de rédiger la clause
Un dirigeant qui veut stabiliser son capital pense souvent à la clause d'inaliénabilité : elle interdit à un associé de céder ses titres pendant une période donnée. Sa durée est plafonnée dans les sociétés par actions simplifiées, sa validité suppose parfois un motif légitime, et la cession conclue malgré l'interdiction n'est pas systématiquement annulée. Comprendre ces limites évite de croire son capital verrouillé alors qu'il ne l'est que partiellement.
L'inaliénabilité prive temporairement un associé du droit de vendre, d'apporter ou d'échanger ses titres. Elle ne touche ni son droit de vote, ni sa quote-part de bénéfices : l'associé reste associé, il ne peut simplement pas sortir. Par définition, la clause d'inaliénabilité est une restriction temporaire du droit de disposer.
Une clause d'agrément soumet la cession à l'accord des associés, mais l'autorise. Une clause de préemption impose de proposer d'abord les titres aux associés existants. L'inaliénabilité, elle, ferme la porte : aucune cession n'est possible pendant la période fixée.
Verrouiller le capital sans bloquer la société suppose d'articuler inaliénabilité, agrément et préemption dans un même ensemble contractuel.
Cadrer les relations entre associés
Le choix du support détermine la force de la clause. Les statuts sont déposés au greffe : la clause qu'ils contiennent s'impose à tous les associés et reste opposable aux tiers. Le pacte d'associés est un contrat confidentiel, qui n'engage que ses signataires et reste inopposable aux tiers.
| Critère | Clause dans les statuts | Clause dans le pacte |
|---|---|---|
| Publicité | Déposée au greffe, consultable | Confidentielle |
| Personnes engagées | Tous les associés | Les seuls signataires |
| Opposabilité aux tiers | Oui | Non |
| Sanction du non-respect | Nullité de la cession en SAS | Sanctions contractuelles |
En SAS, l'insertion d'une clause d'inaliénabilité en cours de vie sociale se décide à l'unanimité des associés, sauf disposition statutaire contraire. Les fondateurs la prévoient donc dès la constitution, lorsque l'accord est plus simple à obtenir.
La durée n'obéit pas au même régime selon la structure. Dans une société par actions simplifiée, l'article L. 227-13 du code de commerce autorise les statuts à prévoir l'inaliénabilité des actions pour une durée n'excédant pas 10 ans. Ce plafond est un maximum : une durée calée sur un événement précis reste plus lisible qu'un blocage automatique de 10 ans.
La logique diffère lorsque les titres ont été transmis à titre gratuit. L'article 900-1 du code civil encadre les clauses d'inaliénabilité affectant un bien donné ou légué : elles ne sont valables que si elles sont temporaires et justifiées par un intérêt sérieux et légitime. En SARL, aucun plafond légal équivalent n'existe, ce qui rend utile une durée expressément définie et motivée dans les statuts.
Une durée mal calibrée fragilise la clause : elle doit correspondre à un besoin daté et justifiable.
Sécuriser votre pacte d'associés
La sanction dépend du support. En SAS, l'article L. 227-15 du code de commerce prévoit que toute cession effectuée en violation des clauses statutaires est nulle. La Cour de cassation a précisé, le 21 juin 2023, que cette nullité vise la violation d'une clause statutaire portant sur une cession librement consentie, et non l'exclusion forcée d'un associé.
| Support de la clause | Effet de la cession irrégulière |
|---|---|
| Statuts de SAS | Nullité de la cession |
| Pacte d'associés | Cession valable entre les parties et à l'égard des tiers |
| Bien donné ou légué | Autorisation judiciaire possible de disposer |
Le non-respect d'un pacte ouvre des sanctions contractuelles : pénalités, exclusion, cession forcée. La cession, elle, produit ses effets. Le signataire lésé se retrouve créancier d'une indemnisation plutôt que propriétaire des titres.
Les usages se concentrent sur 3 situations. Entre fondateurs, la clause sécurise l'engagement de chacun sur la phase de démarrage : elle empêche un associé de revendre ses titres tout en conservant sa part de la valeur créée par les autres.
Lors d'une levée de fonds, l'investisseur demande fréquemment que les fondateurs restent au capital pendant la durée du plan présenté. La clause devient alors une condition de l'opération, désignée lock-up dans les documents d'investissement.
En cas de donation de titres à un enfant, le donateur veut éviter une revente immédiate et préserver l'unité du capital familial. Cette hypothèse relève de l'article 900-1 du code civil, avec ses exigences cumulatives de durée limitée et d'intérêt justifié. La même logique s'applique en assurance vie, lorsque la clause vise les biens transmis au bénéficiaire.
Levée de fonds, entrée d'associé ou transmission familiale n'appellent pas la même rédaction de la clause.
Faire relire vos clauses entre associés
Quelques vérifications limitent les mauvaises surprises :
À son échéance, la clause disparaît sans formalité et le capital redevient cessible : si le besoin de stabilité persiste, le relais doit être prévu avant le terme.
L'article L. 227-13 du code de commerce permet aux statuts de prévoir l'inaliénabilité des actions pour une durée n'excédant pas 10 ans. Une durée plus courte reste possible et souvent préférable.
Rien n'interdit de l'insérer dans les statuts d'une SARL, mais aucun plafond légal de durée comparable à celui des SAS n'y est prévu. La prudence conduit à fixer une durée limitée et à indiquer le motif qui la justifie.
L'article 900-1 n'admet les clauses d'inaliénabilité que si elles sont temporaires et justifiées par un intérêt sérieux et légitime. Le donataire ou le légataire peut être judiciairement autorisé à disposer du bien si l'intérêt qui justifiait la clause a disparu.
En SAS, une cession conclue en violation d'une clause statutaire est nulle en application de l'article L. 227-15 du code de commerce. Si la clause figure seulement dans un pacte d'associés, la cession reste valable et le signataire fautif s'expose aux sanctions contractuelles prévues.
En SAS, l'insertion d'une clause d'inaliénabilité au cours de la vie sociale se décide à l'unanimité des associés, sauf disposition statutaire contraire. La prévoir dès la constitution simplifie l'opération.
Article L227-13 - Code de commerce - Légifrance
Article 900-1 - Code civil - Légifrance
Pacte d'associés : organisation et fonctionnement - Bpifrance Création
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