Cerfa injonction de payer 2026 : formulaire 12946 ou 12948, mentions obligatoires et mode d'emploi pas-à-pas

Guides & Ressources pratiques
04 Feb 2026
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11
min
Points clés de l'article
  1. L'injonction de payer est une procédure non contradictoire qui permet d'obtenir un titre exécutoire sans audience, à condition de déposer le bon formulaire Cerfa sans vice de forme.
  2. Le Cerfa 1294608 vise le tribunal judiciaire (créances civiles), le Cerfa 1294806 vise le tribunal de commerce (créances commerciales entre commerçants ou sociétés).
  3. Chaque formulaire exige l'identification complète du créancier et du débiteur, le fondement de la créance, son montant détaillé (principal, intérêts, clause pénale) et la liste des pièces justificatives.
  4. Une erreur sur le choix du formulaire, une omission de mention obligatoire ou l'absence de pièce justificative entraîne le rejet pur et simple de la requête par le juge.
  5. Après obtention de l'ordonnance, le créancier dispose de 6 mois pour la faire signifier au débiteur par huissier, faute de quoi elle devient caduque.

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Sommaire

Finalité du modèle Cerfa et cas où l'injonction de payer s'impose

Cadre juridique applicable (articles 1405 à 1425 du Code de procédure civile)

Cerfa 12946 ou 12948 : choisir le bon formulaire selon la juridiction compétente

Mentions obligatoires sur le créancier, le débiteur et la créance

Pièces justificatives à joindre et calcul du principal, intérêts et frais

Mode d'emploi pas-à-pas pour compléter, signer et déposer le formulaire

Erreurs fréquentes entraînant un rejet de la requête

Après l'ordonnance : signification, opposition et exécution forcée

FAQ

Pour aller plus loin

Finalité du modèle Cerfa et cas où l'injonction de payer s'impose

Lorsqu'une facture reste impayée malgré les relances, le créancier professionnel dispose d'une voie procédurale rapide : l'injonction de payer. Cette procédure permet d'obtenir une décision de justice — une ordonnance portant injonction de payer — sans convocation du débiteur et sans audience. Le juge statue sur pièces, à partir d'un dossier déposé par le créancier.

Le point d'entrée de cette procédure est un formulaire Cerfa normalisé. Ce document standardisé remplit une fonction précise : structurer la demande pour que le juge dispose de toutes les informations nécessaires à sa décision. Il ne s'agit pas d'un courrier libre. Chaque rubrique correspond à une exigence légale. Une rubrique mal remplie ou laissée vide peut entraîner le rejet de la requête.

L'injonction de payer s'impose dans un cas de figure précis : la créance est certaine (son existence ne fait pas débat), liquide (son montant est déterminé) et exigible (le terme de paiement est dépassé). Elle couvre les créances contractuelles — factures, prêts, loyers commerciaux — ainsi que les créances nées d'une obligation statutaire ou d'un engagement cambiaire (lettre de change, billet à ordre). En revanche, elle est exclue pour les créances alimentaires, les créances salariales relevant du conseil de prud'hommes ou les demandes indemnitaires dont le montant reste à évaluer.

Pour un directeur juridique, cette procédure présente un avantage opérationnel direct : elle évite l'assignation au fond, réduit les délais de recouvrement et limite les frais de procédure. Le coût de dépôt au tribunal de commerce est de 33,47 € (droit de greffe 2024). Devant le tribunal judiciaire, la requête est gratuite.

Cadre juridique applicable (articles 1405 à 1425 du Code de procédure civile)

Le régime de l'injonction de payer est défini aux articles 1405 à 1425 du Code de procédure civile (CPC). Ces dispositions fixent les conditions de recevabilité, la compétence juridictionnelle, le contenu de la requête et les voies de recours.

L'article 1405 CPC pose le principe : le recouvrement d'une créance peut être demandé par voie d'injonction de payer lorsque la créance a une cause contractuelle ou résulte d'une obligation statutaire, et lorsqu'elle est d'un montant déterminé. L'article 1406 précise la compétence territoriale : la demande est portée devant la juridiction du lieu où demeure le débiteur.

L'article 1407 CPC détaille le contenu obligatoire de la requête. Le créancier doit y indiquer ses nom, prénoms, profession et domicile, ceux du débiteur, le montant de la somme réclamée avec le décompte des différents éléments de la créance, et le fondement de celle-ci. L'article 1408 impose de joindre les documents justificatifs en original ou en copie certifiée conforme.

Le juge dispose ensuite d'un pouvoir souverain d'appréciation. Il peut rejeter la requête en tout ou partie, sans motivation (article 1409 CPC). En cas d'acceptation, il rend une ordonnance portant injonction de payer. Le créancier doit alors la faire signifier au débiteur dans un délai de 6 mois, sous peine de caducité (article 1411 CPC). Le débiteur dispose d'1 mois après signification pour former opposition (article 1416 CPC).

ÉtapeArticle CPCDélai
Dépôt de la requête1407-1408Aucun (prescription de droit commun : 5 ans)
Décision du juge1409Variable (quelques jours à quelques semaines)
Signification au débiteur14116 mois maximum après l'ordonnance
Opposition du débiteur14161 mois après signification
Apposition de la formule exécutoire1422À défaut d'opposition dans le délai

Cerfa 12946 ou 12948 : choisir le bon formulaire selon la juridiction compétente

Le choix du formulaire Cerfa dépend de la juridiction compétente, qui elle-même dépend de la nature de la créance et de la qualité des parties.

Le Cerfa 12946*08 (anciennement « requête en injonction de payer au président du tribunal judiciaire ») est utilisé pour les créances civiles. Il concerne les litiges entre un professionnel et un particulier, entre deux particuliers, ou entre un professionnel et une personne morale de droit privé non commerçante. Il couvre aussi les créances mixtes (un commerçant créancier face à un débiteur non commerçant).

Le Cerfa 12948*06 (« requête en injonction de payer au président du tribunal de commerce ») est réservé aux créances commerciales. Il s'applique lorsque le créancier et le débiteur sont tous deux commerçants, ou lorsque la créance est née d'un acte de commerce. Les sociétés commerciales (SAS, SARL, SA) relèvent de ce formulaire pour leurs créances inter-entreprises.

CritèreCerfa 12946*08Cerfa 12948*06
JuridictionTribunal judiciaireTribunal de commerce
Nature de la créanceCivileCommerciale
Parties concernéesParticulier, professionnel non commerçant, associationCommerçants, sociétés commerciales
Coût de dépôtGratuit33,47 € (droit de greffe)
Dépôt en ligneVia infogreffe.fr (non) — dépôt papier ou via le portail du tribunal judiciaireVia infogreffe.fr ou tribunal-digital.fr

Une erreur de formulaire entraîne une incompétence juridictionnelle. Le juge rejette alors la requête. Le créancier doit recommencer devant la bonne juridiction, ce qui allonge le délai de recouvrement de plusieurs semaines.

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Mentions obligatoires sur le créancier, le débiteur et la créance

Le formulaire Cerfa comporte plusieurs rubriques dont le remplissage conditionne la recevabilité de la requête. Trois blocs d'information sont exigés par l'article 1407 CPC.

Identification du créancier. Pour une personne morale : dénomination sociale, forme juridique, numéro SIREN, adresse du siège social et identité du représentant légal (nom, prénom, qualité). Pour une personne physique : nom, prénoms, date et lieu de naissance, profession, domicile.

Identification du débiteur. Les mêmes informations sont requises. Si le débiteur est une société, le numéro SIREN et l'adresse du siège social doivent figurer sur le formulaire. Une adresse erronée rend la signification ultérieure impossible et compromet toute la procédure.

Description de la créance. Le créancier doit indiquer :

  • Le fondement juridique de la créance (contrat, facture, reconnaissance de dette, lettre de change)
  • Le montant du principal réclamé
  • Les intérêts éventuels, avec leur taux, leur base de calcul et la période concernée
  • La clause pénale si le contrat en prévoit une
  • Les frais de recouvrement déjà engagés (indemnité forfaitaire de 40 € pour retard de paiement entre professionnels, prévue à l'article L.441-10 du Code de commerce)

Chaque montant doit être détaillé ligne par ligne. Un montant global sans décomposition est un motif fréquent de rejet.

Pièces justificatives à joindre et calcul du principal, intérêts et frais

L'article 1408 CPC impose de joindre à la requête tous les documents justifiant la créance. Le juge statue exclusivement sur pièces. L'absence d'un document clé entraîne le rejet.

Pièces indispensables :

  • Copie du contrat ou du bon de commande signé
  • Facture(s) impayée(s) avec mention de la date d'échéance
  • Mise en demeure adressée au débiteur (lettre recommandée avec accusé de réception)
  • Décompte détaillé de la créance
  • Tout échange écrit attestant de la reconnaissance de la dette (courriel, courrier)

Pièces complémentaires selon le cas :

  • Conditions générales de vente (CGV) signées ou acceptées
  • Lettre de change ou billet à ordre
  • Relevé de compte client
  • Procès-verbal de constat d'huissier

Calcul du montant réclamé. Le décompte doit distinguer :

  1. Le principal : somme due au titre de la prestation ou de la livraison
  2. Les intérêts de retard : calculés au taux contractuel ou, à défaut, au taux légal (pour 2024, le taux légal applicable aux professionnels est de 5,07 % au 1er semestre)
  3. L'indemnité forfaitaire de 40 € par facture impayée (article L.441-10 du Code de commerce, applicable entre professionnels)
  4. Les frais de recouvrement supplémentaires, s'ils dépassent l'indemnité forfaitaire et sont justifiés
La rigueur du décompte et la complétude du dossier conditionnent directement l'issue de la requête. Un dossier incomplet retarde le recouvrement de plusieurs semaines.
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Mode d'emploi pas-à-pas pour compléter, signer et déposer le formulaire

Étape 1 : Télécharger le bon formulaire. Le Cerfa 1294608 est disponible sur service-public.fr. Le Cerfa 1294806 est téléchargeable sur service-public.fr ou sur infogreffe.fr. Vérifier que la version est à jour (le numéro de version figure en bas à gauche du document).

Étape 2 : Remplir le bloc « Demandeur ». Reporter l'identité complète du créancier. Pour une société, indiquer la dénomination sociale exacte telle qu'elle figure au Kbis, le numéro SIREN à 9 chiffres et l'adresse du siège.

Étape 3 : Remplir le bloc « Défendeur ». Reporter l'identité complète du débiteur. Vérifier l'adresse via un extrait Kbis récent (moins de 3 mois) pour une société, ou via les informations contractuelles pour un particulier.

Étape 4 : Détailler la créance. Indiquer le fondement (nature du contrat, numéro de facture, date d'échéance). Renseigner le montant du principal, les intérêts calculés, l'indemnité forfaitaire et les frais éventuels. Chaque ligne doit être chiffrée séparément.

Étape 5 : Lister les pièces jointes. Numéroter chaque pièce et la désigner précisément dans la rubrique dédiée du formulaire. Joindre les copies en respectant l'ordre de la liste.

Étape 6 : Dater et signer. Le formulaire doit être signé par le représentant légal de la société créancière ou par son avocat muni d'un pouvoir. La date de signature doit correspondre à la date de dépôt ou être antérieure de quelques jours au maximum.

Étape 7 : Déposer la requête.

  • Tribunal de commerce : dépôt au greffe du tribunal compétent, en personne ou par voie électronique via tribunal-digital.fr. Joindre le règlement du droit de greffe (33,47 €).
  • Tribunal judiciaire : dépôt au greffe du tribunal du domicile du débiteur, en personne ou par courrier recommandé.

Erreurs fréquentes entraînant un rejet de la requête

Les greffes et les juges rejettent un nombre significatif de requêtes pour des motifs évitables. Voici les erreurs les plus courantes identifiées en pratique.

Erreur de juridiction. Déposer un Cerfa 12946 au tribunal de commerce, ou un Cerfa 12948 au tribunal judiciaire. Le juge se déclare incompétent et rejette la requête sans examen au fond.

Identification incomplète du débiteur. L'absence du numéro SIREN, une adresse obsolète ou une dénomination sociale erronée empêchent le juge de vérifier l'identité du débiteur. Le rejet est systématique.

Montant non détaillé. Un montant global sans ventilation entre principal, intérêts et frais ne satisfait pas l'exigence de l'article 1407 CPC. Le juge ne peut pas vérifier le calcul.

Absence de mise en demeure. Bien que la mise en demeure ne soit pas une condition légale de recevabilité de l'injonction de payer, son absence affaiblit le dossier. Certains juges la considèrent comme un élément de preuve de l'exigibilité et de la mauvaise foi du débiteur.

Pièces justificatives manquantes. L'absence du contrat, de la facture ou du bon de commande prive le juge de la preuve du fondement contractuel de la créance.

Formulaire non signé ou signé par une personne non habilitée. Le formulaire signé par un salarié sans pouvoir de représentation est irrecevable.

Un rejet de requête ne fait pas obstacle à un nouveau dépôt, mais il retarde le recouvrement et peut compromettre la position du créancier si le débiteur organise son insolvabilité.
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Après l'ordonnance : signification, opposition et exécution forcée

L'obtention de l'ordonnance ne clôt pas la procédure. Trois étapes restent à franchir avant de pouvoir recouvrer effectivement la créance.

Signification de l'ordonnance. Le créancier doit faire signifier l'ordonnance au débiteur par un commissaire de justice (anciennement huissier de justice) dans un délai de 6 mois à compter de la date de l'ordonnance (article 1411 CPC). Passé ce délai, l'ordonnance est caduque : elle perd toute valeur juridique et le créancier doit recommencer la procédure. Le coût de la signification varie entre 50 € et 120 € selon la localisation du débiteur.

Opposition du débiteur. Le débiteur dispose d'1 mois après la signification pour former opposition auprès du greffe du tribunal qui a rendu l'ordonnance (article 1416 CPC). L'opposition suspend l'exécution de l'ordonnance et ouvre une phase contradictoire : les deux parties sont convoquées à une audience. Le juge réexamine l'affaire au fond. Si le débiteur ne forme pas opposition dans le délai, l'ordonnance devient définitive.

Apposition de la formule exécutoire. À l'expiration du délai d'opposition sans contestation, le créancier demande au greffe d'apposer la formule exécutoire sur l'ordonnance (article 1422 CPC). Cette formalité transforme l'ordonnance en titre exécutoire, équivalent à un jugement. Le créancier peut alors mandater un commissaire de justice pour procéder à l'exécution forcée : saisie sur compte bancaire, saisie-vente de biens mobiliers, saisie-attribution de créances détenues par des tiers.

Prescription du titre exécutoire. Une fois la formule exécutoire apposée, le créancier dispose de 10 ans pour procéder à l'exécution forcée (article L.111-4 du Code des procédures civiles d'exécution).

PhaseDélaiConséquence en cas de non-respect
Signification de l'ordonnance6 mois après l'ordonnanceCaducité de l'ordonnance
Opposition du débiteur1 mois après significationL'ordonnance devient définitive
Exécution forcée10 ans après la formule exécutoirePrescription du titre

FAQ

Peut-on déposer une requête en injonction de payer sans avocat ?

Oui. La procédure d'injonction de payer ne requiert pas la représentation par un avocat, que ce soit devant le tribunal judiciaire ou le tribunal de commerce. Le créancier peut remplir et déposer le formulaire Cerfa lui-même. En revanche, si le débiteur forme opposition, l'affaire bascule en procédure contradictoire où l'assistance d'un avocat devient nécessaire devant le tribunal judiciaire pour les créances supérieures à 10 000 €.

Quel est le délai moyen pour obtenir une ordonnance d'injonction de payer ?

Le délai varie selon la juridiction et la charge du greffe. Devant le tribunal de commerce, le délai constaté est généralement de 1 à 3 semaines. Devant le tribunal judiciaire, il peut atteindre 4 à 6 semaines. Ces délais supposent un dossier complet et sans vice de forme.

Le débiteur est-il informé du dépôt de la requête avant la décision du juge ?

Non. L'injonction de payer est une procédure non contradictoire à ce stade. Le débiteur n'est pas convoqué et ne reçoit aucune notification avant la signification de l'ordonnance. C'est précisément pour cette raison que le droit d'opposition lui est garanti après signification.

Que se passe-t-il si le juge rejette partiellement la requête ?

Le juge peut accorder une somme inférieure à celle demandée, par exemple en écartant les intérêts ou la clause pénale qu'il estime non justifiés. Le créancier peut alors accepter l'ordonnance partielle et la faire signifier, ou renoncer et engager une procédure au fond pour le montant total.

Peut-on utiliser l'injonction de payer pour une créance contestée par le débiteur ?

L'injonction de payer n'est pas adaptée aux créances dont l'existence ou le montant fait l'objet d'une contestation sérieuse. Si le débiteur a déjà formulé par écrit un désaccord sur la prestation, la qualité du service ou le montant facturé, le juge risque de rejeter la requête. Dans ce cas, une assignation au fond est plus appropriée.

Pour aller plus loin

Demande en injonction de payer au président du tribunal de commerce - Service-Public.gouv.fr

Demande en injonction de payer devant le président du tribunal judiciaire - Service-Public.gouv.fr

Code de procédure civile, Procédure d'injonction de payer (articles 1405 à 1425) - Légifrance

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