Bon de souscription : définition, mécanisme et utilisation en capital investissement

Guides & Ressources pratiques
02 May 2026
-
8
min
Points clés de l'article
  1. Un bon de souscription donne le droit d'acquérir des actions à un prix fixé à l'avance, sans obligation d'exercice.
  2. BSA, BSA-Air et droits préférentiels de souscription répondent à des logiques juridiques et économiques distinctes.
  3. L'émission relève d'une décision d'assemblée générale extraordinaire et obéit à des règles strictes du Code de commerce.
  4. La fiscalité diffère selon le statut du bénéficiaire (salarié, dirigeant, investisseur) et le moment de la cession.
  5. En capital investissement, les BSA servent à structurer la dilution, l'intéressement du management et les clauses de ratchet.
  6. Une rédaction imprécise des conditions d'exercice ou de la valorisation expose le fonds à un contentieux ou à une perte économique.

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Sommaire

Bon de souscription : définition juridique et cadre légal

Différences entre BSA, BSA-Air et droits de souscription

Régime juridique : sociétés émettrices et bénéficiaires éligibles

Émission et conditions de souscription : la procédure pas à pas

Fiscalité des bons de souscription pour l'émetteur et le bénéficiaire

Utilisation des BSA en capital investissement et levées de fonds

Risques juridiques et points de vigilance pour les fonds

Quand faire appel à un avocat spécialisé en capital investissement

FAQ

Pour aller plus loin

Bon de souscription : définition juridique et cadre légal

Un bon de souscription est un titre financier qui confère à son détenteur le droit — et non l'obligation — de souscrire des actions d'une société à un prix déterminé à l'avance, pendant une période définie. Il se distingue d'une action classique : le porteur ne détient aucun droit de vote ni droit aux dividendes tant qu'il n'a pas exercé son bon.

Le cadre légal repose sur les articles L. 228-91 à L. 228-97 du Code de commerce. Ces dispositions encadrent les valeurs mobilières donnant accès au capital et s'appliquent aux sociétés par actions (SA, SAS, SCA). Le bon de souscription constitue juridiquement une valeur mobilière autonome, cessible et négociable, dont l'exercice entraîne une augmentation de capital.

En pratique, l'émetteur fixe 3 paramètres lors de la création du bon : le prix d'exercice (aussi appelé strike), la parité (nombre d'actions obtenues par bon) et la durée de validité. Si le porteur n'exerce pas son bon avant l'échéance, celui-ci devient caduc sans contrepartie.

Différences entre BSA, BSA-Air et droits de souscription

Le terme bon de souscription recouvre plusieurs instruments dont les mécanismes diffèrent.

InstrumentMécanismeValorisationUsage principal
BSA (bon de souscription d'actions)Droit de souscrire à un prix fixeFixée à l'émissionIntéressement, investissement
BSA-Air (Accord d'Investissement Rapide)Conversion en actions lors d'un événement futur (levée, cession)Décotée par rapport au tour suivantFinancement pré-amorçage
Droit préférentiel de souscription (DPS)Droit légal des actionnaires existants lors d'une augmentation de capitalProportionnelle à la participationProtection anti-dilution

Le BSA-Air, inspiré du SAFE américain (Simple Agreement for Future Equity), ne fixe pas de prix d'exercice à l'émission. L'investisseur verse un montant immédiat et obtient des actions lors du prochain tour de financement, avec une décote négociée (généralement entre 15 % et 25 %). Ce mécanisme évite de valoriser la société à un stade trop précoce.

Le DPS, quant à lui, n'est pas un bon de souscription au sens strict. Il naît automatiquement au profit des actionnaires existants lors de chaque augmentation de capital, sauf suppression votée en assemblée générale extraordinaire.

Régime juridique : sociétés émettrices et bénéficiaires éligibles

Seules les sociétés par actions peuvent émettre des bons de souscription : SA, SAS et SCA. Les SARL en sont exclues, car le Code de commerce réserve les valeurs mobilières donnant accès au capital aux formes sociales émettant des actions.

Les bénéficiaires éligibles varient selon le type de bon :

  • BSA classiques : tout tiers, investisseur, salarié ou dirigeant. Aucune restriction légale sur la qualité du bénéficiaire.
  • BSPCE (bons de souscription de parts de créateur d'entreprise) : réservés aux salariés et dirigeants fiscalement assimilés, dans des sociétés de moins de 15 ans, non cotées ou à faible capitalisation.
  • BSA-Air : généralement attribués à des investisseurs early stage, sans condition de lien salarial.

Un point technique à retenir : l'attribution de BSA à des dirigeants ou salariés peut être requalifiée par l'administration fiscale si le prix d'acquisition du bon est jugé insuffisant. L'évaluation doit refléter la valeur économique réelle du droit d'option au moment de l'émission.

Structurer l'émission de BSA dans le cadre d'une opération de capital investissement nécessite une analyse juridique et fiscale adaptée à chaque situation.
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Émission et conditions de souscription : la procédure pas à pas

L'émission de bons de souscription suit une procédure encadrée par le Code de commerce, en 5 étapes :

  1. Rapport du conseil d'administration ou du président : présentation du projet d'émission, justification du prix d'exercice et identification des bénéficiaires.
  2. Rapport du commissaire aux comptes (si la société en dispose) : vérification de la suppression éventuelle du DPS et du prix d'émission.
  3. Vote de l'assemblée générale extraordinaire (AGE) : autorisation de l'émission avec suppression du DPS si les bons sont attribués à des tiers non actionnaires. La majorité requise est celle des deux tiers des voix en SA.
  4. Fixation des conditions d'exercice : prix, parité, période d'exercice, clauses d'ajustement (anti-dilution, ratchet).
  5. Souscription et paiement : le bénéficiaire acquiert les bons contre un prix d'acquisition, distinct du prix d'exercice futur.

En SAS, les statuts peuvent simplifier cette procédure en déléguant la décision au président ou à un organe collégial. Cette flexibilité explique pourquoi la SAS est la forme juridique privilégiée dans l'écosystème du capital investissement français.

Fiscalité des bons de souscription pour l'émetteur et le bénéficiaire

La fiscalité des bons de souscription dépend de la nature du bon, du statut du bénéficiaire et du moment de la cession.

Événement fiscalBSA classiqueBSPCEBSA-Air
Acquisition du bonPrix d'achat non déductible pour le bénéficiaireGratuit (pas de prix d'acquisition)Montant investi
Exercice du bonPas d'imposition immédiatePas d'imposition immédiateConversion en actions : pas d'imposition
Cession des actionsPlus-value taxée au PFU (30 %) ou barème IR sur optionGain taxé à 12,8 % (+ prélèvements sociaux) si ancienneté > 3 ans dans la sociétéPlus-value taxée au PFU (30 %)

Pour les BSPCE, le taux réduit de 12,8 % (hors prélèvements sociaux de 17,2 %) s'applique lorsque le bénéficiaire justifie d'au moins 3 ans d'ancienneté dans la société au moment de la cession. En dessous de ce seuil, le gain est imposé à 30 % au titre du PFU.

Côté émetteur, l'émission de BSA ne génère pas de charge déductible. En revanche, l'augmentation de capital consécutive à l'exercice des bons entraîne une augmentation des capitaux propres sans impact sur le résultat fiscal.

La structuration fiscale d'une émission de BSA ou de BSPCE conditionne directement le rendement net pour le bénéficiaire et le coût réel pour la société.
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Utilisation des BSA en capital investissement et levées de fonds

En capital investissement, les bons de souscription remplissent 3 fonctions principales :

Intéressement du management. Les fonds attribuent des BSA ou BSPCE aux dirigeants opérationnels pour aligner leurs intérêts sur la création de valeur. Le prix d'exercice est fixé à la valorisation d'entrée du fonds. Si la valorisation de sortie dépasse ce seuil, le dirigeant capte une partie de la plus-value.

Mécanisme de ratchet. Les BSA servent à ajuster la répartition du capital entre fondateurs et investisseurs en fonction de la performance. Si la société atteint certains objectifs (chiffre d'affaires, EBITDA, valorisation au tour suivant), les fondateurs exercent leurs BSA et réduisent la dilution subie lors de la levée.

Financement en pré-amorçage via BSA-Air. En France, le BSA-Air s'est imposé comme l'instrument standard pour les investissements de 50 000 € à 500 000 € avant un premier tour institutionnel. Selon France Invest, 72 % des opérations de pré-amorçage en 2023 ont utilisé un instrument convertible (BSA-Air ou obligation convertible).

Risques juridiques et points de vigilance pour les fonds

Plusieurs risques récurrents exposent les Managing Partners à des contentieux ou à une perte de valeur :

  • Valorisation inadéquate du bon. Un BSA émis à un prix symbolique au profit d'un dirigeant peut être requalifié en complément de rémunération par l'URSSAF, entraînant un redressement de cotisations sociales.
  • Clauses d'ajustement mal rédigées. Les formules de ratchet ou d'anti-dilution doivent anticiper tous les scénarios (tour de financement intermédiaire, down round, opération sur le capital). Une rédaction imprécise génère des litiges entre actionnaires.
  • Non-respect de la procédure d'émission. L'absence de rapport spécial du commissaire aux comptes ou le défaut de vote en AGE peut entraîner la nullité de l'émission.
  • Expiration non surveillée. Les bons non exercés dans le délai prévu deviennent caducs. Un suivi rigoureux du calendrier d'exercice est indispensable, en particulier dans les portefeuilles multi-participations.
  • Conflit avec le pacte d'actionnaires. Les conditions d'exercice des BSA doivent être cohérentes avec les clauses de tag-along, drag-along et de préemption du pacte. Toute contradiction fragilise l'ensemble du dispositif contractuel.
Sécuriser la rédaction des BSA et leur articulation avec le pacte d'actionnaires protège le fonds contre des litiges coûteux.
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Quand faire appel à un avocat spécialisé en capital investissement

L'intervention d'un avocat spécialisé se justifie à plusieurs étapes précises :

  • Structuration de l'opération : choix entre BSA, BSPCE ou BSA-Air selon le profil des bénéficiaires, la maturité de la société et les objectifs du fonds.
  • Rédaction des conditions d'émission : fixation du prix d'exercice, des clauses d'ajustement et des conditions suspensives ou résolutoires.
  • Coordination avec le pacte d'actionnaires : vérification de la cohérence entre les droits attachés aux bons et les engagements contractuels existants.
  • Audit pré-investissement : analyse des BSA déjà émis par la cible, évaluation de la dilution potentielle et identification des risques de requalification fiscale.
  • Gestion des incidents : exercice anticipé, caducité, litige sur la valorisation ou contestation d'un ratchet.

Pour un Managing Partner, la maîtrise technique des bons de souscription ne remplace pas l'accompagnement juridique ponctuel sur les opérations complexes. L'enjeu est de sécuriser chaque émission en amont, plutôt que de gérer un contentieux en aval.

FAQ

Un BSA peut-il être attribué à une personne morale ?

Oui. Aucune disposition du Code de commerce ne limite l'attribution de BSA aux personnes physiques. Un fonds d'investissement, une holding ou toute société peut souscrire des BSA. En revanche, les BSPCE sont réservés aux personnes physiques salariées ou dirigeantes de la société émettrice.

Quelle est la durée de validité habituelle d'un bon de souscription ?

La durée est librement fixée par l'assemblée générale lors de l'émission. En pratique, elle varie entre 5 et 10 ans pour les BSA classiques. Pour les BSA-Air, la conversion intervient généralement lors du prochain tour de financement, sans échéance calendaire fixe.

Le prix d'exercice d'un BSA peut-il être modifié après l'émission ?

Non, sauf clause d'ajustement prévue dès l'origine. Les formules d'ajustement (anti-dilution, ratchet) permettent de recalculer automatiquement le prix ou la parité en cas d'opération sur le capital. Toute modification unilatérale hors de ce cadre nécessite un nouveau vote de l'AGE.

Quelle différence entre un BSA et une stock-option ?

Les stock-options sont attribuées gratuitement dans le cadre d'un plan encadré par les articles L. 225-177 et suivants du Code de commerce, réservé aux SA. Les BSA sont acquis moyennant un prix d'achat et peuvent être attribués dans toute société par actions, y compris les SAS. Le régime fiscal diffère également.

Un BSA-Air est-il adapté pour un investissement supérieur à 500 000 € ?

Au-delà de ce seuil, les investisseurs institutionnels privilégient généralement une augmentation de capital classique ou une obligation convertible, qui offrent davantage de protections contractuelles (gouvernance, droit d'information, clause de liquidité). Le BSA-Air reste un instrument de financement rapide, conçu pour des montants limités en phase pré-amorçage.

Pour aller plus loin

Article L228-91 - Code de commerce - Légifrance

Section 5 Valeurs mobilières donnant accès au capital (L228-91 à L228-106) - Légifrance

Plus-values et moins-values du portefeuille-titres - Dispositions particulières aux droits de souscription - BOFiP impots.gouv.fr

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