Procédure de recouvrement : guide complet pour les entreprises en 2026

Guides & Ressources pratiques
04 Jan 2026
-
10
min
Points clés de l'article
  1. La procédure de recouvrement se décompose en deux phases : amiable (relances, mise en demeure, négociation) puis judiciaire (injonction de payer, référé-provision, assignation au fond).
  2. Le délai de prescription est de 5 ans en matière commerciale (article L.110-4 du Code de commerce) et de 2 ans pour les créances sur un consommateur.
  3. Avant toute action, la direction juridique doit réunir 3 éléments : une créance certaine, liquide et exigible, appuyée par des preuves documentées.
  4. L'injonction de payer, procédure non contradictoire, permet d'obtenir un titre exécutoire en quelques semaines pour un coût réduit (environ 66,74 € de frais de greffe devant le tribunal de commerce).
  5. L'exécution forcée (saisie-attribution, saisie-vente) nécessite un titre exécutoire et l'intervention d'un commissaire de justice.
  6. Plusieurs obligations légales encadrent le recouvrement amiable depuis le décret du 24 février 2023, avec des mentions obligatoires dans chaque courrier adressé au débiteur.

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Sommaire

Qu'est-ce qu'une procédure de recouvrement de créances

Quand engager une procédure de recouvrement en entreprise

Prérequis juridiques avant d'agir : preuve, prescription, mise en demeure

Étapes du recouvrement amiable : relances, négociation, transaction

Étapes du recouvrement judiciaire : injonction de payer, référé-provision, assignation au fond

Exécution forcée : titre exécutoire, saisies et rôle du commissaire de justice

Obligations légales et erreurs fréquentes à éviter

Checklist opérationnelle du recouvrement pour l'entreprise

FAQ

Pour aller plus loin

Qu'est-ce qu'une procédure de recouvrement de créances

La procédure de recouvrement désigne l'ensemble des démarches qu'un créancier engage pour obtenir le paiement d'une somme due par un débiteur. En droit français, elle se structure en deux phases distinctes : le recouvrement amiable et le recouvrement judiciaire.

Le recouvrement amiable regroupe toutes les actions menées sans intervention du juge : relances écrites, appels téléphoniques, mise en demeure, négociation d'un échéancier. Le recouvrement judiciaire intervient lorsque ces démarches échouent. Il implique la saisine d'un tribunal pour obtenir un titre exécutoire, c'est-à-dire une décision de justice qui permet de contraindre le débiteur au paiement.

Pour qu'une créance soit recouvrable, elle doit remplir 3 conditions cumulatives définies par le Code civil :

ConditionDéfinitionExemple concret
CertaineLa créance existe et n'est pas contestée dans son principeUn contrat signé avec un bon de commande validé
LiquideSon montant est déterminé ou déterminableUne facture émise avec un montant précis en euros
ExigibleLe terme de paiement est échuLa date d'échéance figurant sur la facture est dépassée

Sans ces 3 conditions réunies, aucune procédure judiciaire ne peut aboutir. La direction juridique doit donc vérifier ces éléments avant d'engager toute action.

Quand engager une procédure de recouvrement en entreprise

Le déclenchement d'une procédure de recouvrement obéit à un arbitrage entre rapidité d'action et préservation de la relation commerciale. Toutefois, attendre trop longtemps expose l'entreprise à 2 risques concrets : la dégradation de la trésorerie et la prescription de la créance.

En matière commerciale (relations entre professionnels), le délai de prescription est de 5 ans à compter de la date d'exigibilité de la créance (article L.110-4 du Code de commerce). Pour une créance détenue sur un consommateur, ce délai tombe à 2 ans (article L.218-2 du Code de la consommation). Passé ce délai, le créancier perd définitivement son droit d'agir en justice.

En pratique, les directions juridiques structurées déclenchent la phase amiable dès le premier jour de retard de paiement, selon un calendrier progressif :

  • J+1 à J+7 : relance amiable par e-mail ou téléphone
  • J+15 : deuxième relance formelle écrite
  • J+30 : mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception
  • J+45 à J+60 : évaluation du passage en phase judiciaire

Ce séquençage n'est pas imposé par la loi, mais il constitue un standard opérationnel qui démontre la bonne foi du créancier en cas de contentieux ultérieur.

Structurer le recouvrement dès les premiers retards de paiement réduit le risque de contentieux prolongé et protège la trésorerie.
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Prérequis juridiques avant d'agir : preuve, prescription, mise en demeure

Avant d'engager toute démarche, la direction juridique doit constituer un dossier solide. Trois éléments conditionnent la réussite du recouvrement.

La preuve de la créance

En matière commerciale, la preuve est libre (article L.110-3 du Code de commerce). Cela signifie que le créancier peut établir l'existence de la créance par tout moyen : contrat, bon de commande, facture, échanges d'e-mails, bons de livraison signés. En revanche, face à un non-commerçant, la preuve écrite est exigée au-delà de 1 500 € (article 1359 du Code civil).

La vérification de la prescription

La direction juridique doit identifier avec précision la date à laquelle le délai de prescription a commencé à courir. Certains événements interrompent la prescription et font repartir un nouveau délai complet :

  • Une reconnaissance de dette par le débiteur (même un e-mail)
  • Un paiement partiel
  • Une mise en demeure (dans certaines conditions)
  • Une assignation en justice

La mise en demeure

La mise en demeure est un acte juridique formel qui interpelle le débiteur et le somme de payer. Elle doit être envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception et contenir :

  • L'identification précise du créancier et du débiteur
  • Le détail de la créance (montant, factures concernées, dates)
  • Un délai raisonnable de paiement (généralement 8 à 15 jours)
  • La mention des conséquences en cas de non-paiement (intérêts de retard, action judiciaire)

La mise en demeure fait courir les intérêts moratoires (article 1231-6 du Code civil) et constitue une pièce indispensable du dossier contentieux.

Étapes du recouvrement amiable : relances, négociation, transaction

Le recouvrement amiable reste la voie privilégiée. Selon les données de la Banque de France, environ 65 % des créances impayées entre entreprises se règlent sans intervention judiciaire lorsqu'une procédure amiable structurée est mise en place.

Les relances graduées

La relance suit une escalade progressive : e-mail de rappel, appel téléphonique, courrier formel, puis mise en demeure. Chaque étape doit être tracée et archivée. Cette documentation servira de preuve de diligence si le dossier bascule en contentieux.

La négociation d'un échéancier

Lorsque le débiteur reconnaît sa dette mais invoque des difficultés de trésorerie, la direction juridique peut négocier un protocole d'accord transactionnel. Ce document, rédigé selon les articles 2044 à 2052 du Code civil, formalise un calendrier de paiement et prévoit des clauses de déchéance du terme en cas de non-respect.

Le recours à un tiers

L'entreprise peut mandater une société de recouvrement amiable. Depuis le décret n° 2023-119 du 24 février 2023, ces sociétés doivent respecter des obligations renforcées : identification claire dans chaque courrier, mention du nom du créancier, du fondement et du montant de la dette, et information sur les voies de contestation.

Lorsque le recouvrement amiable échoue, le passage au judiciaire nécessite un dossier documenté et une stratégie contentieuse adaptée au montant en jeu.
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Étapes du recouvrement judiciaire : injonction de payer, référé-provision, assignation au fond

Lorsque la phase amiable échoue, 3 voies judiciaires s'offrent au créancier. Le choix dépend du montant de la créance, de sa complexité et du comportement du débiteur.

L'injonction de payer

C'est la procédure la plus rapide et la moins coûteuse. Le créancier dépose une requête auprès du tribunal compétent (tribunal de commerce entre professionnels, tribunal judiciaire sinon). La procédure est non contradictoire : le juge statue sur pièces, sans audience. Les frais de greffe s'élèvent à environ 33,47 € devant le tribunal judiciaire et 66,74 € devant le tribunal de commerce.

Si le juge rend une ordonnance portant injonction de payer, le débiteur dispose d'1 mois pour former opposition. Sans opposition, le créancier demande l'apposition de la formule exécutoire et obtient un titre exécutoire.

Le référé-provision

Le référé-provision (article 835 du Code de procédure civile) permet d'obtenir rapidement une condamnation provisoire lorsque la créance n'est pas sérieusement contestable. La procédure est contradictoire, avec une audience. Le juge statue en quelques semaines. Cette voie est adaptée aux créances documentées d'un montant élevé.

L'assignation au fond

L'assignation au fond est la procédure la plus complète. Elle s'impose lorsque le débiteur conteste la créance dans son principe ou son montant. Les délais sont plus longs (6 à 18 mois en moyenne devant le tribunal de commerce) et les coûts plus élevés (frais d'avocat, frais de greffe, éventuels frais d'expertise).

ProcédureDélai moyenCoût indicatifQuand l'utiliser
Injonction de payer2 à 6 semaines33 à 67 € (greffe)Créance non contestée, montant modéré
Référé-provision4 à 8 semaines500 à 3 000 € (avocat inclus)Créance non sérieusement contestable, montant élevé
Assignation au fond6 à 18 mois2 000 à 10 000 €+Créance contestée, litige complexe

Exécution forcée : titre exécutoire, saisies et rôle du commissaire de justice

Obtenir une décision de justice ne suffit pas. Si le débiteur ne paie pas spontanément, le créancier doit passer à l'exécution forcée. Cette étape nécessite 2 conditions : un titre exécutoire et l'intervention d'un commissaire de justice (anciennement huissier de justice, depuis le 1er juillet 2022).

Le titre exécutoire

Le titre exécutoire est le document qui autorise légalement le recours à la contrainte. Il peut s'agir d'une ordonnance d'injonction de payer revêtue de la formule exécutoire, d'un jugement, d'un acte notarié ou d'un accord homologué par le juge.

Les mesures de saisie

Le commissaire de justice dispose de plusieurs outils :

  • Saisie-attribution : blocage des sommes détenues sur les comptes bancaires du débiteur. C'est la mesure la plus efficace. Les fonds sont consignés sous 15 jours.
  • Saisie-vente : appréhension et vente aux enchères des biens mobiliers du débiteur.
  • Saisie sur rémunération : prélèvement direct sur le salaire du débiteur (personne physique), selon un barème progressif fixé par décret.

Avant toute saisie, le créancier peut demander des mesures conservatoires (saisie conservatoire, nantissement provisoire) pour sécuriser ses chances de recouvrement, même avant d'obtenir un jugement définitif. Ces mesures requièrent une autorisation du juge de l'exécution.

L'exécution forcée d'un titre exécutoire mobilise des compétences contentieuses spécifiques et une coordination étroite avec le commissaire de justice.
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Obligations légales et erreurs fréquentes à éviter

Le recouvrement de créances est encadré par des règles strictes. Leur méconnaissance expose l'entreprise à des sanctions et à la nullité des procédures engagées.

Obligations légales

Depuis le décret n° 2023-119 du 24 février 2023, toute personne qui procède au recouvrement amiable pour le compte d'autrui doit respecter des mentions obligatoires dans chaque courrier :

  • Nom et coordonnées du créancier mandant
  • Fondement juridique de la créance (contrat, facture)
  • Montant des sommes réclamées, avec le détail des intérêts et pénalités
  • Mention des voies de contestation ouvertes au débiteur

Par ailleurs, l'article R.124-4 du Code des procédures civiles d'exécution interdit tout procédé de recouvrement portant atteinte à la vie privée du débiteur ou constitutif de harcèlement.

Erreurs fréquentes

  • Agir sans mise en demeure préalable : le juge peut considérer que le créancier n'a pas respecté son obligation de bonne foi.
  • Laisser courir la prescription : une créance prescrite est définitivement perdue, même si elle est parfaitement documentée.
  • Négliger la vérification de la solvabilité : engager une procédure judiciaire coûteuse contre un débiteur insolvable génère des frais irrécupérables.
  • Omettre les pénalités de retard dans les CGV : sans clause contractuelle, les pénalités de retard sont calculées au taux BCE majoré de 10 points (article L.441-10 du Code de commerce), mais leur absence des CGV affaiblit la position du créancier.
  • Confondre titre exécutoire et jugement : un jugement frappé d'appel n'est pas toujours exécutoire de plein droit. La direction juridique doit vérifier si l'exécution provisoire est ordonnée.

Checklist opérationnelle du recouvrement pour l'entreprise

Cette checklist synthétise les étapes clés d'une procédure de recouvrement structurée, de la détection de l'impayé à l'exécution forcée.

Phase préparatoire

  • ☐ Vérifier que la créance est certaine, liquide et exigible
  • ☐ Rassembler les pièces justificatives (contrat, bon de commande, facture, bon de livraison, échanges écrits)
  • ☐ Calculer le délai de prescription applicable et la date butoir
  • ☐ Vérifier la solvabilité du débiteur (Infogreffe, bilan publié, procédures collectives en cours)

Phase amiable

  • ☐ Envoyer une première relance écrite (e-mail ou courrier) dans les 7 jours suivant l'échéance
  • ☐ Effectuer une relance téléphonique et documenter l'échange
  • ☐ Adresser une mise en demeure par LRAR avec toutes les mentions requises
  • ☐ Proposer un échéancier si le débiteur manifeste une volonté de payer
  • ☐ Formaliser tout accord dans un protocole transactionnel

Phase judiciaire

  • ☐ Choisir la procédure adaptée (injonction de payer, référé-provision, assignation au fond)
  • ☐ Mandater un avocat pour la rédaction et le dépôt de la requête ou de l'assignation
  • ☐ Suivre les délais de procédure et les éventuelles oppositions

Phase d'exécution

  • ☐ Obtenir la formule exécutoire sur la décision de justice
  • ☐ Mandater un commissaire de justice pour signifier la décision et procéder aux saisies
  • ☐ Envisager des mesures conservatoires si le risque de dissipation d'actifs est identifié
  • ☐ Archiver l'ensemble du dossier pour traçabilité et reporting interne
Un recouvrement bien conduit repose sur la rigueur du dossier juridique et la rapidité d'exécution à chaque étape.
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FAQ

Quel est le délai de prescription pour recouvrer une créance commerciale ?

Le délai de prescription est de 5 ans à compter de la date d'exigibilité de la créance, conformément à l'article L.110-4 du Code de commerce. Ce délai peut être interrompu par une reconnaissance de dette, un paiement partiel ou une assignation en justice. Pour une créance sur un consommateur, le délai est réduit à 2 ans.

Combien coûte une injonction de payer ?

Les frais de greffe s'élèvent à environ 33,47 € devant le tribunal judiciaire et 66,74 € devant le tribunal de commerce. La procédure ne nécessite pas obligatoirement un avocat, ce qui en fait la voie la moins coûteuse. En revanche, si le débiteur forme opposition, le dossier bascule en procédure contradictoire avec des coûts supplémentaires.

Quelle différence entre injonction de payer et référé-provision ?

L'injonction de payer est une procédure non contradictoire : le juge statue sur pièces, sans audience. Elle convient aux créances non contestées. Le référé-provision est contradictoire (avec audience) et permet d'obtenir une condamnation provisoire lorsque la créance n'est pas sérieusement contestable. Le référé est plus adapté aux montants élevés ou aux situations urgentes.

La mise en demeure est-elle obligatoire avant d'agir en justice ?

Aucun texte n'impose formellement la mise en demeure comme condition de recevabilité d'une action en justice. Toutefois, elle est indispensable en pratique : elle fait courir les intérêts moratoires, démontre la bonne foi du créancier et constitue une pièce attendue par les juges. Son absence peut affaiblir le dossier.

Peut-on saisir les comptes bancaires d'un débiteur sans jugement ?

Oui, par le biais d'une saisie conservatoire. Le créancier doit obtenir une autorisation du juge de l'exécution en démontrant que sa créance paraît fondée en son principe et qu'il existe un risque menaçant le recouvrement. Cette mesure gèle les fonds sans les transférer au créancier, dans l'attente d'un titre exécutoire définitif.

Pour aller plus loin

Recouvrement de dettes : injonction de payer - Service-Public.fr

L'injonction de payer (articles 1405 à 1425) - Légifrance

Les injonctions de payer et de faire - Ministère de la Justice

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