Bilan carbone entreprise : obligations, étapes et conformité

Guides & Ressources pratiques
13 Jun 2026
-
10 min de lecture
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Points clés de l'article
  1. Le bilan carbone entreprise (bilan GES réglementaire) s'impose aux entreprises de plus de 500 salariés en métropole et 250 en outre-mer, ainsi qu'aux collectivités de plus de 50 000 habitants.
  2. La directive CSRD élargit le périmètre dès 2025 : les entreprises de plus de 250 salariés ou 50 M€ de chiffre d'affaires devront publier un reporting de durabilité incluant leurs émissions.
  3. Le bilan couvre 3 périmètres d'émissions (scopes 1, 2 et 3) et doit être publié sur la plateforme de l'ADEME, accompagné d'un plan de transition.
  4. L'amende administrative atteint 10 000 € par manquement (jusqu'à 20 000 € en cas de récidive), sans compter les risques de responsabilité civile et réputationnelle.
  5. La direction juridique joue un rôle central pour sécuriser la conformité, piloter les échéances et articuler bilan GES et obligations CSRD.

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Sommaire

Bilan carbone entreprise : définition et cadre légal

Quelles entreprises sont soumises à l'obligation ?

Seuils d'effectif et échéances réglementaires CSRD

Les étapes pour réaliser un bilan carbone

Périmètre des émissions : scopes 1, 2, 3

Publication sur la plateforme ADEME et plan de transition

Sanctions et risques juridiques en cas de manquement

Sécuriser sa conformité avec un accompagnement juridique

FAQ

Pour aller plus loin

Bilan carbone entreprise : définition et cadre légal

Le bilan carbone entreprise désigne l'évaluation quantifiée des émissions de gaz à effet de serre (GES) générées directement ou indirectement par une organisation. En droit français, cette obligation découle des articles L. 229-25 et suivants du Code de l'environnement, issus de la loi Grenelle II de 2010. Le texte impose à certaines catégories d'entreprises et de collectivités de réaliser un bilan d'émissions de GES (BEGES) tous les 4 ans, puis de le publier sur la plateforme de l'ADEME.

Le cadre légal a été renforcé en 2022 par la loi Climat et Résilience, qui a étendu le périmètre d'émissions à comptabiliser et durci les sanctions. En parallèle, la directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), transposée en France par ordonnance du 6 décembre 2023, impose un reporting de durabilité normé qui intègre les données d'émissions GES. Pour la direction juridique, ces deux régimes se superposent : le BEGES réglementaire et le volet climatique du rapport de durabilité CSRD obéissent à des calendriers et des périmètres distincts qu'il faut articuler.

Quelles entreprises sont soumises à l'obligation ?

L'obligation de réaliser un bilan GES réglementaire concerne 3 catégories d'acteurs :

CatégorieSeuil d'assujettissementPériodicité
Entreprises privées (métropole)≥ 500 salariésTous les 4 ans
Entreprises privées (outre-mer)≥ 250 salariésTous les 4 ans
Personnes morales de droit public≥ 250 agentsTous les 4 ans
Collectivités territoriales> 50 000 habitantsTous les 4 ans

Le seuil s'apprécie au 31 décembre de l'année précédant l'année de publication. Il s'agit de l'effectif salarié au sens du Code du travail (CDI, CDD, intérimaires comptabilisés selon les règles de décompte classiques). Les filiales françaises d'un groupe étranger sont assujetties dès lors qu'elles franchissent le seuil de manière autonome.

En pratique, la direction juridique doit vérifier chaque année si l'entreprise atteint ou dépasse ces seuils, car un franchissement en cours de cycle déclenche une obligation de réalisation dans les 12 mois suivants.

La vérification des seuils d'assujettissement et l'articulation avec les obligations CSRD nécessitent une analyse juridique précise.
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Seuils d'effectif et échéances réglementaires CSRD

La CSRD introduit un calendrier d'entrée en vigueur progressif qui élargit le nombre d'entreprises concernées par un reporting climatique :

Exercice concernéPublication du rapportEntreprises visées
20242025Entreprises déjà soumises à la NFRD (> 500 salariés, cotées ou banques/assurances)
20252026Grandes entreprises dépassant 2 des 3 critères : 250 salariés, 50 M€ CA, 25 M€ de bilan
20262027PME cotées (> 10 salariés, > 700 k€ CA ou > 350 k€ bilan)

Le rapport de durabilité CSRD, établi selon les normes ESRS (European Sustainability Reporting Standards), exige la publication des émissions GES scopes 1, 2 et 3, ainsi qu'un plan de transition climatique aligné sur l'objectif de neutralité carbone 2050. Ce rapport doit être certifié par un commissaire aux comptes ou un organisme tiers indépendant accrédité.

Pour la direction juridique, la difficulté réside dans la coexistence de 2 régimes : le BEGES réglementaire (Code de l'environnement) et le volet ESRS E1 de la CSRD. Les périmètres, les méthodologies et les échéances diffèrent. Une entreprise de 600 salariés non cotée est soumise au BEGES depuis 2012, mais n'entre dans le champ CSRD qu'à compter de l'exercice 2025. Inversement, une PME cotée de 300 salariés relèvera de la CSRD en 2027 sans être assujettie au BEGES.

Les étapes pour réaliser un bilan carbone

La réalisation d'un bilan carbone suit une méthodologie structurée en 5 phases :

  1. Cadrage du périmètre : définir les entités juridiques incluses, les sites concernés et l'année de référence. Le périmètre organisationnel peut être consolidé selon l'approche « contrôle opérationnel » ou « part de capital ».

  2. Collecte des données d'activité : rassembler les factures d'énergie, les données de transport, les achats de matières premières, les déplacements professionnels et les données de la chaîne d'approvisionnement. Cette phase mobilise les directions achats, RH, logistique et finance.

  3. Calcul des émissions : appliquer les facteurs d'émission de la Base Carbone de l'ADEME aux données collectées. Le calcul s'effectue en tonnes équivalent CO₂ (tCO₂e) pour chaque poste d'émission.

  4. Élaboration du plan de transition : depuis la loi Climat et Résilience, le BEGES doit être accompagné d'un plan d'action chiffré de réduction des émissions, avec des objectifs à horizon 2030 au minimum.

  5. Publication et transmission : le bilan et le plan de transition sont publiés sur la plateforme Bilans GES de l'ADEME dans un délai de 6 mois après la fin de l'exercice de référence.

La direction juridique intervient au cadrage (choix du périmètre, vérification de la conformité méthodologique) et à la publication (validation des engagements pris dans le plan de transition, qui peuvent engager la responsabilité de l'entreprise).

Structurer le cadrage juridique du bilan GES et du plan de transition réduit les risques de non-conformité et de mise en cause.
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Périmètre des émissions : scopes 1, 2, 3

Le bilan carbone distingue 3 périmètres d'émissions, définis par le GHG Protocol et repris par la méthodologie Bilan Carbone® de l'ADEME :

  • Scope 1 – Émissions directes : combustion de carburants dans les véhicules de l'entreprise, chauffage au gaz des bâtiments, procédés industriels, fuites de fluides frigorigènes.

  • Scope 2 – Émissions indirectes liées à l'énergie : production de l'électricité, de la chaleur ou de la vapeur achetées et consommées par l'entreprise.

  • Scope 3 – Autres émissions indirectes : achats de biens et services, transport de marchandises, déplacements domicile-travail des salariés, utilisation des produits vendus, fin de vie des produits. Ce périmètre représente en moyenne 70 à 90 % des émissions totales d'une entreprise de services.

Le BEGES réglementaire impose la comptabilisation des scopes 1 et 2 de manière obligatoire. Depuis le décret du 1er juillet 2022, le scope 3 doit également être inclus de façon « significative ». La CSRD, via la norme ESRS E1, exige la publication des 3 scopes sans restriction.

Pour la direction juridique, le scope 3 constitue le point de vigilance principal : sa collecte repose sur des données fournisseurs souvent incomplètes, et les engagements de réduction pris sur ce périmètre peuvent être contestés au titre du greenwashing si les hypothèses ne sont pas documentées.

Publication sur la plateforme ADEME et plan de transition

Le bilan GES doit être publié sur la plateforme en ligne Bilans GES gérée par l'ADEME (bilans-ges.ademe.fr). Cette publication est une obligation distincte de la simple réalisation du bilan : un bilan réalisé mais non publié constitue un manquement sanctionnable.

Le plan de transition, obligatoire depuis 2022, doit contenir :

  • Les objectifs chiffrés de réduction des émissions à court et moyen terme
  • Les actions concrètes envisagées par poste d'émission
  • Les moyens financiers et humains alloués
  • Un calendrier de mise en œuvre

L'ADEME met à disposition un formulaire standardisé. Toutefois, la rédaction du plan de transition engage la responsabilité de l'entreprise : des objectifs irréalistes ou des actions non suivies d'effet peuvent être invoqués dans le cadre d'un contentieux climatique ou d'une action en greenwashing fondée sur les articles L. 132-1 et suivants du Code de la consommation.

La rédaction du plan de transition engage la responsabilité de l'entreprise et nécessite une validation juridique rigoureuse.
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Sanctions et risques juridiques en cas de manquement

Le non-respect de l'obligation de bilan GES expose l'entreprise à une amende administrative de 10 000 €, portée à 20 000 € en cas de récidive (article L. 229-25 du Code de l'environnement). Ce montant, souvent jugé faible, ne reflète pas l'ensemble des risques encourus.

Les risques juridiques se déclinent sur 3 niveaux :

  • Risque administratif : amende ADEME, mise en demeure préfectorale, inscription au registre des manquements.
  • Risque civil : action en responsabilité fondée sur le devoir de vigilance (loi du 27 mars 2017) pour les entreprises de plus de 5 000 salariés, ou action en réparation de préjudice écologique (article 1246 du Code civil).
  • Risque réputationnel : les ONG et associations environnementales exploitent les données publiques de l'ADEME pour identifier les entreprises défaillantes. En 2023, l'ADEME a recensé un taux de conformité inférieur à 50 % parmi les entreprises assujetties.

Avec l'entrée en vigueur de la CSRD, le défaut de reporting de durabilité expose en outre à des sanctions prononcées par l'AMF pour les sociétés cotées, et à un refus de certification des comptes par le commissaire aux comptes.

Sécuriser sa conformité avec un accompagnement juridique

La conformité au bilan carbone entreprise ne se limite pas à un exercice technique de comptabilisation. Elle implique des arbitrages juridiques à chaque étape : choix du périmètre organisationnel, qualification des données scope 3, rédaction des engagements du plan de transition, articulation BEGES-CSRD.

La direction juridique doit piloter 3 chantiers simultanés :

  1. Veille réglementaire : suivre les évolutions des décrets d'application CSRD, les guidelines de l'EFRAG sur la norme ESRS E1 et les mises à jour de la méthodologie ADEME.
  2. Coordination interne : structurer la collecte de données entre les directions opérationnelles et s'assurer de la traçabilité des hypothèses retenues.
  3. Sécurisation des engagements : valider juridiquement le plan de transition pour prévenir les risques de contentieux climatique et de greenwashing.

Le recours à un avocat spécialisé en droit de l'environnement permet de sécuriser ces arbitrages, en particulier lorsque l'équipe juridique interne ne dispose pas de l'expertise sectorielle nécessaire. L'enjeu est de transformer une contrainte réglementaire en un cadre maîtrisé, documenté et opposable.

Articuler BEGES et CSRD exige une expertise juridique environnementale pointue, souvent absente des équipes internes.
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FAQ

Le bilan carbone et le bilan GES réglementaire sont-ils la même chose ?

Non. Le « bilan carbone » est une marque déposée par l'ADEME désignant une méthodologie volontaire couvrant les scopes 1, 2 et 3. Le bilan GES réglementaire (BEGES) est l'obligation légale prévue par le Code de l'environnement. En pratique, les deux utilisent des facteurs d'émission similaires, mais le BEGES obéit à un formalisme et un calendrier de publication imposés par la loi.

Une filiale française d'un groupe étranger doit-elle réaliser son propre bilan GES ?

Oui, dès lors qu'elle dépasse le seuil de 500 salariés en métropole (250 en outre-mer). L'obligation s'apprécie entité par entité, indépendamment du reporting consolidé du groupe. La filiale doit publier son propre bilan sur la plateforme ADEME.

Le scope 3 est-il vraiment obligatoire dans le BEGES ?

Depuis le décret du 1er juillet 2022, le BEGES doit inclure les émissions « significatives » du scope 3. L'entreprise doit justifier les postes retenus et ceux exclus. Dans le cadre de la CSRD, le scope 3 est intégralement obligatoire sans possibilité d'exclusion.

Quel est le délai pour publier un premier bilan GES ?

Une entreprise qui franchit le seuil d'assujettissement dispose de 12 mois pour réaliser et publier son premier bilan sur la plateforme ADEME. Les bilans suivants doivent être actualisés tous les 4 ans à compter de la date de publication du précédent.

La direction juridique peut-elle être tenue responsable en cas de non-conformité ?

La responsabilité pèse sur la personne morale, pas sur la direction juridique à titre personnel. Toutefois, le directeur juridique engage sa responsabilité managériale s'il n'a pas alerté la direction générale sur les obligations applicables. En cas de manquement au devoir de vigilance, les dirigeants peuvent être mis en cause dans le cadre d'une action en responsabilité civile.

Pour aller plus loin

Article L229-25 - Code de l'environnement - Légifrance

Bilan GES simplifié des entreprises - Service-Public.fr

Informations sur la durabilité des entreprises (CSRD), ordonnance du 6 décembre 2023 - Vie-publique.fr

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