
Jullian Hoareau

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Arrêt de travail antidaté ou postdaté : de quoi parle-t-on ?
Pourquoi le médecin ne peut pas modifier la date
Quelles sanctions pour le médecin et le salarié ?
Arrêt antidaté : quels effets sur les indemnités journalières ?
Comment l'employeur doit-il réagir face à un arrêt douteux ?
Contre-visite médicale et contrôle CPAM : les leviers de l'employeur
Un arrêt de travail antidaté est un arrêt dont la date de début précède le jour où le médecin a examiné le salarié. Il couvre donc des jours d'absence que le médecin n'a pas constatés. L'arrêt postdaté présente le défaut inverse : il porte une date postérieure à la consultation, ou fixe un début d'arrêt sans lien avec l'état constaté ce jour-là.
Pour un dirigeant de PME, la situation se présente souvent ainsi : un salarié absent depuis le lundi remet le jeudi un arrêt daté du lundi, alors que la consultation a eu lieu le mercredi. L'écart entre la date de l'examen et la date de début de l'arrêt constitue le signal d'alerte.
| Situation | Date portée sur l'arrêt | Écart avec l'examen |
|---|---|---|
| Arrêt conforme | Jour de la consultation | Aucun |
| Arrêt antidaté | Antérieure à la consultation | Jours non constatés couverts |
| Arrêt postdaté | Postérieure à la consultation | Date sans examen correspondant |
Un arrêt mal daté pose une question de justification de l'absence, que le contrat de travail et le règlement intérieur permettent d'encadrer.
Sécuriser les règles d'absence de vos contrats de travail
Le médecin ne peut pas modifier la date d'un arrêt, car la déontologie médicale lie tout certificat à un examen réel. En effet, l'article R4127-76 du Code de la santé publique prévoit que le médecin ne délivre de certificats qu'après examen et constatations médicales qu'il est en mesure de faire.
Ce même texte exige que tout certificat soit rédigé lisiblement, daté et signé. La date n'est donc pas une mention administrative libre : elle atteste le jour où le médecin a constaté l'état de santé du patient.
Par conséquent, le médecin qui reçoit un patient le mercredi ne peut pas certifier une incapacité de travail à partir du lundi. Il n'a rien constaté ce jour-là. De même, il ne peut pas fixer le point de départ d'un arrêt à une date ultérieure qui ne correspond à aucune constatation.
Le médecin comme le salarié encourent des sanctions, car un arrêt antidaté ou postdaté atteste un fait inexact. Les risques diffèrent toutefois selon la personne concernée.
| Personne concernée | Nature du risque | Autorité compétente |
|---|---|---|
| Médecin | Sanction disciplinaire | Chambre disciplinaire de l'ordre des médecins |
| Médecin | Poursuites pour faux certificat | Juridiction pénale |
| Salarié | Refus ou remboursement des indemnités | CPAM |
| Salarié | Sanction disciplinaire, jusqu'au licenciement selon la gravité | Employeur, sous contrôle du juge prud'homal |
| Salarié | Poursuites pour usage de faux | Juridiction pénale |
Pour le médecin, le manquement à la règle déontologique ouvre une procédure devant l'ordre. Le code pénal réprime, d'autre part, l'établissement d'un certificat faisant état de faits matériellement inexacts.
Pour le salarié, la gravité dépend de son rôle. Un salarié qui a sollicité une date fictive commet une faute ; en revanche, une erreur matérielle du médecin ne lui est pas imputable. L'employeur doit donc établir les faits avant toute sanction.
Une sanction fondée sur un arrêt contesté doit respecter la procédure disciplinaire et les clauses applicables au salarié.
Faire vérifier la procédure par un avocat en droit du travail
Un arrêt de travail antidaté fragilise le droit aux indemnités pour les jours qui précèdent la consultation. Les indemnités journalières (IJ, sommes versées par l'Assurance maladie pour compenser la perte de salaire) reposent sur une incapacité médicalement constatée.
Selon Ameli, le salarié doit transmettre son arrêt à la CPAM et à son employeur dans les 48 heures. Les IJ sont ensuite versées après un délai de carence de 3 jours, c'est-à-dire 3 jours non indemnisés par l'Assurance maladie.
Ainsi, la CPAM peut refuser d'indemniser les jours non couverts par une constatation médicale, ou réclamer les sommes déjà versées. Le calcul de la carence en est également affecté, puisque son point de départ dépend de la date de début de l'arrêt.
Pour l'employeur qui maintient le salaire, l'enjeu est direct : il peut avoir versé un complément sur des jours qui ne sont pas justifiés médicalement.
L'employeur doit d'abord constater les faits, sans accuser ni contacter le médecin sur le fond. Le secret médical (obligation pour le médecin de ne rien révéler de l'état de santé de son patient) lui interdit d'obtenir des informations sur le diagnostic.
La démarche suit une progression en 4 étapes :
Les erreurs à éviter :
Les règles de justification des absences gagnent à figurer clairement dans les documents contractuels de l'entreprise.
Structurer vos contrats de travail avec un avocat
L'employeur dispose de 2 leviers : la contre-visite médicale et le signalement au contrôle de la CPAM. Ils permettent de vérifier le bien-fondé d'un arrêt sans porter atteinte au secret médical.
La contre-visite est un examen du salarié par un médecin mandaté par l'employeur. Elle est ouverte à l'employeur qui verse un complément de salaire pendant l'arrêt. Lorsque le médecin contrôleur conclut que l'arrêt n'est pas justifié, l'employeur peut cesser de verser ce complément. Le médecin contrôleur transmet en outre ses conclusions au service du contrôle médical de la CPAM.
Le contrôle CPAM porte, quant à lui, sur les indemnités journalières. Il peut aboutir à la suspension des IJ si l'arrêt est jugé injustifié.
Ces 2 leviers produisent des effets distincts : la contre-visite agit sur le complément versé par l'employeur, le contrôle CPAM sur les indemnités versées par l'Assurance maladie. Ils se combinent lorsque la date de l'arrêt et la réalité de l'incapacité sont toutes deux en cause.
Non, un médecin ne peut pas antidater un arrêt de travail. Le Code de la santé publique lui impose de ne délivrer un certificat qu'après examen et de le dater. Un arrêt couvrant des jours antérieurs à la consultation atteste des faits qu'il n'a pas constatés.
L'employeur ne peut pas refuser l'arrêt dans son ensemble. Il peut en revanche traiter les jours antérieurs à la consultation comme une absence à justifier et signaler l'incohérence à la CPAM.
La CPAM peut refuser d'indemniser les jours non couverts par une constatation médicale. Elle peut aussi réclamer le remboursement des indemnités déjà versées.
Le salarié doit transmettre son arrêt à la CPAM et à son employeur dans les 48 heures. Ce délai permet à l'employeur de vérifier rapidement la cohérence des dates.
La contre-visite vérifie l'état de santé du salarié au jour de l'examen, pas la date portée sur l'arrêt. Elle permet de suspendre le complément de salaire si l'arrêt n'est pas justifié, et ses conclusions sont transmises à la CPAM.
Article R4127-76 - Code de la santé publique - Légifrance
Arrêt maladie : les démarches du salarié - Ameli
Arrêt de travail pour maladie : les indemnités journalières du salarié - Ameli
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