Travailler plus de 48h par semaine : est-ce possible ?

Guides & Ressources pratiques
14 Jul 2026
-
9 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. La durée maximale de travail est fixée à 48h par semaine et à 44h en moyenne sur 12 semaines.
  2. Trois plafonds se cumulent : 10h par jour, 48h par semaine, 44h en moyenne.
  3. Une dérogation jusqu'à 60h est possible, sur autorisation de la DREETS et pour circonstances exceptionnelles.
  4. Certains statuts (cadres dirigeants, forfait jours) échappent au plafond hebdomadaire, sous conditions strictes.
  5. Le dépassement non autorisé expose l'employeur à 1 500 € d'amende par salarié et à des dommages-intérêts prud'homaux.

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Sommaire

Travailler plus de 48h par semaine : est-ce possible ?

Durée maximale de travail : le plafond de 48h

Les trois limites : quotidienne, hebdomadaire, moyenne

Dérogations : dépasser 48h jusqu'à 60h

Comment obtenir l'autorisation de la DREETS

Cas exclus du plafond hebdomadaire

Sanctions et risques pour l'employeur

Sécuriser le temps de travail dans l'entreprise

FAQ

Pour aller plus loin

Travailler plus de 48h par semaine : est-ce possible ?

En France, le Code du travail interdit de faire travailler plus de 48h par semaine un salarié, sauf dérogation encadrée. Pour un dirigeant de TPE ou PME qui organise lui-même les plannings, la règle semble claire. En pratique, les pics d'activité, les chantiers urgents ou les commandes exceptionnelles poussent régulièrement à la dépasser. Or, chaque heure au-delà du plafond sans autorisation constitue une infraction. Ce guide détaille les seuils légaux, les procédures de dérogation et les sanctions encourues.

Durée maximale de travail : le plafond de 48h

Le principe est posé par l'article L. 3121-20 du Code du travail : la durée hebdomadaire de travail ne peut excéder 48 heures au cours d'une même semaine. Ce plafond s'applique à tous les salariés soumis à la durée légale, quel que soit le secteur d'activité ou la taille de l'entreprise.

Ce seuil de 48h constitue un plafond absolu, distinct de la durée légale de 35h. Les heures effectuées entre 35h et 48h sont des heures supplémentaires, rémunérées avec majoration ou compensées en repos. Mais elles restent autorisées sans formalité particulière, tant que le plafond n'est pas franchi.

La directive européenne 2003/88/CE fixe elle aussi un maximum de 48h, calculé en moyenne sur 4 mois. Le droit français est plus restrictif : il impose à la fois un plafond hebdomadaire strict et une moyenne glissante sur 12 semaines.

Les trois limites : quotidienne, hebdomadaire, moyenne

Le dirigeant doit surveiller simultanément 3 plafonds. Le non-respect d'un seul suffit à caractériser l'infraction.

LimiteSeuil légalBase légaleDérogation possible
Durée quotidienne10h par jourArt. L. 3121-18Jusqu'à 12h par accord collectif ou autorisation
Durée hebdomadaire absolue48h par semaineArt. L. 3121-20Jusqu'à 60h sur autorisation DREETS
Durée hebdomadaire moyenne44h sur 12 semainesArt. L. 3121-22Jusqu'à 46h par accord collectif

La durée quotidienne de 10h se calcule sur la journée civile (de 0h à 24h) ou sur toute période de 24 heures consécutives selon la convention applicable. Un salarié qui travaille 9h le matin et revient 3h le soir dépasse ce plafond, même si les 2 plages sont séparées.

La moyenne de 44h sur 12 semaines agit comme un lissage. Un pic ponctuel à 47h est licite, à condition que la moyenne reste sous 44h. En revanche, 6 semaines consécutives à 46h déclenchent un dépassement de la moyenne, même si le plafond de 48h n'est jamais atteint.

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Dérogations : dépasser 48h jusqu'à 60h

L'article L. 3121-21 du Code du travail autorise un dépassement du plafond de 48h en cas de circonstances exceptionnelles. La durée maximale peut alors atteindre 60 heures par semaine, sous réserve d'une autorisation administrative.

Les circonstances exceptionnelles visent des situations précises :

  • Surcroît temporaire d'activité lié à une commande imprévue ou un événement saisonnier
  • Travaux urgents pour prévenir un accident ou réparer un sinistre
  • Contraintes techniques imposant une continuité de production

Le caractère exceptionnel est apprécié strictement. Un sous-effectif chronique ou une organisation défaillante ne constituent pas un motif recevable. La DREETS (Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités) vérifie que le dépassement reste temporaire et proportionné.

CritèreDérogation acceptéeDérogation refusée
MotifCommande urgente, sinistreSous-effectif structurel
DuréeQuelques semainesPlusieurs mois
AmplitudeProportionnée au besoinSystématique à 60h
Consultation CSERéaliséeAbsente

Comment obtenir l'autorisation de la DREETS

La procédure se déroule en 4 étapes :

  1. Consulter le CSE (comité social et économique) si l'entreprise en dispose. L'avis du CSE doit être joint à la demande. Les entreprises de moins de 11 salariés sans CSE en sont dispensées.
  2. Déposer la demande auprès de la DREETS du département où se situe l'établissement. Le formulaire précise la durée sollicitée, le nombre de salariés concernés, le motif détaillé et la période visée.
  3. Attendre la décision. La DREETS dispose de 30 jours pour répondre. Le silence vaut rejet. En cas d'urgence liée à des travaux de sécurité (article L. 3121-21), l'employeur peut informer l'inspecteur du travail a posteriori.
  4. Respecter les conditions fixées. L'autorisation peut limiter le dépassement à certaines semaines ou à un nombre réduit de salariés.

En cas de refus, l'employeur peut former un recours hiérarchique auprès du ministre du Travail ou saisir le tribunal administratif.

La rédaction d'une demande de dérogation exige de documenter précisément les circonstances exceptionnelles. Un accompagnement juridique réduit le risque de refus.
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Cas exclus du plafond hebdomadaire

Certaines catégories de travailleurs ne sont pas soumises au plafond de 48h :

  • Cadres dirigeants (article L. 3111-2) : ils participent à la direction de l'entreprise, disposent d'une autonomie complète dans l'organisation de leur emploi du temps et perçoivent une rémunération parmi les plus élevées de l'entreprise. Les 3 critères sont cumulatifs. Un simple titre de « directeur » ne suffit pas.
  • Salariés en forfait jours : leur temps de travail se décompte en jours (218 jours par an maximum, sauf accord prévoyant un plafond différent). Le plafond horaire hebdomadaire ne s'applique pas, mais les repos quotidien (11h) et hebdomadaire (35h consécutives) restent obligatoires.
  • VRP (voyageurs, représentants, placiers) statutaires, dont le temps de travail n'est pas contrôlable.

Les travailleurs indépendants, gérants majoritaires de SARL et présidents de SAS non salariés ne relèvent pas du Code du travail. Le plafond de 48h ne les concerne pas.

Forfait jours : une exclusion sous contrôle

La Cour de cassation exige que l'accord collectif instaurant le forfait jours prévoie des garanties suffisantes : suivi régulier de la charge de travail, entretien annuel, droit à la déconnexion. À défaut, le forfait est nul et le salarié peut réclamer le paiement de toutes ses heures supplémentaires sur 3 ans (Cass. soc., 29 juin 2011, n° 09-71.107).

Sanctions et risques pour l'employeur

Le dépassement du plafond de 48h sans autorisation expose l'employeur à des sanctions pénales et civiles.

Sanctions pénales : l'infraction est punie d'une amende de 1 500 € par salarié concerné (article R. 3124-3 du Code du travail). En cas de récidive, l'amende passe à 3 000 €. L'infraction est constatée par l'inspection du travail, qui peut dresser un procès-verbal transmis au procureur.

Sanctions civiles : le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes pour obtenir des dommages-intérêts. La Cour de cassation considère que le seul dépassement du plafond de 48h cause un préjudice au salarié, sans que celui-ci ait à prouver un dommage spécifique (Cass. soc., 26 janvier 2022, n° 20-21.636). Les indemnités varient selon la durée et l'ampleur du dépassement.

Risques complémentaires :

  • Requalification d'un forfait jours irrégulier en décompte horaire, avec rappel de salaire sur 3 ans
  • Reconnaissance d'un accident du travail ou d'un burn-out lié à la surcharge horaire
  • Mise en demeure de l'inspection du travail avec obligation de régularisation immédiate

Le dépassement des plafonds horaires constitue l'un des motifs de contrôle les plus fréquents de l'inspection du travail. Anticiper un audit interne permet de corriger les écarts avant toute sanction.
Faire appel à un avocat en droit du travail

Sécuriser le temps de travail dans l'entreprise

Pour un dirigeant de TPE-PME, la conformité repose sur 3 piliers opérationnels :

Mettre en place un suivi fiable

L'article L. 3171-2 du Code du travail impose à l'employeur d'établir les documents nécessaires au décompte du temps de travail. En pratique, cela passe par un système de pointage (badgeuse, logiciel, tableur signé). En cas de litige, l'absence de suivi se retourne contre l'employeur : c'est à lui de prouver les horaires réellement effectués.

Anticiper les pics d'activité

Plutôt que de dépasser les plafonds dans l'urgence, plusieurs leviers permettent d'absorber la charge :

  • Annualisation du temps de travail : un accord collectif peut répartir les 1 607 heures annuelles sur des semaines hautes (jusqu'à 48h) et basses, sans déclencher de dépassement
  • Recours au travail temporaire ou au CDD pour les surcroîts ponctuels
  • Contingent d'heures supplémentaires : 220 heures par an et par salarié (sauf accord différent), au-delà duquel une contrepartie obligatoire en repos s'ajoute

Documenter chaque dérogation

Toute dérogation accordée par la DREETS doit être conservée et accessible. L'inspection du travail peut la demander lors d'un contrôle. Conserver également les avis du CSE et les justificatifs de circonstances exceptionnelles.

FAQ

Un salarié peut-il refuser de travailler plus de 48h par semaine ?

Oui. Le dépassement du plafond de 48h sans autorisation administrative est illégal. Le salarié peut refuser sans que ce refus constitue une faute. En cas de licenciement pour ce motif, celui-ci serait jugé sans cause réelle et sérieuse.

Le plafond de 48h s'applique-t-il aux apprentis ?

Les apprentis majeurs sont soumis au même plafond de 48h. Les apprentis mineurs sont limités à 35h par semaine et 8h par jour, sauf dérogation de l'inspection du travail dans certains secteurs (bâtiment, boulangerie) permettant 5 heures supplémentaires par semaine.

Comment calculer la durée du travail d'un salarié à temps partiel ?

Le plafond de 48h s'applique aussi aux salariés à temps partiel qui effectuent des heures complémentaires. En pratique, un salarié à 30h qui réalise 20 heures complémentaires dépasse le plafond. L'employeur doit surveiller le cumul.

Un salarié peut-il cumuler 2 emplois et dépasser 48h au total ?

Non. Le plafond de 48h s'applique par salarié, tous employeurs confondus. Chaque employeur doit s'assurer que le cumul respecte les durées maximales. Le salarié est tenu d'informer ses employeurs de ses autres activités.

Que risque un dirigeant en cas de contrôle de l'inspection du travail ?

L'inspecteur peut dresser un procès-verbal entraînant une amende de 1 500 € par salarié en infraction. Il peut aussi adresser une mise en demeure imposant une régularisation immédiate. En cas de récidive, l'amende est doublée à 3 000 € par salarié.

Pour aller plus loin

La durée légale du travail - Code du travail numérique

Durées maximales de travail, articles L3121-16 à L3121-26 - Légifrance

Dérogation à la durée maximale hebdomadaire absolue, article R3121-23 - Légifrance

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