Tableau des durées de conservation des données personnelles : modèle 2026 prêt à l'emploi pour directions juridiques

Guides & Ressources pratiques
27 Mar 2026
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10
min
Points clés de l'article
  1. L'article 5-1-e du RGPD impose de fixer une durée de conservation proportionnée à chaque finalité de traitement, sans conserver de données au-delà du nécessaire.
  2. Chaque donnée suit 3 phases : base active, archivage intermédiaire, puis suppression ou anonymisation définitive.
  3. Le tableau ci-dessous récapitule les durées par finalité (RH, clients, prospects, comptabilité, vidéosurveillance, logs) en croisant obligations légales et recommandations CNIL.
  4. La CNIL a fait de la conservation excessive un axe prioritaire de contrôle en 2025-2026 : plusieurs sanctions ont déjà visé des durées non documentées ou disproportionnées.
  5. Intégrer ce tableau dans le registre des traitements et dans une politique de conservation formalisée réduit le risque de non-conformité lors d'un contrôle.

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Sommaire

Le cadre juridique : ce que dit l'article 5-1-e du RGPD sur la limitation de conservation

Les 3 phases du cycle de vie d'une donnée : base active, archivage intermédiaire, suppression

Tableau des durées de conservation par finalité (RH, clients, prospects, comptabilité, vidéosurveillance)

Comment utiliser ce tableau dans votre registre des traitements

Les obligations légales vs recommandations CNIL : savoir distinguer

Erreurs fréquentes et sanctions récentes en 2025-2026

Modèle de politique de conservation : clauses clés à intégrer

Télécharger le tableau Excel et le mode d'emploi

FAQ

Pour aller plus loin

Le cadre juridique : ce que dit l'article 5-1-e du RGPD sur la limitation de conservation

Le tableau des durées de conservation des données personnelles constitue l'outil de référence pour toute direction juridique confrontée à l'obligation de limitation de conservation prévue par le RGPD. L'article 5-1-e du règlement européen 2016/679 pose un principe clair : les données à caractère personnel ne peuvent être conservées sous une forme permettant l'identification des personnes concernées que pendant une durée n'excédant pas celle nécessaire au regard des finalités pour lesquelles elles sont traitées.

En pratique, ce principe signifie que chaque traitement inscrit au registre doit être assorti d'une durée de conservation définie et justifiable. Le responsable de traitement ne peut pas se contenter d'une mention générique du type « durée nécessaire ». Il doit documenter, pour chaque catégorie de données, le fondement juridique ou opérationnel qui justifie la durée retenue.

Le RGPD prévoit toutefois une exception : les données peuvent être conservées au-delà de la durée initiale si elles sont traitées exclusivement à des fins archivistiques dans l'intérêt public, à des fins de recherche scientifique ou historique, ou à des fins statistiques. Dans ces cas, des garanties appropriées (pseudonymisation, minimisation) doivent être mises en œuvre conformément à l'article 89.

Pour une direction juridique, l'enjeu est double. D'une part, fixer des durées conformes aux textes applicables (Code du travail, Code de commerce, Code général des impôts). D'autre part, s'assurer que ces durées sont effectivement appliquées dans les systèmes d'information, ce qui suppose une coordination étroite avec la DSI et le DPO.

Les 3 phases du cycle de vie d'une donnée : base active, archivage intermédiaire, suppression

La doctrine CNIL structure le cycle de vie d'une donnée personnelle en 3 phases distinctes. Cette grille de lecture conditionne la manière dont les durées de conservation doivent être paramétrées dans les outils métier.

Phase 1 – Base active. La donnée est utilisée au quotidien pour la finalité qui a justifié sa collecte. Par exemple, les coordonnées d'un salarié restent en base active pendant toute la durée de son contrat de travail. Seules les personnes habilitées dans le cadre de cette finalité y accèdent.

Phase 2 – Archivage intermédiaire. La donnée n'est plus nécessaire à la gestion courante, mais elle doit être conservée pour répondre à une obligation légale ou pour faire valoir un droit en justice. L'accès est restreint : seules les personnes spécifiquement autorisées (service juridique, service comptable) peuvent la consulter. Les données sont séparées logiquement ou physiquement de la base active.

Phase 3 – Suppression ou anonymisation. À l'expiration de la durée d'archivage intermédiaire, la donnée est supprimée de manière irréversible ou anonymisée de façon à rendre toute ré-identification impossible.

PhaseAccèsExempleDéclencheur de passage
Base activeUtilisateurs métier courantsFiche salarié pendant le contratFin de la relation ou de la finalité
Archivage intermédiaireAccès restreint (juridique, comptable)Bulletin de paie après départ du salariéExpiration du délai légal ou de prescription
Suppression / anonymisationAucun accèsDonnées définitivement effacéesFin de l'archivage intermédiaire
Structurer le cycle de vie des données dans vos systèmes d'information suppose un cadrage juridique précis, adapté à chaque finalité de traitement.
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Tableau des durées de conservation par finalité (RH, clients, prospects, comptabilité, vidéosurveillance)

Le tableau ci-dessous synthétise les durées de conservation des données personnelles par grande finalité. Il croise les obligations légales issues des codes applicables et les recommandations de la CNIL.

FinalitéCatégorie de donnéesDurée en base activeDurée en archivage intermédiaireFondement
RH – Gestion du personnelContrat de travail, bulletins de paieDurée du contrat5 ans après le départ du salariéArt. L.3243-4 Code du travail (paie) ; prescription civile 5 ans (art. 2224 Code civil)
RH – RecrutementCV, lettres de motivation2 ans maximum après le dernier contactAucune obligation d'archivageRecommandation CNIL
Clients – Gestion commercialeDonnées contractuelles, facturationDurée de la relation contractuelle5 ans après la fin du contratPrescription civile (art. 2224 Code civil)
Clients – Pièces comptablesFactures, bons de commandeDurée de l'exercice en cours10 ans à compter de la clôture de l'exerciceArt. L.123-22 Code de commerce
ProspectsCoordonnées, historique de contact3 ans à compter du dernier contact actifAucune obligation d'archivageRecommandation CNIL (délibération 2025)
ComptabilitéLivres comptables, pièces justificativesExercice en cours10 ansArt. L.123-22 Code de commerce
VidéosurveillanceImages de vidéoprotection30 jours maximumAucune, sauf procédure en coursArt. L.252-3 Code de la sécurité intérieure ; recommandation CNIL
Logs de connexionJournaux de connexion des salariés6 moisJusqu'à 1 an pour les opérateurs soumis à l'obligation de conservationArt. R.10-13 CPCE ; recommandation CNIL
Cookies / traceursIdentifiants de navigation, consentement13 mois maximum pour le dépôt6 ans pour la preuve du consentementRecommandation CNIL cookies (2020, mise à jour 2024)

Ce tableau constitue une base de travail. Certaines durées peuvent varier selon le secteur d'activité (santé, banque, assurance) ou la nature des données traitées (données sensibles au sens de l'article 9 du RGPD).

Comment utiliser ce tableau dans votre registre des traitements

Le registre des traitements, obligatoire en vertu de l'article 30 du RGPD, doit mentionner pour chaque traitement les durées de conservation envisagées ou les critères utilisés pour les déterminer. Le tableau ci-dessus s'intègre directement dans cette documentation.

Étape 1 – Rapprocher chaque traitement du registre d'une ligne du tableau. Identifiez la finalité correspondante et reportez la durée en base active et la durée d'archivage intermédiaire. Si un traitement couvre plusieurs finalités, retenez la durée la plus longue parmi celles applicables.

Étape 2 – Documenter le fondement de chaque durée. Indiquez systématiquement la source juridique (article de loi, recommandation CNIL, délibération). Cette traçabilité est vérifiée en cas de contrôle.

Étape 3 – Paramétrer les purges automatiques. Transmettez les durées validées à la DSI pour configurer des mécanismes de suppression ou d'archivage automatique dans les applicatifs métier (SIRH, CRM, ERP). Sans automatisation, les durées restent théoriques.

Étape 4 – Planifier une revue annuelle. Les textes évoluent. La CNIL actualise régulièrement ses recommandations. Une revue annuelle du tableau, pilotée par la direction juridique en lien avec le DPO, garantit la conformité dans la durée.

Mettre à jour votre registre des traitements avec des durées de conservation documentées et vérifiables est un prérequis lors de tout contrôle CNIL.
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Les obligations légales vs recommandations CNIL : savoir distinguer

Toutes les durées de conservation n'ont pas la même valeur normative. Confondre une obligation légale et une recommandation CNIL expose à deux risques symétriques : conserver trop longtemps ou supprimer trop tôt.

Les obligations légales sont fixées par un texte de loi ou un règlement. Elles s'imposent au responsable de traitement. Par exemple, l'article L.123-22 du Code de commerce impose la conservation des pièces comptables pendant 10 ans. L'article L.3243-4 du Code du travail impose la conservation des bulletins de paie pendant 5 ans. Ces durées ne sont pas négociables.

Les recommandations CNIL sont des orientations publiées par l'autorité de contrôle. Elles n'ont pas force de loi, mais elles constituent la doctrine de référence que la CNIL applique lors de ses contrôles. En l'absence de texte légal fixant une durée précise, la recommandation CNIL fait office de standard. C'est le cas pour les données de prospection (3 ans après le dernier contact) ou les données de recrutement (2 ans).

Type de sourceForce juridiqueExempleConséquence en cas de non-respect
Obligation légale (loi, règlement)Contraignante10 ans pour les pièces comptablesInfraction légale + sanction CNIL
Recommandation CNILDoctrine de référence3 ans pour les prospectsRisque de mise en demeure ou sanction CNIL
Durée définie par le responsable de traitementJustifiable et proportionnéeDurée interne pour un traitement spécifiqueDoit être documentée et cohérente

En cas de doute, la direction juridique doit privilégier la durée la plus protectrice pour les personnes concernées, tout en s'assurant de ne pas supprimer des données encore nécessaires au respect d'une obligation légale.

Erreurs fréquentes et sanctions récentes en 2025-2026

La CNIL a inscrit la conservation excessive des données parmi ses thématiques prioritaires de contrôle pour 2025-2026. Plusieurs décisions récentes illustrent les risques concrets.

Erreur n°1 – Absence de durée définie. Certaines organisations n'indiquent aucune durée dans leur registre, se contentant de mentions comme « durée nécessaire au traitement ». La CNIL considère cette pratique comme un manquement à l'article 5-1-e du RGPD.

Erreur n°2 – Conservation illimitée de données prospects. En 2024, la CNIL a sanctionné une société à hauteur de 310 000 € pour avoir conservé des données de prospects inactifs depuis plus de 5 ans, sans purge ni information des personnes concernées.

Erreur n°3 – Archivage intermédiaire non séparé. Conserver des données en archivage intermédiaire dans la même base que les données actives, avec les mêmes droits d'accès, revient à ne pas archiver. La CNIL vérifie la séparation effective des accès.

Erreur n°4 – Absence de purge automatique. Documenter des durées sans les implémenter techniquement constitue un manquement. La CNIL attend une suppression effective, pas seulement une politique écrite.

  • En 2023, la CNIL a prononcé 42 sanctions, dont plusieurs portaient sur des manquements liés à la durée de conservation.
  • Le montant cumulé des amendes CNIL en 2024 a dépassé 55 millions d'euros, avec une part croissante liée aux principes fondamentaux du RGPD (minimisation, limitation de conservation).
La conservation excessive est désormais un motif autonome de sanction. Anticiper un contrôle CNIL suppose de vérifier que chaque durée documentée est effectivement appliquée dans les systèmes.
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Modèle de politique de conservation : clauses clés à intégrer

Une politique de conservation des données personnelles formalise les règles applicables à l'ensemble des traitements de l'organisation. Ce document, distinct du registre, sert de référentiel interne et de preuve de conformité en cas de contrôle.

Les clauses suivantes doivent y figurer :

  1. Objet et champ d'application. Préciser que la politique couvre l'ensemble des données à caractère personnel traitées par l'organisation, quel que soit le support (numérique, papier).
  2. Définition des phases de conservation. Reprendre la distinction base active / archivage intermédiaire / suppression, avec les critères de passage d'une phase à l'autre.
  3. Tableau des durées par finalité. Intégrer le tableau de référence (voir section 3) ou y renvoyer par annexe.
  4. Modalités de suppression et d'anonymisation. Décrire les procédés techniques utilisés (suppression logique, écrasement, anonymisation irréversible).
  5. Rôles et responsabilités. Désigner les acteurs en charge de l'application (DPO, DSI, responsables métier) et leurs obligations respectives.
  6. Procédure de revue. Prévoir une revue annuelle de la politique et du tableau, avec traçabilité des modifications.
  7. Gestion des exceptions. Définir la procédure applicable lorsqu'une conservation au-delà de la durée standard est nécessaire (contentieux en cours, demande d'une autorité).

Cette politique doit être validée par la direction juridique, diffusée aux équipes concernées et accessible au DPO pour toute vérification.

Télécharger le tableau Excel et le mode d'emploi

Le tableau présenté dans cet article est conçu pour être directement exploitable. Pour l'intégrer dans vos outils internes, 3 options s'offrent à vous :

  • Copier le tableau Markdown de la section 3 et le coller dans votre registre des traitements existant.
  • L'adapter dans un tableur (Excel, Google Sheets) en ajoutant des colonnes spécifiques à votre organisation : responsable du traitement, date de dernière revue, statut de la purge.
  • L'intégrer dans votre outil de gestion de la conformité (OneTrust, Dastra, etc.) en l'utilisant comme référentiel de durées.

Le mode d'emploi recommandé :

  1. Téléchargez ou copiez le tableau de référence.
  2. Complétez-le avec les traitements spécifiques à votre organisation qui ne figurent pas dans le modèle standard.
  3. Faites valider chaque durée par le DPO et la direction juridique.
  4. Transmettez les durées validées à la DSI pour paramétrage des purges.
  5. Archivez la version datée et signée comme preuve de conformité.

Ce modèle couvre les finalités les plus courantes. Pour les secteurs réglementés (santé, banque, assurance), des durées spécifiques s'appliquent et nécessitent un cadrage juridique dédié.

Adapter ce tableau à votre secteur d'activité et à vos traitements spécifiques peut nécessiter un accompagnement juridique ciblé.
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FAQ

Quelle est la durée de conservation maximale des données personnelles selon le RGPD ?

Le RGPD ne fixe pas de durée maximale universelle. L'article 5-1-e impose que la durée soit proportionnée à la finalité du traitement. En pratique, chaque catégorie de données obéit à une durée distincte, définie par la loi (Code de commerce, Code du travail) ou par les recommandations de la CNIL.

Que risque une entreprise qui conserve des données personnelles trop longtemps ?

La conservation excessive constitue un manquement au principe de limitation de conservation. La CNIL peut prononcer une mise en demeure ou une amende pouvant atteindre 20 millions d'euros ou 4 % du chiffre d'affaires annuel mondial. En 2024, plusieurs sanctions ont spécifiquement visé ce manquement.

Faut-il supprimer les données ou peut-on les anonymiser ?

Les deux options sont conformes au RGPD. L'anonymisation irréversible permet de conserver des données à des fins statistiques sans qu'elles soient considérées comme des données personnelles. En revanche, la pseudonymisation ne suffit pas : les données pseudonymisées restent soumises au RGPD.

Comment documenter les durées de conservation dans le registre des traitements ?

L'article 30 du RGPD exige que le registre mentionne les durées envisagées ou les critères utilisés pour les déterminer. Concrètement, il faut indiquer pour chaque traitement la durée en base active, la durée en archivage intermédiaire et le fondement juridique correspondant.

Les recommandations CNIL sur les durées de conservation sont-elles obligatoires ?

Les recommandations CNIL n'ont pas force de loi. Toutefois, elles constituent la doctrine que l'autorité applique lors de ses contrôles. Ne pas les respecter sans justification documentée expose à un risque de sanction. En l'absence de texte légal, elles font office de référence.

Pour aller plus loin

Les durées de conservation des données - CNIL

Gestion des ressources humaines : référentiel de durées de conservation - CNIL

Quels sont les délais de conservation des documents pour les entreprises ? - Service-Public.fr

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