
Jullian Hoareau

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1. Qui peut révoquer le directeur général d'une SAS
2. Révocation ad nutum ou juste motif : que disent les statuts
3. Respecter le contradictoire avant de notifier la décision
4. Indemnité de révocation : ce que les statuts peuvent prévoir
5. Révocation abusive ou vexatoire : les risques financiers
6. Formalités au greffe et publicité de la révocation
7. Cumul avec un contrat de travail : les précautions
La révocation du directeur général d'une SAS obéit à une règle simple : les statuts font loi. Les articles L227-1 et L227-5 du code de commerce laissent aux associés le soin de fixer librement les conditions de direction, donc de départ. Un dirigeant qui improvise la procédure expose sa société à des dommages-intérêts, même lorsque la décision est votée à l'unanimité. Ce cas d'usage part d'une situation courante : une PME dont le directeur général ne convient plus, et un président qui doit agir vite sans fragiliser la société.
Dans une SAS, aucune règle légale ne désigne l'organe compétent pour révoquer le directeur général. Les articles L227-1 et L227-5 du code de commerce renvoient aux statuts, qui organisent librement la direction. La première action utile est donc la lecture de la clause de révocation, avant toute convocation.
| Rédaction statutaire | Organe compétent | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Clause désignant le président | Le président seul | Vérifier l'absence de conflit d'intérêts |
| Clause visant les associés | Décision collective | Respecter quorum et majorité prévus |
| Aucune clause de révocation | Révocation libre, sans motif ni indemnité | Clarifier les statuts avant tout désaccord |
Une décision des associés, même unanime, ne peut pas écarter la procédure statutaire : l'unanimité ne vaut pas modification des statuts.
À défaut de clause, la révocation est ad nutum, c'est-à-dire libre : ni motif à justifier, ni indemnité à verser. Dès que les statuts exigent un juste motif, la contrainte change de nature.
Le juste motif suppose un fait objectif rattaché à l'exercice du mandat : manquement de gestion, désaccord bloquant le fonctionnement de la société. La démonstration pèse sur la société, et une motivation construite après la décision se défend mal.
La comparaison avec la révocation du directeur général de société anonyme éclaire l'enjeu : le code de commerce encadre lui-même cette révocation, alors qu'en SAS il laisse la main aux rédacteurs des statuts.
Une clause de révocation imprécise transforme un désaccord de gouvernance en contentieux long.
Structurer les relations entre associés et dirigeants
Le principe du contradictoire impose d'informer le directeur général des griefs et de lui permettre d'y répondre avant la décision. Son absence n'annule pas la révocation, mais elle alimente la qualification de révocation vexatoire, donc l'indemnisation.
Séquence opérationnelle : convocation écrite mentionnant l'objet, délai raisonnable de réponse, réunion permettant les observations, décision consignée dans un procès-verbal. Chaque étape produit un écrit daté, seule preuve exploitable ensuite.
Sans clause, aucune indemnité n'est due lorsque la révocation est libre. Les statuts peuvent en revanche prévoir une indemnité forfaitaire, un préavis, ou subordonner le versement à l'absence de faute.
Trois points se vérifient avant la décision :
- le fait générateur exact de l'indemnité, toute révocation ou révocation sans juste motif ;
- son mode de calcul, qui doit être déterminable sans négociation ;
- son articulation avec une clause de non-concurrence rémunérée.
Une indemnité disproportionnée peut être contestée comme faisant obstacle à la libre révocation.
Anticiper l'indemnité dans les statuts coûte moins cher que la négocier sous pression.
Cadrer les règles de gouvernance entre associés
Une révocation non motivée reste valable. Elle peut néanmoins ouvrir droit à dommages-intérêts lorsqu'elle est abusive ou vexatoire : atteinte à l'honneur du dirigeant, brutalité de l'annonce, absence de contradictoire. Le juge ne réintègre pas le dirigeant, il indemnise le préjudice.
Les circonstances les plus souvent reprochées :
- annonce interne ou publique avant la notification personnelle ;
- retrait immédiat des accès et du matériel sans explication ;
- imputation de fautes non établies dans le procès-verbal ;
- exécution le jour même, sans délai de réponse.
Le coût dépasse l'indemnisation : le contentieux immobilise la direction et retarde les décisions courantes.
La décision produit ses effets entre les parties dès son adoption, mais elle n'est opposable aux tiers qu'après publicité. Un directeur général investi du pouvoir de représenter la société reste apparent tant que les registres ne sont pas à jour.
| Étape | Support | Délai |
|---|---|---|
| Déclaration du changement de dirigeant | Guichet unique INPI | Dans le mois |
| Publication de la modification | Bodacc | Après traitement du dossier |
| Mise à jour de l'extrait | Kbis | Après publication |
Les formalités de révocation du directeur général de SAS supposent aussi d'informer la banque, les assureurs et les cocontractants dont les contrats désignent nommément le dirigeant.
Une révocation non publiée laisse subsister une apparence de pouvoir opposable à la société.
Sécuriser les décisions d'associés et de direction
Un directeur général peut détenir un contrat de travail distinct de son mandat, à condition qu'il corresponde à des fonctions techniques réellement exercées et rémunérées séparément. La révocation du mandat ne rompt pas ce contrat.
Deux conséquences pratiques : le licenciement suppose une procédure autonome et un motif propre ; à défaut, le salarié conserve son emploi et sa rémunération. Confondre les deux décisions dans un même procès-verbal fragilise les deux.
Limite de ce cas d'usage : chaque rédaction statutaire est particulière, et l'analyse d'une clause précise relève d'un examen individuel.
Seulement si les statuts lui confèrent ce pouvoir. À défaut de clause claire, la décision revient à l'organe que les statuts désignent pour la nomination et la révocation. Une décision prise par un organe incompétent reste contestable, indépendamment de son bien-fondé.
Non, sauf si les statuts imposent un juste motif. Une révocation non motivée reste valable. Elle peut toutefois ouvrir droit à dommages-intérêts lorsque les circonstances sont abusives ou vexatoires.
Aucune, lorsque la révocation est libre et que rien n'a été prévu. Les statuts ou l'acte de nomination peuvent en revanche organiser une indemnité, un préavis ou une clause de non-concurrence rémunérée. Le montant et le fait générateur doivent être définis à l'avance.
La déclaration s'effectue sur le guichet unique INPI dans le mois du changement. La modification est ensuite publiée au Bodacc et reportée sur le Kbis. Tant que cette publicité n'est pas faite, la révocation reste difficilement opposable aux tiers.
Non. Le mandat social et le contrat de travail suivent deux régimes distincts. Rompre le contrat suppose une procédure de licenciement autonome, avec un motif propre. À défaut, le salarié conserve son poste et sa rémunération.
Article L227-5 du Code de commerce - Légifrance
Article L227-6 du Code de commerce - Légifrance
Formalités de modification d'une entreprise - INPI
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