Rompre un bail commercial sans indemnité : cas légaux et limites

Guides & Ressources pratiques
26 Sep 2026
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7 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. Pour rompre un bail commercial sans indemnité, le bailleur doit entrer dans l'un des cas prévus par le code de commerce.
  2. Hors de ces cas, le refus de renouvellement oblige à verser une indemnité d'éviction égale au préjudice du locataire.
  3. Le motif grave et légitime et la démolition d'un immeuble insalubre ou dangereux dispensent de cette indemnité.
  4. La clause résolutoire permet de résilier le bail en cours, 1 mois après un commandement resté infructueux.
  5. Une mise en demeure, un commandement ou un congé irrégulier fait perdre l'exception au bailleur.

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Sommaire

Pourquoi rompre un bail commercial coûte en principe une indemnité

Refus de renouvellement pour motif grave et légitime

Immeuble insalubre ou dangereux : démolir sans indemniser

Clause résolutoire : résilier pour manquement du locataire

Reprise pour habiter et autres cas particuliers

Côté locataire : partir sans payer d'indemnité au bailleur

Procédure, délais et erreurs qui font perdre l'exception

FAQ

Pour aller plus loin

Pourquoi rompre un bail commercial coûte en principe une indemnité

Un bailleur qui veut récupérer ses locaux se heurte à une règle protectrice : rompre un bail commercial sans indemnité n'est possible que dans des cas fixés par la loi. Le statut des baux commerciaux accorde en effet au locataire un droit au renouvellement, c'est-à-dire le droit d'obtenir un nouveau bail à l'expiration du précédent.

Le bailleur peut refuser ce renouvellement. En contrepartie, le code de commerce l'oblige à verser une indemnité d'éviction, égale au préjudice causé au locataire. Elle comprend notamment :

  • la valeur marchande du fonds de commerce ;
  • les frais de déménagement et de réinstallation ;
  • les frais et droits de mutation pour acquérir un fonds de même valeur.

De plus, le locataire ne peut être contraint de quitter les lieux avant d'avoir perçu l'indemnité.

SituationIndemnité d'évictionFondement
Refus de renouvellement sans motifDueCode de commerce
Motif grave et légitimeNon dueArticle L. 145-17
Démolition d'un immeuble insalubre ou dangereuxNon dueArticle L. 145-17
Refus pour construire ou reconstruireDueCode de commerce
Reprise des locaux d'habitation accessoiresNon due, sous conditionsCode de commerce
Résiliation par clause résolutoireNon dueArticle L. 145-41

Refus de renouvellement pour motif grave et légitime

L'article L. 145-17 du code de commerce dispense le bailleur d'indemnité s'il justifie d'un motif grave et légitime contre le locataire. Le texte vise l'inexécution d'une obligation du bail et la cessation sans raison sérieuse de l'exploitation du fonds.

Les juges retiennent notamment :

  • les impayés répétés de loyers ou de charges ;
  • une activité étrangère à la destination du bail ;
  • une sous-location ou des travaux non autorisés ;
  • la fermeture durable du commerce sans justification.

Toutefois, le manquement ne suffit pas. S'il peut être corrigé, le bailleur doit d'abord délivrer une mise en demeure par acte de commissaire de justice. À peine de nullité, cet acte précise le motif invoqué et reproduit les termes de l'article. Le manquement n'est opposable que s'il s'est poursuivi ou renouvelé plus d'1 mois après cette mise en demeure.

Ainsi, un locataire qui régularise dans le mois prive le bailleur de ce motif. En revanche, une faute irréversible, comme une cession de bail interdite déjà réalisée, peut être invoquée sans mise en demeure.

Qualifier un manquement de motif grave et légitime suppose d'analyser le bail et la chronologie des faits avant tout congé.
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Immeuble insalubre ou dangereux : démolir sans indemniser

Le même article prévoit un second cas, lié à l'état du bâtiment. Le bailleur est dispensé d'indemnité s'il établit que l'immeuble doit être démoli, totalement ou partiellement, pour insalubrité reconnue par l'autorité administrative, ou qu'il ne peut plus être occupé sans danger.

L'exception reste étroite. D'une part, l'insalubrité doit être constatée par l'administration, et non simplement alléguée. D'autre part, les juges l'écartent en principe lorsque la dégradation résulte d'un défaut d'entretien imputable au bailleur.

En cas de reconstruction comportant des locaux commerciaux, le locataire bénéficie d'un droit de priorité pour louer dans le nouvel immeuble. Cette hypothèse se distingue du refus de renouvellement pour construire ou reconstruire l'immeuble existant, qui reste soumis à l'indemnité d'éviction.

Clause résolutoire : résilier pour manquement du locataire

La clause résolutoire permet de mettre fin au bail en cours, sans attendre son échéance ni verser d'indemnité d'éviction. Elle prévoit la résiliation de plein droit, c'est-à-dire automatique, si le locataire manque à une obligation qu'elle désigne.

L'article L. 145-41 du code de commerce encadre son jeu :

  1. le bailleur fait signifier un commandement, acte sommant le locataire d'exécuter son obligation ;
  2. le commandement mentionne, à peine de nullité, le délai d'1 mois ;
  3. la clause produit effet 1 mois après ce commandement resté infructueux ;
  4. le bailleur saisit le juge pour faire constater la résiliation et obtenir l'expulsion.

Cependant, le locataire peut demander des délais de paiement. Le juge peut alors suspendre les effets de la clause, qui ne joue pas si le locataire respecte l'échéancier fixé. De plus, un commandement visant une obligation absente de la clause, ou délivré de mauvaise foi, reste sans effet.

La rédaction de la clause résolutoire et du commandement conditionne la possibilité de résilier le bail sans indemnité.
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Reprise pour habiter et autres cas particuliers

Le code de commerce permet au bailleur de refuser le renouvellement pour la seule partie portant sur les locaux d'habitation accessoires, afin de les habiter ou d'y loger son conjoint, ses ascendants ou ses descendants. Cette reprise, sans indemnité d'éviction, obéit à des conditions cumulatives :

  • le bénéficiaire ne dispose pas d'un logement adapté à ses besoins normaux ;
  • la reprise ne cause pas de trouble grave à l'exploitation du fonds ;
  • les locaux commerciaux et d'habitation ne forment pas un tout indivisible ;
  • le bénéficiaire occupe effectivement les lieux, faute de quoi l'indemnité redevient due.

D'autres situations permettent d'éviter l'indemnité :

  • le locataire non immatriculé au registre du commerce et des sociétés perd le droit au renouvellement ;
  • le bail dérogatoire, de courte durée, échappe au statut, sauf si le locataire est laissé dans les lieux à son terme ;
  • le droit de repentir permet au bailleur de renoncer à son refus et de renouveler le bail pour échapper à l'indemnité.

Côté locataire : partir sans payer d'indemnité au bailleur

Le locataire dispose d'une faculté de résiliation triennale : il peut donner congé à l'expiration de chaque période de 3 ans, avec un préavis de 6 mois, sans verser d'indemnité au bailleur. Le congé est délivré par acte de commissaire de justice ou par lettre recommandée avec accusé de réception.

Le bail peut écarter cette faculté dans des cas limités, notamment pour les baux de plus de 9 ans, les locaux monovalents ou les locaux à usage exclusif de bureaux.

En revanche, un départ hors de ces fenêtres ne libère pas le locataire : il reste redevable des loyers jusqu'à l'échéance, sauf résiliation amiable.

Un congé mal calibré peut coûter plusieurs mois de loyers ou une indemnité d'éviction complète.
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Procédure, délais et erreurs qui font perdre l'exception

Le refus de renouvellement prend la forme d'un congé ou d'une réponse à la demande de renouvellement du locataire. Lorsqu'il est fait sans indemnité, l'acte doit exposer ses motifs. Il doit aussi indiquer que le locataire dispose de 2 ans pour contester le congé ou réclamer une indemnité.

Les erreurs les plus fréquentes font revenir au principe de l'indemnité :

ErreurConséquence
Mise en demeure sans reproduction de l'article L. 145-17Nullité, motif grave inopposable
Congé sans motif précisIndemnité d'éviction due
Commandement sans mention du délai d'1 moisNullité, clause résolutoire inopérante
Insalubrité non reconnue par l'administrationException écartée, indemnité due

Par ailleurs, lorsque le juge écarte le motif grave invoqué, le refus de renouvellement reste acquis mais l'indemnité d'éviction devient due. Une démarche pour rompre un bail commercial sans indemnité se prépare donc avant tout congé : constats de commissaire de justice, relevés d'impayés, correspondances datées.

FAQ

Un bailleur peut-il rompre un bail commercial sans indemnité à tout moment ?

Non. En cours de bail, seule la clause résolutoire ou une résiliation judiciaire pour manquement grave le permet. À l'échéance, le refus de renouvellement sans indemnité suppose un motif prévu par le code de commerce.

Les loyers impayés justifient-ils un refus sans indemnité ?

Oui, s'ils sont répétés ou persistent plus d'1 mois après une mise en demeure régulière. Un locataire qui régularise dans ce délai neutralise le motif.

Quand la clause résolutoire produit-elle effet ?

1 mois après la signification d'un commandement resté infructueux, qui doit mentionner ce délai. Le juge peut toutefois accorder des délais de paiement et suspendre la clause.

Que se passe-t-il si le juge écarte le motif grave ?

Le refus de renouvellement produit ses effets, mais le bailleur doit l'indemnité d'éviction. Il peut encore exercer son droit de repentir en proposant le renouvellement, tant que le locataire n'a pas engagé sa réinstallation.

Le locataire doit-il une indemnité s'il part avant la fin du bail ?

Non, s'il utilise la faculté de résiliation triennale avec un préavis de 6 mois. Hors de ces échéances, il reste tenu des loyers jusqu'au terme de la période en cours, sauf accord amiable.

Pour aller plus loin

Article L145-17 du Code de commerce : refus de renouvellement sans indemnité - Légifrance

Article L145-41 du Code de commerce : clause résolutoire du bail commercial - Légifrance

Code de commerce : refus de renouvellement du bail (L145-14 à L145-30) - Légifrance

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