
Ce que signifie l'apport personnel en entreprise
Peut-on récupérer son apport personnel légalement ?
Les cas où le remboursement est possible
Réduction de capital : la procédure étape par étape
Cession de parts : récupérer son apport autrement
Erreurs fréquentes des fondateurs à éviter
Anticiper la récupération dès la création
Sécuriser vos relations entre associés sur ce sujet
Récupérer son apport personnel en entreprise suppose d'abord de comprendre ce que devient cet argent une fois versé. Lorsqu'un fondateur injecte des fonds dans sa société au moment de la création, il réalise ce que le droit appelle un apport en numéraire. Ce montant est affecté au capital social de l'entreprise. En contrepartie, le fondateur reçoit des parts sociales (en SARL) ou des actions (en SAS), proportionnelles à sa mise.
Le point décisif est le suivant : dès que l'apport est libéré, c'est-à-dire effectivement versé sur le compte bancaire de la société, il cesse d'appartenir au fondateur. Il devient un actif de la personne morale. La société peut l'utiliser pour financer son activité, payer ses fournisseurs ou investir. Le fondateur, lui, détient des titres — pas une créance.
Cette distinction entre titres de propriété et créance conditionne tout le reste. Un associé qui a prêté de l'argent à sa société (via un compte courant d'associé) peut en demander le remboursement à tout moment, sauf convention contraire. Un associé qui a réalisé un apport au capital ne dispose pas de ce droit. Les deux mécanismes obéissent à des régimes juridiques distincts.
En France, le capital social minimum est de 1 € pour les SAS et SARL depuis la loi de modernisation de l'économie de 2008. En pratique, les fondateurs investissent souvent entre 1 000 € et 50 000 € selon le secteur. Quelle que soit la somme, les règles de récupération sont identiques.
| Critère | Apport au capital | Compte courant d'associé |
|---|---|---|
| Nature juridique | Participation au capital social | Prêt consenti à la société |
| Contrepartie | Parts sociales ou actions | Créance remboursable |
| Récupération | Impossible sans procédure spécifique | Remboursable sur demande (sauf blocage conventionnel) |
| Impact sur les droits de vote | Oui, proportionnel aux parts | Non |
| Risque en cas de liquidation | Remboursé en dernier | Remboursé avant les associés |
La réponse courte : oui, mais jamais de manière unilatérale ni immédiate. Le droit français encadre strictement les sorties de capital pour protéger les créanciers de la société. Le capital social constitue en effet le gage minimal des créanciers : c'est la garantie que la société dispose d'un socle financier.
L'article L. 225-204 du Code de commerce (pour les SA) et les articles L. 223-34 et suivants (pour les SARL) posent le cadre. Un fondateur ne peut pas se verser son apport comme il retirerait de l'argent d'un compte personnel. Toute sortie de capital passe par une décision collective des associés et une procédure encadrée.
Concrètement, 3 voies légales permettent de récupérer la valeur de son apport :
En dehors de ces 3 cas, toute récupération directe de l'apport constitue un abus de biens sociaux (article L. 241-3 du Code de commerce pour les SARL, L. 242-6 pour les SA/SAS). Ce délit est puni de 5 ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende.
Structurer les conditions de sortie du capital dès la création de la société permet d'éviter les situations de blocage entre associés.
Consultez un avocat spécialisé en relations entre associés
C'est le mécanisme le plus direct. La société décide de diminuer son capital social et rembourse la différence aux associés. Ce cas se présente lorsque le capital est jugé surdimensionné par rapport aux besoins réels de l'entreprise, ou lorsqu'un associé souhaite sortir partiellement.
En pratique, cette opération est fréquente dans les PME ayant constitué un capital élevé à la création, puis constaté que la trésorerie excédentaire n'est pas nécessaire à l'exploitation.
Lorsque la société cesse son activité, le liquidateur rembourse d'abord les créanciers, puis restitue aux associés le boni de liquidation — c'est-à-dire l'excédent d'actif après paiement de toutes les dettes. Si l'actif net est inférieur au capital, les associés ne récupèrent qu'une fraction de leur apport, voire rien.
Le boni de liquidation est soumis à une fiscalité spécifique : il est imposé comme un revenu distribué (au prélèvement forfaitaire unique de 30 %, ou au barème progressif de l'impôt sur le revenu sur option).
Le fondateur vend ses titres à un tiers, à un autre associé ou à la société elle-même (rachat de parts). Il récupère alors non pas l'apport initial, mais la valeur de marché de ses parts au moment de la cession. Si la société a pris de la valeur, le fondateur peut récupérer davantage que son apport. Dans le cas inverse, il subit une moins-value.
| Mécanisme | Conditions | Fiscalité applicable |
|---|---|---|
| Réduction de capital | Vote en AGE + droit d'opposition des créanciers | IR ou PFU sur la fraction excédant l'apport |
| Dissolution-liquidation | Cessation d'activité + apurement du passif | PFU 30 % ou barème IR sur le boni |
| Cession de parts | Accord entre cédant et cessionnaire + agrément éventuel | PFU 30 % sur la plus-value |
La réduction de capital non motivée par des pertes suit un processus en 5 étapes, encadré par le Code de commerce.
Décision en assemblée générale extraordinaire (AGE). Les associés votent la réduction à la majorité requise par les statuts. En SARL, la majorité des 2/3 des parts est exigée (article L. 223-34). En SAS, les statuts fixent librement les règles de majorité.
Respect du droit d'opposition des créanciers. Pendant 20 jours suivant le dépôt du procès-verbal au greffe, tout créancier dont la créance est antérieure à la décision peut s'opposer à la réduction devant le tribunal de commerce. Si l'opposition est jugée fondée, le tribunal peut ordonner le remboursement de la créance ou la constitution de garanties.
Modification des statuts. Le capital social inscrit dans les statuts est mis à jour pour refléter le nouveau montant.
Publication d'un avis de modification. Un avis est publié dans un journal d'annonces légales du département du siège social. Le coût varie entre 150 € et 250 € selon le département.
Dépôt au greffe du tribunal de commerce. Le dossier complet (PV d'AGE, statuts mis à jour, attestation de parution) est déposé au greffe pour inscription modificative au RCS. Les frais de greffe s'élèvent à environ 200 €.
Le délai total, entre la convocation de l'AGE et l'inscription au RCS, est généralement de 6 à 10 semaines.
La cession de parts sociales ou d'actions constitue l'alternative la plus courante à la réduction de capital. Le fondateur ne touche pas au capital de la société : il transfère ses titres à un acquéreur qui lui verse un prix.
En SARL, toute cession à un tiers étranger à la société est soumise à l'agrément des autres associés (article L. 223-14 du Code de commerce). La majorité requise est celle des associés représentant au moins la moitié des parts sociales. En SAS, les statuts peuvent prévoir une clause d'agrément, mais ce n'est pas obligatoire.
Si l'agrément est refusé, les associés restants disposent de 3 mois pour proposer un acquéreur ou racheter eux-mêmes les parts. À défaut, l'agrément est réputé acquis.
Le prix de cession est librement fixé entre les parties. En cas de désaccord, un expert peut être désigné par le tribunal (article 1843-4 du Code civil). La valorisation repose généralement sur l'actif net réévalué, la rentabilité future ou une combinaison des deux méthodes.
Un fondateur ayant apporté 10 000 € au capital d'une SARL valorisée 200 000 € après 5 ans d'activité peut céder ses parts pour un montant proportionnel à cette valorisation — soit un multiple de son apport initial.
Lorsque plusieurs associés sont impliqués, la cession de parts nécessite souvent un cadre contractuel clair pour éviter les conflits sur la valorisation ou l'agrément.
Faites-vous accompagner sur vos relations entre associés
Erreur n°1 : confondre apport et compte courant. Un fondateur qui verse 20 000 € au capital puis 30 000 € en compte courant d'associé ne peut récupérer librement que les 30 000 € du compte courant. Les 20 000 € d'apport suivent les règles décrites ci-dessus. Cette confusion est fréquente dans les sociétés créées sans accompagnement juridique.
Erreur n°2 : se verser l'apport sous forme de remboursement de frais fictifs. Certains fondateurs tentent de récupérer leur mise en gonflant des notes de frais ou en se faisant rembourser des dépenses non justifiées. Cette pratique constitue un abus de biens sociaux, détectable lors d'un contrôle fiscal ou d'un audit.
Erreur n°3 : réduire le capital sans respecter le droit d'opposition des créanciers. L'omission de cette étape rend la réduction inopposable aux créanciers et expose le dirigeant à une action en responsabilité.
Erreur n°4 : ne pas anticiper la fiscalité. Le remboursement d'un apport en capital n'est pas imposable à hauteur du montant initialement versé. En revanche, tout excédent (boni de liquidation, plus-value de cession) est soumis au PFU de 30 % ou, sur option, au barème progressif de l'IR. Ne pas provisionner cet impôt peut créer un décalage de trésorerie personnel.
Erreur n°5 : ignorer les clauses statutaires. Les statuts peuvent contenir des clauses de lock-up (interdiction de céder pendant une durée déterminée), de préemption (priorité d'achat pour les autres associés) ou de plafonnement du prix de cession. Ne pas les relire avant d'engager une procédure expose à un refus ou à un contentieux.
La meilleure stratégie pour récupérer son apport sans difficulté consiste à prévoir les mécanismes de sortie dès la rédaction des statuts ou du pacte d'associés.
Le pacte d'associés, document confidentiel entre les associés (non publié au greffe), peut compléter les statuts avec des engagements plus détaillés :
Ces clauses ne garantissent pas la récupération de l'apport, mais elles créent un cadre prévisible qui réduit les risques de blocage.
Structurer les statuts et le pacte d'associés dès la création permet de sécuriser les conditions de sortie de chaque fondateur.
Trouvez un avocat spécialisé en relations entre associés
La récupération de l'apport personnel cristallise souvent des tensions entre associés. Le fondateur qui souhaite sortir se heurte parfois à des co-associés qui refusent l'agrément, contestent la valorisation ou bloquent la réduction de capital en AGE.
La prévention repose sur 3 leviers :
Un fondateur qui anticipe ces sujets dès la création de sa société se donne les moyens de récupérer son apport dans des conditions prévisibles, sans mettre en péril ni l'entreprise ni ses relations avec ses co-associés.
Non. L'apport intégré au capital social appartient à la société. Sa récupération nécessite une procédure spécifique : réduction de capital votée en AGE, cession de parts à un tiers ou dissolution de la société. Aucun retrait unilatéral n'est possible.
L'apport au capital donne droit à des parts sociales et ne peut être récupéré que par réduction de capital, cession ou liquidation. Le compte courant d'associé est un prêt à la société, remboursable sur demande sauf clause de blocage. Les deux mécanismes suivent des régimes juridiques distincts.
Le remboursement du montant nominal de l'apport n'est pas imposable. En revanche, tout excédent — plus-value de cession ou boni de liquidation — est soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 % ou, sur option, au barème progressif de l'impôt sur le revenu.
Entre la convocation de l'assemblée générale extraordinaire et l'inscription modificative au RCS, le délai est généralement de 6 à 10 semaines. Ce délai inclut le respect du droit d'opposition des créanciers (20 jours) et les formalités de publication et de dépôt au greffe.
En SARL, les associés qui refusent l'agrément disposent de 3 mois pour proposer un acquéreur ou racheter eux-mêmes les parts au prix fixé par expert. Passé ce délai sans proposition, l'agrément est réputé acquis et la cession peut avoir lieu librement.
Article L232-12 du Code de commerce - Légifrance
Recherche de financements pour créer ou reprendre une entreprise - entreprendre.service-public.fr
Les créations d’entreprises en 2024 - Insee
SWIM LEGAL est une alternative au cabinet d’avocats traditionnel pour les besoins juridiques des entreprises. Incubé par le Barreau de Paris, SWIM a reçu le Prix de l’Innovation pour sa solution permettant à toute entreprise, quelle que soit sa taille ou sa localisation, d’accéder rapidement via la plateforme à des avocats d’affaires expérimentés. Les entreprises peuvent déposer leur besoin — qu’il s’agisse d’un dossier, d’une consultation ou d’un renfort temporaire — de manière confidentielle et recevoir des propositions d’avocats pour répondre rapidement à leur demande.


