Récupérer son apport personnel en entreprise : quand, comment, avec quelles règles

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19 Feb 2026
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11
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Points clés de l'article
  1. L'apport personnel intégré au capital social appartient à la société, pas au fondateur : il ne peut pas être retiré librement.
  2. Le remboursement direct n'est possible que par réduction de capital, dissolution ou cession de parts sociales.
  3. La réduction de capital exige une décision en assemblée générale extraordinaire, un respect du droit d'opposition des créanciers et une modification des statuts.
  4. La cession de parts permet de récupérer une valeur équivalente à l'apport, voire supérieure, sans toucher au capital social.
  5. Anticiper les modalités de sortie dès la rédaction des statuts ou du pacte d'associés évite les blocages ultérieurs.

Sommaire

Ce que signifie l'apport personnel en entreprise

Peut-on récupérer son apport personnel légalement ?

Les cas où le remboursement est possible

Réduction de capital : la procédure étape par étape

Cession de parts : récupérer son apport autrement

Erreurs fréquentes des fondateurs à éviter

Anticiper la récupération dès la création

Sécuriser vos relations entre associés sur ce sujet

FAQ

Pour aller plus loin

Ce que signifie l'apport personnel en entreprise

Récupérer son apport personnel en entreprise suppose d'abord de comprendre ce que devient cet argent une fois versé. Lorsqu'un fondateur injecte des fonds dans sa société au moment de la création, il réalise ce que le droit appelle un apport en numéraire. Ce montant est affecté au capital social de l'entreprise. En contrepartie, le fondateur reçoit des parts sociales (en SARL) ou des actions (en SAS), proportionnelles à sa mise.

Le point décisif est le suivant : dès que l'apport est libéré, c'est-à-dire effectivement versé sur le compte bancaire de la société, il cesse d'appartenir au fondateur. Il devient un actif de la personne morale. La société peut l'utiliser pour financer son activité, payer ses fournisseurs ou investir. Le fondateur, lui, détient des titres — pas une créance.

Cette distinction entre titres de propriété et créance conditionne tout le reste. Un associé qui a prêté de l'argent à sa société (via un compte courant d'associé) peut en demander le remboursement à tout moment, sauf convention contraire. Un associé qui a réalisé un apport au capital ne dispose pas de ce droit. Les deux mécanismes obéissent à des régimes juridiques distincts.

En France, le capital social minimum est de 1 € pour les SAS et SARL depuis la loi de modernisation de l'économie de 2008. En pratique, les fondateurs investissent souvent entre 1 000 € et 50 000 € selon le secteur. Quelle que soit la somme, les règles de récupération sont identiques.

Apport au capital vs. compte courant d'associé : les différences clés

Critère Apport au capital Compte courant d'associé
Nature juridique Participation au capital social Prêt consenti à la société
Contrepartie Parts sociales ou actions Créance remboursable
Récupération Impossible sans procédure spécifique Remboursable sur demande (sauf blocage conventionnel)
Impact sur les droits de vote Oui, proportionnel aux parts Non
Risque en cas de liquidation Remboursé en dernier Remboursé avant les associés

Peut-on récupérer son apport personnel légalement ?

La réponse courte : oui, mais jamais de manière unilatérale ni immédiate. Le droit français encadre strictement les sorties de capital pour protéger les créanciers de la société. Le capital social constitue en effet le gage minimal des créanciers : c'est la garantie que la société dispose d'un socle financier.

L'article L. 225-204 du Code de commerce (pour les SA) et les articles L. 223-34 et suivants (pour les SARL) posent le cadre. Un fondateur ne peut pas se verser son apport comme il retirerait de l'argent d'un compte personnel. Toute sortie de capital passe par une décision collective des associés et une procédure encadrée.

Concrètement, 3 voies légales permettent de récupérer la valeur de son apport :

  1. La réduction de capital non motivée par des pertes, qui permet à la société de rembourser tout ou partie de l'apport à un ou plusieurs associés.
  2. La cession de parts sociales ou d'actions, qui transfère les titres à un tiers ou à un autre associé contre un prix.
  3. La dissolution et liquidation de la société, qui entraîne le partage du patrimoine résiduel entre les associés, après paiement de toutes les dettes.

En dehors de ces 3 cas, toute récupération directe de l'apport constitue un abus de biens sociaux (article L. 241-3 du Code de commerce pour les SARL, L. 242-6 pour les SA/SAS). Ce délit est puni de 5 ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende.

Structurer les conditions de sortie du capital dès la création de la société permet d'éviter les situations de blocage entre associés.
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Les cas où le remboursement est possible

Réduction de capital non motivée par des pertes

C'est le mécanisme le plus direct. La société décide de diminuer son capital social et rembourse la différence aux associés. Ce cas se présente lorsque le capital est jugé surdimensionné par rapport aux besoins réels de l'entreprise, ou lorsqu'un associé souhaite sortir partiellement.

En pratique, cette opération est fréquente dans les PME ayant constitué un capital élevé à la création, puis constaté que la trésorerie excédentaire n'est pas nécessaire à l'exploitation.

Dissolution-liquidation

Lorsque la société cesse son activité, le liquidateur rembourse d'abord les créanciers, puis restitue aux associés le boni de liquidation — c'est-à-dire l'excédent d'actif après paiement de toutes les dettes. Si l'actif net est inférieur au capital, les associés ne récupèrent qu'une fraction de leur apport, voire rien.

Le boni de liquidation est soumis à une fiscalité spécifique : il est imposé comme un revenu distribué (au prélèvement forfaitaire unique de 30 %, ou au barème progressif de l'impôt sur le revenu sur option).

Cession de parts ou d'actions

Le fondateur vend ses titres à un tiers, à un autre associé ou à la société elle-même (rachat de parts). Il récupère alors non pas l'apport initial, mais la valeur de marché de ses parts au moment de la cession. Si la société a pris de la valeur, le fondateur peut récupérer davantage que son apport. Dans le cas inverse, il subit une moins-value.

Mécanisme Conditions Fiscalité applicable
Réduction de capital Vote en AGE + droit d'opposition des créanciers IR ou PFU sur la fraction excédant l'apport
Dissolution-liquidation Cessation d'activité + apurement du passif PFU 30 % ou barème IR sur le boni
Cession de parts Accord entre cédant et cessionnaire + agrément éventuel PFU 30 % sur la plus-value

Réduction de capital : la procédure étape par étape

La réduction de capital non motivée par des pertes suit un processus en 5 étapes, encadré par le Code de commerce.

  1. Décision en assemblée générale extraordinaire (AGE). Les associés votent la réduction à la majorité requise par les statuts. En SARL, la majorité des 2/3 des parts est exigée (article L. 223-34). En SAS, les statuts fixent librement les règles de majorité.

  2. Respect du droit d'opposition des créanciers. Pendant 20 jours suivant le dépôt du procès-verbal au greffe, tout créancier dont la créance est antérieure à la décision peut s'opposer à la réduction devant le tribunal de commerce. Si l'opposition est jugée fondée, le tribunal peut ordonner le remboursement de la créance ou la constitution de garanties.

  3. Modification des statuts. Le capital social inscrit dans les statuts est mis à jour pour refléter le nouveau montant.

  4. Publication d'un avis de modification. Un avis est publié dans un journal d'annonces légales du département du siège social. Le coût varie entre 150 € et 250 € selon le département.

  5. Dépôt au greffe du tribunal de commerce. Le dossier complet (PV d'AGE, statuts mis à jour, attestation de parution) est déposé au greffe pour inscription modificative au RCS. Les frais de greffe s'élèvent à environ 200 €.

Le délai total, entre la convocation de l'AGE et l'inscription au RCS, est généralement de 6 à 10 semaines.

Cession de parts : récupérer son apport autrement

La cession de parts sociales ou d'actions constitue l'alternative la plus courante à la réduction de capital. Le fondateur ne touche pas au capital de la société : il transfère ses titres à un acquéreur qui lui verse un prix.

L'agrément : un verrou fréquent

En SARL, toute cession à un tiers étranger à la société est soumise à l'agrément des autres associés (article L. 223-14 du Code de commerce). La majorité requise est celle des associés représentant au moins la moitié des parts sociales. En SAS, les statuts peuvent prévoir une clause d'agrément, mais ce n'est pas obligatoire.

Si l'agrément est refusé, les associés restants disposent de 3 mois pour proposer un acquéreur ou racheter eux-mêmes les parts. À défaut, l'agrément est réputé acquis.

Valorisation des parts

Le prix de cession est librement fixé entre les parties. En cas de désaccord, un expert peut être désigné par le tribunal (article 1843-4 du Code civil). La valorisation repose généralement sur l'actif net réévalué, la rentabilité future ou une combinaison des deux méthodes.

Un fondateur ayant apporté 10 000 € au capital d'une SARL valorisée 200 000 € après 5 ans d'activité peut céder ses parts pour un montant proportionnel à cette valorisation — soit un multiple de son apport initial.

Lorsque plusieurs associés sont impliqués, la cession de parts nécessite souvent un cadre contractuel clair pour éviter les conflits sur la valorisation ou l'agrément.
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Erreurs fréquentes des fondateurs à éviter

Erreur n°1 : confondre apport et compte courant. Un fondateur qui verse 20 000 € au capital puis 30 000 € en compte courant d'associé ne peut récupérer librement que les 30 000 € du compte courant. Les 20 000 € d'apport suivent les règles décrites ci-dessus. Cette confusion est fréquente dans les sociétés créées sans accompagnement juridique.

Erreur n°2 : se verser l'apport sous forme de remboursement de frais fictifs. Certains fondateurs tentent de récupérer leur mise en gonflant des notes de frais ou en se faisant rembourser des dépenses non justifiées. Cette pratique constitue un abus de biens sociaux, détectable lors d'un contrôle fiscal ou d'un audit.

Erreur n°3 : réduire le capital sans respecter le droit d'opposition des créanciers. L'omission de cette étape rend la réduction inopposable aux créanciers et expose le dirigeant à une action en responsabilité.

Erreur n°4 : ne pas anticiper la fiscalité. Le remboursement d'un apport en capital n'est pas imposable à hauteur du montant initialement versé. En revanche, tout excédent (boni de liquidation, plus-value de cession) est soumis au PFU de 30 % ou, sur option, au barème progressif de l'IR. Ne pas provisionner cet impôt peut créer un décalage de trésorerie personnel.

Erreur n°5 : ignorer les clauses statutaires. Les statuts peuvent contenir des clauses de lock-up (interdiction de céder pendant une durée déterminée), de préemption (priorité d'achat pour les autres associés) ou de plafonnement du prix de cession. Ne pas les relire avant d'engager une procédure expose à un refus ou à un contentieux.

Anticiper la récupération dès la création

La meilleure stratégie pour récupérer son apport sans difficulté consiste à prévoir les mécanismes de sortie dès la rédaction des statuts ou du pacte d'associés.

Ce que les statuts peuvent prévoir

  • Clause de variabilité du capital : permet d'augmenter ou de réduire le capital dans une fourchette prédéfinie, sans passer par une AGE à chaque opération. Ce mécanisme, autorisé en SARL et en SAS, simplifie considérablement les sorties partielles.
  • Clause de rachat forcé (buy-back) : oblige la société ou les autres associés à racheter les parts d'un associé sortant, selon des conditions de prix et de délai fixées à l'avance.
  • Clause de valorisation : définit la méthode de calcul du prix des parts en cas de cession ou de rachat, évitant les désaccords ultérieurs.

Ce que le pacte d'associés peut ajouter

Le pacte d'associés, document confidentiel entre les associés (non publié au greffe), peut compléter les statuts avec des engagements plus détaillés :

  • Calendrier de sortie progressif (vesting inversé)
  • Droit de sortie conjointe (tag-along) ou droit d'entraînement (drag-along)
  • Mécanisme de résolution des conflits sur la valorisation (médiation, expert désigné)

Ces clauses ne garantissent pas la récupération de l'apport, mais elles créent un cadre prévisible qui réduit les risques de blocage.

Structurer les statuts et le pacte d'associés dès la création permet de sécuriser les conditions de sortie de chaque fondateur.
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Sécuriser vos relations entre associés sur ce sujet

La récupération de l'apport personnel cristallise souvent des tensions entre associés. Le fondateur qui souhaite sortir se heurte parfois à des co-associés qui refusent l'agrément, contestent la valorisation ou bloquent la réduction de capital en AGE.

Les situations de blocage les plus fréquentes

  • Désaccord sur la valorisation : l'associé sortant estime ses parts à 100 000 €, les autres à 40 000 €. Sans clause de valorisation dans les statuts, le recours à un expert judiciaire (article 1843-4 du Code civil) devient nécessaire, avec des délais de 3 à 6 mois et des frais d'expertise de 3 000 € à 10 000 €.
  • Refus d'agrément sans proposition alternative : en SARL, si les associés refusent l'agrément sans proposer de rachat dans les 3 mois, l'associé sortant peut céder librement. En SAS, la situation dépend entièrement des statuts.
  • Minorité de blocage : un associé détenant plus du tiers des parts en SARL peut empêcher toute réduction de capital, puisque la majorité des 2/3 est requise en AGE.

Comment prévenir ces conflits

La prévention repose sur 3 leviers :

  1. Rédiger des statuts complets incluant les clauses de sortie, de valorisation et de résolution des conflits.
  2. Formaliser un pacte d'associés détaillant les engagements réciproques sur les conditions de cession et de rachat.
  3. Faire intervenir un avocat en droit des sociétés dès que la question de la récupération de l'apport se pose, pour sécuriser la procédure et éviter les vices de forme.

Un fondateur qui anticipe ces sujets dès la création de sa société se donne les moyens de récupérer son apport dans des conditions prévisibles, sans mettre en péril ni l'entreprise ni ses relations avec ses co-associés.

FAQ

Peut-on récupérer son apport en capital à tout moment ?

Non. L'apport intégré au capital social appartient à la société. Sa récupération nécessite une procédure spécifique : réduction de capital votée en AGE, cession de parts à un tiers ou dissolution de la société. Aucun retrait unilatéral n'est possible.

Quelle différence entre apport au capital et compte courant d'associé ?

L'apport au capital donne droit à des parts sociales et ne peut être récupéré que par réduction de capital, cession ou liquidation. Le compte courant d'associé est un prêt à la société, remboursable sur demande sauf clause de blocage. Les deux mécanismes suivent des régimes juridiques distincts.

La récupération de l'apport est-elle imposable ?

Le remboursement du montant nominal de l'apport n'est pas imposable. En revanche, tout excédent — plus-value de cession ou boni de liquidation — est soumis au prélèvement forfaitaire unique de 30 % ou, sur option, au barème progressif de l'impôt sur le revenu.

Combien de temps prend une réduction de capital ?

Entre la convocation de l'assemblée générale extraordinaire et l'inscription modificative au RCS, le délai est généralement de 6 à 10 semaines. Ce délai inclut le respect du droit d'opposition des créanciers (20 jours) et les formalités de publication et de dépôt au greffe.

Que se passe-t-il si les autres associés refusent la cession de mes parts ?

En SARL, les associés qui refusent l'agrément disposent de 3 mois pour proposer un acquéreur ou racheter eux-mêmes les parts au prix fixé par expert. Passé ce délai sans proposition, l'agrément est réputé acquis et la cession peut avoir lieu librement.

Pour aller plus loin

Article L232-12 du Code de commerce - Légifrance

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Les créations d’entreprises en 2024 - Insee

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Maître Jullian Hoareau
Avocat au Barreau de Paris
Fondateur de SWIM - Plateforme de mise en relation d’avocats d’affaires