
Accédez en -24h à un avocat d'affaires sélectionné parmi les meilleurs, à des honoraires maîtrisés.
Pratique anticoncurrentielle : définition et cadre juridique
Ententes entre entreprises : typologie et exemples concrets
Abus de position dominante : critères de qualification
Procédure devant l'Autorité de la concurrence
Sanctions encourues : amendes, réparation civile, conséquences pénales
Compliance : prévenir le risque anticoncurrentiel en entreprise
Une pratique anticoncurrentielle est un comportement d'entreprise qui fausse ou restreint le libre jeu de la concurrence sur un marché. Le droit français la définit aux articles L. 420-1 et L. 420-2 du Code de commerce. Le droit européen la couvre aux articles 101 et 102 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE).
Deux catégories structurent cette notion. La première vise les ententes entre entreprises : des accords ou pratiques concertées qui coordonnent les comportements de concurrents ou de partenaires commerciaux. La seconde concerne l'abus de position dominante : l'exploitation abusive, par une entreprise, de la puissance qu'elle détient sur un marché donné.
Le critère central est l'effet — réel ou potentiel — sur la concurrence. Un accord n'a pas besoin de produire un dommage avéré pour être sanctionné : il suffit qu'il ait pour objet de restreindre la concurrence. En France, l'Autorité de la concurrence (ADLC) est l'organe de contrôle et de sanction. Au niveau européen, la Commission européenne exerce ce rôle pour les affaires affectant le commerce entre États membres.
Le droit des pratiques anticoncurrentielles s'applique à toute entreprise, quelle que soit sa taille ou sa forme juridique : société commerciale, association, groupement d'intérêt économique. Le critère retenu est l'exercice d'une activité économique, pas le statut juridique.
Les ententes entre entreprises constituent l'infraction la plus fréquemment sanctionnée par l'Autorité de la concurrence. L'article L. 420-1 du Code de commerce vise les accords, décisions d'associations d'entreprises et pratiques concertées qui ont pour objet ou effet d'empêcher, de restreindre ou de fausser la concurrence.
| Type d'entente | Mécanisme | Exemple en France |
|---|---|---|
| Fixation de prix | Les concurrents s'accordent sur un niveau de prix ou une grille tarifaire | Entente dans le secteur des produits d'hygiène (2014) : 951 M€ d'amende pour 13 fabricants |
| Répartition de marchés | Les entreprises se partagent des zones géographiques ou des clients | Cartel du BTP en Île-de-France : répartition de marchés publics entre majors de la construction |
| Échange d'informations sensibles | Partage de données commerciales (prix futurs, volumes, stratégies) entre concurrents | Téléphonie mobile (2005) : 534 M€ d'amende pour échange d'informations stratégiques entre 3 opérateurs |
Les ententes dites hardcore — fixation de prix, répartition de marchés, limitation de production — sont présumées anticoncurrentielles par objet. Aucune analyse d'effets n'est nécessaire pour les sanctionner.
Les accords entre fournisseur et distributeur peuvent aussi constituer une entente. L'imposition de prix de revente minimaux ou l'interdiction de vente en ligne figurent parmi les restrictions verticales les plus surveillées. En 2019, l'ADLC a sanctionné plusieurs marques pour avoir imposé des prix de revente à leurs distributeurs en ligne.
Identifier une entente suppose de qualifier précisément les échanges entre concurrents ou partenaires commerciaux. Un audit des pratiques commerciales permet de détecter les zones de risque avant toute procédure.
Faites appel à un avocat spécialisé en droit de la concurrence
L'abus de position dominante est défini à l'article L. 420-2 du Code de commerce. Il ne sanctionne pas la position dominante elle-même — détenir une part de marché élevée est licite — mais son exploitation abusive.
La qualification suit un raisonnement en 2 temps :
| Critère | Indicateur |
|---|---|
| Part de marché | Présomption de dominance au-delà de 50 % (jurisprudence AKZO, CJUE 1991) |
| Barrières à l'entrée | Brevets, coûts d'infrastructure, effets de réseau |
| Contre-pouvoir des acheteurs | Capacité des clients à changer de fournisseur |
En 2020, l'ADLC a infligé 1,1 Md€ d'amende à Apple pour abus de position dominante dans son réseau de distribution. Cette décision illustre l'ampleur des sanctions possibles, même pour des pratiques qui ne relèvent pas d'un cartel classique.
L'Autorité de la concurrence peut se saisir d'office ou être saisie par le ministre de l'Économie, les entreprises, les organisations professionnelles ou les collectivités territoriales. La procédure suit un schéma contradictoire structuré.
La procédure de clémence permet à une entreprise participant à un cartel de bénéficier d'une exonération totale ou partielle d'amende, à condition de révéler l'entente et de coopérer pleinement. La procédure de transaction offre une réduction d'amende en échange d'une reconnaissance des faits.
La gestion d'une procédure devant l'ADLC requiert une stratégie de défense adaptée dès la phase d'enquête. Chaque étape conditionne la suite.
Consultez un avocat en droit de la concurrence
L'ADLC peut prononcer des amendes allant jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires mondial hors taxes le plus élevé réalisé au cours d'un des exercices clos depuis l'exercice précédant celui au cours duquel les pratiques ont été mises en œuvre. En 2023, le montant total des amendes prononcées par l'ADLC a dépassé 800 M€.
Depuis la transposition de la directive 2014/104/UE, toute entreprise victime d'une pratique anticoncurrentielle peut demander réparation du préjudice subi devant les juridictions civiles. Le tribunal de commerce de Paris dispose d'une chambre spécialisée. Le préjudice couvre le surcoût payé (overcharge), le manque à gagner et les intérêts.
L'article L. 420-6 du Code de commerce prévoit, pour les personnes physiques ayant pris une part personnelle et déterminante dans la conception ou la mise en œuvre d'une entente, une peine de 4 ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende. Ces poursuites restent rares mais existent.
| Nature de la sanction | Plafond | Base juridique |
|---|---|---|
| Amende administrative | 10 % du CA mondial | Art. L. 464-2 C. com. |
| Réparation civile | Préjudice intégral | Directive 2014/104/UE |
| Sanction pénale (personne physique) | 4 ans + 75 000 € | Art. L. 420-6 C. com. |
Un programme de conformité (compliance) constitue le principal outil de prévention. L'ADLC a publié en 2012, puis actualisé, un document-cadre sur les programmes de conformité. Elle reconnaît leur utilité mais précise qu'ils ne constituent pas une circonstance atténuante automatique en cas d'infraction.
Pour une direction juridique, la difficulté réside dans le déploiement opérationnel. Les équipes commerciales sont souvent les premières exposées, sans toujours mesurer les conséquences d'un échange informel lors d'un salon professionnel ou d'une réunion de fédération.
Un programme de conformité crédible repose sur un diagnostic précis des pratiques internes et une formation adaptée aux métiers exposés.
Structurez votre démarche avec un avocat en droit de la concurrence
La pratique anticoncurrentielle relève du droit public de la concurrence (articles L. 420-1 et L. 420-2 du Code de commerce) et est sanctionnée par l'Autorité de la concurrence. La concurrence déloyale relève du droit civil (article 1240 du Code civil) et sanctionne des comportements fautifs entre concurrents — parasitisme, dénigrement, confusion — devant les tribunaux judiciaires. Les deux régimes sont indépendants et peuvent se cumuler.
Oui. Le droit des ententes entre entreprises s'applique à toute entreprise exerçant une activité économique, sans seuil de chiffre d'affaires. L'ADLC a déjà sanctionné des PME, notamment dans le secteur du BTP local ou des services. Le montant de l'amende est proportionné au chiffre d'affaires.
La clémence permet à une entreprise participant à un cartel secret de bénéficier d'une exonération totale ou partielle d'amende, à condition d'être la première à révéler l'entente à l'ADLC et de coopérer pleinement à l'enquête. Ce mécanisme vise à déstabiliser les cartels de l'intérieur.
Un programme de conformité ne constitue pas un bouclier juridique. L'ADLC peut en tenir compte comme circonstance atténuante, mais elle n'accorde pas d'exonération automatique. En revanche, un programme crédible réduit la probabilité qu'une infraction soit commise et facilite sa détection précoce.
La prescription est de 10 ans à compter de la cessation de la pratique pour les poursuites devant l'ADLC (article L. 462-7 du Code de commerce). Pour l'action en réparation civile, le délai est de 5 ans à compter du jour où le demandeur a connu ou aurait dû connaître l'infraction.
L'action civile en réparation des pratiques anticoncurrentielles - DGCCRF
L'abus de position dominante : comment définir cette pratique - DGCCRF
Pratique anticoncurrentielle et preuve du préjudice - Service-Public.fr
SWIM LEGAL est une alternative au cabinet d'avocats traditionnel pour les besoins juridiques des entreprises. Incubé par le Barreau de Paris, SWIM a reçu le Prix de l'Innovation pour sa solution permettant à toute entreprise, quelle que soit sa taille ou sa localisation, d'accéder rapidement via la plateforme à des avocats d'affaires expérimentés. Les entreprises peuvent déposer leur besoin — qu'il s'agisse d'un dossier, d'une consultation ou d'un renfort temporaire — de manière confidentielle et recevoir des propositions d'avocats pour répondre rapidement à leur demande.



