Pratique anticoncurrentielle : définition, sanctions et risques pour l’entreprise

Guides & Ressources pratiques
28 May 2026
-
8 min de lecture
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Points clés de l'article
  1. Une pratique anticoncurrentielle désigne tout comportement — entente ou abus de position dominante — qui fausse le jeu concurrentiel sur un marché.
  2. Les ententes entre entreprises couvrent la fixation de prix, la répartition de marchés et les échanges d'informations sensibles.
  3. L'abus de position dominante sanctionne l'exploitation abusive d'une puissance de marché, pas la domination elle-même.
  4. L'Autorité de la concurrence peut prononcer des amendes allant jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires mondial consolidé.
  5. Un programme de compliance structuré reste le levier le plus efficace pour prévenir l'exposition de l'entreprise.

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Sommaire

Pratique anticoncurrentielle : définition et cadre juridique

Ententes entre entreprises : typologie et exemples concrets

Abus de position dominante : critères de qualification

Procédure devant l'Autorité de la concurrence

Sanctions encourues : amendes, réparation civile, conséquences pénales

Compliance : prévenir le risque anticoncurrentiel en entreprise

FAQ

Pour aller plus loin

Pratique anticoncurrentielle : définition et cadre juridique

Une pratique anticoncurrentielle est un comportement d'entreprise qui fausse ou restreint le libre jeu de la concurrence sur un marché. Le droit français la définit aux articles L. 420-1 et L. 420-2 du Code de commerce. Le droit européen la couvre aux articles 101 et 102 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE).

Deux catégories structurent cette notion. La première vise les ententes entre entreprises : des accords ou pratiques concertées qui coordonnent les comportements de concurrents ou de partenaires commerciaux. La seconde concerne l'abus de position dominante : l'exploitation abusive, par une entreprise, de la puissance qu'elle détient sur un marché donné.

Le critère central est l'effet — réel ou potentiel — sur la concurrence. Un accord n'a pas besoin de produire un dommage avéré pour être sanctionné : il suffit qu'il ait pour objet de restreindre la concurrence. En France, l'Autorité de la concurrence (ADLC) est l'organe de contrôle et de sanction. Au niveau européen, la Commission européenne exerce ce rôle pour les affaires affectant le commerce entre États membres.

Ce que couvre le champ d'application

Le droit des pratiques anticoncurrentielles s'applique à toute entreprise, quelle que soit sa taille ou sa forme juridique : société commerciale, association, groupement d'intérêt économique. Le critère retenu est l'exercice d'une activité économique, pas le statut juridique.

Ententes entre entreprises : typologie et exemples concrets

Les ententes entre entreprises constituent l'infraction la plus fréquemment sanctionnée par l'Autorité de la concurrence. L'article L. 420-1 du Code de commerce vise les accords, décisions d'associations d'entreprises et pratiques concertées qui ont pour objet ou effet d'empêcher, de restreindre ou de fausser la concurrence.

Les formes d'ententes les plus courantes

Type d'ententeMécanismeExemple en France
Fixation de prixLes concurrents s'accordent sur un niveau de prix ou une grille tarifaireEntente dans le secteur des produits d'hygiène (2014) : 951 M€ d'amende pour 13 fabricants
Répartition de marchésLes entreprises se partagent des zones géographiques ou des clientsCartel du BTP en Île-de-France : répartition de marchés publics entre majors de la construction
Échange d'informations sensiblesPartage de données commerciales (prix futurs, volumes, stratégies) entre concurrentsTéléphonie mobile (2005) : 534 M€ d'amende pour échange d'informations stratégiques entre 3 opérateurs

Les ententes dites hardcore — fixation de prix, répartition de marchés, limitation de production — sont présumées anticoncurrentielles par objet. Aucune analyse d'effets n'est nécessaire pour les sanctionner.

Ententes verticales

Les accords entre fournisseur et distributeur peuvent aussi constituer une entente. L'imposition de prix de revente minimaux ou l'interdiction de vente en ligne figurent parmi les restrictions verticales les plus surveillées. En 2019, l'ADLC a sanctionné plusieurs marques pour avoir imposé des prix de revente à leurs distributeurs en ligne.

Identifier une entente suppose de qualifier précisément les échanges entre concurrents ou partenaires commerciaux. Un audit des pratiques commerciales permet de détecter les zones de risque avant toute procédure.
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Abus de position dominante : critères de qualification

L'abus de position dominante est défini à l'article L. 420-2 du Code de commerce. Il ne sanctionne pas la position dominante elle-même — détenir une part de marché élevée est licite — mais son exploitation abusive.

Deux étapes de qualification

La qualification suit un raisonnement en 2 temps :

  1. Définir le marché pertinent : marché de produits ou services substituables, sur une zone géographique donnée. L'ADLC utilise le test du monopoleur hypothétique (SSNIP test) pour délimiter ce périmètre.
  2. Caractériser l'abus : pratiques d'éviction (prix prédateurs, refus d'accès à une infrastructure essentielle, ventes liées) ou pratiques d'exploitation (prix excessifs, conditions commerciales discriminatoires).
CritèreIndicateur
Part de marchéPrésomption de dominance au-delà de 50 % (jurisprudence AKZO, CJUE 1991)
Barrières à l'entréeBrevets, coûts d'infrastructure, effets de réseau
Contre-pouvoir des acheteursCapacité des clients à changer de fournisseur

En 2020, l'ADLC a infligé 1,1 Md€ d'amende à Apple pour abus de position dominante dans son réseau de distribution. Cette décision illustre l'ampleur des sanctions possibles, même pour des pratiques qui ne relèvent pas d'un cartel classique.

Procédure devant l'Autorité de la concurrence

L'Autorité de la concurrence peut se saisir d'office ou être saisie par le ministre de l'Économie, les entreprises, les organisations professionnelles ou les collectivités territoriales. La procédure suit un schéma contradictoire structuré.

Les étapes clés

  • Enquête préliminaire : menée par la DGCCRF ou les services d'instruction de l'ADLC. Les enquêteurs disposent de pouvoirs étendus : demandes de documents, auditions, opérations de visite et saisie (dawn raids).
  • Notification de griefs : document formel qui expose les faits reprochés et leur qualification juridique. L'entreprise dispose d'un délai pour répondre.
  • Séance devant le collège : audience contradictoire au cours de laquelle l'entreprise présente ses observations.
  • Décision : le collège de l'ADLC statue sur l'existence de l'infraction et fixe le montant de la sanction.

La procédure de clémence permet à une entreprise participant à un cartel de bénéficier d'une exonération totale ou partielle d'amende, à condition de révéler l'entente et de coopérer pleinement. La procédure de transaction offre une réduction d'amende en échange d'une reconnaissance des faits.

La gestion d'une procédure devant l'ADLC requiert une stratégie de défense adaptée dès la phase d'enquête. Chaque étape conditionne la suite.
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Sanctions encourues : amendes, réparation civile, conséquences pénales

Amendes administratives

L'ADLC peut prononcer des amendes allant jusqu'à 10 % du chiffre d'affaires mondial hors taxes le plus élevé réalisé au cours d'un des exercices clos depuis l'exercice précédant celui au cours duquel les pratiques ont été mises en œuvre. En 2023, le montant total des amendes prononcées par l'ADLC a dépassé 800 M€.

Réparation civile

Depuis la transposition de la directive 2014/104/UE, toute entreprise victime d'une pratique anticoncurrentielle peut demander réparation du préjudice subi devant les juridictions civiles. Le tribunal de commerce de Paris dispose d'une chambre spécialisée. Le préjudice couvre le surcoût payé (overcharge), le manque à gagner et les intérêts.

Sanctions pénales

L'article L. 420-6 du Code de commerce prévoit, pour les personnes physiques ayant pris une part personnelle et déterminante dans la conception ou la mise en œuvre d'une entente, une peine de 4 ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende. Ces poursuites restent rares mais existent.

Nature de la sanctionPlafondBase juridique
Amende administrative10 % du CA mondialArt. L. 464-2 C. com.
Réparation civilePréjudice intégralDirective 2014/104/UE
Sanction pénale (personne physique)4 ans + 75 000 €Art. L. 420-6 C. com.

Compliance : prévenir le risque anticoncurrentiel en entreprise

Un programme de conformité (compliance) constitue le principal outil de prévention. L'ADLC a publié en 2012, puis actualisé, un document-cadre sur les programmes de conformité. Elle reconnaît leur utilité mais précise qu'ils ne constituent pas une circonstance atténuante automatique en cas d'infraction.

Les composantes d'un programme efficace

  • Cartographie des risques : identification des zones d'exposition (contacts avec des concurrents, participation à des associations professionnelles, appels d'offres).
  • Règles internes : charte de comportement, procédures de validation des échanges avec les concurrents, encadrement des réunions professionnelles.
  • Formation : sessions régulières destinées aux équipes commerciales, achats et direction générale.
  • Mécanisme d'alerte : canal de signalement interne permettant de remonter un comportement suspect.
  • Audit périodique : vérification de l'application effective des règles et mise à jour du programme.

Pour une direction juridique, la difficulté réside dans le déploiement opérationnel. Les équipes commerciales sont souvent les premières exposées, sans toujours mesurer les conséquences d'un échange informel lors d'un salon professionnel ou d'une réunion de fédération.

Un programme de conformité crédible repose sur un diagnostic précis des pratiques internes et une formation adaptée aux métiers exposés.
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FAQ

Quelle est la différence entre concurrence déloyale et pratique anticoncurrentielle ?

La pratique anticoncurrentielle relève du droit public de la concurrence (articles L. 420-1 et L. 420-2 du Code de commerce) et est sanctionnée par l'Autorité de la concurrence. La concurrence déloyale relève du droit civil (article 1240 du Code civil) et sanctionne des comportements fautifs entre concurrents — parasitisme, dénigrement, confusion — devant les tribunaux judiciaires. Les deux régimes sont indépendants et peuvent se cumuler.

Une PME peut-elle être sanctionnée pour entente ?

Oui. Le droit des ententes entre entreprises s'applique à toute entreprise exerçant une activité économique, sans seuil de chiffre d'affaires. L'ADLC a déjà sanctionné des PME, notamment dans le secteur du BTP local ou des services. Le montant de l'amende est proportionné au chiffre d'affaires.

Qu'est-ce que la procédure de clémence ?

La clémence permet à une entreprise participant à un cartel secret de bénéficier d'une exonération totale ou partielle d'amende, à condition d'être la première à révéler l'entente à l'ADLC et de coopérer pleinement à l'enquête. Ce mécanisme vise à déstabiliser les cartels de l'intérieur.

Un programme de compliance protège-t-il contre les sanctions ?

Un programme de conformité ne constitue pas un bouclier juridique. L'ADLC peut en tenir compte comme circonstance atténuante, mais elle n'accorde pas d'exonération automatique. En revanche, un programme crédible réduit la probabilité qu'une infraction soit commise et facilite sa détection précoce.

Quel est le délai de prescription pour une pratique anticoncurrentielle ?

La prescription est de 10 ans à compter de la cessation de la pratique pour les poursuites devant l'ADLC (article L. 462-7 du Code de commerce). Pour l'action en réparation civile, le délai est de 5 ans à compter du jour où le demandeur a connu ou aurait dû connaître l'infraction.

Pour aller plus loin

L'action civile en réparation des pratiques anticoncurrentielles - DGCCRF

L'abus de position dominante : comment définir cette pratique - DGCCRF

Pratique anticoncurrentielle et preuve du préjudice - Service-Public.fr

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