Procédure de mise en demeure : guide complet pour les entreprises (étapes et délais)

Guides & Ressources pratiques
06 May 2026
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9
min
Points clés de l'article
  1. La mise en demeure est un acte juridique formel qui interpelle le débiteur et déclenche des effets de droit précis (intérêts moratoires, exigibilité, point de départ de la prescription) en application des articles 1344 et 1231 du Code civil.
  2. Elle doit respecter un formalisme strict : identification des parties, objet de l'obligation, délai d'exécution, envoi en LRAR ou par acte d'huissier, sous peine de nullité.
  3. Le délai accordé au débiteur oscille entre 8 et 30 jours selon la nature de l'obligation et le contexte contractuel.
  4. L'absence de mise en demeure préalable peut priver l'entreprise du droit de réclamer des dommages-intérêts ou des intervention?s de retard devant le juge.
  5. En cas de non-réponse, la mise en demeure constitue la pièce fondatrice du dossier contentieux et conditionne la recevabilité de certaines demandes judiciaires.

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Sommaire

Mise en demeure : cadre légal et situations déclenchant la procédure

Enjeux juridiques pour l'entreprise : effets de droit et risques en cas d'omission

Conditions et prérequis : obligation exigible, titulaire de l'action et trace écrite

Procédure étape par étape : rédaction, mentions obligatoires et envoi en LRAR

Délais : délai raisonnable avant envoi et délai accordé au débiteur (8 à 30 jours)

Obligations légales et points de vigilance : motifs de nullité et contestations

Checklist et livrables : pièces à conserver pour l'action judiciaire

Que faire si la mise en demeure reste sans réponse ?

FAQ

Pour aller plus loin

Mise en demeure : cadre légal et situations déclenchant la procédure

La mise en demeure est définie par l'article 1344 du Code civil comme l'acte par lequel le créancier demande au débiteur d'exécuter son obligation. Elle se distingue d'une simple relance commerciale : elle produit des effets juridiques dès sa réception et constitue un préalable fréquemment exigé avant toute action en justice.

Le Code civil prévoit 2 formes valides : la lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) et l'acte signifié par commissaire de justice (ex-huissier). Un courriel ou un SMS ne remplit pas, en principe, les conditions d'opposabilité requises par la jurisprudence, sauf clause contractuelle contraire.

Quand déclencher une mise en demeure ?

La procédure de mise en demeure s'impose dans plusieurs situations récurrentes en entreprise :

  • Facture impayée : le fournisseur ou prestataire constate un retard de paiement au-delà de l'échéance contractuelle.
  • Inexécution contractuelle : livraison non conforme, prestation inachevée, obligation de faire non respectée.
  • Violation d'une clause : non-respect d'une clause de non-concurrence, de confidentialité ou d'exclusivité.
  • Restitution de biens : matériel non retourné à l'issue d'un contrat de prêt, de location ou de mise à disposition.

Dans chacun de ces cas, la mise en demeure formalise la défaillance du débiteur et ouvre la voie aux recours prévus par la loi ou le contrat.

Enjeux juridiques pour l'entreprise : effets de droit et risques en cas d'omission

La réception de la mise en demeure par le débiteur déclenche 3 effets juridiques distincts, prévus par le Code civil.

Effet de droitBase légaleConséquence concrète
Intérêts moratoiresArt. 1231-6 C. civ.Les intérêts de retard courent à compter de la mise en demeure, au taux légal ou contractuel
Transfert des risquesArt. 1344-2 C. civ.Le débiteur supporte la charge de la perte fortuite de la chose due
Point de départ de la prescriptionArt. 2224 C. civ.La mise en demeure peut interrompre ou fixer le point de départ du délai de prescription

Risques en cas d'omission

L'absence de mise en demeure préalable expose l'entreprise créancière à plusieurs difficultés :

  • Irrecevabilité partielle : le juge peut refuser d'accorder des dommages-intérêts moratoires si aucune mise en demeure n'a été adressée.
  • Perte financière : les intérêts de retard ne courent qu'à compter de la mise en demeure. Un retard de 6 mois dans l'envoi représente 6 mois d'intérêts perdus.
  • Fragilisation du dossier contentieux : en l'absence de preuve écrite de l'interpellation du débiteur, la démonstration de sa mauvaise foi devient plus complexe.
Structurer la phase précontentieuse permet de sécuriser chaque effet de droit avant une éventuelle saisine du juge.
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Conditions et prérequis : obligation exigible, titulaire de l'action et trace écrite

Avant de rédiger une mise en demeure, le directeur juridique doit vérifier 3 conditions cumulatives.

1. L'obligation doit être exigible

La créance doit être certaine (elle existe), liquide (son montant est déterminé ou déterminable) et exigible (le terme est échu). Une facture dont l'échéance n'est pas encore atteinte ne peut pas faire l'objet d'une mise en demeure valide.

2. Le titulaire de l'action doit être identifié

Seul le créancier — ou son mandataire expressément habilité — peut adresser la mise en demeure. En pratique, le directeur juridique agit au nom de la société. Il convient de vérifier que la personne signataire dispose bien du pouvoir de représentation (délégation de signature, mandat social).

3. La trace écrite doit être probante

L'article 1344 du Code civil exige une « interpellation suffisante ». La LRAR reste le mode d'envoi de référence car elle garantit :

  • La date certaine de réception
  • L'identité du destinataire
  • La preuve du contenu (si le courrier est accompagné d'un bordereau descriptif)

L'acte de commissaire de justice offre une force probante supérieure, recommandée pour les litiges à enjeu élevé (créances supérieures à 50 000 €, par exemple).

Procédure étape par étape : rédaction, mentions obligatoires et envoi en LRAR

La rédaction d'une mise en demeure suit un séquencement précis. Chaque mention omise peut être invoquée par le débiteur pour contester la validité de l'acte.

Étape 1 : Identifier les parties

Mentionner la dénomination sociale complète, le numéro SIREN, le siège social et le représentant légal du créancier et du débiteur.

Étape 2 : Qualifier l'obligation inexécutée

Décrire avec précision l'obligation concernée : référence du contrat, numéro de facture, date d'échéance, montant dû (principal + pénalités contractuelles le cas échéant).

Étape 3 : Formuler l'interpellation

Utiliser explicitement les termes « mise en demeure » ou « met en demeure de ». La Cour de cassation a jugé qu'une lettre dépourvue de cette formulation pouvait être requalifiée en simple relance (Cass. civ. 1re, 25 juin 2014, n° 13-17.254).

Étape 4 : Fixer un délai d'exécution

Indiquer un délai précis (en jours calendaires) à compter de la réception. Ce délai doit être raisonnable au regard de la nature de l'obligation.

Étape 5 : Mentionner les conséquences du défaut d'exécution

Préciser que, passé le délai, le créancier se réserve le droit d'engager une procédure judiciaire et de réclamer des dommages-intérêts, intérêts moratoires et frais de recouvrement.

Étape 6 : Envoyer en LRAR

Conserver l'accusé de réception et une copie intégrale du courrier. En cas d'envoi par commissaire de justice, le procès-verbal de signification tient lieu de preuve.

MentionObligatoire / RecommandéeRisque en cas d'omission
Termes « mise en demeure »ObligatoireRequalification en simple relance
Identification complète des partiesObligatoireContestation de l'opposabilité
Référence contractuelle et montantObligatoireImprécision de la créance
Délai d'exécution chiffréRecommandéeAppréciation souveraine du juge
Mention des conséquences juridiquesRecommandéeAffaiblissement de la pression juridique
La rigueur du formalisme conditionne directement l'efficacité de la mise en demeure et la solidité du dossier en cas de contentieux.
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Délais : délai raisonnable avant envoi et délai accordé au débiteur (8 à 30 jours)

Délai avant l'envoi de la mise en demeure

Aucun texte n'impose de délai minimal entre la constatation du manquement et l'envoi de la mise en demeure. En pratique, un délai de 7 à 15 jours après l'échéance permet de distinguer le retard ponctuel de l'inexécution caractérisée. Ce délai varie selon le secteur : en BTP, les usages admettent des délais plus longs ; en prestations de services récurrentes, une relance rapide est courante.

Délai accordé au débiteur

Le délai fixé dans la mise en demeure doit être « raisonnable » au sens de la jurisprudence. Les tribunaux retiennent généralement :

  • 8 jours : obligations simples (paiement d'une facture, restitution d'un bien meuble)
  • 15 jours : obligations nécessitant une action matérielle (mise en conformité, livraison)
  • 30 jours : obligations complexes (travaux de reprise, audit, régularisation administrative)

Un délai manifestement trop court (24 ou 48 heures pour une obligation complexe) peut être jugé abusif et priver la mise en demeure de ses effets.

Obligations légales et points de vigilance : motifs de nullité et contestations

Motifs de nullité les plus fréquents

  • Absence de la formule « mise en demeure » : la jurisprudence exige une interpellation non équivoque.
  • Erreur sur le destinataire : adresser la mise en demeure à une filiale alors que le contrat est conclu avec la société mère rend l'acte inopposable.
  • Créance non exigible : une mise en demeure envoyée avant l'échéance contractuelle est prématurée et donc nulle.
  • Défaut de pouvoir du signataire : un salarié sans délégation de signature ne peut engager valablement la société.

Contestations du débiteur

Le débiteur peut invoquer plusieurs moyens de défense :

  1. L'exception d'inexécution (art. 1219 C. civ.) : il refuse d'exécuter tant que le créancier n'a pas lui-même rempli ses propres obligations.
  2. La force majeure (art. 1218 C. civ.) : un événement imprévisible, irrésistible et extérieur empêche l'exécution.
  3. La prescription : si le délai de prescription de 5 ans (droit commun) est écoulé, la créance est éteinte.

Le directeur juridique doit anticiper ces moyens dès la rédaction de la mise en demeure, en documentant précisément l'exécution de ses propres obligations.

Checklist et livrables : pièces à conserver pour l'action judiciaire

En cas d'échec de la phase amiable, le dossier contentieux repose sur la qualité des pièces conservées. Voici la liste des documents à archiver systématiquement :

  • ☑ Copie intégrale de la mise en demeure signée
  • ☑ Accusé de réception LRAR ou procès-verbal de signification
  • ☑ Contrat ou bon de commande fondant l'obligation
  • ☑ Facture(s) impayée(s) avec mention de la date d'échéance
  • ☑ Historique des relances antérieures (courriels, courriers simples)
  • ☑ Preuves d'exécution des obligations du créancier (bons de livraison, attestations, rapports)
  • ☑ Calcul détaillé des intérêts moratoires (taux, période, montant)
  • ☑ Éventuelles réponses ou contestations du débiteur

Cette documentation constitue le socle probatoire sur lequel l'avocat s'appuiera pour rédiger l'assignation ou la requête en injonction de payer.

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Que faire si la mise en demeure reste sans réponse ?

L'absence de réponse du débiteur dans le délai imparti ne signifie pas l'impasse. Elle ouvre au contraire plusieurs voies d'action.

Option 1 : la procédure d'injonction de payer

Pour les créances contractuelles d'un montant déterminé, la requête en injonction de payer (articles 1405 et suivants du Code de procédure civile) permet d'obtenir un titre exécutoire sans audience contradictoire. La mise en demeure restée sans effet constitue alors une pièce centrale du dossier.

Option 2 : l'assignation au fond

Lorsque le litige porte sur une inexécution contractuelle (et non sur un simple impayé), l'assignation devant le tribunal compétent permet de demander l'exécution forcée, la résolution du contrat ou des dommages-intérêts. Le délai moyen de traitement devant le tribunal de commerce est d'environ 8 mois en 2024.

Option 3 : la médiation ou la conciliation

Certains contrats imposent une clause de médiation préalable obligatoire. Dans ce cas, la saisine directe du juge est irrecevable. La mise en demeure restée sans réponse justifie alors le passage à la phase de médiation, étape nécessaire avant le contentieux.

Tableau récapitulatif des suites possibles

SituationVoie recommandéeDélai indicatif
Créance certaine, liquide et exigibleInjonction de payer1 à 3 mois
Inexécution contractuelle complexeAssignation au fond6 à 12 mois
Clause de médiation préalableMédiation puis contentieux2 à 6 mois (médiation)
Urgence (péril, trouble manifestement illicite)Référé2 à 6 semaines

Dans tous les cas, la mise en demeure restée sans réponse renforce la position du créancier : elle démontre sa diligence et la mauvaise foi du débiteur, 2 éléments systématiquement examinés par le juge.

FAQ

Une mise en demeure envoyée par e-mail est-elle juridiquement valable ?

En principe, non. L'article 1344 du Code civil exige une interpellation suffisante, ce que la jurisprudence associe à la LRAR ou à l'acte de commissaire de justice. Toutefois, si le contrat prévoit expressément la validité des notifications par voie électronique, un e-mail avec accusé de réception peut être admis. En l'absence de clause, le risque de contestation reste élevé.

Quel est le coût d'une mise en demeure ?

L'envoi en LRAR coûte entre 5 et 10 € selon le poids du courrier. La signification par commissaire de justice revient à environ 50 à 80 € hors taxes. Ces frais sont récupérables dans le cadre d'une action judiciaire au titre des dépens ou de l'article 700 du Code de procédure civile.

Peut-on envoyer une mise en demeure sans avocat ?

Oui. La mise en demeure est un acte que l'entreprise peut rédiger et envoyer elle-même, par l'intermédiaire de son directeur juridique ou de tout représentant habilité. Le recours à un avocat n'est pas obligatoire à ce stade, mais il est recommandé pour les litiges complexes ou les créances élevées afin de sécuriser le formalisme.

La mise en demeure interrompt-elle la prescription ?

Non. Contrairement à une idée répandue, la mise en demeure ne constitue pas un acte interruptif de prescription au sens de l'article 2240 du Code civil. Seule la reconnaissance de dette par le débiteur ou la saisine du juge interrompt la prescription. La mise en demeure fixe en revanche le point de départ des intérêts moratoires.

Combien de mises en demeure faut-il envoyer avant d'agir en justice ?

Une seule mise en demeure suffit. La loi n'impose pas d'en envoyer plusieurs. Multiplier les courriers sans agir peut même affaiblir la crédibilité du créancier. En pratique, une mise en demeure unique, précise et formellement irréprochable, suivie d'une action judiciaire en cas de non-réponse, constitue la séquence la plus efficace.

Pour aller plus loin

Recouvrement amiable : relance et mise en demeure de payer - Service-Public.fr

Article 1344 du Code civil - mise en demeure du débiteur - Légifrance

Article 1231 du Code civil - inexécution de l'obligation contractuelle - Légifrance

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