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Mise en demeure : cadre légal et situations déclenchant la procédure
Enjeux juridiques pour l'entreprise : effets de droit et risques en cas d'omission
Conditions et prérequis : obligation exigible, titulaire de l'action et trace écrite
Procédure étape par étape : rédaction, mentions obligatoires et envoi en LRAR
Délais : délai raisonnable avant envoi et délai accordé au débiteur (8 à 30 jours)
Obligations légales et points de vigilance : motifs de nullité et contestations
Checklist et livrables : pièces à conserver pour l'action judiciaire
Que faire si la mise en demeure reste sans réponse ?
La mise en demeure est définie par l'article 1344 du Code civil comme l'acte par lequel le créancier demande au débiteur d'exécuter son obligation. Elle se distingue d'une simple relance commerciale : elle produit des effets juridiques dès sa réception et constitue un préalable fréquemment exigé avant toute action en justice.
Le Code civil prévoit 2 formes valides : la lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) et l'acte signifié par commissaire de justice (ex-huissier). Un courriel ou un SMS ne remplit pas, en principe, les conditions d'opposabilité requises par la jurisprudence, sauf clause contractuelle contraire.
La procédure de mise en demeure s'impose dans plusieurs situations récurrentes en entreprise :
Dans chacun de ces cas, la mise en demeure formalise la défaillance du débiteur et ouvre la voie aux recours prévus par la loi ou le contrat.
La réception de la mise en demeure par le débiteur déclenche 3 effets juridiques distincts, prévus par le Code civil.
| Effet de droit | Base légale | Conséquence concrète |
|---|---|---|
| Intérêts moratoires | Art. 1231-6 C. civ. | Les intérêts de retard courent à compter de la mise en demeure, au taux légal ou contractuel |
| Transfert des risques | Art. 1344-2 C. civ. | Le débiteur supporte la charge de la perte fortuite de la chose due |
| Point de départ de la prescription | Art. 2224 C. civ. | La mise en demeure peut interrompre ou fixer le point de départ du délai de prescription |
L'absence de mise en demeure préalable expose l'entreprise créancière à plusieurs difficultés :
Structurer la phase précontentieuse permet de sécuriser chaque effet de droit avant une éventuelle saisine du juge.
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Avant de rédiger une mise en demeure, le directeur juridique doit vérifier 3 conditions cumulatives.
La créance doit être certaine (elle existe), liquide (son montant est déterminé ou déterminable) et exigible (le terme est échu). Une facture dont l'échéance n'est pas encore atteinte ne peut pas faire l'objet d'une mise en demeure valide.
Seul le créancier — ou son mandataire expressément habilité — peut adresser la mise en demeure. En pratique, le directeur juridique agit au nom de la société. Il convient de vérifier que la personne signataire dispose bien du pouvoir de représentation (délégation de signature, mandat social).
L'article 1344 du Code civil exige une « interpellation suffisante ». La LRAR reste le mode d'envoi de référence car elle garantit :
L'acte de commissaire de justice offre une force probante supérieure, recommandée pour les litiges à enjeu élevé (créances supérieures à 50 000 €, par exemple).
La rédaction d'une mise en demeure suit un séquencement précis. Chaque mention omise peut être invoquée par le débiteur pour contester la validité de l'acte.
Mentionner la dénomination sociale complète, le numéro SIREN, le siège social et le représentant légal du créancier et du débiteur.
Décrire avec précision l'obligation concernée : référence du contrat, numéro de facture, date d'échéance, montant dû (principal + pénalités contractuelles le cas échéant).
Utiliser explicitement les termes « mise en demeure » ou « met en demeure de ». La Cour de cassation a jugé qu'une lettre dépourvue de cette formulation pouvait être requalifiée en simple relance (Cass. civ. 1re, 25 juin 2014, n° 13-17.254).
Indiquer un délai précis (en jours calendaires) à compter de la réception. Ce délai doit être raisonnable au regard de la nature de l'obligation.
Préciser que, passé le délai, le créancier se réserve le droit d'engager une procédure judiciaire et de réclamer des dommages-intérêts, intérêts moratoires et frais de recouvrement.
Conserver l'accusé de réception et une copie intégrale du courrier. En cas d'envoi par commissaire de justice, le procès-verbal de signification tient lieu de preuve.
| Mention | Obligatoire / Recommandée | Risque en cas d'omission |
|---|---|---|
| Termes « mise en demeure » | Obligatoire | Requalification en simple relance |
| Identification complète des parties | Obligatoire | Contestation de l'opposabilité |
| Référence contractuelle et montant | Obligatoire | Imprécision de la créance |
| Délai d'exécution chiffré | Recommandée | Appréciation souveraine du juge |
| Mention des conséquences juridiques | Recommandée | Affaiblissement de la pression juridique |
La rigueur du formalisme conditionne directement l'efficacité de la mise en demeure et la solidité du dossier en cas de contentieux.
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Aucun texte n'impose de délai minimal entre la constatation du manquement et l'envoi de la mise en demeure. En pratique, un délai de 7 à 15 jours après l'échéance permet de distinguer le retard ponctuel de l'inexécution caractérisée. Ce délai varie selon le secteur : en BTP, les usages admettent des délais plus longs ; en prestations de services récurrentes, une relance rapide est courante.
Le délai fixé dans la mise en demeure doit être « raisonnable » au sens de la jurisprudence. Les tribunaux retiennent généralement :
Un délai manifestement trop court (24 ou 48 heures pour une obligation complexe) peut être jugé abusif et priver la mise en demeure de ses effets.
Le débiteur peut invoquer plusieurs moyens de défense :
Le directeur juridique doit anticiper ces moyens dès la rédaction de la mise en demeure, en documentant précisément l'exécution de ses propres obligations.
En cas d'échec de la phase amiable, le dossier contentieux repose sur la qualité des pièces conservées. Voici la liste des documents à archiver systématiquement :
Cette documentation constitue le socle probatoire sur lequel l'avocat s'appuiera pour rédiger l'assignation ou la requête en injonction de payer.
Préparer un dossier complet dès la phase de mise en demeure réduit les délais et les coûts de la procédure contentieuse.
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L'absence de réponse du débiteur dans le délai imparti ne signifie pas l'impasse. Elle ouvre au contraire plusieurs voies d'action.
Pour les créances contractuelles d'un montant déterminé, la requête en injonction de payer (articles 1405 et suivants du Code de procédure civile) permet d'obtenir un titre exécutoire sans audience contradictoire. La mise en demeure restée sans effet constitue alors une pièce centrale du dossier.
Lorsque le litige porte sur une inexécution contractuelle (et non sur un simple impayé), l'assignation devant le tribunal compétent permet de demander l'exécution forcée, la résolution du contrat ou des dommages-intérêts. Le délai moyen de traitement devant le tribunal de commerce est d'environ 8 mois en 2024.
Certains contrats imposent une clause de médiation préalable obligatoire. Dans ce cas, la saisine directe du juge est irrecevable. La mise en demeure restée sans réponse justifie alors le passage à la phase de médiation, étape nécessaire avant le contentieux.
| Situation | Voie recommandée | Délai indicatif |
|---|---|---|
| Créance certaine, liquide et exigible | Injonction de payer | 1 à 3 mois |
| Inexécution contractuelle complexe | Assignation au fond | 6 à 12 mois |
| Clause de médiation préalable | Médiation puis contentieux | 2 à 6 mois (médiation) |
| Urgence (péril, trouble manifestement illicite) | Référé | 2 à 6 semaines |
Dans tous les cas, la mise en demeure restée sans réponse renforce la position du créancier : elle démontre sa diligence et la mauvaise foi du débiteur, 2 éléments systématiquement examinés par le juge.
En principe, non. L'article 1344 du Code civil exige une interpellation suffisante, ce que la jurisprudence associe à la LRAR ou à l'acte de commissaire de justice. Toutefois, si le contrat prévoit expressément la validité des notifications par voie électronique, un e-mail avec accusé de réception peut être admis. En l'absence de clause, le risque de contestation reste élevé.
L'envoi en LRAR coûte entre 5 et 10 € selon le poids du courrier. La signification par commissaire de justice revient à environ 50 à 80 € hors taxes. Ces frais sont récupérables dans le cadre d'une action judiciaire au titre des dépens ou de l'article 700 du Code de procédure civile.
Oui. La mise en demeure est un acte que l'entreprise peut rédiger et envoyer elle-même, par l'intermédiaire de son directeur juridique ou de tout représentant habilité. Le recours à un avocat n'est pas obligatoire à ce stade, mais il est recommandé pour les litiges complexes ou les créances élevées afin de sécuriser le formalisme.
Non. Contrairement à une idée répandue, la mise en demeure ne constitue pas un acte interruptif de prescription au sens de l'article 2240 du Code civil. Seule la reconnaissance de dette par le débiteur ou la saisine du juge interrompt la prescription. La mise en demeure fixe en revanche le point de départ des intérêts moratoires.
Une seule mise en demeure suffit. La loi n'impose pas d'en envoyer plusieurs. Multiplier les courriers sans agir peut même affaiblir la crédibilité du créancier. En pratique, une mise en demeure unique, précise et formellement irréprochable, suivie d'une action judiciaire en cas de non-réponse, constitue la séquence la plus efficace.
Recouvrement amiable : relance et mise en demeure de payer - Service-Public.fr
Article 1344 du Code civil - mise en demeure du débiteur - Légifrance
Article 1231 du Code civil - inexécution de l'obligation contractuelle - Légifrance
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