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Qu'est-ce qu'une mise en demeure de payer ?
Cadre juridique : articles 1344 à 1344-2 du Code civil
Créances recouvrables : caractères certain, liquide et exigible
Formes admises : sommation d'huissier, acte d'avocat, interpellation suffisante
Contenu obligatoire d'une mise en demeure de payer efficace
Effets juridiques : intérêts moratoires, transfert des risques, préalable obligatoire
Délais de réponse et stratégies après la mise en demeure
Étape suivante : injonction de payer et procédures judiciaires de recouvrement
La mise en demeure de payer est l'acte juridique par lequel un créancier interpelle formellement son débiteur pour exiger le règlement d'une somme due. Elle se distingue d'une simple relance commerciale par ses effets de droit : elle fait courir les intérêts moratoires, transfère certains risques au débiteur et constitue un préalable nécessaire à la plupart des procédures judiciaires de recouvrement.
En pratique, la direction juridique l'utilise comme premier levier contraignant avant toute escalade contentieuse. Son objectif est double. D'une part, elle formalise l'exigence de paiement de manière opposable. D'autre part, elle sécurise la chaîne probatoire en cas de litige ultérieur. Un vice de forme ou une imprécision dans la mise en demeure peut compromettre la recevabilité d'une action en justice ou retarder le point de départ des intérêts. La rigueur rédactionnelle n'est donc pas accessoire : elle conditionne l'efficacité de toute la stratégie de recouvrement.
Depuis la réforme du droit des obligations de 2016 (ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016), le régime de la mise en demeure est codifié aux articles 1344 à 1344-2 du Code civil.
L'article 1344 pose le principe : le débiteur est mis en demeure soit par une sommation ou un acte portant interpellation suffisante, soit par la seule échéance du terme lorsque le contrat le prévoit expressément. L'article 1344-1 précise que la mise en demeure fait courir les intérêts moratoires au taux légal, sauf stipulation contractuelle d'un taux conventionnel. L'article 1344-2 organise le transfert des risques de la chose due au débiteur mis en demeure, même en cas de force majeure, sauf si les dommages seraient survenus indépendamment du retard.
En matière commerciale, l'article L. 441-10 du Code de commerce fixe le délai maximal de paiement à 60 jours à compter de la date d'émission de la facture (ou 45 jours fin de mois). Le dépassement de ce délai ouvre droit, de plein droit et sans mise en demeure préalable, à des pénalités de retard dont le taux plancher est fixé à 3 fois le taux d'intérêt légal, ainsi qu'à une indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement. Toutefois, la mise en demeure reste indispensable pour formaliser la créance et engager une procédure judiciaire.
| Texte | Objet | Point clé |
|---|---|---|
| Art. 1344 C. civ. | Définition de la mise en demeure | Sommation, acte portant interpellation suffisante ou clause résolutoire |
| Art. 1344-1 C. civ. | Intérêts moratoires | Courent à compter de la mise en demeure au taux légal ou conventionnel |
| Art. 1344-2 C. civ. | Transfert des risques | Le débiteur supporte la perte de la chose due après mise en demeure |
| Art. L. 441-10 C. com. | Délais de paiement B2B | 60 jours date de facture ou 45 jours fin de mois |
Pour produire ses effets, la mise en demeure doit porter sur une créance certaine, liquide et exigible. Ces 3 caractères sont cumulatifs.
Une créance est certaine lorsque son existence n'est pas contestée dans son principe. Elle est liquide lorsque son montant est déterminé ou déterminable à partir d'éléments objectifs (facture, contrat, décompte). Elle est exigible lorsque le terme de paiement est échu. En l'absence de l'un de ces caractères, le débiteur peut contester la validité de l'interpellation et, par extension, l'ensemble de la procédure de recouvrement.
En pratique, la direction juridique doit vérifier 3 points avant d'émettre la mise en demeure : le contrat ou bon de commande signé établit le principe de la créance ; la facture émise et non contestée dans le délai contractuel en fixe le montant ; l'échéance contractuelle ou légale est dépassée. Si la créance fait l'objet d'un litige sur la qualité de la prestation, par exemple, elle peut perdre son caractère certain. Dans ce cas, la mise en demeure risque d'être inopérante et une procédure au fond sera nécessaire pour faire constater la créance.
L'article 1344 du Code civil admet 3 formes de mise en demeure, sans hiérarchie entre elles :
La lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) reste la forme la plus utilisée par les directions juridiques. Elle combine un coût modéré (environ 6 € à 8 €) et une preuve de réception exploitable en justice. Le courriel est admis par la Cour de cassation (Cass. civ. 1re, 17 juin 2015, n° 14-15.685), à condition de pouvoir prouver sa réception effective.
Structurer une mise en demeure conforme suppose de maîtriser les exigences de forme et de fond propres à chaque situation contractuelle.
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Aucun texte ne fixe un formalisme rigide pour le contenu de la mise en demeure de payer. Toutefois, la jurisprudence et la pratique imposent plusieurs mentions pour garantir son opposabilité :
| Mention | Objectif | Risque en cas d'omission |
|---|---|---|
| Identification des parties | Opposabilité | Contestation sur le destinataire |
| Référence contractuelle | Rattachement à la créance | Contestation du lien contractuel |
| Montant précis | Liquidité de la créance | Inopposabilité des intérêts moratoires |
| Délai de paiement | Caractère raisonnable de l'interpellation | Nullité pour mise en demeure abusive |
| Conséquences du défaut | Information du débiteur | Affaiblissement de la position en justice |
La mise en demeure produit 3 effets juridiques distincts.
Les intérêts moratoires courent à compter de la réception de la mise en demeure (article 1344-1 du Code civil). En l'absence de taux conventionnel, le taux d'intérêt légal s'applique. Au 1er semestre 2024, ce taux est fixé à 5,07 % pour les créances entre professionnels. Si le contrat prévoit des pénalités de retard à un taux supérieur (le taux minimal légal étant de 3 fois le taux d'intérêt légal de la BCE, soit environ 12,75 % en 2024), ces pénalités se substituent aux intérêts moratoires.
Le transfert des risques : en application de l'article 1344-2, le débiteur mis en demeure supporte la perte de la chose due, même en cas de force majeure. Cette règle concerne principalement les obligations de livrer un corps certain.
Le préalable à l'action en justice : dans de nombreuses hypothèses, la mise en demeure constitue une condition de recevabilité de l'action. L'article 750-1 du Code de procédure civile impose une tentative de résolution amiable préalable pour les litiges portant sur une somme inférieure à 5 000 €. Au-delà de ce seuil, la mise en demeure n'est pas toujours obligatoire, mais son absence affaiblit la position du créancier, notamment pour justifier les intérêts de retard.
Le calcul des intérêts moratoires et l'articulation avec les pénalités contractuelles nécessitent une analyse précise de chaque situation.
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Le délai accordé au débiteur dans la mise en demeure n'est pas fixé par la loi. La pratique retient généralement un délai de 8 à 15 jours en matière commerciale. Un délai trop court (48 heures, par exemple) peut être jugé déraisonnable par le juge et affaiblir la portée de l'interpellation.
Trois scénarios se présentent à l'expiration du délai :
La direction juridique doit documenter chaque étape : copie de la mise en demeure, accusé de réception, relances intermédiaires, échanges écrits. Ce dossier probatoire conditionne l'efficacité de la procédure contentieuse.
Lorsque la mise en demeure reste sans effet, le créancier dispose de plusieurs voies procédurales.
L'injonction de payer (articles 1405 à 1425 du Code de procédure civile) est la procédure la plus rapide. Elle est non contradictoire : le créancier dépose une requête auprès du tribunal compétent, accompagnée des pièces justificatives (contrat, facture, mise en demeure). Le juge rend une ordonnance portant injonction de payer sans audience. Le débiteur dispose ensuite d'1 mois pour former opposition. Depuis le 1er octobre 2023, la requête doit être déposée via la plateforme numérique du tribunal pour les créances relevant du tribunal judiciaire.
L'assignation en paiement devant le tribunal de commerce (créances entre commerçants) ou le tribunal judiciaire permet un débat contradictoire. Elle est adaptée aux créances contestées ou aux situations nécessitant des mesures conservatoires (saisie conservatoire sur les comptes bancaires du débiteur, par exemple).
Le référé-provision (article 835 du Code de procédure civile) permet d'obtenir une condamnation provisionnelle lorsque l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Le juge statue en quelques semaines. Cette voie est particulièrement efficace lorsque la mise en demeure est restée sans réponse et que la créance est documentée.
| Procédure | Délai indicatif | Condition principale | Coût approximatif |
|---|---|---|---|
| Injonction de payer | 1 à 3 mois | Créance certaine, liquide, exigible | 50 € à 200 € (greffe) |
| Référé-provision | 3 à 8 semaines | Obligation non sérieusement contestable | 500 € à 2 000 € (avocat + greffe) |
| Assignation au fond | 6 à 18 mois | Créance contestée | 2 000 € à 10 000 €+ |
Le choix de la procédure dépend du montant de la créance, du comportement du débiteur et de l'urgence du recouvrement.
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Elle n'est pas toujours une condition légale de recevabilité. Toutefois, elle est indispensable pour faire courir les intérêts moratoires (article 1344-1 du Code civil). Pour les litiges inférieurs à 5 000 €, une tentative de résolution amiable préalable est obligatoire. Dans tous les cas, son absence fragilise le dossier du créancier.
Oui, à condition qu'il constitue une interpellation suffisante au sens de l'article 1344 du Code civil. La Cour de cassation l'a admis (Cass. civ. 1re, 17 juin 2015). Le créancier doit cependant pouvoir prouver la réception effective du courriel, ce qui rend la LRAR plus sûre sur le plan probatoire.
La loi ne fixe pas de délai précis. La pratique retient 8 à 15 jours en matière commerciale. Un délai inférieur à 8 jours peut être jugé déraisonnable par le juge et affaiblir la portée de l'acte.
Non. Les pénalités de retard prévues au contrat se substituent aux intérêts moratoires au taux légal. Le créancier applique le taux le plus favorable prévu par le contrat, sous réserve qu'il respecte le plancher légal de 3 fois le taux d'intérêt légal de la BCE.
La contestation ne suspend pas les effets de la mise en demeure si la créance est certaine, liquide et exigible. La direction juridique doit analyser le fondement de la contestation. Si celle-ci est sérieuse, une procédure au fond sera nécessaire. Si elle est dilatoire, un référé-provision permet d'obtenir une condamnation rapide.
La mise en demeure du débiteur (Articles 1344 à 1344-2) du Code civil - Légifrance
Recouvrement amiable : relance et mise en demeure de payer - Service-Public.fr
Recouvrement de dettes : injonction de payer et procédure simplifiée - Service-Public.fr
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