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Qu'est-ce que la loi EUDR (Règlement UE 2023/1115) ?
Cadre juridique et articulation avec le RBUE (Règlement Bois UE)
Matières premières et produits dérivés concernés
Quelles entreprises sont soumises à l'EUDR ?
Obligation de diligence raisonnée : les étapes clés
Calendrier d'application : échéances 2026-2027 et reports
Sanctions et risques en cas de non-conformité
Le Règlement EUDR (European Union Deforestation Regulation), adopté le 31 mai 2023 sous la référence UE 2023/1115, pose une interdiction directe : aucun produit lié à la déforestation ou à la dégradation forestière survenue après le 31 décembre 2020 ne peut être mis sur le marché de l'Union européenne ni exporté depuis celle-ci.
Concrètement, la loi EUDR impose aux opérateurs économiques et aux commerçants de prouver, pour chaque lot concerné, que la marchandise n'a pas contribué à détruire ou dégrader des surfaces forestières. Cette preuve repose sur un mécanisme de diligence raisonnée documenté, traçable et vérifiable par les autorités compétentes de chaque État membre.
Le texte s'inscrit dans la stratégie du Pacte vert européen (Green Deal). Selon la Commission européenne, la consommation de l'UE représente environ 10 % de la déforestation mondiale. Le règlement vise à supprimer cette contribution en agissant sur la demande, et non uniquement sur les pays producteurs.
Pour les directions juridiques, l'enjeu est double : identifier si les produits commercialisés par l'entreprise entrent dans le périmètre du règlement, puis structurer un dispositif de conformité opérationnel avant les échéances d'application.
L'EUDR remplace le Règlement Bois de l'Union européenne (RBUE, Règlement UE 995/2010), en vigueur depuis 2013. Le RBUE se limitait au bois et à ses produits dérivés. Il imposait déjà une obligation de diligence raisonnée, mais son périmètre restreint et ses mécanismes de contrôle insuffisants ont conduit à une efficacité limitée.
Le Règlement UE 2023/1115 élargit le champ d'application à 7 matières premières et à l'ensemble de leurs chaînes de transformation. Il introduit également un critère de géolocalisation obligatoire des parcelles de production, absent du RBUE.
En droit français, l'autorité compétente désignée pour le contrôle est le ministère de la Transition écologique, en coordination avec les douanes (DGDDI) pour les contrôles aux frontières. Le règlement est d'application directe : il ne nécessite pas de transposition législative nationale, mais chaque État membre doit organiser son dispositif de sanctions et de contrôle.
| Critère | RBUE (995/2010) | EUDR (2023/1115) |
|---|---|---|
| Matières premières couvertes | Bois uniquement | 7 matières premières + dérivés |
| Géolocalisation obligatoire | Non | Oui (coordonnées GPS des parcelles) |
| Date de référence déforestation | Aucune date butoir | 31 décembre 2020 |
| Obligation de traçabilité | Partielle | Complète, par lot |
| Sanctions maximales | Variables selon États | Jusqu'à 4 % du CA annuel UE |
L'articulation entre obligations EUDR et dispositifs de vigilance existants (loi sur le devoir de vigilance, CSRD) nécessite une cartographie juridique précise.
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Le règlement couvre 7 matières premières (commodities) et les produits qui en sont dérivés, listés à l'annexe I du texte :
L'annexe I renvoie à des codes de la nomenclature combinée (NC) du tarif douanier. Au total, plusieurs centaines de lignes tarifaires sont concernées. La Commission européenne peut réviser cette liste par acte délégué, ce qui signifie que de nouvelles matières premières (maïs, biocarburants) pourraient être ajoutées sans modification du règlement par le Parlement.
Pour une direction juridique, l'exercice de qualification est précis : il ne suffit pas de vérifier la matière première brute. Un fabricant de cosmétiques utilisant des dérivés d'huile de palme ou un équipementier automobile intégrant du caoutchouc naturel entre dans le périmètre, même si ces composants ne représentent qu'une fraction du produit fini.
Le règlement distingue 2 catégories de personnes assujetties :
Les obligations diffèrent selon la taille de l'entreprise. Les PME au sens du droit européen (moins de 250 salariés et CA inférieur à 50 millions d'euros ou bilan inférieur à 43 millions d'euros) bénéficient d'un calendrier décalé et d'obligations allégées. Les commerçants non-PME sont soumis aux mêmes obligations que les opérateurs.
| Catégorie | Obligations principales | Échéance d'application |
|---|---|---|
| Opérateur (grande entreprise) | Diligence raisonnée complète, déclaration de conformité, géolocalisation | 30 décembre 2026* |
| Commerçant non-PME | Idem opérateur | 30 décembre 2026* |
| Opérateur PME | Diligence raisonnée simplifiée | 30 juin 2027* |
| Commerçant PME | Conservation des informations fournisseur | 30 juin 2027* |
*Dates tenant compte du report de 12 mois voté en octobre 2024 (voir section calendrier).
Déterminer le statut d'opérateur ou de commerçant au sens de l'EUDR conditionne l'étendue des obligations de diligence raisonnée à mettre en place.
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Le système de diligence raisonnée (due diligence) constitue le cœur du dispositif. Il se décompose en 3 étapes obligatoires, documentées et auditables :
L'opérateur doit réunir pour chaque produit ou lot : la description du produit, le pays de production, les coordonnées de géolocalisation de toutes les parcelles de production (polygones GPS pour les surfaces supérieures à 4 hectares, point GPS pour les surfaces inférieures), la quantité, les coordonnées du fournisseur et les documents attestant la conformité à la législation du pays de production.
L'opérateur analyse si le produit présente un risque de lien avec la déforestation ou la dégradation forestière postérieure au 31 décembre 2020. Cette évaluation intègre le niveau de risque du pays de production (classement par la Commission en risque faible, standard ou élevé), la complexité de la chaîne d'approvisionnement et la fiabilité des informations collectées.
Lorsque le risque identifié n'est pas négligeable, l'opérateur doit mettre en œuvre des mesures complémentaires : audits terrain, imagerie satellite, vérification indépendante. Le produit ne peut être mis sur le marché que si le risque résiduel est jugé négligeable.
Une déclaration de diligence raisonnée doit être soumise via le système d'information prévu par la Commission européenne avant toute mise sur le marché ou exportation. Cette déclaration engage la responsabilité juridique de l'opérateur.
Le calendrier de la loi EUDR a connu une évolution notable. Le texte initial prévoyait une entrée en application au 30 décembre 2024 pour les grandes entreprises et au 30 juin 2025 pour les PME.
En octobre 2024, la Commission européenne a proposé un report de 12 mois, adopté par le Parlement européen et le Conseil. Ce report s'explique par le retard dans le déploiement du système d'information centralisé, l'absence de classification des pays par niveau de risque (le benchmarking n'a pas encore été publié) et les difficultés opérationnelles signalées par les opérateurs économiques et les pays producteurs.
Les échéances actuelles sont donc :
Ce calendrier reste susceptible d'ajustements. La publication du classement des pays par niveau de risque, attendue avant l'entrée en application, conditionnera les obligations concrètes de diligence selon les zones d'approvisionnement.
La structuration d'un dispositif de conformité EUDR implique des compétences croisées en droit de l'environnement, droit douanier et droit des contrats.
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Le Règlement UE 2023/1115 prévoit un régime de sanctions dissuasif, dont la mise en œuvre relève de chaque État membre. Le texte fixe toutefois un plancher minimal :
Les autorités compétentes doivent contrôler chaque année un pourcentage minimal des opérateurs et des produits mis sur le marché. Ce taux de contrôle varie selon le niveau de risque du pays d'origine : 1 % pour les pays classés à risque faible, 3 % pour le risque standard et 9 % pour le risque élevé.
Au-delà des sanctions administratives, le non-respect de l'EUDR expose l'entreprise à des risques réputationnels et à des actions en responsabilité civile, notamment dans les États membres disposant de mécanismes de devoir de vigilance (France, Allemagne). La publication des décisions de sanction est également prévue, ce qui amplifie l'impact sur l'image de l'entreprise.
Pour les directions juridiques, la préparation passe par un audit des chaînes d'approvisionnement, la mise à jour des clauses contractuelles fournisseurs (obligations de traçabilité, droit d'audit, clauses de garantie) et la désignation d'un responsable interne du dispositif de diligence raisonnée.
Non. Le règlement s'applique aux produits mis sur le marché ou exportés après la date d'entrée en application (30 décembre 2026 pour les grandes entreprises). Les stocks existants ne sont pas concernés, à condition de pouvoir prouver leur date de mise sur le marché.
Le critère déterminant est la première mise sur le marché. Si votre entreprise importe ou fabrique un produit couvert et le place pour la première fois sur le marché européen, elle est opérateur. Si elle redistribue un produit déjà mis sur le marché par un autre acteur, elle est commerçant.
Oui. L'opérateur doit fournir les coordonnées GPS de chaque parcelle de production. Pour les surfaces supérieures à 4 hectares, un polygone géolocalisé est exigé. Pour les surfaces inférieures, un point GPS unique suffit.
Non, à ce jour la Commission européenne n'a pas encore publié le benchmarking des pays. Tant que ce classement n'est pas disponible, tous les pays sont considérés comme étant à risque standard, ce qui impose le régime de contrôle intermédiaire (3 % des opérateurs contrôlés par an).
Oui. Une entreprise qui achète et revend sur le marché européen un produit couvert par l'EUDR est qualifiée de commerçant et doit, à minima, conserver les informations de traçabilité transmises par son fournisseur. Les commerçants non-PME sont soumis aux mêmes obligations de diligence raisonnée que les opérateurs.
Règlement (UE) 2023/1115 contre la déforestation - EUR-Lex
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