Licenciement faute grave et congés payés : droits, calcul, procédure

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03 Feb 2026
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8
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Points clés de l'article
  1. Le salarié licencié pour faute grave conserve son droit à l'indemnité compensatrice de congés payés pour les jours acquis et non pris.
  2. Seule la faute lourde pouvait supprimer ce droit, et cette exception a été abolie par la loi du 22 avril 2024.
  3. Le calcul s'effectue selon la méthode la plus favorable au salarié : maintien de salaire ou règle du dixième.
  4. L'indemnité compensatrice de congés payés doit figurer sur le solde de tout compte avec un détail ligne par ligne.
  5. L'omission ou le sous-calcul de cette indemnité expose l'employeur à un rappel de salaire sur 3 ans et à des dommages-intérêts.

Sommaire

Faute grave : définition et critères juridiques

Congés payés dus malgré la faute grave

Calculer l'indemnité compensatrice de congés payés

Faute grave vs faute lourde : différence sur les CP

Intégrer les CP dans le solde de tout compte

Risques et contentieux liés aux CP impayés

Sécuriser juridiquement votre procédure de licenciement

FAQ

Pour aller plus loin

Faute grave : définition et critères juridiques

Un salarié est licencié pour faute grave lorsque les faits qui lui sont reprochés rendent impossible son maintien dans l'entreprise, même pendant la durée du préavis. La Cour de cassation retient cette qualification dès lors que le comportement du salarié constitue une violation des obligations contractuelles d'une intensité telle qu'elle justifie une rupture immédiate (Cass. soc., 27 septembre 2007, n° 06-43.867).

En pratique, les juridictions exigent la réunion de 3 critères cumulatifs :

  • Imputabilité : les faits doivent être personnellement attribuables au salarié.
  • Gravité suffisante : le manquement doit dépasser la simple négligence ou l'insuffisance professionnelle.
  • Impossibilité de maintien : le contrat ne peut pas se poursuivre, même temporairement.

La charge de la preuve incombe à l'employeur. Si le conseil de prud'hommes requalifie la faute grave en cause réelle et sérieuse, le salarié récupère le droit à l'indemnité de licenciement et à l'indemnité compensatrice de préavis — en plus des congés payés, qui restent dus dans tous les cas.

Ce que la faute grave supprime

IndemnitéFaute graveCause réelle et sérieuse
Indemnité de licenciement❌ Supprimée✅ Due
Indemnité compensatrice de préavis❌ Supprimée✅ Due
Indemnité compensatrice de congés payés✅ Due✅ Due
Allocations chômage (ARE)✅ Maintenues✅ Maintenues

Ce tableau résume un point que beaucoup de directions juridiques maîtrisent, mais qui génère encore des erreurs opérationnelles au moment du solde de tout compte.

Congés payés dus malgré la faute grave

Le principe est posé par l'article L. 3141-28 du Code du travail : tout salarié dont le contrat est rompu a droit à une indemnité compensatrice de congés payés pour les jours acquis et non pris, quelle que soit la cause de la rupture. La faute grave ne fait pas exception.

Cette règle a été confirmée à de multiples reprises par la chambre sociale de la Cour de cassation. Dans un arrêt du 4 décembre 2019 (n° 18-15.802), elle a rappelé que l'indemnité compensatrice de congés payés a la nature d'un salaire différé. Elle ne constitue pas une indemnité de rupture. Par conséquent, elle échappe aux sanctions attachées à la gravité de la faute.

Concrètement, le salarié licencié pour faute grave conserve :

  • Les congés payés acquis au titre de la période de référence en cours (du 1er juin au 31 mai, sauf accord collectif différent).
  • Les congés payés acquis au titre de la période de référence précédente, s'ils n'ont pas été soldés.
  • Les jours de congé conventionnels ou contractuels supplémentaires, selon les mêmes règles.

Le seul cas où cette indemnité pouvait être supprimée concernait la faute lourde (intention de nuire à l'employeur). Mais cette exception, issue de l'ancien article L. 3141-26, a été définitivement abrogée par la loi n° 2024-364 du 22 avril 2024 portant adaptation du droit français au droit européen. Depuis cette date, même un salarié licencié pour faute lourde conserve ses droits à congés payés.

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Calculer l'indemnité compensatrice de congés payés

Le Code du travail impose de retenir la méthode la plus favorable au salarié entre 2 modes de calcul (article L. 3141-24) :

Méthode 1 : la règle du dixième

L'indemnité est égale à 1/10e de la rémunération brute totale perçue par le salarié pendant la période de référence.

Méthode 2 : le maintien de salaire

L'indemnité correspond au salaire que le salarié aurait perçu s'il avait travaillé pendant ses jours de congé restants.

ÉlémentRègle du dixièmeMaintien de salaire
Base de calculRémunération brute totale de la période de référenceSalaire mensuel brut au moment du départ
FormuleRémunération brute × 1/10(Salaire mensuel / 21,67) × nombre de jours de CP non pris
Avantage fréquentSalarié ayant perçu des primes ou heures supplémentairesSalarié ayant eu une augmentation récente

Exemple chiffré. Un salarié licencié pour faute grave le 15 mars a acquis 18 jours de congés payés non pris. Son salaire brut mensuel est de 3 800 €. Sa rémunération brute totale sur la période de référence (1er juin – 15 mars) s'élève à 38 500 € (incluant une prime de 2 100 €).

  • Règle du dixième : 38 500 × 1/10 × (18/25) = 2 772 €
  • Maintien de salaire : (3 800 / 21,67) × 18 = 3 156 €

L'employeur doit verser 3 156 €, montant le plus favorable.

Faute grave vs faute lourde : différence sur les CP

Avant la loi du 22 avril 2024, la distinction entre faute grave et faute lourde avait une incidence directe sur les congés payés. La faute lourde — caractérisée par l'intention de nuire du salarié — privait ce dernier de l'indemnité compensatrice de congés payés. Cette règle, déjà fragilisée par la jurisprudence européenne (CJUE, 20 janvier 2009, Schultz-Hoff, C-350/06), a été supprimée.

Depuis le 22 avril 2024, le régime est unifié :

  • Faute grave : indemnité compensatrice de CP due. Pas d'indemnité de licenciement ni de préavis.
  • Faute lourde : indemnité compensatrice de CP désormais due. Pas d'indemnité de licenciement ni de préavis. L'employeur conserve uniquement la possibilité d'engager la responsabilité civile du salarié pour le préjudice causé.

Pour les directions juridiques, cette évolution simplifie le traitement du solde de tout compte : l'indemnité compensatrice de congés payés doit être versée systématiquement, sans exception liée à la qualification de la faute.

Faute grave ou faute lourde, le calcul des droits du salarié nécessite une analyse précise des faits et du dossier.
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Intégrer les CP dans le solde de tout compte

Le solde de tout compte est un document obligatoire remis au salarié lors de la rupture du contrat (article L. 1234-20 du Code du travail). Il doit détailler l'ensemble des sommes versées, ligne par ligne.

L'indemnité compensatrice de congés payés doit y figurer de manière distincte, avec :

  • Le nombre de jours acquis et non pris.
  • La méthode de calcul retenue (dixième ou maintien).
  • Le montant brut correspondant.

Checklist du solde de tout compte en cas de faute grave

  1. Vérifier le nombre exact de jours de CP acquis sur la période en cours et la période précédente.
  2. Calculer l'indemnité selon les 2 méthodes et retenir la plus favorable.
  3. Ajouter les éventuels jours de congé conventionnel ou de RTT non pris.
  4. Intégrer le salaire dû jusqu'à la date de rupture (y compris la mise à pied conservatoire si elle est requalifiée).
  5. Éditer le reçu pour solde de tout compte avec le détail par ligne.
  6. Remettre le document au salarié avec le certificat de travail et l'attestation France Travail.

Le salarié dispose de 6 mois pour contester le reçu s'il l'a signé, et de 3 ans en l'absence de signature (prescription de droit commun en matière salariale).

Risques et contentieux liés aux CP impayés

L'omission de l'indemnité compensatrice de congés payés dans le solde de tout compte constitue l'un des motifs de saisine les plus fréquents devant les conseils de prud'hommes en matière de licenciement pour faute grave.

Les risques pour l'employeur sont de 3 ordres :

  • Rappel de salaire : le salarié peut réclamer le paiement de l'indemnité compensatrice sur un délai de prescription de 3 ans (article L. 3245-1 du Code du travail).
  • Dommages-intérêts : si le juge constate une résistance abusive ou un retard de paiement, il peut accorder des dommages-intérêts complémentaires.
  • Intérêts de retard : les sommes dues produisent des intérêts au taux légal à compter de la date de saisine du conseil de prud'hommes, voire à compter de la date d'exigibilité si une mise en demeure a été envoyée.

Un sous-calcul — par exemple en omettant les primes dans l'assiette du dixième — produit les mêmes effets qu'une absence totale de versement. La rigueur du calcul protège autant l'entreprise que le salarié.

Sécuriser juridiquement votre procédure de licenciement

La gestion des congés payés dans un licenciement pour faute grave s'inscrit dans un processus plus large de sécurisation juridique. Plusieurs points méritent une attention particulière de la direction juridique :

  • Documenter la faute : constituer un dossier factuel solide avant d'engager la procédure. L'absence de preuve suffisante conduit à la requalification, qui ouvre droit à l'indemnité de licenciement et au préavis.
  • Respecter les délais : la procédure disciplinaire doit être engagée dans les 2 mois suivant la connaissance des faits (article L. 1332-4). La convocation à l'entretien préalable doit intervenir rapidement après la mise à pied conservatoire.
  • Vérifier l'assiette de calcul des CP : inclure les primes, heures supplémentaires et avantages en nature dans la rémunération brute servant de base au dixième.
  • Anticiper la contestation : préparer un solde de tout compte détaillé et conforme réduit le risque de contentieux prud'homal.
Sécuriser un licenciement pour faute grave suppose de maîtriser chaque étape, de la qualification des faits au solde de tout compte.
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FAQ

Le salarié licencié pour faute grave a-t-il droit à ses congés payés ?

Oui. L'indemnité compensatrice de congés payés est due pour tous les jours acquis et non pris, quelle que soit la gravité de la faute. Ce droit est garanti par l'article L. 3141-28 du Code du travail.

La faute lourde supprime-t-elle encore le droit aux congés payés ?

Non. Depuis la loi du 22 avril 2024, l'indemnité compensatrice de congés payés est due même en cas de faute lourde. L'ancienne exception a été abrogée pour mettre le droit français en conformité avec la directive européenne 2003/88/CE.

Quelle méthode de calcul retenir pour l'indemnité compensatrice de CP ?

L'employeur doit comparer la règle du dixième (1/10e de la rémunération brute totale) et le maintien de salaire, puis appliquer la méthode la plus favorable au salarié. Les primes et heures supplémentaires entrent dans l'assiette de calcul du dixième.

Quel est le délai de prescription pour réclamer des congés payés impayés ?

Le salarié dispose de 3 ans à compter de la date d'exigibilité de la créance pour saisir le conseil de prud'hommes (article L. 3245-1 du Code du travail). Si le reçu pour solde de tout compte a été signé sans réserve, le délai est réduit à 6 mois.

Faut-il inclure la période de mise à pied conservatoire dans le calcul des CP ?

Si le licenciement pour faute grave est confirmé, la mise à pied conservatoire n'est pas rémunérée et n'ouvre pas droit à acquisition de congés payés. En revanche, si la faute grave est requalifiée, la mise à pied conservatoire doit être rémunérée et les jours de CP correspondants sont dus.

Pour aller plus loin

Article L3141-28 du Code du travail - Légifrance

Licenciement pour faute grave ou lourde : conséquences - Service-Public.fr

Le contentieux du travail en 2023 - Ministère de la Justice (2024)

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Maître Jullian Hoareau
Avocat au Barreau de Paris
Fondateur de SWIM - Plateforme de mise en relation d’avocats d’affaires