
Jullian Hoareau

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Qu'est-ce qu'une licence de brevet
Licence exclusive, non exclusive ou licence de droit
Clauses essentielles du contrat de licence
Redevances : assiette, taux et modalités de calcul
Inscription au registre national des brevets de l'INPI
Contrefaçon : qui peut agir, breveté ou licencié
Fiscalité et droit de la concurrence : points de vigilance
Une licence de brevet est un contrat par lequel le titulaire d'un brevet — le concédant — autorise un tiers — le licencié — à exploiter l'invention protégée, sans lui transférer la propriété du titre. Elle se distingue ainsi de la cession, qui opère un transfert définitif de propriété sur le brevet.
L'article L613-8 du Code de la propriété intellectuelle (CPI) pose deux règles structurantes. D'une part, les droits attachés à une demande de brevet ou à un brevet délivré sont transmissibles en tout ou partie et peuvent faire l'objet d'une concession de licence de brevet, exclusive ou non exclusive. D'autre part, ces actes doivent être constatés par écrit à peine de nullité. Un accord oral ou un simple échange de courriels ne suffit donc pas à créer valablement une licence.
En pratique, la licence permet au concédant de monétiser son portefeuille de brevets tout en conservant la titularité du titre. Pour le licencié, elle sécurise l'accès à une technologie sans supporter le coût et l'aléa d'un développement interne. L'enjeu du contrat est d'organiser cet équilibre : périmètre d'exploitation, contrepartie financière, durée et conditions de résiliation.
Le contrat de licence de brevet peut prendre plusieurs formes, dont les effets juridiques diffèrent sensiblement.
| Type de licence | Caractéristiques | Point d'attention |
|---|---|---|
| Non exclusive | Le concédant peut accorder d'autres licences et exploiter lui-même | Le licencié n'a aucun monopole d'exploitation |
| Exclusive | Un seul licencié autorisé sur le territoire défini | Le breveté conserve le droit d'exploiter sauf clause contraire expresse |
| Exclusive avec réserve | Un seul licencié, mais le breveté se réserve l'exploitation | Clause à rédiger explicitement pour éviter toute ambiguïté |
| Licence de droit (art. L613-10 CPI) | Offre inscrite au registre, ouverte à tout demandeur | Réduit de moitié les annuités de maintien en vigueur |
| Licence obligatoire (art. L613-11 CPI) | Accordée par le tribunal en cas de non-exploitation sérieuse | Possible après un délai légal sans exploitation suffisante |
| Licence d'office (art. L613-16 CPI) | Imposée par arrêté pour motif d'intérêt public, notamment de santé publique | Décision administrative, non contractuelle |
Un point mérite une attention particulière : la licence exclusive n'interdit pas au breveté d'exploiter lui-même l'invention, sauf si le contrat le prévoit expressément. Omettre cette clause expose le licencié à une concurrence directe de son propre concédant.
La solidité d'un contrat de licence de brevet repose sur la précision de ses stipulations. Voici les clauses à structurer :
Structurer ces clauses en amont évite des litiges coûteux sur le périmètre réel de l'exploitation.
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La contrepartie financière de la licence prend généralement plusieurs formes combinées :
| Modalité | Fonctionnement |
|---|---|
| Forfait initial (upfront fee) | Somme versée à la signature, indépendante du volume d'exploitation |
| Redevances proportionnelles | Pourcentage appliqué au chiffre d'affaires net des produits couverts |
| Redevances unitaires | Montant fixe par unité fabriquée ou vendue |
| Minima annuels garantis | Plancher de redevances dû même en cas de faible exploitation |
| Paliers dégressifs | Taux qui diminue au-delà de seuils de chiffre d'affaires prédéfinis |
L'assiette de calcul est le point le plus litigieux. Le contrat doit définir avec précision le chiffre d'affaires net servant de base : déductions autorisées (remises, retours, taxes), traitement des ventes intra-groupe, et périmètre des produits couverts par les revendications licenciées.
Les minima garantis protègent le concédant contre un licencié qui n'exploiterait pas sérieusement le brevet. Ils constituent aussi un levier de résiliation : le non-paiement des minima peut être stipulé comme cause de résiliation de plein droit.
L'article L613-9 du CPI dispose que tout acte transmettant ou modifiant les droits attachés à un brevet doit, pour être opposable aux tiers, être inscrit au registre national des brevets tenu par l'INPI. Cette formalité concerne aussi bien les cessions que les licences brevet INPI.
La nuance est précise : avant son inscription, l'acte reste opposable au tiers qui a acquis des droits postérieurement, à condition que ce tiers ait eu connaissance de la licence lors de son acquisition. En pratique, cette preuve de connaissance est difficile à rapporter.
Les conséquences d'un défaut d'inscription sont concrètes :
L'inscription doit donc être effectuée dès la signature du contrat. Le délai de traitement par l'INPI varie, mais la date de dépôt de la demande d'inscription fait foi.
L'inscription au registre est une formalité simple dont l'omission peut rendre la licence inopposable aux tiers.
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L'article L615-2 du CPI organise la répartition du droit d'agir en contrefaçon selon le type de licence.
Le principe : l'action en contrefaçon appartient au propriétaire du brevet. Le licencié non exclusif ne peut pas engager l'action de sa propre initiative.
L'exception pour le licencié exclusif : sauf stipulation contraire du contrat, le titulaire d'une licence exclusive peut exercer l'action en contrefaçon si, après mise en demeure, le breveté n'exerce pas lui-même l'action. Cette mise en demeure préalable est une condition de recevabilité.
L'intervention du licencié : tout licencié, exclusif ou non, est recevable à intervenir à l'instance engagée par le breveté afin d'obtenir la réparation de son préjudice propre.
Ces règles appellent une rédaction contractuelle précise :
Sans ces stipulations, le licencié exclusif peut se retrouver contraint d'agir seul, sans budget ni coopération du breveté, face à un contrefacteur.
Anticiper la gestion du contentieux dans le contrat évite des blocages procéduraux en cas de contrefaçon.
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Côté fiscal, le résultat net tiré de la concession de licences de brevets peut, sur option et sous conditions, bénéficier d'un taux réduit d'imposition de 10 % prévu à l'article 238 du Code général des impôts. Ce régime, dit IP Box, impose un suivi par actif ou par famille de produits, fondé sur le ratio des dépenses de R&D engagées par le contribuable. Le non-respect de cette traçabilité entraîne la perte du bénéfice du taux réduit.
Côté concurrence, le régime européen d'exemption applicable aux accords de transfert de technologie encadre les clauses restrictives insérées dans les contrats de licence. Certaines restrictions sont qualifiées de restrictions caractérisées et sont interdites :
Le non-respect de ces règles expose les parties à des sanctions prononcées par les autorités de concurrence, avec un risque de nullité des clauses concernées. Une analyse concurrence doit donc accompagner la rédaction de tout contrat de licence comportant des restrictions territoriales ou des obligations de non-concurrence.
Non. L'article L613-8 du Code de la propriété intellectuelle exige que le contrat soit constaté par écrit à peine de nullité. Un accord verbal, même prouvé par des échanges de courriels, ne constitue pas un écrit valable au sens de ce texte.
La licence reste valable entre les parties, mais elle est inopposable aux tiers qui n'en avaient pas connaissance. En cas de cession du brevet à un acquéreur de bonne foi ou de procédure collective du concédant, le licencié risque de perdre ses droits d'exploitation.
Seul le titulaire d'une licence exclusive peut agir, et uniquement après avoir mis en demeure le breveté d'agir lui-même sans résultat. Le licencié non exclusif ne peut qu'intervenir à une instance déjà engagée par le breveté pour obtenir réparation de son préjudice propre.
Non. La licence confère un droit d'exploitation du monopole conféré par le brevet. Ce droit s'éteint avec le brevet lui-même, soit en principe 20 ans après le dépôt. Toute clause prévoyant une durée supérieure serait sans objet au-delà de l'expiration du titre.
Non. Le taux réduit de 10 % prévu à l'article 238 du CGI est optionnel et conditionné à un suivi comptable par actif ou famille de produits, fondé sur le ratio de dépenses de R&D. L'option doit être exercée et la documentation tenue à disposition de l'administration fiscale.
Article L613-8 - Code de la propriété intellectuelle - Légifrance
Article L613-9 - Code de la propriété intellectuelle - Légifrance
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