Jour de fractionnement dans le privé : définition, conditions et calcul des congés supplémentaires

Guides & Ressources pratiques
10 Jan 2026
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6
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Points clés de l'article
  1. Le jour de fractionnement est un congé payé supplémentaire accordé lorsqu'un salarié prend une partie de son congé principal en dehors de la période légale (1er mai – 31 octobre).
  2. Le Code du travail (article L. 3141-23) prévoit 1 jour supplémentaire pour 3 à 5 jours pris hors période, et 2 jours au-delà de 5 jours.
  3. Une convention collective ou un accord d'entreprise peut modifier ou supprimer ce droit.
  4. Le salarié peut renoncer individuellement aux jours de fractionnement, à condition que cette renonciation soit expresse et non équivoque.
  5. L'employeur qui omet d'attribuer ces jours s'expose à un rappel de salaire devant le conseil de prud'hommes, avec un délai de prescription de 3 ans.

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Sommaire

Qu'est-ce qu'un jour de fractionnement dans le secteur privé ?

Conditions d'attribution des jours de fractionnement

Calcul des jours de fractionnement : règles et exemples concrets

Fractionnement et convention collective : ce qui peut changer

Renonciation du salarié aux jours de fractionnement

Obligations de l'employeur et risques contentieux

FAQ : questions fréquentes sur le fractionnement des congés payés

Pour aller plus loin

Qu'est-ce qu'un jour de fractionnement dans le secteur privé ?

Chaque salarié du secteur privé dispose de 30 jours ouvrables de congés payés par an, soit 5 semaines. Parmi ces 5 semaines, 4 constituent le congé principal. Le Code du travail impose en principe que ce congé principal soit pris entre le 1er mai et le 31 octobre, période dite « période légale de prise des congés ».

En pratique, tous les salariés ne posent pas l'intégralité de ces 4 semaines durant l'été. Lorsqu'une partie du congé principal est reportée en dehors de cette fenêtre — par exemple en novembre ou en février —, le salarié « fractionne » son congé. Ce fractionnement ouvre droit à des jours de congés supplémentaires, appelés jours de fractionnement.

Le mécanisme est prévu par l'article L. 3141-23 du Code du travail. Son objectif est de compenser le fait que le salarié ne bénéficie pas d'un repos continu pendant la saison estivale. Concrètement, ces jours viennent s'ajouter au solde de congés payés, sans réduire les autres droits à repos.

Conditions d'attribution des jours de fractionnement

L'attribution des jours de fractionnement repose sur 2 conditions cumulatives.

Première condition : un congé principal d'au moins 15 jours ouvrables. Le salarié doit avoir acquis suffisamment de droits pour disposer d'un congé principal de 24 jours ouvrables (4 semaines). Seul ce bloc de 24 jours est concerné par le fractionnement. La 5e semaine de congés payés n'entre pas dans le calcul.

Deuxième condition : une prise de congés hors période légale. Une fraction du congé principal doit être posée en dehors de la période du 1er mai au 31 octobre. Les jours pris avant le 1er mai ou après le 31 octobre déclenchent le droit aux jours supplémentaires.

Il faut distinguer 2 éléments dans le décompte :

  • Le salarié doit impérativement prendre au moins 12 jours ouvrables consécutifs entre le 1er mai et le 31 octobre (c'est le « noyau dur » du congé principal).
  • Les jours restants du congé principal, pris en dehors de cette période, sont ceux qui génèrent le fractionnement.

Les jours de la 5e semaine, les RTT, les jours de repos conventionnels ou les congés d'ancienneté ne comptent pas dans ce calcul.

Calcul des jours de fractionnement : règles et exemples concrets

Le barème légal est fixé par l'article L. 3141-23 du Code du travail :

Jours du congé principal pris hors période légaleJours de fractionnement attribués
1 à 2 jours ouvrables0 jour
3 à 5 jours ouvrables1 jour ouvrable
6 jours ouvrables ou plus2 jours ouvrables

Le maximum est donc de 2 jours ouvrables supplémentaires par an.

Exemple concret

Un salarié a acquis 24 jours ouvrables de congé principal. Il pose 18 jours entre juin et août, puis 6 jours en décembre. Les 6 jours pris en décembre sont situés hors de la période légale. Il bénéficie donc de 2 jours de fractionnement.

Contre-exemple

Un autre salarié pose 12 jours en juillet et 12 jours en octobre. La totalité de son congé principal est prise entre le 1er mai et le 31 octobre. Il n'a droit à aucun jour de fractionnement, car aucun jour n'est posé hors période légale.

Calculer les droits à congés supplémentaires suppose une lecture précise du calendrier de prise des congés et des règles applicables dans l'entreprise.
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Fractionnement et convention collective : ce qui peut changer

L'article L. 3141-23 du Code du travail est supplétif sur plusieurs points. Cela signifie qu'un accord d'entreprise, un accord de branche ou une convention collective peut modifier les règles du fractionnement.

Les aménagements les plus fréquents portent sur 3 aspects :

  • Suppression des jours de fractionnement. Certains accords prévoient que le fractionnement du congé principal n'ouvre droit à aucun jour supplémentaire. Cette clause est licite dès lors qu'elle résulte d'un accord collectif valide.
  • Augmentation du nombre de jours. À l'inverse, un accord peut prévoir 3 jours ou plus de fractionnement. C'est le cas dans certaines branches du secteur bancaire ou de la métallurgie.
  • Modification de la période de référence. L'accord peut élargir ou décaler la période légale de prise du congé principal, ce qui modifie mécaniquement le déclenchement du fractionnement.
Source de la règlePeut-elle modifier le fractionnement ?Exemples d'aménagement
Code du travail (supplétif)Oui, si aucun accord ne s'appliqueBarème légal : 1 ou 2 jours
Accord d'entrepriseOuiSuppression, augmentation, modification de la période
Convention collective de brancheOuiJours supplémentaires spécifiques
Décision unilatérale de l'employeurNon, sauf en l'absence d'accordNe peut que respecter le minimum légal

Avant d'appliquer le barème légal, le DRH doit donc vérifier si un accord collectif applicable dans l'entreprise prévoit des dispositions spécifiques.

Renonciation du salarié aux jours de fractionnement

Le salarié peut renoncer à ses jours de fractionnement. Cette possibilité est expressément prévue par le Code du travail. En pratique, elle intervient lorsque le salarié demande lui-même à poser des congés hors période légale et accepte de ne pas bénéficier des jours supplémentaires.

La renonciation doit respecter 3 critères pour être valable :

  1. Individuelle. Elle ne peut pas être imposée collectivement par une note de service ou un usage d'entreprise.
  2. Expresse. Un simple silence du salarié ne vaut pas renonciation. La Cour de cassation (Cass. soc., 13 septembre 2017, n° 16-11.773) a rappelé que l'absence de réclamation ne constitue pas un accord.
  3. Non équivoque. Le salarié doit signer un document clair mentionnant qu'il renonce aux jours de fractionnement pour l'année concernée.

En l'absence de renonciation valide, l'employeur est tenu d'attribuer les jours supplémentaires. Le formulaire de demande de congés peut intégrer une case de renonciation, à condition qu'elle soit facultative et lisible.

La rédaction des clauses de renonciation et la conformité des formulaires de congés méritent une vérification juridique adaptée à chaque organisation.
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Obligations de l'employeur et risques contentieux

L'employeur a l'obligation de respecter les règles relatives au fractionnement des congés payés. En cas de manquement, le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes pour obtenir un rappel de congés payés ou une indemnité compensatrice.

Les erreurs les plus fréquentes constatées en contentieux sont :

  • L'absence d'attribution des jours de fractionnement alors que les conditions sont remplies et qu'aucune renonciation valide n'a été recueillie.
  • L'imposition d'une renonciation collective par voie de note interne, sans accord individuel du salarié.
  • L'erreur de décompte liée à une confusion entre jours ouvrables et jours ouvrés, ou à l'inclusion de la 5e semaine dans le calcul du fractionnement.

Le délai de prescription pour réclamer des jours de fractionnement non attribués est de 3 ans à compter du jour où le salarié a connu ou aurait dû connaître les faits (article L. 3245-1 du Code du travail). En cas de contentieux groupé — plusieurs salariés réclamant simultanément —, l'impact financier peut être significatif.

Pour limiter ces risques, le DRH doit s'assurer que le logiciel de gestion des congés intègre correctement le barème applicable (légal ou conventionnel), que les formulaires de renonciation sont conformes, et que le suivi des compteurs de congés distingue clairement le congé principal de la 5e semaine.

FAQ : questions fréquentes sur le fractionnement des congés payés

Le salarié à temps partiel a-t-il droit aux jours de fractionnement ?

Oui. Le droit aux jours de fractionnement s'applique à tous les salariés, quel que soit leur temps de travail. Le calcul repose sur le nombre de jours ouvrables du congé principal pris hors période légale, selon les mêmes règles que pour un salarié à temps plein.

L'employeur peut-il imposer les dates de congés pour éviter le fractionnement ?

L'employeur peut fixer l'ordre des départs en congés et la période de prise des congés, dans le respect des règles légales et conventionnelles. Toutefois, il ne peut pas contraindre un salarié à renoncer à ses jours de fractionnement. Si le fractionnement résulte d'une décision de l'employeur (fermeture de l'entreprise en hiver, par exemple), les jours supplémentaires sont dus automatiquement.

Les jours de fractionnement sont-ils reportables d'une année sur l'autre ?

En principe, non. Les jours de fractionnement suivent le régime des congés payés : ils doivent être pris au cours de la période de référence. Toutefois, un accord collectif peut prévoir des modalités de report. En l'absence d'accord, les jours non pris sont perdus à l'expiration de la période.

Comment distinguer jours ouvrables et jours ouvrés pour le fractionnement ?

Le Code du travail raisonne en jours ouvrables (tous les jours de la semaine sauf le dimanche et les jours fériés, soit 6 jours par semaine). Si l'entreprise décompte les congés en jours ouvrés (5 jours par semaine), une conversion est nécessaire. Le barème légal (3 à 5 jours / 6 jours et plus) s'applique en jours ouvrables.

La 5e semaine de congés payés entre-t-elle dans le calcul du fractionnement ?

Non. Seul le congé principal de 24 jours ouvrables (4 semaines) est pris en compte pour déterminer le droit aux jours de fractionnement. La 5e semaine est exclue du mécanisme, quel que soit le moment où elle est posée.

Pour aller plus loin

Article L3141-23 du Code du travail (jours supplémentaires pour fractionnement) - Légifrance

Les congés payés (règles de fractionnement et de report) - Ministère du Travail

Congés payés du salarié dans le secteur privé (fractionnement) - Service-Public.fr

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