
Jullian Hoareau

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Jugement d'ouverture : la date qui partage les factures
Factures antérieures : déclaration de créance au mandataire
Factures postérieures : paiement à l'échéance et privilège
Continuer à livrer le client : contrats en cours et garanties
Émettre une facture après le jugement : mentions et vigilance
Facture impayée après redressement ou liquidation : recours possibles
Lorsqu'un client est placé en redressement judiciaire, son fournisseur détient souvent des factures émises avant et après la décision du tribunal. La gestion d'une facture après redressement judiciaire commence donc par un tri : chaque facture suit un régime distinct selon sa date. Une erreur de classement peut coûter la créance ou son rang de paiement. Ce guide présente les règles du code de commerce applicables au fournisseur, du jugement d'ouverture aux recours en cas d'impayé.
Le jugement d'ouverture est la décision par laquelle le tribunal place l'entreprise en procédure collective. Il fixe une frontière qui s'applique à toutes les créances du client.
En redressement judiciaire, l'article L631-14 du code de commerce renvoie aux règles de la sauvegarde. Ainsi, l'article L622-7 prévoit que le jugement emporte de plein droit interdiction de payer toute créance née antérieurement. Le débiteur ne peut donc plus régler ces factures, même s'il dispose de la trésorerie. Seule exception : la compensation de créances connexes, c'est-à-dire l'extinction réciproque de dettes issues d'un même ensemble contractuel.
Le critère retenu n'est pas la date d'émission de la facture mais la date de naissance de la créance. Pour une livraison de marchandises, la créance naît en principe avec la livraison. Par conséquent, une facture émise après le jugement pour une livraison antérieure reste une créance antérieure.
| Situation | Qualification | Traitement |
|---|---|---|
| Livraison et facture avant le jugement | Créance antérieure | Déclaration au mandataire |
| Livraison avant, facture après le jugement | Créance antérieure | Déclaration au mandataire |
| Livraison après le jugement, utile à l'activité | Créance postérieure | Paiement à l'échéance |
La déclaration de créance est l'acte par lequel le fournisseur fait connaître sa créance à la procédure. Sans elle, il ne participe ni aux répartitions ni au plan de redressement.
L'article L622-24 du code de commerce impose de l'adresser au mandataire judiciaire, professionnel désigné par le tribunal pour représenter l'ensemble des créanciers. Selon l'article R622-24, le délai est de 2 mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au BODACC, le Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales. Il est augmenté de 2 mois pour les créanciers qui ne demeurent pas en France métropolitaine, lorsque la procédure y est ouverte.
Pour un DAF, la déclaration se prépare avec méthode :
Lorsque le délai est dépassé, le créancier peut demander au juge-commissaire un relevé de forclusion, c'est-à-dire l'autorisation de déclarer hors délai. Toutefois, il doit démontrer que sa défaillance ne lui est pas imputable.
Le tri des factures et la déclaration au passif conditionnent la récupération d'une créance antérieure.
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Les créances nées après le jugement bénéficient d'un régime plus favorable, défini par l'article L622-17 du code de commerce. Elles doivent être nées régulièrement et correspondre à l'une de ces situations :
Ces créances sont payées à leur échéance. À défaut, elles bénéficient d'un privilège : elles sont réglées avant toutes les autres créances, à l'exception de certaines créances dites superprivilégiées.
Ce privilège ne couvre donc pas toute facture postérieure. Une prestation sans lien avec l'activité poursuivie, ou commandée en dehors des pouvoirs laissés au débiteur par le tribunal, peut en être exclue.
| Critère | Facture antérieure | Facture postérieure éligible |
|---|---|---|
| Paiement spontané | Interdit | À l'échéance |
| Démarche du fournisseur | Déclaration au mandataire | Facturation normale |
| Rang en cas d'impayé | Selon le plan ou la répartition | Privilège |
Un contrat en cours est un contrat conclu avant le jugement et dont l'exécution n'est pas achevée, comme un contrat-cadre d'approvisionnement. L'article L622-13 du code de commerce encadre sa poursuite.
D'une part, l'administrateur a seul la faculté d'exiger l'exécution du contrat. D'autre part, le fournisseur doit remplir ses obligations malgré les impayés antérieurs du débiteur. Il ne peut donc pas suspendre ses livraisons au motif que des factures antérieures restent dues.
En revanche, les livraisons effectuées après le jugement génèrent des créances postérieures, payables à l'échéance. Le fournisseur peut aussi sortir de l'incertitude par une mise en demeure adressée à l'administrateur : restée plus de 1 mois sans réponse, elle entraîne la résiliation de plein droit du contrat.
Pour sécuriser les livraisons poursuivies, le fournisseur peut :
La poursuite d'un contrat en cours engage le fournisseur et justifie une analyse de ses obligations et de ses garanties.
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Toute facture après redressement judiciaire doit rattacher sans ambiguïté la créance à la bonne période. Une discipline de facturation stricte s'impose :
Le premier risque tient au mélange des périodes : une facture couvrant des livraisons de part et d'autre du jugement complique la preuve et retarde le paiement de la part postérieure. Le second concerne les relances. En effet, réclamer au client le règlement d'une facture antérieure revient à solliciter un paiement interdit par l'article L622-7, qui peut ensuite être remis en cause.
Le recours dépend d'abord de la nature de la facture impayée.
Pour une facture antérieure, le code de commerce suspend les poursuites individuelles contre le débiteur. Le levier du fournisseur reste la déclaration de créance, puis le suivi de son admission au passif. Si un plan de redressement est adopté, il est payé selon les modalités de ce plan.
Pour une facture postérieure éligible à l'article L622-17, le fournisseur réclame le paiement à l'échéance. En cas d'impayé, il doit porter sa créance à la connaissance de l'administrateur ou du mandataire dans le délai fixé par le code de commerce, sous peine de perdre son privilège.
Lorsque le tribunal prononce la liquidation judiciaire, l'activité cesse et les actifs sont vendus. Les créances déclarées sont alors payées selon leur rang sur le produit des ventes, et les créances postérieures conservent un traitement prioritaire.
D'autres leviers existent en parallèle de la procédure :
| Levier | Condition | Effet |
|---|---|---|
| Revendication des marchandises | Réserve de propriété, biens identifiables, demande dans le délai légal | Récupération des biens impayés |
| Appel de la caution | Garantie signée par un tiers, souvent le dirigeant | Paiement par le garant, selon les règles de la procédure |
| Assurance-crédit | Police couvrant le client | Indemnisation selon le contrat |
Le choix du recours dépend de la date de la créance, des garanties détenues et de l'issue de la procédure.
Faire analyser sa créance par un avocat en entreprises en difficulté
Non. La créance naît avec la livraison, pas avec la facture. Elle reste soumise à l'interdiction de paiement et doit être déclarée au mandataire judiciaire.
Le délai est de 2 mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au BODACC. Il est augmenté de 2 mois pour les créanciers qui ne demeurent pas en France métropolitaine, lorsque la procédure y est ouverte.
Le créancier peut demander un relevé de forclusion au juge-commissaire. Il doit établir que le retard ne lui est pas imputable.
Si l'administrateur exige la poursuite d'un contrat en cours, le fournisseur doit livrer malgré les impayés antérieurs. Il peut toutefois mettre l'administrateur en demeure de se prononcer sur la poursuite du contrat.
Elles sont payées à l'échéance si elles remplissent les conditions de l'article L622-17. À défaut, elles bénéficient d'un privilège, qui ne garantit pas le paiement si les actifs sont insuffisants.
Déclarer ses créances envers un partenaire commercial en procédure collective - Service-Public.fr
Article L622-17 du Code de commerce : créances nées après le jugement d'ouverture - Légifrance
Code de commerce, déclaration de créances (articles R622-21 à R622-26) - Légifrance
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