Comment savoir si une entreprise est en redressement judiciaire : guide complet

Guides & Ressources pratiques
16 Jan 2026
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10
min
Points clés de l'article
  1. Le redressement judiciaire est une procédure collective ouverte par le tribunal de commerce lorsqu'une entreprise ne peut plus payer ses dettes à échéance.
  2. Le BODACC publie gratuitement tous les jugements d'ouverture de redressement judiciaire, consultables en ligne par numéro SIREN ou nom de société.
  3. Infogreffe et le greffe du tribunal de commerce compétent permettent d'obtenir un extrait Kbis à jour, qui mentionne toute procédure collective en cours.
  4. Des signaux concrets — retards de paiement répétés, rotation des dirigeants, dégradation du score de solvabilité — peuvent alerter avant même la publication officielle.
  5. Un créancier qui découvre qu'un débiteur est en redressement doit déclarer sa créance dans un délai de 2 mois à compter de la publication au BODACC, sous peine de forclusion.

Sommaire

Qu'est-ce qu'un redressement judiciaire ?

Reconnaître une entreprise en cessation de paiement

Consulter le BODACC gratuitement en ligne

Vérifier sur Infogreffe et le tribunal compétent

Utiliser les autres sources d'information publiques

Les signes avant-coureurs à surveiller

Que faire face à une société en redressement ?

Protégez vos intérêts avec un accompagnement adapté

FAQ

Pour aller plus loin

Qu'est-ce qu'un redressement judiciaire ?

Le redressement judiciaire est une procédure collective encadrée par les articles L631-1 et suivants du Code de commerce. Elle s'adresse aux entreprises qui se trouvent en état de cessation des paiements, c'est-à-dire dans l'impossibilité de faire face à leur passif exigible avec leur actif disponible. Le tribunal de commerce (ou le tribunal judiciaire pour les professions libérales) ouvre cette procédure sur demande du dirigeant, d'un créancier ou du procureur de la République.

L'objectif n'est pas de liquider l'entreprise. Le redressement judiciaire vise à permettre la poursuite de l'activité, le maintien de l'emploi et l'apurement du passif. Concrètement, le tribunal désigne un administrateur judiciaire chargé de superviser la gestion, et un mandataire judiciaire qui représente les créanciers. Une période d'observation de 6 mois, renouvelable une fois, permet d'évaluer si un plan de redressement est viable.

En 2023, les tribunaux de commerce français ont ouvert environ 16 500 procédures de redressement judiciaire, selon les données de la Banque de France. Ce chiffre traduit une hausse de 35 % par rapport à 2022, liée à la fin progressive des dispositifs de soutien mis en place pendant la crise sanitaire (PGE, reports de charges).

Pour un fournisseur, un client ou un partenaire commercial, savoir si une entreprise est en redressement judiciaire modifie directement la relation contractuelle. Les paiements antérieurs au jugement d'ouverture sont gelés. Seules les créances postérieures bénéficient d'un traitement prioritaire. D'où l'utilité de vérifier rapidement et gratuitement la situation d'une société.

Reconnaître une entreprise en cessation de paiement

La cessation de paiement est le critère juridique qui déclenche l'ouverture d'un redressement judiciaire. Elle se définit par un test précis : l'actif disponible (trésorerie, créances immédiatement mobilisables) ne couvre plus le passif exigible (dettes arrivées à échéance et dont le paiement est réclamé).

Il ne faut pas confondre cessation de paiement et difficultés financières passagères. Une entreprise peut afficher un résultat net négatif sans être en cessation de paiement, si elle dispose encore de liquidités suffisantes pour honorer ses échéances. À l'inverse, une société rentable mais confrontée à un blocage de trésorerie — par exemple un impayé client de grande ampleur — peut basculer en cessation de paiement.

Le dirigeant a l'obligation légale de déclarer la cessation de paiement au greffe du tribunal de commerce dans un délai de 45 jours suivant sa survenance (article L631-4 du Code de commerce). Le non-respect de ce délai peut entraîner des sanctions personnelles, notamment une interdiction de gérer.

En pratique, plusieurs indices permettent de suspecter qu'une entreprise approche de la cessation de paiement :

  • Retards de paiement récurrents sur les factures fournisseurs, au-delà des délais contractuels
  • Inscriptions de privilèges par l'URSSAF ou le Trésor public, visibles sur l'état d'endettement au greffe
  • Demandes de délais de paiement inhabituelles ou renégociations unilatérales des conditions commerciales
  • Perte de clients ou de contrats structurants entraînant une chute brutale du chiffre d'affaires

Ces signaux ne constituent pas une preuve juridique, mais ils justifient une vérification formelle auprès des sources officielles.

Consulter le BODACC gratuitement en ligne

Le BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales) est la source la plus directe pour savoir si une entreprise est en redressement judiciaire. Toute décision d'ouverture, de prolongation ou de clôture d'une procédure collective y est publiée, conformément à l'article R621-8 du Code de commerce.

Comment effectuer la recherche ?

La consultation est entièrement gratuite sur le site officiel bodacc.fr. La recherche s'effectue de 3 manières :

Critère de recherche Précision attendue Délai de publication
Numéro SIREN (9 chiffres) Résultat exact, sans ambiguïté 8 à 15 jours après le jugement
Dénomination sociale Risque d'homonymie à vérifier 8 à 15 jours après le jugement
Nom du dirigeant Utile pour les entreprises individuelles 8 à 15 jours après le jugement

La recherche par numéro SIREN est la plus fiable. Ce numéro figure sur les factures, les devis et les mentions légales du site internet de l'entreprise.

Que contient l'annonce BODACC ?

L'avis publié au BODACC mentionne :

  • La nature de la procédure (redressement judiciaire, liquidation judiciaire, sauvegarde)
  • La date du jugement d'ouverture
  • Le tribunal compétent
  • Le nom de l'administrateur judiciaire et du mandataire judiciaire désignés
  • La date limite de déclaration des créances (en général 2 mois après la publication)

Ce dernier point est déterminant pour les créanciers. Le délai de 2 mois court à compter de la publication au BODACC, et non à compter du jugement. Passé ce délai, la créance risque la forclusion : elle ne sera plus prise en compte dans le plan de redressement.

Vérifier la situation d'un partenaire commercial permet d'anticiper les démarches de déclaration de créance et de sécuriser sa position.
Consultez un avocat spécialisé en redressement judiciaire

Vérifier sur Infogreffe et le tribunal compétent

Infogreffe est le portail numérique des greffes des tribunaux de commerce. Il donne accès aux informations légales de plus de 6 millions d'entreprises immatriculées en France.

L'extrait Kbis : le document de référence

L'extrait Kbis constitue la carte d'identité officielle d'une société commerciale. Il mentionne, le cas échéant, l'existence d'une procédure collective en cours. La rubrique « Observations » indique la nature de la procédure, la date du jugement et le nom des organes désignés.

Sur Infogreffe, un extrait Kbis coûte entre 2,69 € et 3,37 € selon le mode de transmission (en ligne ou par courrier). Toutefois, certaines informations sont accessibles gratuitement :

Service Infogreffe Coût Information disponible
Fiche entreprise (consultation en ligne) Gratuit Dénomination, SIREN, adresse, dirigeants, mention de procédure collective
Extrait Kbis numérique 2,69 € Document officiel complet avec mentions de procédure
État d'endettement 6,22 € Inscriptions de privilèges et nantissements

Le greffe du tribunal de commerce

Pour les entreprises relevant d'un tribunal judiciaire (professions libérales, associations, sociétés civiles), la vérification s'effectue directement auprès du greffe compétent. Le site du Tribunal digital permet également d'accéder à certaines informations.

Le registre national des entreprises (RNE), géré par l'INPI depuis 2023, centralise les données de toutes les entreprises françaises, y compris les mentions de procédures collectives. Sa consultation est gratuite sur data.inpi.fr.

Utiliser les autres sources d'information publiques

Au-delà du BODACC et d'Infogreffe, plusieurs outils complémentaires permettent de vérifier la situation juridique d'une entreprise.

Les bases de données publiques

  • Societe.com : agrège les données du BODACC, d'Infogreffe et des comptes annuels déposés. La fiche gratuite mentionne les procédures collectives en cours. Les scores de solvabilité sont accessibles en version payante.
  • Pappers.fr : plateforme gratuite qui compile les données du registre du commerce, du BODACC et des comptes annuels. Les jugements de procédure collective y sont référencés avec un délai de quelques jours après publication officielle.
  • Annuaire-entreprises.data.gouv.fr : service public gratuit qui affiche les informations légales issues du RNE, y compris les mentions de procédure collective.

Les agences de notation financière

Des sociétés comme Altares (groupe Dun & Bradstreet), Ellisphere ou Creditsafe proposent des rapports de solvabilité détaillés. Ces rapports incluent un score de défaillance, l'historique des incidents de paiement et les éventuelles procédures collectives. Leur accès est payant, généralement sous forme d'abonnement (à partir de 50 € par mois pour les offres de base).

Ces outils sont particulièrement utiles pour les entreprises qui gèrent un portefeuille de clients ou de fournisseurs et souhaitent automatiser la surveillance.

Identifier une procédure collective en cours chez un partenaire permet d'adapter rapidement sa stratégie contractuelle et de protéger ses créances.
Faites-vous accompagner par un avocat en redressement judiciaire

Les signes avant-coureurs à surveiller

Avant qu'un jugement de redressement judiciaire ne soit publié, plusieurs signaux d'alerte peuvent être détectés par un partenaire commercial attentif.

Signaux financiers

  • Dégradation des délais de paiement : une entreprise qui passe de 30 à 60, puis 90 jours de retard sur ses règlements fournisseurs signale un problème de trésorerie structurel.
  • Comptes annuels non déposés : l'absence de dépôt des comptes au greffe (vérifiable sur Infogreffe ou Pappers) peut indiquer une volonté de masquer une situation financière dégradée. En France, environ 50 % des PME ne déposent pas leurs comptes dans les délais légaux.
  • Inscriptions de privilèges : lorsque l'URSSAF ou le Trésor public inscrivent un privilège, cela signifie que l'entreprise a des arriérés de cotisations sociales ou d'impôts. Ces inscriptions sont consultables via l'état d'endettement disponible au greffe.

Signaux opérationnels

  • Rotation anormale des dirigeants : plusieurs changements de gérant ou de président en moins de 12 mois peuvent traduire une fuite des responsables face à une situation compromise.
  • Perte de certifications ou d'agréments : dans certains secteurs réglementés (BTP, transport, sécurité), la perte d'une certification peut précipiter la défaillance.
  • Licenciements massifs ou recours au chômage partiel prolongé : ces mesures, souvent rendues publiques par la presse locale ou les représentants du personnel, indiquent une contraction sévère de l'activité.

Signaux juridiques

  • Assignations en justice : la multiplication des assignations par des créanciers, consultable au greffe, révèle une accumulation d'impayés.
  • Demande de conciliation ou de mandat ad hoc : ces procédures amiables et confidentielles précèdent souvent un redressement judiciaire. Elles ne sont pas publiées, mais leur existence peut filtrer dans le milieu professionnel concerné.

Que faire face à une société en redressement ?

Lorsqu'un fournisseur, un client ou un partenaire est placé en redressement judiciaire, la réaction doit être rapide et méthodique.

Déclarer sa créance dans les délais

Le créancier dispose de 2 mois à compter de la publication du jugement au BODACC pour déclarer sa créance auprès du mandataire judiciaire. Cette déclaration doit préciser le montant de la créance, sa nature (chirographaire, privilégiée, garantie par une sûreté) et les pièces justificatives (factures, contrats, bons de commande).

Le non-respect de ce délai entraîne la forclusion : la créance est exclue du plan de redressement, sauf relevé de forclusion accordé par le juge-commissaire dans des cas exceptionnels.

Adapter la relation commerciale

Pendant la période d'observation, les contrats en cours se poursuivent. L'administrateur judiciaire peut décider de continuer ou de résilier chaque contrat. En tant que cocontractant, il est possible de mettre en demeure l'administrateur de se prononcer sur la poursuite du contrat dans un délai d'1 mois.

Pour les livraisons futures, il est recommandé de :

  1. Exiger un paiement comptant pour toute nouvelle commande passée après le jugement d'ouverture
  2. Vérifier que l'administrateur judiciaire a bien autorisé la commande
  3. Conserver une trace écrite de chaque échange

Surveiller l'évolution de la procédure

La période d'observation peut déboucher sur 3 issues :

Issue possible Conséquence pour les créanciers
Plan de redressement adopté Paiement échelonné sur 10 ans maximum, avec remises éventuelles
Cession totale ou partielle Le repreneur peut reprendre certains contrats ; les créanciers sont payés sur le prix de cession
Conversion en liquidation judiciaire L'activité cesse ; les créanciers sont payés selon l'ordre des privilèges, souvent partiellement

Face à un partenaire en redressement judiciaire, chaque jour compte pour déclarer ses créances et sécuriser ses droits.
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Protégez vos intérêts avec un accompagnement adapté

La vérification de la situation juridique d'une entreprise n'est que la première étape. Lorsqu'une procédure de redressement judiciaire est confirmée, les enjeux se déplacent vers la protection concrète des intérêts du créancier ou du partenaire commercial.

Pourquoi un accompagnement juridique est utile

La déclaration de créance obéit à un formalisme strict. Une erreur dans la qualification de la créance (chirographaire au lieu de privilégiée, par exemple) peut réduire considérablement les chances de recouvrement. De même, la négociation d'un plan de redressement implique de comprendre les mécanismes de remise de dette et d'échelonnement.

Un avocat spécialisé en procédures collectives peut intervenir sur plusieurs points :

  • Rédaction et dépôt de la déclaration de créance dans les formes et délais requis
  • Contestation d'une créance si le montant retenu par le mandataire judiciaire est inférieur à celui déclaré
  • Négociation dans le cadre du plan de redressement pour obtenir des conditions de remboursement plus favorables
  • Demande de revendication pour récupérer des biens livrés sous clause de réserve de propriété

Anticiper plutôt que subir

La surveillance régulière de la santé financière de ses partenaires commerciaux permet de limiter l'exposition au risque d'impayé. Mettre en place une veille sur le BODACC, paramétrer des alertes sur Infogreffe ou Pappers, et consulter périodiquement les scores de solvabilité constituent des pratiques de gestion du risque accessibles à toute entreprise, quelle que soit sa taille.

FAQ

La consultation du BODACC est-elle vraiment gratuite ?

Oui. Le site officiel bodacc.fr permet de rechercher gratuitement toutes les annonces de procédures collectives publiées depuis 2008. La recherche par numéro SIREN donne un résultat immédiat et sans ambiguïté. Aucun abonnement n'est requis.

Quel est le délai entre le jugement et la publication au BODACC ?

Le jugement d'ouverture d'un redressement judiciaire est publié au BODACC dans un délai de 8 à 15 jours après son prononcé. Ce décalage signifie qu'une procédure peut être ouverte sans que l'information soit immédiatement visible en ligne.

Peut-on savoir si une entreprise a demandé une conciliation ou un mandat ad hoc ?

Non. Ces procédures amiables sont confidentielles par nature. Elles ne font l'objet d'aucune publication au BODACC ni au registre du commerce. Seules les parties directement impliquées en sont informées.

Que se passe-t-il si je ne déclare pas ma créance dans les 2 mois ?

La créance non déclarée dans le délai de 2 mois suivant la publication au BODACC est frappée de forclusion. Elle n'est plus prise en compte dans le plan de redressement. Un relevé de forclusion peut être demandé au juge-commissaire, mais il n'est accordé que si le créancier démontre que l'omission n'est pas de son fait.

Le redressement judiciaire signifie-t-il que l'entreprise va fermer ?

Pas nécessairement. Le redressement judiciaire vise précisément à éviter la fermeture en permettant la poursuite de l'activité. Selon les données du Conseil national des administrateurs judiciaires, environ 30 % des procédures de redressement aboutissent à un plan de continuation ou à une cession, permettant la survie de tout ou partie de l'activité.

Pour aller plus loin

Article L631-1 du Code de commerce - Légifrance

Comment savoir si une entreprise fait l'objet d'une procédure collective ? - Entreprendre.Service-Public.fr

Les défaillances d'entreprises – France : statistiques 01/2026 - Banque de France

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Maître Jullian Hoareau
Avocat au Barreau de Paris
Fondateur de SWIM - Plateforme de mise en relation d’avocats d’affaires