Évincer un associé majoritaire en procédure collective

Guides & Ressources pratiques
17 Jul 2026
-
9 min de lecture
-
Par

Jullian Hoareau

Points clés de l'article
  1. En redressement judiciaire, un associé majoritaire qui bloque la restructuration du capital peut être écarté par décision du tribunal.
  2. Deux mécanismes existent : la dilution forcée (augmentation de capital votée par un mandataire) et la cession forcée des titres.
  3. Ces mesures sont réservées aux entreprises d'au moins 150 salariés dont la disparition causerait un trouble grave à l'économie.
  4. L'associé évincé conserve des recours, notamment sur la valorisation de ses titres fixée par un expert indépendant.
  5. La procédure repose sur les articles L631-19-1 et L631-19-2 du Code de commerce, introduits par la loi Macron de 2015.

Besoin d'un juriste freelance ou d'un avocat ?

Accédez en -24h à un avocat d'affaires sélectionné parmi les meilleurs, à des honoraires maîtrisés.

✓ 250+ spécialistes✓ 500+ clients satisfaits✓ -30 à -50% moins cher qu'un cabinet
Incubateur du Barreau de Paris
Réseau Entreprendre
Prix Innovation Barreau de Paris

Sommaire

Blocage d'un associé majoritaire : le contexte

Ce que permet la procédure collective

Dilution forcée ou cession forcée des titres

Conditions légales de l'éviction (article L631-19-2)

Étapes de la procédure d'éviction

Recours et protections de l'associé évincé

Erreurs à éviter et points de vigilance

FAQ

Pour aller plus loin

Blocage d'un associé majoritaire : le contexte

Lorsqu'une entreprise entre en procédure collective, la restructuration de son capital devient souvent une condition de survie. Or, un associé majoritaire peut refuser de voter les modifications nécessaires : augmentation de capital, entrée d'un investisseur, conversion de créances en actions. Ce refus paralyse le plan de redressement et met en péril l'ensemble de l'activité.

Ce blocage n'est pas théorique. Dans une PME ou une ETI en difficulté, l'associé majoritaire détient le pouvoir de décision en assemblée générale extraordinaire. S'il refuse toute dilution de sa participation, aucune recapitalisation ne peut aboutir selon les règles classiques du droit des sociétés. Les créanciers, les salariés et les associés minoritaires se retrouvent alors pris en otage d'un veto individuel.

C'est précisément pour répondre à cette impasse que le législateur a créé des mécanismes d'éviction forcée dans le cadre du redressement judiciaire. Ces outils permettent au tribunal de passer outre le refus de l'associé majoritaire, sous conditions strictes.

Ce que permet la procédure collective

Le droit commun des sociétés protège la propriété des titres et le droit de vote des associés. La procédure collective déroge à ces principes lorsque la survie de l'entreprise l'exige.

La loi Macron du 6 août 2015 a introduit deux articles dans le Code de commerce : les articles L631-19-1 et L631-19-2. Ces textes confèrent au tribunal de commerce, dans le cadre d'un redressement judiciaire, le pouvoir d'imposer une modification du capital contre la volonté des associés.

Concrètement, le tribunal peut intervenir de deux façons :

  • Désigner un mandataire chargé de voter l'augmentation de capital à la place des associés récalcitrants (article L631-19-1).
  • Ordonner la cession forcée des titres de l'associé majoritaire au profit de repreneurs qui s'engagent à exécuter le plan de redressement (article L631-19-2).

Ces mécanismes ne s'appliquent pas à toute entreprise. Ils sont réservés aux sociétés employant au moins 150 salariés, ou dont la disparition causerait un trouble grave à l'économie nationale ou régionale. Ce seuil limite le recours à ces mesures aux situations où l'enjeu économique et social justifie une atteinte au droit de propriété.

MécanismeBase légaleEffet sur l'associé majoritaire
Dilution forcéeArt. L631-19-1Perte de la majorité par augmentation de capital votée par un mandataire
Cession forcéeArt. L631-19-2Transfert contraint des titres à un repreneur désigné

Restructurer le capital d'une entreprise en difficulté exige une maîtrise précise des mécanismes du droit des sociétés et du droit des procédures collectives.
Consultez un avocat spécialisé en droit des sociétés

Dilution forcée ou cession forcée des titres

La dilution forcée

La dilution forcée consiste à procéder à une augmentation de capital sans l'accord de l'associé majoritaire. Le tribunal désigne un mandataire de justice qui convoque l'assemblée générale et vote la résolution à la place des associés qui s'y opposent.

L'augmentation de capital permet l'entrée de nouveaux investisseurs ou la conversion de créances en titres. L'associé majoritaire voit sa participation réduite proportionnellement, parfois jusqu'à devenir minoritaire. Il ne perd pas ses titres existants, mais leur poids relatif dans le capital diminue.

La cession forcée

La cession forcée va plus loin. Le tribunal ordonne le transfert des titres de l'associé majoritaire à un tiers, généralement un repreneur identifié dans le cadre du plan de redressement. Ce repreneur doit s'engager à exécuter le plan et à maintenir l'activité.

Le prix de cession est fixé par un expert indépendant désigné par le tribunal. L'associé évincé reçoit la contrepartie financière correspondante, mais perd tout contrôle sur la société.

CritèreDilution forcéeCession forcée
Perte des titresNonOui
Perte du contrôleOui (par dilution)Oui (par transfert)
Contrepartie financièreAucune indemnité directePrix fixé par expert
Maintien de la qualité d'associéOui (minoritaire)Non

Conditions légales de l'éviction (article L631-19-2)

L'éviction d'un associé majoritaire n'est pas une mesure discrétionnaire. L'article L631-19-2 du Code de commerce pose des conditions cumulatives strictes :

  1. L'entreprise fait l'objet d'un redressement judiciaire. La sauvegarde ou la liquidation judiciaire ne permettent pas le recours à ce mécanisme.
  2. L'entreprise emploie au moins 150 salariés, ou sa disparition causerait un trouble grave à l'économie nationale ou régionale.
  3. La modification du capital est nécessaire à la mise en œuvre du plan de redressement. Le tribunal doit constater que sans cette modification, le plan ne peut pas être adopté ou exécuté.
  4. L'associé majoritaire a refusé de voter la modification demandée. Le blocage doit être avéré et documenté.
  5. Le ministère public a été consulté. Le parquet émet un avis sur la mesure envisagée.

Le tribunal vérifie également que la mesure est proportionnée : l'atteinte au droit de propriété de l'associé doit être justifiée par l'intérêt de l'entreprise et de ses salariés. Cette exigence de proportionnalité découle directement du contrôle de constitutionnalité exercé par le Conseil constitutionnel.

La qualification juridique des conditions d'éviction nécessite une analyse rigoureuse adaptée à chaque situation.
Trouvez un avocat en droit des sociétés sur Swim Legal

Étapes de la procédure d'éviction

La procédure suit un enchaînement précis, encadré par le tribunal :

  1. Constat du blocage : l'administrateur judiciaire ou le ministère public constate que l'associé majoritaire refuse la modification du capital prévue par le projet de plan.
  2. Saisine du tribunal : le ministère public ou l'administrateur judiciaire saisit le tribunal de commerce d'une demande d'éviction.
  3. Désignation d'un expert : le tribunal nomme un expert indépendant chargé d'évaluer les titres de l'associé concerné. Cette évaluation détermine le prix de cession en cas de cession forcée.
  4. Audition des parties : l'associé majoritaire est entendu par le tribunal. Il peut présenter ses arguments et contester la mesure.
  5. Jugement : le tribunal statue. S'il ordonne la cession forcée, il fixe les conditions du transfert et le prix sur la base du rapport d'expertise. S'il opte pour la dilution, il désigne un mandataire.
  6. Exécution : le mandataire procède à l'augmentation de capital ou au transfert des titres. Les formalités de publicité et d'enregistrement sont accomplies.

Le délai global dépend de la complexité du dossier, mais le tribunal statue dans le cadre du calendrier du plan de redressement, ce qui impose un rythme soutenu.

Recours et protections de l'associé évincé

L'associé majoritaire évincé n'est pas privé de tout droit. Plusieurs garanties encadrent la procédure :

  • Droit d'être entendu : l'associé est convoqué et peut présenter ses observations devant le tribunal avant toute décision.
  • Contestation de la valorisation : si l'associé estime que le prix fixé par l'expert est insuffisant, il peut contester cette évaluation devant la cour d'appel.
  • Appel du jugement : la décision du tribunal ordonnant la cession ou la dilution forcée est susceptible d'appel. Toutefois, l'appel n'est pas suspensif, ce qui signifie que la mesure peut être exécutée pendant la procédure d'appel.
  • Indemnisation : en cas de cession forcée, l'associé reçoit le prix déterminé par l'expert. Ce prix doit refléter la valeur réelle des titres, en tenant compte de la situation financière de l'entreprise.

Par ailleurs, l'abus de majorité peut être sanctionné indépendamment de la procédure collective. Un associé majoritaire qui bloque systématiquement les décisions nécessaires à la survie de l'entreprise, dans son seul intérêt personnel, s'expose à une action en responsabilité engagée par les associés minoritaires ou par l'administrateur judiciaire.

La défense des droits de l'associé évincé comme la structuration de l'éviction requièrent un accompagnement juridique spécialisé.
Accédez à des avocats en droit des sociétés

Erreurs à éviter et points de vigilance

Plusieurs écueils peuvent compromettre la procédure ou exposer les parties à des risques :

  • Négliger le seuil de 150 salariés. Si l'entreprise ne remplit pas cette condition et que le trouble grave à l'économie n'est pas démontré, le tribunal rejettera la demande. Ce critère doit être vérifié en amont.
  • Sous-estimer l'exigence de proportionnalité. Le tribunal contrôle que l'atteinte au droit de propriété est strictement nécessaire. Une demande mal motivée sera écartée.
  • Ignorer la procédure contradictoire. L'associé majoritaire doit être régulièrement convoqué et entendu. Tout vice de procédure peut entraîner l'annulation de la décision.
  • Contester tardivement la valorisation. L'associé évincé doit réagir rapidement sur le rapport d'expertise. Un retard peut limiter ses marges de contestation en appel.
  • Confondre redressement et sauvegarde. Les articles L631-19-1 et L631-19-2 ne s'appliquent qu'en redressement judiciaire. En procédure de sauvegarde, ces mécanismes ne sont pas disponibles.
Erreur fréquenteConséquence
Seuil de salariés non atteintRejet de la demande par le tribunal
Défaut de convocation de l'associéAnnulation possible du jugement
Contestation tardive de l'expertisePerte du droit de contester le prix
Demande en sauvegarde au lieu du redressementInapplicabilité des textes

FAQ

Peut-on évincer un associé majoritaire en dehors d'une procédure collective ?

En dehors d'une procédure collective, le droit français ne prévoit pas de mécanisme de cession forcée des titres d'un associé majoritaire. Seule une action en abus de majorité peut aboutir à des dommages-intérêts ou à l'annulation de décisions, mais pas à un transfert contraint de titres. Les articles L631-19-1 et L631-19-2 sont spécifiques au redressement judiciaire.

Le seuil de 150 salariés est-il le seul critère d'éligibilité ?

Non. Le seuil de 150 salariés est un critère alternatif. Le tribunal peut également retenir le critère du trouble grave à l'économie nationale ou régionale que causerait la disparition de l'entreprise. Ce trouble doit être démontré concrètement, par exemple par l'impact sur un bassin d'emploi ou une filière industrielle.

L'associé évincé peut-il bloquer l'exécution de la décision en faisant appel ?

L'appel contre le jugement ordonnant la cession ou la dilution forcée n'est pas suspensif. La mesure peut donc être exécutée immédiatement, même si l'associé conteste la décision. En revanche, si la cour d'appel infirme le jugement, l'associé peut obtenir réparation.

Qui fixe le prix des titres en cas de cession forcée ?

Le prix est déterminé par un expert indépendant désigné par le tribunal. Cet expert évalue les titres en tenant compte de la situation financière réelle de l'entreprise, ce qui inclut son passif et ses perspectives dans le cadre du plan de redressement. L'associé peut contester cette évaluation.

Ces mécanismes s'appliquent-ils aux SAS et aux SARL ?

Oui. Les articles L631-19-1 et L631-19-2 du Code de commerce s'appliquent à toutes les formes sociales, y compris les SAS, SARL et SA, dès lors que les conditions de seuil et de redressement judiciaire sont remplies. La forme juridique de la société n'est pas un critère d'exclusion.

Pour aller plus loin

Article L631-19-2 - Code de commerce (cession forcée des droits sociaux) - Légifrance

Article L631-19-1 - Code de commerce (modification du capital, mandataire) - Légifrance

Redressement judiciaire de l'entreprise - Entreprendre.Service-Public.fr

SWIM LEGAL est une alternative au cabinet d'avocats traditionnel pour les besoins juridiques des entreprises. Incubé par le Barreau de Paris, SWIM a reçu le Prix de l'Innovation pour sa solution permettant à toute entreprise, quelle que soit sa taille ou sa localisation, d'accéder rapidement via la plateforme à des avocats d'affaires expérimentés. Les entreprises peuvent déposer leur besoin — qu'il s'agisse d'un dossier, d'une consultation ou d'un renfort temporaire — de manière confidentielle et recevoir des propositions d'avocats pour répondre rapidement à leur demande.
Télécharger la ressource

Avocat au Barreau de Paris (Toque L086), fondateur de SWIM LEGAL